Adieu Robert Hossein

Adieu Robert Hossein

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L’acteur et metteur en scène est mort aujourd’hui à 93 ans. Il avait suivi les cours de théâtre de René Simon puis de Tania Balachova. Cet artiste hors-normes, déjà passionné par la mise en scène, montera avec son ami Frédéric Dard, au Théâtre du Grand-Guignol à Paris (une salle devenue l’I.V.T. ) Docteur Jekyll et Mister Hyde, La Chair de l’orchidée d’après James Hadley Chase.
Et Il joua dans de nombreux films d’abord en 1964, avec Bernard Borderie, qui tourna, d’après les livres d’Anne et Serge Golon : Angélique marquise des anges, puis Angélique et le roy (1965), Indomptable Angélique et Merveilleuse Angélique (1967), Angélique et le sultan (1968). Mais il joua aussi sous la direction de Roger Vadim, Claude-Autant-Lara, Julien Duvivier, Christian Jaque, Edouard Molinaro… Il réalisa aussi quelques films entre autres en 1955 Les Salauds vont en enfer.

En 1970, il fut nommé directeur du théâtre populaire de Reims. Deux ans plus tard, il engagera Isabelle Adjani pour jouer dans La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca. « Du théâtre comme vous n’en voyez qu’au cinéma.» disait-il. Il montera ainsi Crime et châtiment, d’après Dostoïevski et Les Bas-Fonds de Maxime Gorki,  ces deux pièces avec Jacques Weber, Roméo et Juliette de Shakespeare… Il n’avait pas l’exigence d’un Jean Vilar mais réussit à conquérir un public qui ne venait jamais au théâtre. Et il sut choisir ses acteurs:  ainsi entre autres, Isabelle Huppert dans Pour qui sonne le glas, d’après Hemingway et  Jacques Villeret pour jouer Scapin dans Les Fourberies de Scapin

Puis, et cela le fera connaître encore davantage, il mettra en scène de grands spectacles avec de nombreux figurants au Palais des Sports et au Palais des Congrès à Paris, comme en 1975, La Prodigieuse aventure du Cuirassé Potemkine, Notre-Dame-de-Paris (1978), Danton et Robespierre (1978), Les Misérables (1980), Un homme nommé Jésus (1983) avec environ 700. 000 spectateurs, un chiffre très rare au théâtre. Dans En 1987, L’Affaire du courrier de Lyon : il demande à cent spectateurs de former sur scène un jury populaire et après le procès, ils votent en appuyant sur un bouton : vert, c’est l’innocence de Joseph Lesurques ; jaune, la complicité ; rouge, la culpabilité… Un peu facile mais efficace.
Suivirent La Liberté ou la Mort (1988), Je m’appelais Marie-Antoinette (1993): là, à l’entracte, cette fois tout le public vote : liberté, exil, prison ou mort pour la Reine qui sera à la fin tout de même guillotinée. C’est plus vendable…. 1940-1945 : de Gaulle, celui qui a dit non (1999. Habile commerçant, il avait aussi créé aussi la prévente de billets chez des commerçants amis, ce qui lui permettait d’avoir une mise de fonds pour assurer la production de spectacles importants. Et il avait donc inventé un théâtre « participatif » où le public était appelé à voter… Il adapta aussi Les Misérables de Victor Hugo en comédie musicale, un spectacle qui eut grand succès populaire.

Pas toujours très bien vu des critiques qu’il invitait peu, il n’était pas soutenu du Ministère de la Culture qui ne voulait pas financer ses grandes productions coûteuses, avec nombreux figurants et débauche de lumières mais avec peu d’acteurs, toujours sonorisés, et disant plutôt qu’interprétant un texte à l’écriture facile. Plus récemment en 2004, il monta aussi au stade de France avec quelque cinq cent figurants, un Ben-Hur avec une course de sept chars tirés par vingt-huit chevaux, toujours une obsession du grandiose comme garantie de succès… Un système qui a ses limites…

Homme du théâtre privé, il dirigea ensuite le Théâtre Marigny de 2000 à 2008 en 2000 où Alfredo Arias mit en scène Isabelle Adjani dans La Dame aux camélias. Robert Hossein aura encore la force, à près de quatre-vingt ans, de créer N’ayez pas peur ! Jean Paul II, en 2007 au Palais des sports et Une Femme nommée Marie, pour un seul soir il y a neuf ans devant plus de 25.000 spectateurs à Lourdes…

Ses grands spectacles n’avaient pas la qualité de ceux qu’il monta à la Comédie de Reims mais là, comme à Paris, il aura réussi à faire venir tout un public populaire qui avait déserté les salles. Et qu’on le veuille ou non, Robert Hossein, même avec sa démesure, aura marqué l’histoire du théâtre français à la fin du XX ème siècle…

Philippe du Vignal


Archive pour décembre, 2020

Sans Famille (Mais… sans spectacle) d’après Hector Malot, mise en scène de Léna Bréban

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Sept bougies pour le 7.000 ème article du Théâtre du blog. Merci à tous nos lecteurs

Sans Famille d’après Hector Malot, mise en scène de Léna Bréban. Et… sans spectacle! 

Comme des centaines d’autres un peu partout, ce Sans Famille, d’après le célèbre roman d’Hector Malot (1830-1907), adaptation d’Alexandre Zambeaux et Léna Bréban, a été encore reporté… Il devait voir le jour au Vieux-Colombier-Comédie-Française, le 25 novembre, puis le 3 et enfin le 15 décembre… On connaît la suite et il a été maintenant reprogrammé en novembre 2021!

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Cette œuvre pour enfants (1878) a fait couler des litres de larmes. Et il y a de quoi écrire plusieurs scénarios…Le cinéma s’en est emparé il y a déjà plus d’un siècle et il y en a eu plusieurs versions dont la dernière en 2018: Rémi sans famille d’Antoine Blossier, avec entre autres Daniel Auteuil, Ludivine Sagnier. Mais il y a eu aussi des versions B.D. du célèbre roman qui r este encore sans cesse édité

Nous vous épargnerons la totalité de cette intrigue romanesques aux péripéties inattendues, rebondissements, longs voyages à pied et retrouvailles.. Qui donne une bonne image de la vie rude des Français dans un pays encore très rural. Souvent sans eau courante, sans électricité (à Paris même elle n’a été posée dans certains quartiers du XX ème que vers 1950 !) et bien sûr, sans sécurité sociale ni médicaments efficaces, et sans téléphone : les nouvelles de proches arrivaient lentement dans les provinces même en cas d’accident. Et nombre de maladies et malformations  étaient encore incurables, comme la tuberculose. Et où les ouvriers des fermes, des usines et du bâtiment, très mal payés,  étaient priés de ne pas compter leurs heures. Il ne faut pas l’oublier: c’est à ce prix-là que les beaux et solides immeubles haussmanniens à Paris se sont construits… Et  Hector Malot, en filigrane de ce roman, ne cesse de montrer les graves injustices sociales de son temps.

L’histoire : Jérôme Barberin vit avec sa femme à Chavanon, un village de la Creuse mais travaille comme tailleur de pierre à Paris. Un jour, il découvre un nourrisson aux beaux langes : sans doute né de riches parents. Espérant obtenir une récompense, il propose de s’en occuper et sa femme le nomme Rémi. Mais Barberin blessé dans un accident du travail, attaque son employeur en justice et, pour assumer les frais du procès, il ordonne à sa femme de vendre leur vache et d’abandonner Rémi. La vache sera vendue mais Rémi restera. Il a huit ans quand Barberin revient. Et furieux de le voir, il le vend à Vitalis, un artiste ambulant qui voyage avec ses trois chiens Capi, Dolce et Zerbino et un singe : Joli-Cœur.

