Féminines, texte et mise en scène de Pauline Bureau

 

Féminines, texte et mise en scène de Pauline Bureau

 Les représentations de ce bon spectacle reprendront en janvier.

Cela se passe à Reims, dans les années soixante… Tous les ans, FÉMININESpour la kermesse du journal L’Union, le journaliste Pierre Geoffroy organise une attraction: en 1967, un combat de catch de lilliputiens et l’année suivante, un match de foot féminin.Une petite annonce est passée dans le journal et, à la grande surprise, de très nombreuses femmes qui aiment bien taper dans un ballon, vont se présenter.

Joli jeu, course rapide, les voilà qui explorent l’immense liberté d’un terrain, une aventure existentielle pour ces jeunes élues entre seize et trente-deux ans prêtes à mordre. En réalité, l’équipe féminine de Reims créée en 1968, enchaîne l’année suivante des tournées aux Etats-Unis, au Mexique et à Haïti, jusqu’en 73. Et cinq ans plus tard, l’équipe de France, avec des joueuses majoritairement issues de celle de Reims, gagne la coupe du monde à Tapeï…


Dans cette fiction écrite à partir d’une aventure collective réelle, les personnages sont inventés et ici, l’équipe de Reims devient celle de France; le journaliste est leur entraîneur pour qu’elles gagnent ensemble. Féminines s’inspire de comédies qu’on a pu voir au cinéma : une équipe de branquignols à laquelle personne ne croit, prouve qu’à force de volonté, d’efforts et d’engagement, elle va réussir à gagner.

A l’époque, les femmes s’organisent et même dans les petites entreprises, éprouvent ce qu’est le travail à la chaîne et la dépendance physique et mentale qu’il crée. Mais elles s’éveillent aussi à une conscience politique, demandent une reconnaissance avec hausse de leur salaire et n’hésitent pas à faire grève. Et, qu’on soit l’épouse ou bien la fille d’un homme qui se croit supérieur, la considération d’une place équitable dans une famille ne va pas de soi: les pères voudraient imposer leur vision de l’épouse et les maris ne veulent pas que leur moitié lui échappe. Mais elles goûtent à une liberté et à un plaisir d’exister, jusque-là inconnus d’elles… Une émancipation qui dépend aussi de soi, et pas seulement des autres….

Selon l’auteure, la mouvance contestataire de mai 1968 a favorisé la naissance du football féminin qui participe naturellement de la libération des femmes mais les sportives n’ont pas tout de suite manifesté une