Vitalis est bon avec lui et lui apprend à jouer de la harpe, à lire et à jouer. Ils parcourent le Sud-Ouest mais à Toulouse, il est jeté en prison et à dix ans, Rémi doit gagner seul sa vie, celle des chiens et du singe… Ils vont mourir de faim quand ils rencontrent Monsieur et Madame Milligan et Arthur leur fils malade sur une péniche descendant le canal du Midi. Ils recueillent Rémi qui ira avec eux jusqu’à Béziers et Sète…Vitalis sortira de prison mais les Milligan lui proposent de garder Rémi avec eux. Vitalis veut que Rémi reste avec lui et Madame Milligan se résignera…
La fin de l’histoire  : après bien des aventures et la mort de Vitalis, en fait: Carlo Balzani, un ancien et célèbre chanteur à la Scala de Milan.  Et après avoir retrouvé sa famille, Rémi découvre qu’il est l’héritier d’une grande fortune. On fait venir d’Italie, Cristina, la petite sœur de Mattia, un garçon qu’il connu à Paris. Arthur s’est rétabli et épousera Cristina. Mattia, lui, devient un violoniste célèbre, Rémi épouse Lise et ils auront un fils qu’ils nommeront Mattia et qui aura pour nourrice la mère Barberin…

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Bien entendu, Alexandre Zambeaux en charge de la dramaturgie et Léna Bréban ont choisi les moments les plus représentatifs de ce roman souvent bavard et qui tombe parfois dans le mélo mais les personnages, bien campés, sont emblématiques d’une société et l’intrigue est facile à suivre par de jeunes lecteurs.  Hector Malot qui se réclame de Stendhal, a un souci exemplaire de vérité et se révèle aussi bon dialoguiste… Entre autres, quand il évoque la vie de Rémi à la campagne, tout est dit en quelques phrases : «Tu sais que c’est aujourd’hui Mardi gras, le jour des crêpes et des beignets. Mais comme tu sais aussi que nous n’avons ni beurre, ni lait, tu n’oses pas en parler. C’est vrai ça ?
– Oh ! mère Barberin.
– Comme d’avance, j’avais deviné tout cela, je me suis arrangée pour que mardi gras ne te fasse pas vilaine figure. Regarde dans la huche.
Le couvercle levé, et il le fut vivement, j’aperçus le lait, le beurre, des œufs et trois pommes.
– Donne-moi les œufs, me dit-elle, et, pendant que je les casse, pèle les pommes.

Oui, mais voilà  depuis le covid est passé. Et Léna Bréban, comme Alexandre Zambeaux, ne cache pas sa déception et sa tristesse. « Nous avions juste fini les répétitions et fait un dernier filage qui a fait l’objet d’une captation pour nous, quand le décret est tombé. Et il faudra bien faire avec.  J’ai le bonheur d’avoir avec moi d’excellents acteurs. Véronique Vella joue Rémi, Thierry Hancisse, Vitalis. Jean Chevallier, le jeune acteur qui jouait Alexandre dans Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman: Matthia, l’ami de Rémi, Dominique Blanc, (qui vient d’être nommé sociétaire de la Comédie-Française) la mère Barberin. Antoine Prudhomme de la Boussonnière: l’enfant handicapé. Et Alexandre Zambeaux qui a construit avec moi toute la dramaturgie, joue plusieurs des méchants qui peuplent le récit. Mais la plupart interprètent aussi d’autres personnages secondaires.
Et nous avons voulu avec Alexandre que l’adaptation de ce roman soit drôle, voire le plus burlesque possible. Mais pour compenser, les scènes tristes sont traitées au premier degré:impossible autrement quand il faut mettre en scène la mort de Vitalis. Et ce roman nous rappelle à réalité d’aujourd’hui: ce vieil homme misérable, victime d’un déclassement comme un SDF d’aujourd’hui, meurt de froid à cause d’une tempête de neige… Nous avons répété, bien sûr tous masqués, avec toutes les précautions: gel, etc. Et aucun repas ensemble, aucune personne venant de l’extérieur. Mais à la fin, bas les masques et pour moi, c’était génial de voir enfin apparaître le visage de mes acteurs et de tous leurs personnages.”

Et le proche avenir?  “ Je suis bouleversée mais croisons les doigts, dit Léna Bréban, les répétitions reprendront en octobre, et j’espère vraiment avec les mêmes interprètes. C’est cela qui me fait plus peur car ma direction d’acteurs se fait beaucoup à partir du corps et j’ai beaucoup d’admiration pour mon équipe: tous passionnés, ils travaillent énormément.
En attendant, j’ai la grande chance de pouvoir faire une mise en scène au festival Les Utopiks de Un à Cent dix  ans qui devrait avoir lieu du 29 janvier au 3 février à la Scène Nationale de Chalon-sur-Saône. C’est une petite forme avec deux acteurs dont Antoine Prudhomme de la Boussonnière, sur l’égalité hommes/femmes, un spectacle adapté du roman Grand Saut de Florence Hinckel. Avec des dialogues parfois étonnants:  « Elle se souvint alors d’une phrase qu’elle avait lue quelque part sur le net :  » « Si c’est gratuit, c’est toi, le produit. »
Quant à la suite, dit Léna Bréban, je reste optimiste mais je suis, comme tous les acteurs et metteurs en scène, dans l’attente des décisions gouvernementales .”

Philippe du Vignal 
 

 

Derniers cadeaux pour 2020 mais vous en aurez d’autres l’année prochaine

Derniers cadeaux pour 2020 mais vous en aurez d’autres l’année prochaine…

Pour le moment, plus de théâtres, cinémas, musées, cafés, restaurants… C’est tout un pan de la richesse à Paris et au-delà qui reste interdit. Restent, pour se consoler un peu, des lieux insolites, extérieurs ou pas, et le plus souvent accessibles gratuitement et classés, en plein centre de la capitale ou presque. Alors, pourquoi s’en priver mais pour certains comme les restaurants, il faudra attendre encore un peu pour voir leurs décors de plus près…

Allez découvrir ces pépites bâties par de grands architectes, et/ou préservées par des conservateurs mais aussi pars des maires et des habitants soucieux de préserver ce fabuleux patrimoine… Il en existe une bonne centaine à Paris, miraculeusement intacts ou presque depuis un, voire deux ou trois siècles; en voici quelques-uns…

La B.N.F.  rue de Richelieu

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En 1998, le gouvernement décida que les bibliothèques du futur Institut national d’histoire de l’art créé en 2001, l’Ecole nationale des Chartes mais aussi le Département des Arts du spectacle à la Bibliothèque Nationale, jusque-là installé à l’Arsenal, intégreraient dans cet espace, dit Labrouste du nom de son architecte: en 1861, il commença en effet la construction de l’imposante salle de travail qui sera inaugurée sept ans plus tard. Il s’inspira pour le plafond, des coupoles byzantines mais en utilisant au maximum -une belle réussite- les possibilités du fer et du verre, comme à la bibliothèque Sainte-Geneviève, pour que l’espace reçoive le maximum de lumière.

C’est devenu un lieu très riche (sans jeu de mots!) où on célébra il y a quelques années les arts de la rue (voir Le Théâtre du Blog). En effet, le département des Arts du spectacle conserve la mémoire des expressions les plus diverses du théâtre mais aussi du cirque, danse, marionnettes, mime, cabaret, music-hall… Et du cinéma, de la télévision et de la radio. On y trouve tous les documents produits avant, pendant et après la représentation : manuscrits, correspondance, maquettes, éléments de décor, costumes, objets de scène, photographies, documents audiovisuels, affiches, dessins et estampes, programmes et coupures de presse… Et des livres et revues mais aussi de nombreuses archives et collections de personnalités comme de théâtres, festivals, compagnies. Le Département des Arts du spectacle possède aussi une antenne à la Maison Jean Vilar à Avignon. C’est un pôle de référence exceptionnel pour les chercheurs et les artistes…

B.N.F. Département Arts du Spectacle, Rue de Richelieu, Paris (I er). Métro: Richelieu-Drouot ou Palais Royal.

Le Bouillon Chartier  

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Un restaurant mythique classé aux monuments historiques et créé en 1896 par les frères  Frédéric et Camille Chartier, dans une salle à deux étages qui était auparavant un atelier de fabrication de cartouches et douilles construit en 1845. Connu dans le monde entier, notamment par les artistes américains, il a toujours gardé des prix très accessibles. D’une grande hauteur sous plafond, il est ouvert tous les jours de l’année jusqu’à minuit. Carte de cuisine traditionnelle française: pot-au-feu, harengs/pommes à l’huile, etc.

Les garçons de salle sont habillés du traditionnel gilet noir à poche et du long tablier blanc. Au Bouillon Chartier, ont été tournées la scène finale de La Chose publique (2003) de Mathieu Amalric, certains moments de La Passante du Sans-Souci (1982) de Jacques Rouffio avec Romy Schneider et Michel Piccoli et Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (2004). Attention, il y a toujours une file d’attente sur le  trottoir…

7 Rue du Faubourg Montmartre, Paris (IX ème).

La brasserie Vagenende
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Située boulevard Saint-Germain près du  métro Odéon et qu’il y a un demi-siècle, les Sorbonnards pouvaient fréquenter, vu les prix assez doux. Ils le sont beaucoup moins, mais le menu est de qualité et le décor de toute beauté vaut le détour… En 1904, les frères Chartier reprirent une ancienne boutique et en firent un restaurant populaire mais au décor luxueux : piliers portemanteaux en bronze, miroirs biseautés, boiseries en arabesques de style « nouille », verrière peinte recouvrant une ancienne cour intérieure, faïences aux motifs de fruits et une trentaine de paysages sur verre de Pivain. Il y a un siècle son concurrent Rougeot reprit ce Bouillon Chartier, puis le vendit  à la famille Vagenende qui en conserva tout le décor… Mais en 1966, il faillit être racheté et démoli pour y construire à la place, un supermarché! Alerté à temps par la presse, André Malraux, alors ministre de la Culture sous de Gaulle, le fit classer. Et heureusement, Vagenende est toujours là! Merci Malraux…

142 Boulevard Saint-Germain, Paris (VIème). T.: 01 43 26 68 18 La Cité florale

De petites maisons individuelles construites à proximité du parc Montsouris entre les rues Lançon, Boussingault et Brillat-Savarin il y a un peu plus de cent ans sur un ancien pré régulièrement inondé par la Bièvre où on ne pouvait donc pas construire d’immeuble.

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A voir surtout au printemps et en été : les habitations très bien restaurées ont des murs couverts de glycines et de rosiers et il y a dans des bacs des géraniums et des lys un peu partout. Bref, un délicieux et paisible coin de campagne en plein Paris, et où le grand Patrice Chéreau habita quelque temps. Chacune des maisons possède souvent son propre petit jardin et les étroites voies pavées, heureusement sans stationnement possible, ont des noms de fleurs: rue des Iris, rue des Liserons, rue des Orchidées, rue des Volubilis, square des Mimosas…

RER B Station :Cité Universitaire. Métro: Maison blanche ligne 7 Tramway T3; station Stade Charléty. Bus 21 :Amiral Mouchez-Charbonnel.

La Bibliothèque Mazarine

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Située quai de Conti dans le VI ème, elle est un «grand établissement scientifique et littéraire», placée sous la tutelle du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche mais rattachée administrativement à l’Institut de France. Le fond, complété au fil du temps, est issu de la bibliothèque personnelle du cardinal Mazarin (1602-1661). D’une architecture baroque remarquable, elle est depuis plus de trois siècles, publique et ouverte à tous. Avec aujourd’hui environ 600.000 volumes, dont un tiers est un très riche fond ancien encyclopédique et un fond moderne spécialisé en histoire, notamment religieuse, littéraire et culturelle du Moyen Âge : du XII ème au XV èmesiècle,  et des XVI ème au XVII ème siècle. Mais il comprend aussi l’histoire du livre et l’histoire locale et régionale de la France.

Visites guidées gratuites pour les particuliers et en fin de journée sous la conduite d’un conservateur.  Environ 1 h 30 et consacrées à l’histoire de la bibliothèque et de ses collections, à son architecture et à son décor… La grande galerie de la Bibliothèque Mazarine et les expositions se visitent librement aux heures d’ouverture au public. Scolaires et universitaires bienvenus à la Bibliothèque avec visites-découvertes…

23 quai de Conti, Paris (VI ème). T.  : 01 44 41 44 06. Métro: Odéon et Saint-Michel.

La Cour Damoye

Cette cour remonte à 1780, quand M. Damoye l’investit sur les terrains d’un ancien égout. De nombreux cafés auvergnats et des boucheries existaient encore à la fin du XX ème siècle avant sa rénovation et maintenant dans ce passage, on trouve des ateliers, bureaux, commerces et galeries d’art.

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Tout près de la Bastille, le faubourg Saint-Antoine  conserve ainsi de nombreuses cours ou passages. Et celui-ci est un des nombreux endroits de Paris dont on garde la mémoire grâce au cinéma friand de pittoresque. Ainsi, avant qu’il ne soit rénové, Bertrand Tavernier y avait tourné La Fille de d’Artagnan sorti en 1994, un film inspiré par Les Trois Mousquetaires et Vingt après d’Alexandre Dumas avec Philippe Noiret, Claude Rich…

Paris (XII ème) Métro Bastille. La Coupole des magasins du Printemps

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Le lieu qui préfigurait comme Le Bon Marché les grands espaces commerciaux d’aujourd’hui fut créé le 11 mai 1865 par Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos donc sous le Second Empire dans un quartier de Paris encore peu urbanisé mais promis à un grand développement car à proximité de la gare Saint-Lazare. Au au coin de la rue du Havre et du boulevard Haussmann. Architectes: Jules Sédille et Paul son fils.

Puis verront le jour neuf ans plus tard quatre autres bâtiments desservis par des ascenseurs et en 1904, sera aussi créée une  grande coupole en verre aux  couleurs magnifiques éclairant un hall de 42 mètres de haut, comprenant aussi un escalier central à quatre révolutions d’inspiration Art Nouveau.

Cette coupole fait l’admiration des étrangers dont de nombreux Japonais… Pourquoi pas vous? Vous n’êtes même pas obligé d’acheter un des nombreux produits de luxe qui ont remplacé ceux essentiels, comme dirait Macron, de ce magasin autrefois populaire et à bas prix, comme feu La Samaritaine.

Paris (VIII ème) Métro:  Havre-Caumartin, Madeleine, Chaussée d’Antin.

Le Musée des Arts Forains

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Là, l’entrée est payante 8 et 16 € mais bon, vous en aurez pour votre argent. Cela se situe dans les Pavillons de Bercy,  autrefois chais de vins construit par le Bourguignon Bercy sur des terrains offerts par Louis XIV pour se faire pardonner une bévue. A une messe, le roi avait envoyé les gardes faire s’agenouiller à une messe un homme très grand, le croyant debout.  A l’initiative de Jean-Paul Favand, metteur en scène du Patrimoine du spectacle et des Arts, le Forains, avec 11. 400 m2 est aussi orienté vers les nouvelles technologies et en 2009, il a été classé Entreprise du patrimoine vivant. C’est  la seule collection d’éléments d’art forain privée ouverte au public avec des expositions temporaires et  un site permanent: quatorze manèges, seize boutiques et attractions restaurés, dix-huit ensembles d’œuvres historiques, et plus de 500 œuvres indépendantes…

Le musée des Arts forains, le théâtre du merveilleux, le Salon vénitien, le Magic Mirror et le Théâtre de verdure sont visitables toute l’année, avec la possibilité de tester manèges et attractions… Il y a notamment un jeu de lancer de boules qui actionne une course de garçons de café dans un décor serti de miroirs en biseaux (vers 1900). Et surtout une des attractions les plus prisées: un manège vélocipédique de 1897, restauré et utilisable par les visiteurs. Un des premiers à avoir procuré de fortes sensations de vitesse: il pouvait atteindre environ  soixante km/h à une époque où les vélos eux-mêmes étaient rares et réservés aux plus fortunés et où un cheval galopait à  30 km/h. Il transporte environ 300.000 personnes par an…

Métro: Cour Saint-Emilion, ligne 14.

Le Théâtre de l’Atelier

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Et pour la bonne bouche, comme disaient nos mamans? Un petit bijou qui gardé tout son charme, sur une place pavée, maintenant appelée place Charles Dullin, un peu esquintée parce plus tout à fait plane, à cause de la construction d’un parcs à voitures en-dessous… Inscrit aux Monuments historiques en 1965, il est avec l’Odéon, un des plus anciens théâtres parisiens.

Avec quelque cinq cent places -pas très confortables mais la population a grandi en taille!- il n’a dû guère changer depuis qu’il a été inauguré il y a juste deux siècles sous le nom de théâtre Montmartre. L’un des premiers construits par Pierre-Jacques Seveste qui avait les privilèges d’exploitation de salles, dans ce qui était encore la banlieue de Paris,  comme le Théâtre Montparnasse, le Théâtre des Batignolles, le Théâtre de Belleville.. Au fil du temps, y furent programmés : comédie, vaudeville, drame, mélodrame, opérette… En 1913, il devint un cinéma: Le Montmartre qui ferma en 1922. Le comédien et metteur en scène Charles Dullin, ancien collaborateur de Jacques Copeau au Vieux-Colombier, le racheta et le nomma Théâtre de l’Atelier. Il le dirigea avec la volonté affirmée d’en faire un lieu d’excellence et  y fonda une école exigeante qui eut, entre autres élèves, Roger Blin, Madeleine Robinson, Alain Cuny, Roland Petit, Pierre Clémenti, Jean-Louis Barrault, Jacques Dufilho…  Il venait souvent au théâtre à cheval et il l’abritait dans la petite cour du théâtre. Il y mit en scène, le plus souvent avec des moyens très limités mais avec une grande rigueur, des auteurs de l’époque comme Marcel Achard, Jules Romains, Armand Salacrou mais aussi des classiques: Aristophane, Shakespeare, Ben Jonson, Calderon, Molière…

Puis en 1940, Charles Dullin le confia à  son collaborateur André Barsacq qui le dirigea jusqu’en 1973 et qui y créa des pièces de Paul Claudel, Nicolas Gogol, Jean Anouilh, Félicien Marceau, Luigi Pirandello,  René de Obaldia… Après plusieurs directions, Marc Lesage, ancien directeur entre autres du Théâtre de Beauvais, des Célestins-Théâtre de Lyon, reprit la salle l’an passé.

Paris (XVIII ème). Métro Pigalle.

A suivre…

Philippe du Vignal

 

 

 

 

       

Blue Jasmine et Soit dit en passant, une autobiographie de Woody Allen

Blue Jasmine et Soit dit en passantune autobiographie de Woody Allen

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Blue Jasmine, film réalisé en 2013séduit d’abord par le charme irrésistible de Cate Blanchett. Cette femme délicieuse, troublante, attractive et remarquable actrice, nous attire follement dans son tourbillon. Jasmine est un personnage léger et virevoltant, mondaine vivant à Park Avenue dans le luxe et sans état d’âme, qui se venge de son mari après avoir découvert ses infidélités. Elle dénonce au fisc, en un simple coup de fil, cet homme d’affaires et escroc qui évoque Bernard Madoff et sa pyramide de Ponzi. Son mari se suicide en prison, laissant Jasmine sans le sou et couverte de dettes. La vengeance a entraîné la chute et la destruction de toute la famille.

L’humour féroce de Woody Allen suit alors les tribulations de Jasmine qui se retrouve dans un tout autre monde, cherchant à trouver sa place dans l’appartement exigu de sa sœur Ginger, vendeuse dans un supermarché de San Francisco. De Park Avenue et des somptueuses demeures des Hampton où vivent les milliardaires de la finance, au monde de la « lower class, » on tombe du haut d’un gratte-ciel. Fort heureusement, l’humanité reste la même : crise de couple, mensonges et infidélités, désirs d’amour insatisfaits, lient tous les personnages dans une même tragi-comédie.

Hurlements, colères, réconciliations, tout se retrouve sur la côte Ouest comme à New York et se répète à l’infini. Jasmine rumine ses échecs, parle toute seule, confondant les époques et supporte comme elle peut les humiliations qu’elle doit maintenant affronter. Comment retrouver son establishment et surtout un mari riche ad hoc? Son identité reste introuvable et son fonctionnement mental éclaté, dispersé, semble se refléter dans la construction du film qui alterne les scènes du présent et celles d’un passé qui ne passe pas en un rythme étourdissant. Le mensonge et le faux-self, sont pour Jasmine comme une seconde nature et vont bientôt, une nouvelle fois, la conduire à sa perte. Tout est faux, « fake », dans cet univers factice où elle a vécu jadis et où les amitiés disparaissent au moindre coup de sirocco. L’élégant diplomate qu’elle a rencontré, qui est prêt à l’épouser et à se ruiner pour elle, s’aperçoit au détour d’une rue qu’elle lui a menti sur toute la ligne, » all down the line », et la quitte sur le champ. Jasmine se retrouve seule et abandonnée, désespérée, enfermée dans ses mensonges, ses rêves et ses contradictions, errant et monologuant seule en tailleur Chanel défraîchi, dans les rues de San Francisco, semblant promise à la clochardisation…

 Une implacable descente aux enfers semble ainsi conduire Jasmine aux bords de la folie…  Le personnage évoque irrésistiblement Blanche du Bois du Tramway nommé désir de Tennessee Williams, œuvre-culte pour Woody Allen mais on se demande cependant si le cinéaste ne règle pas ici quelques comptes. N’existerait-il pas une correspondance intime avec une femme brillante, fascinante, également capable de tout détruire pour une affaire d’infidélité ? Mia Farrow, certes, n’a pas téléphoné au fisc pour se venger de l’infidélité d’un mari mais a inventé de toutes pièces une abominable histoire d’inceste et de pédophilie pour se venger de Woody Allen, père adoptif de ses enfants. Mia comme Cate ont également détruit leur famille. Soit dit en passant, l’autobiographie de Woody Allen, raconte les plans machiavéliques de la star pour l’assassiner publiquement.

Qu’est-ce qui fascine tant Woody Allen dans ce personnage de Jasmine ? Est-ce le passage de la plus grande réussite matérielle à la soudaine pauvreté qui frappe son héroïne ou encore sa misère psychique qu’il cherche à décrire et à cerner ? Dans son autobiographie, Woody Allen raconte qu’il est lui-même passé d’un quartier très modeste de Brooklyn à la magnificence d’un appartement dominant Central Park dans le Upper East Side à New-York. Fils d’un ramasseur de balles et arnaqueur au billard, comme il aime à se décrire, il évoque les somptueuses soirées qu’il a donné à la Harkness House, avec Liza Minelli, Norman Mailer, Bob Fosse… Des soirées dignes de Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald ou de La Splendeur des Amberson d’Orson Welles. Il y rencontrera Mia Farrow…

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Le titre anglais de l’autobiographie de Woody Allen est en bilingue : A propos of nothing, que l’on peut comprendre aussi comme A propos de tout. Woody nous emmène dans la ronde frénétique de ses rencontres, des comédiens et cinéastes qu’il a connus, des femmes qu’il a aimées, de la cinquantaine de films qu’il a tournés, avec une langue alerte, pleine d’humour, truffée de mots yiddish qui émergent ça et là dans son livre. Woody Allen est né en 1935, il commença à seize ans à écrire des chroniques dans plusieurs journaux de Broadway, puis pour la radio, la télévision, le théâtre, le cinéma et deviendra ensuite humoriste puis réalisateur de cinéma. « Changer de nom s’accordait parfaitement à mes rêves de faire mon entrée dans le show business… Au fil des ans, nombreux sont ceux qui se sont demandé pourquoi je l’avais transformé en « Woody Allen ». Certains ont affirmé que c’était à cause du clarinettiste Woody Herman, mais je n’ai absolument jamais fait ce rapprochement. (…) En vérité, c’était totalement arbitraire. Je voulais garder quelque chose de mon nom original : Allen Konigsberg, donc j’ai conservé Allen comme patronyme. Et je choisis Woody à partir de rien. C’était court, ça allait bien avec Allen ». Changer de nom, changer de vie, changer d’époque, trouver une identité qui corresponde à l’ambition, reste un thème majeur de Blue Jasmine. 

 Côté femmes, la vie de Woody Allen est un long périple. Dans son autobiographie, il confesse sa vive excitation pour les filles, dès son plus jeune âge. « J’aimais les filles, en elles, tout me plaisait », écrit-il. Sa mère se plaint à ses professeurs. « Il passe son temps à flirter ». A dix-huit ans, il va consulter Peter Blos, célèbre spécialiste de l’adolescence qui l’envoie sur le divan quatre fois par semaine pendant huit ans. Woody Allen a passé de longues années en psychanalyse. « J’ai réussi à éviter soigneusement tout progrès notoire », raconte-t-il avec humour.

 

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Marié trop jeune à vingt ans avec Harlène, dix-sept ans, puis avec Louise Lasser qui souffrait de troubles mentaux et qui fut soignée en hôpital psychiatrique, ayant eu une longue liaison avec Judy Henske, atteinte de troubles maniaco-dépressifs, tombant sans cesse amoureux de filles « mechuganas », totalement dingues, « aussi instables que l’uranium », Woody rencontre Mia Farrow après de nombreuses tribulations.Il aurait dû, écrit-il, relever dès le départ bien des signes inquiétants. « Les signaux s’allumaient tous les trois mètres, mais la nature nous a fourni un mécanisme de déni, sans lequel nous ne pourrions traverser l’existence, comme l’ont expliqué Freud, Nietzsche et T.S. Eliot ». Peu de temps après leur rencontre, Mia Farrow lui propose de lui faire un enfant. Elle en a déjà sept, trois biologiques et quatre adoptés.

« La promptitude de la proposition et l’irritation de Mia face à son refus aurait dû me faire deviner qu’il était face à un personnage plus complexe que la super-maman un peu fragile qu’elle semblait être », écrit Woody Allen qui semble ici fort prudent; s’est-il fait relire par ses avocats ? En fait, c’est une véritable Mégère, une Gorgone, qui va bientôt se déchaîner.

Mia Farrow est décrite comme une mère maltraitante qui use et abuse de ses enfants biologiques ou adoptés. Certains ont été rendus après quelques jours passés chez elle, comme la loi l’y autorise, parce qu’ils ne lui convenaient pas ! « Les enfants ne s’achètent pourtant pas comme des jouets », écrit Woody. Le devenir de plusieurs de ces enfants sera tragique. Deux eux se suicideront. Une fille mourra du sida, sans que sa mère, lit-on, ne s’en préoccupe.

Woody Allen apparait comme un mécène, un sponsor, dépensant des millions de dollars pour subvenir aux besoins de sa nouvelle et nombreuse famille. Quand naît leur fils Satchel, (aujourd’hui Ronan et dont Mia Farrow dira que son père biologique est en fait Frank Sinatra), Mia reprend les clés de son appartement et change soudain de comportement avec Woody Allen qui n’est plus persona grata chez elle. Ils n’ont jamais vécu ensemble et il traverse Central Park tous les matins pour se rendre dans l’Upper West Side où habite Mia Farrow pour voir ses enfants.

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Une tragédie alors se noue quand Woody Allen s’éprend de Soon-Yi, fille adoptive de Mia Farrow, qu’il connait et côtoie depuis de nombreuses années. Des photographies érotiques de la jeune femme sont découvertes par une femme de ménage qui les apporte à Mia Farrow. Acte manqué de Woody qui a laissé traîner ces photos sur une cheminée ? L’étourderie n’explique pas tout… Mia Farrow, blessée, considère qu’il lui a volé sa fille Soon-Yi et décide, pour se venger, de lui interdire la sienne, Dylan, cinq ans, fille adoptée et reconnue par lui. Mia l’accuse d’inceste envers sa fille Dylan. On sait que ce type de plainte apparait quelquefois au cours des divorces conflictuels et ruine les familles. La plainte de Mia Farrow donnera lieu à une longue instruction et fera exploser toute la famille. Suivront sept ans d’interrogatoires par la police, Allen passera au détecteur de mensonge, ses enfants seront examinés par de nombreux psychologues et pédopsychiatres ; il ne pourra les voir que lors de visites médiatisées ! Il engagera les meilleurs avocats, dépensera des millions de dollars pour obtenir gain de cause : deux jugements le blanchiront en effet complètement.

Le lecteur français aura sans doute du mal à suivre et à comprendre le système judiciaire américain. Les juges sont ici décrits comme incroyablement partiaux, pouvant entretenir des relations personnelles avec les plaignants. Comment comprendre, en effet, que le juge Frank Maco puisse aller déjeuner avec Mia Farrow ou que le juge Wilk se rende lui-même coupable de harcèlement sexuel envers un prévenu ! On reste sidéré par la narration que Woody Allen peut faire de la justice américaine. Les éditions Skyhorse Publishing qui ont publié l’autobiographie de Woody, A propos of nothing, ont sans doute bien relu chaque ligne et engagés les meilleurs avocats ! On pense par ailleurs ici à l’acharnement du procureur Kenneth Starr envers Bill Clinton dans l’affaire Monika Levinski et aux poursuites encore actuelles de la justice américaine contre Roman Polanski dans l’affaire Samantha Gailey-Geimer.

Malgré tous les faux témoignages et atermoiements, Woody Allen s’en sortira par un non-lieu. Le procès aura duré des années et des millions de dollars auront été dépensés en expertises et contre-expertises pédo-psychatriques, comme en frais d’avocat. L’affaire va-elle en rester là et la vie de Woody avec Soon-Yi va-t-elle être enfin tranquille ? Le couple vit depuis vingt-cinq ans ensemble à New-York et a adopté deux petites filles d’origine coréenne… Malgré tout l’humour du livre, la plongée dans Manhattan et les blagues yiddish, la suite n’a rien d’une comédie désopilante. Une nouvelle plainte va transformer la vie de Woody Allen en cauchemar. En février 2014, Dylan, trente ans, publie une lettre ouverte dans le New York Times où elle accuse son père Woody de l’avoir violée, enfant, dans un grenier.

 A l’ère Me-Too, l’accusation fait l’effet d’une bombe. Voilà Woody Allen « en nouveau Dreyfus ou en tueur en série » ! Malgré deux jugements qui l’ont innocenté et totalement blanchi, Woody Allen est aujourd’hui considéré aux Etats-Unis comme un prédateur pédophile. Si de nombreuses comédiennes comme Scarlett Johansson l’ont soutenu, si toutes les femmes de sa vie furent là pour l’épauler, Harlène, Diane Keaton, Louise, Stacey…, certaines actrices ont déclaré publiquement qu’elles regrettaient d’avoir joué dans ses films. Le New York Times, l’a éreinté choisissant de croire qu’il avait abusé de sa fille. Son dernier film Un Jour de pluie à New York n’a pas trouvé de distributeur dans son pays. Un nouveau maccarthysme sévit aujourd’hui aux États-Unis. Mia Farrow a-t-elle réussi sa vengeance, ou tout est-il pourri au royaume de l’Oncle Sam ? Restent l’humour imbattable de Woody Allen, ses blagues, son talent d’écrivain et surtout… ses cinquante-six films à voir et à revoir. 

Jean-François Rabain

                                                                                                          


 

En avant comme avant : 2020 dans le rétro…

En avant comme avant : 2020 dans le rétro…

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L’année avait bien commencé avec Le Sacre du printemps, une version d’Isaac Galván, accompagné par la musique d’Igor Stravinski jouée dans son intégralité et sa réduction à quatre mains par les virtuoses Sylvie Courvoisier et Cory Smythe sur leur Steinway D grande queue à deux claviers.  Son respect pour le chef-d’œuvre qui, jadis, fit scandale, n’a pas empêché le Sévillan Isaac Galván d’introduire quelques touches d’humour, y compris dans la gestuelle. Nous l’avons vu, à plusieurs reprises, chuter brusquement pour se retrouver le postérieur sur le tapis de sol, façon «clown de Dieu».
Pour rester dans le flamenco, Rocío Molina nous est revenue en forme olympienne, sinon olympique: elle a mis du liant dans ses routines de danse autrefois déglinguées. Au festival de Nîmes, elle a suivi pas à pas et note à note, les arpèges debussiens du mélancolique guitariste et compositeur espagnol Rafael Riqueni.

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Parmi les opus sacrifiés par la faculté de médecine, il y a eu cette année des spectacles dits vivants, ou se croyant tels. Et aussi Petites danseuses d’Anne-Claire Dolivet, un documentaire -la chose étant rare par les temps qui courent- certes mineur mais qui n’est jamais sorti. Même s’il a fait l’objet de quelques projections pour les critiques et la cinéphilie… Deux fillettes rêvant de devenir ballerines sont dirigées par une prof de danse qui fut «Mademoiselle âge tendre» au milieu des années soixante. On pense à Adolescence, le premier film de Marin Karmitz, coréalisé avec Vladimir Forcency, où Sonia Petrovna suit les cours de Lioubov Egorova, ex-étoile des Ballets russes. On pense aussi à ce feuilleton télévisé L’Âge heureux (1966) de Philippe Agostini et Odette Joyeux, la mère du regretté Claude Brasseur, qui bénéficiait des chorégraphies néoclassiques de Michel Descombey.

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Si l’on passe de l’image animée, à celle fixée par Gyula Halasz, plus connu sous le nom de Brassaï, nous avons pu dater cette photo que nous avions acquise en 1992 à Drouot, représentant une danseuse en tutu de 1935 et non 1938 comme indiqué dans le catalogue : l’étoile soviétique Marina Semenova, invitée par l’Opéra de Paris à danser Giselle avec Serge Lifar…

 Un entretien avec Raoul Sangla nous a permis de revenir sur le traitement de la danse et des variétés par la Télévision, au temps de l’O.R.T.F. Ce réalisateur, influencé par la distanciation -non celle du docteur Véran, actuel ministre de la Santé- mais celle de Bertolt Brecht, a capté dans des conditions étonnantes et acrobatiques, les récitals des chanteurs des années soixante. De Jacques Brel à Johny Hallyday, en passant par Charles Aznavour, Guy Béart, Claude Nougaro, Salvatore Adamo, Dalida, Serge Gainsbourg, Christophe, Michel Polnareff, Julien Clerc, Françoise Hardy, Brigitte Fontaine, Petula Clark, Sonny and Cher, Nancy Sinatra, The Kinks… Et Jimmy Hendrix, qu’il a enregistré en 1967 pour Discorama. Il fait mine de jouer du… piano et du violon en se livrant à un happening. On le voit aussi chanter pour Le Nouveau dimanche avec son groupe, The Jimi Hendrix Experience (Mitch Mitchell à la batterie et Noel Redding à la basse), dans une belle version de The Wind cries Mary. C’était à Balard, dans un chantier de démolition, parmi les marteaux-piqueurs…

Cette année, nous avons aussi discuté au téléphone avec Marc’O, metteur en scène de théâtre et réalisateur de quatre-vingt douze ans qui invita le groupe lettriste d’Isidore Isou en 1950 au Tabou, un éphémère mais célèbre club de jazz et de danse fréquenté par Miles Davis, Sartre et Beauvoir, Montand et Signoret…. Marc’O produisit Traité de bave et d’éternité, un film d’Isidore Isou l’année suivante et publia deux revues d’avant-garde, Ion et Soulèvement de la jeunesse. Et Jean Cocteau présenta au festival de Cannes Closed Vision (1952), un film que Marc’O réalisa avec l’aide de Léon Wickman et du milliardaire américain Howard Hughes. «Il faudrait parler, disait-il, de retardataires et non de précurseurs, car un précurseur, tel que la routine l’entend, serait analogue à un homme qui se promènerait avec un parapluie ouvert la veille, et même l’avant-veille, d’un orage. »

 2020 aura permis de tester la censure, désormais robotique, de réseaux plus ou moins sociaux qui aurait voulu être exercée sur une photo de Body of Work, performance de Daniel Linehan au Potager du roi à Versailles (voir Le Théâtre du Blog) dans le cadre de Plastique danse flore. Avec volonté d’en interdire la publication -ou le soi-disant «partage»- par un système aveugle d’algorithmes ! La nudité choquerait-elle davantage les prudes directeurs de plateformes internet, que les propos scandaleux ou racistes ?

Enfin, auraient mérité des nécrologies : Monet Robier, la fille de Rosella Hightower, une danseuse contemporaine et pédagogue de l’école cannoise, dont, à notre connaissance, aucun média, en dehors de Nice-Matin, n’aura rendu compte de la disparition…

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Et bien sûr aussi, Zizi Jeanmaire, danseuse classique puis néoclassique, immortalisée par le disque, la télévision et  le cinéma. Freddy Buache avait bien analysé son succès à l’écran : «Merveilleuse actrice autant que danseuse, elle possède une intelligence corporelle (Ah ! que ses épaules sont spirituelles) qui lui permet de jouer toute la gamme des attitudes. Aussi superbement gouailleuse que Mistinguett, délurée comme Arletty, elle peut subitement se transformer en petit animal apeuré. Elle chante et mime la croqueuse de diamants avec une aisance foudroyante: pétillante dans des froufrous emplumés, ravissante en robe de cocktail, émouvante en trench-coat. »

 Nicolas Villodre

Le billet d’humeur de Jacques Livchine

Le billet d’humeur de Jacques Livchine

 

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Il faut que les théâtres restent fermés le plus longtemps possible jusqu’à ce qu’ils comprennent que, depuis quatre cents ans, ils se fourvoient.
Le théâtre ne peut pas être réservé à une minorité: les lecteurs de Télérama! Le vrai théâtre doit  raconter des histoires à la ville tout entière et, à part Le Channel de Calais, quel est le théâtre  public en France qui remplit cette fonction ?

Le 19 décembre, nous avons dû annuler depuis seize ans la cent cinquantième édition mensuelle de notre cabaret Kapouchnik… Le 4 janvier, arrivera en résidence la compagnie Oxyput chez nous, au Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs). Cette compagnie de « danse bruyante » créée par Marine Cheravola en 2012 à Avignon, avec l’idée de diffuser le mouvement par le mouvement, sévit sur les places publiques…

Et les 6 et 7 février, toujours chez nous, aura lieu un Labo Rimbaud.

Puis le Théâtre de l’Unité ira du 23 janvier au 1 er février, répéter à Epinal son nouveau spectacle La toute première fois dont la première aura lieu le 2 février.

Jacques Livchine

Le 20 décembre, Les Menuires (Savoie).

 

Livres et revues

Angry Bird de Bassa Djanikashvili, traduit du géorgien par Gery Clappier, Maia Kiasiashvili et Clara Schwartzenberg

gNHPcqyRZs8qr7V5tnWHdNeNPJjAm-mmoy64SMbfR_f5fg4iVcAu768NfXPGLs7OMR3j=s121L’auteur (quarante-six ans), est l’un des plus renommés de Géorgie et un producteur de radio et de télévision incontournable à Tbilissi, la capitale.
Ses textes ont été présentés en Russie, en Allemagne,  à la B.B.C., et à la Ferme du Bel-Ebat à Guyancourt  (Yvelines).

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Dans un village naît un conflit religieux. Autrefois vivant en bonne intelligence, ses habitants doivent maintenant faire face à une radicalisation d’un autre âge. Nora, la mère de  Khatuna (seize ans) qui a un petit ami Ghio, évoque la nouvelle mosquée à laquelle fait allusion son mari Hassan qui lui répond : -Que vient faire la mosquée là-dedans? » Et Nora en colère réplique : «Tout ! Absolument tout ! Depuis que tu t’es impliqué dans la religion, les choses ont commencé à mal tourner. Le village entier nous évite. Or cela fait des années que nous y vivons. Depuis cet effroyable glissement de terrain, c’est notre seconde maison. Les gens d’ici nous ont acceptés, ils nous ont aidés à nous installer, ils ont fait preuve de gentillesse et de compréhension. Mais toi, tu restes bloqué sur tes idées ridicules. Alors dis-moi, que se passe-t-il ? -Je ne fais que prier, Nora. Et pas tant que ça, en réalité… Et je ne fais de mal  personne. -Je le sais bien, moi, que tu ne fais de mal à personne. Mais il y a un problème: tous les autres sont persuadés du contraire. »

Ces adolescents, l’un d’une famille chrétienne et l’autre d’une famille musulmane, «se découvrent mutuellement» autour d’une tablette électronique. Ils se retrouvent ainsi chaque soir pour jouer ensemble, alors que leurs pères tentent de se dresser contre ce rapprochement et que la tension monte tout autour d’eux. Ces Roméo et Juliette du Caucase décident de créer leur propre jeu:  plus brutal encore que la réalité  et qui prend alors un aspect prophétique. Dans ce village, les parents deviennent les  jouets d’une lutte cruelle et impitoyable qui aura une fin apocalyptique.

 Yoann Lavabre, auteur dramatique et directeur de la Ferme de Bel-Ebat à Guyancourt, a préfacé cette pièce exutoire qui traite de la montée de la peur entre communautés, à travers l’histoire d’un couple d’adolescents attisant la haine entre leurs parents,  jadis amis proches. L’œuvre, dit-il, emprunte son titre au jeu vidéo le plus téléchargé du monde  et ces jeunes désabusés manipulent leurs parents respectifs sur fond de conflit religieux  entre chrétiens et musulmans.

Sous forte addiction aux jeux vidéo, ces Roméo et Juliette de l’ère post-soviétique s’initient à la sexualité par le biais  d’une tablette numérique tombée du camion… Glaçant ! Ils voudraient que leurs pères se haïssent plus qu’ils ne le font déjà. «Comme le dégel du permafrost libère son lot de bactéries pathogènes jusque-là neutralisées par le froid », la fin du régime communiste génère une résurgence d’identités jadis refoulées. Des religions, ne reste en effet plus que des identités… sans aucune valeur. Chrétien ou musulman, chacun doit en effet correspondre à l’image stéréotypée la plus crasse possible. Les gamins jouent avec le feu dans l’espoir que survienne le pire. « Ce serait une bonne idée qu’il fasse tout péter, à commencer par l’école -on ne sait jamais, mieux vaut éviter l’éducation et le savoir, au cas où ça rendrait intelligent… »

Ces jeux vidéo violents ont-ils des répercussions néfastes? Ce que cherchent à élucider des chercheurs en psychologie. Chaque tuerie de masse trouve une explication facile quand autorités et médias dénoncent le fait que le criminel y jouait.  Même si des études sérieuses réfutent tout lien de causalité, rassurant la communauté des geeks offusqués. Ce débat passionné, dit Yoann Lavabre, rappelle la querelle d’un autre temps, celle qui opposait les détracteurs du théâtre à ses défenseurs, notamment au XVII ème siècle. Chez Bassa Djanikashvili, la violence de ces jeux vidéo ne canalise pas celle de l’homme. Ici, le monde des écrans contamine les personnages et l’on passe du règne de la déficience universelle, à celui de l’intelligence artificielle. Le bébé virtuel numérique prend le contrôle de ses pseudo-géniteurs pour les anéantir après qu’ils aient eux-mêmes fait s’entre-tuer leurs pères: Toma et Hassan …

A la fin, tout s’anéantit : « La chambre de Ghio et Khatuna prend feu. Le bébé-tablette observe la scène avec une grande attention. A la mort de ses parents, l’air joyeux, il jette un coup d’œil amusé au public. Un écran avec plusieurs espaces blancs, descend sur le plateau… Le bébé-tablette remplit les blancs et un texte apparaît : Prénom : Angry (fâché). Nom : Bird (oiseau). Age: 2 gigaoctets. Genre: 8 mégaoctets RAM. Confession : Android…. »  Le jeu est perdu mais Nora prend le bébé-tablette, le serre contre sa poitrine et fuira l’incendie, laissant là les corps sans vie de sa fille et de Giho. Une histoire à la fois universelle et inscrite avec dérision dans nos temps immédiats.

Véronique Hotte

Editions L’Espace d’un Instant, coproduction Culture Partages et La Maison d’Europe et d’Orient.

 

 

 

Il faut aider Michel Zecler

il faut aider Michel Zecler… 

Les faits sont têtus et ont été -heureusement!- enregistrés par une caméra de surveillance. Donc, pas question pour les auteurs de cette terrible agression de la nier! On connait cette histoire catastrophique et qui donne une belle image de la police nationale: le 21 novembre au soir à Paris, Michel Zecler regagne son studio d’enregistrement à pied et des policiers l’arrêtent pour non-port de masque. Le fait de ne pas en porter dans l’espace public est puni d’une amende de 135 € mais les policiers entrent de force dans son studio et le frappent très violemment avec, à la clé, des insultes racistes. Le président de la République a même déclaré que « ces images nous faisaient honte » mais n’a proposé aucune aide à cette nouvelle victime de violences policières. L’affaire a fait grand bruit et au moins, il y aura un avant et un après. Mais Didier Lallement est toujours préfet de police! Dans d’autres grands corps d’Etat, il y a longtemps qu’il aurait été démissionné! Cherchez la raison… Selon son avocate, Michel Zecler s’est depuis constitué partie civile pour être informé de la procédure et avoir accès au dossier.

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Vu l’extrême gravité des faits, ces fonctionnaires ont été mis en examen: trois pour: violences volontaires en réunion, propos à caractère raciste et faux en écriture publique! Le quatrième pour violences volontaires: il a jeté une grenade lacrymogène à l’intérieur du studio de Michel Zelcer! Là aussi, cela quand même beaucoup! Et deux d’entre eux ont été incarcérés. « Mais, dit S.O.S. Racisme, Didier Lallement, préfet de police de Paris, a accordé la «protection fonctionnelle» aux policiers qui ont agressé Michel Zecler.  » (Pour le cabinet de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur,  cette situation n’a rien d’exceptionnel! Les frais de justice de ces individus vont donc être pris en charge par l’Etat donc par le contribuable) « La «protection fonctionnelle» oblige certes l’Etat à prendre en charge la défense d’un agent public mis en cause devant la Justice pour une faute commise dans l’exercice de ses fonctions. Mais pas quand le comportement est déontologiquement inexcusable. Faut-il alors estimer que, pour ce préfet de police, le racisme et les violences sont déontologiquement excusables? Mais peut-on penser qu’il ait pu prendre cette décision, sans un accord préalable du ministère de l’Intérieur?  » Et le 15 décembre, des élus de gauche, qui ont réclamé la démission du préfet Lallement, ont quitté la séance du Conseil de Paris.

 « Michel Zecler a dû subir une opération, suite à la déchirure du tendon de son biceps gauche, aggravée par le menottage et le délai de prise en charge médicale à cause de sa garde à vue. Aujourd’hui, il porte une broche à vie; traumatisé par cette agression, il ne bénéficie d’aucun soutien. Et ce n’est pas Didier Lallement qui lui en a fourni! Pourtant, Michel Zecler très mesuré dans ses propos, il ne fait aucun amalgame et vient de créer une fondation  qui permettra à «l’effort (de) devenir collectif et qui, on l’espère, (sera) porteur de changements salutaires parmi ceux qui peuvent, et qui doivent avant tout nous protéger ».

Philippe du Vignal

Pour l’aider à payer ses frais médicaux et de justice, mais aussi soutenir la fondation de Michel Zecler, Greg Germain, directeur des Théâtres d’Outre-mer au festival off d’Avignon, Marie-Pierre Bousquet et toute l’équipe d’Axe Sud Production, invitent à participer à la cagnotte qui a été lancée:

www.cotizup.com › michel-zecler


 

La grande colère de Charlélie Couture

La grande colère de Charlélie Couture

Le secteur dit de la Culture représente 2,3% du P.I.B. national, d’après les chiffres de 2018 avec environ 80.000 entreprises culturelles, soit 670.000 emplois : 2,5% de la population active. Sans compter les fournisseurs de matériel, les entreprise de restauration, de nettoyage, etc. C’est tout  un secteur actuellement sinistré qu’il faudra un jour faire retravailler…  Mais le cœur n’y est plus et personne ne croit à une réouverture des lieux culturels le 7 janvier, ou alors, de façon très réduite… Et  la condescendante et des plus maladroites Roselyne Bachelot en remet une couche avec son méprisant : à la revoyure… Cette  soi-disant ministre de la Culture n’a même pas eu le courage de démissionner, comme Nicolas Hulot l’avait fait… Elle s’est même permis de dire que cela n’aurait pas eu de sens de rouvrir les salles en décembre pour les refermer ensuite. Bravo !

Devant plus de 32 millions de téléspectateurs, Emmanuel Macron n’avait pas eu un mot pour la Culture. Secteur non essentiel, avait-il sottement dit! On s’en souviendra au moment des élections et on espère que les Français lui feront sans doute savoir que lui, non plus, n’est pas essentiel à notre vie de citoyens.

Jean Castex a confirmé avec la publication du décret n° 2020-1582 du 14 décembre 2020 ce que l’on savait déjà, qu’aucune salle de spectacle, de cinéma ni aucun chapiteau ne rouvrirait cette année. Quant à la date annoncée du 7 janvier, les professionnels sont de plus en plus sceptiques. Comme selon l’A.F. P., Malika Seguineau, du Prodiss, la plus importante organisation patronale du spectacle musical dans le privé. «C’est un nouveau coup dur, un nouveau coup d’arrêt pour les billetteries : on sait qu’à Noël, d’ordinaire, l’achat d’un billet de spectacle comme cadeau, est courant. Et surtout, notre reprise d’activité est encore repoussée à une date inconnue. »
Et dans une lettre virulente à Emmanuel Macron, le chanteur et compositeur mais aussi peintre photographe et  écrivain Charlélie Couture, très en colère contre les énarques et tous ceux qui nous gouvernent, ne mâche pas ses mots…

Philippe du Vignal


 

Charlélie Couture:

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« NOUS sommes en guerre, oui ! NOUS, les non-essentiels, NOUS, les inutiles, NOUS, les riens, NOUS, les Lumières plongées dans l’ombre, NOUS, les Gens de l’Esprit et de la Culture, NOUS, les restaurateurs, ceux des plaisirs de la bouche et du plaisir tout court, Oui, NOUS sommes en guerre, NOUS, les personnels et techniciens du spectacle, ceux des théâtres et des cinémas, NOUS, les Acteurs et les Comédiens mis aux arrêts forcés, NOUS, les Musiciens, NOUS tous que vous considérez comme des paresseux mais qui ne rêvons que de travailler, Et tous ceux de la nuit, ce monde qui vit la nuit, cette nuit NOIRE que vous associez au Mal, cette peur médiévale qui accompagne la nuit quand le Diable revient, ce Mal qui grandit quand le soleil s’est couché, -désormais après 20 h.

(…) NOUS, que vous traitez avec un détachement scandaleux, Oui, NOUS sommes en guerre contre VOUS ! Contre le Janus qui répète qu’il « assume », lui qui se croit doué d’un super-pouvoir de séduction absolu, qui lui permet d’envoûter et de berner comme un camelot tous ceux qu’il rencontre, lui le Petit Prince tellement condescendant vis-à-vis du Peuple et de la classe moyenne.

Oui, Nous sommes en guerre contre VOUS. Contre cet orphéon de sous-fifres opportunistes qui improvisent, au jour le jour, une chorale cacophonique, cette ribambelle de technocrates cyniques feignant d’ignorer froidement les drames dans lesquels plongent ceux qui sont concernés par ces décisions iniques, VOUS, dont les discours lénifiants et versatiles conjuguent à la fois l’ignorance et l’absurde.

 Contre VOUS, dont les incohérences nous inondent comme des pluies acides sur notre forêt de rêves, Contre vos fausses promesses et vos effets d’annonce comme un coup de bluff permanent, affirmant des choses un jour, et le contraire, le lendemain, avec le même aplomb trumpiste.

 Contre vos fanfaronnades ineptes et vos décisions inopinées, Contre vos lois votées en catimini, Nous sommes en guerre oui ! Contre les mafias milliardaires et autres géants de Big Pharma. Contre votre déni effectif des menaces climatiques, au profit d’une consommation capricieuse et d’une pollution d’objets inutiles distribués par le géant Amazon.

En guerre contre une économie de cavalerie et de course en avant qui « invente » des milliards virtuels, et nous entraîne à court terme vers le grand délire d’une économie irréelle, comme une plongée dans un puits sans fond.

 La France n’est pas sereine, noyée dans une sorte de chaos et d’écœurement causés entre autres par la surprotection d’une police répressive et les disputes intestines entre spécialistes illuminés aussi malsaines que des bagarres de rues entre bandes de supporteurs alcoolisés.

La France n’est pas en paix avec elle-même, quand les mêmes qui dénonçaient les lois du califat imposant le silence et le voile, oui, les mêmes interdisent de la même manière depuis des mois à la fois le théâtre, la musique, les musées, les rencontres populaires (sportives ou artistiques) et puis les restaurants, les rassemblements de fêtes joyeuses et conviviales, et maintenant Noël en famille et la Saint-Sylvestre… Conscients que les enfants dans les écoles apprennent à devenir fous, oui, nous sommes en guerre, une guerre secrète, une guerre interne, pour l’heure encore en implosion, mais dont les conséquences seront graves.

On devine la colère qui gronde. Et les gens désespérés sont prêts à exploser, prêt à se faire exploser, suicidaires. Un pouvoir si puissant soit-il, ne tient que par l’acceptation ou le refus du Peuple d’obéir. Désormais NOUS sommes en guerre, oui. Pour défendre notre droit à continuer de vivre dignement, pour défendre notre Liberté légitime et notre droit de penser autrement !

 

 

Les Tigres sont plus beaux à voir, d’après la vie et l’œuvre de Jean Rhys, adaptation et mise en scène de Magali Montoya

 

Les Tigres sont plus beaux à voir, d’après la vie et l’œuvre de Jean Rhys, adaptation et mise en scène de Magali Montoya

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D’où écrit-elle ? D’un pays qu’elle a quitté, la Dominique,  à la terre rouge, d’une nature riche et inquiétante avec un monde d’odeurs et de couleurs mais aussi des séquelles à vif de l’esclavage. Elle raconte qu’enfant, à un moment, elle aurait voulu être noire. Et à seize ans, elle se retrouve en Angleterre, « son » pays qui n’est pas le sien. Suivent des années de pauvreté : elle est girl de music-hall ou figurante… Vienne ensuite un mariage, puis un deuxième, et un troisième dans un Europe vagabonde, un enfant perdu, une fille réussie. Mais toujours cet arrachement du premier pays.  Jean Rhys vient d’une histoire coupée…

La femme fragile et têtue, inséparable de son enfance, offre des bribes de sa vie à un jeune homme qui voudrait l’aider à écrire son autobiographie. Cela commence par deux livres sauvés, avec son compagnon d’enfance, d’un cruel autodafé. Et par un autre livre, immense.  Petite, quand on lui a parlé de Dieu, elle l’a imaginé sous la forme d’un livre, la création naissant de ses pages.

Après cela, comment ne pas passer sa vie à écrire?  Et comment ne pas écrire de soi, puisque l’écriture ne doit être que du vrai ?  Elle ne peut pas être continue, pas plus que la vie, la sienne en particulier. Elle va des Caraïbes, à l’Angleterre puis au Paris est une fête d’Ernest Hemingway et du couple Fitzgerald. Suivra un silence littéraire de trente ans avant qu’elle ne réapparaisse dans les années soixante.

Magali Montoya, qui avait monté une remarquable Princesse de Clèves avec plusieurs voix de femmes, rend compte de cette écriture et de cette vie indissociables, de cette probité et de cette fragmentation. Nathalie Kousnetzoff, Bénédicte Le Lamer et Magali Montoya elle-même jouent différents âges de la vie de Jean Rhys, différents moments ou facettes de sa vie instable et de son écriture. Ne rien perdre, ne rien cacher des retournements d’émotions : amitié et peur, dans l’enfance, avec une petite fille noire, attirance et dégoût pour un homme… Dire seulement  ce que l’on sait exact, vrai. Trouver le ton juste qui dira cette vérité-là : une obsession. Face à ses trois partenaires, Jules Churin joue le jeune admirateur et permet que cette autobiographie soit mise en scène

Sur le beau plateau du Colombier (la salle est un peu moins confortable pour le public !)  il y a des espaces imaginaires, celui de son enfance, de ses voyages et de ses maris, de la glissade possible dans l’alcool et la tentation de la folie.  Rien n’est figuré sinon par quelques objets : livres, papiers,  nombreux verres… Ce sont les textes, prolongés par la musique de Roberto Basarte, qui tissent ensemble cette vie et cette œuvre .

Le titre du spectacle est celui d’un recueil de nouvelles publié dans les années soixante, quand on a redécouvert Jean Rhys. Le tigre : aussi cruel que l’homme, mais plus beau à voir, et, même s’il n’y a pas de tigres à la Dominique, emblème d’une vie puissante et sauvage qu’elle n’a jamais oubliée. Magali Montoya crée un théâtre délicat et simple, littéraire au bon sens du terme. Les Tigres sont plus beaux à voir donne immédiatement le désir d’en savoir plus sur Jean Rhys et de la faire sortir d’une respectueuse célébrité.

Christine Friedel

À lire, entre autres : Les tigres sont plus beaux à voir, La Prisonnière des Sargasses, Souriez, s’il vous plaît (autobiographie), collection L’imaginaire, Gallimard,.
L’Oiseau moqueur et autres nouvelles
., Quai des Grands Augustins et Bonjour minuit éditions Denoël.

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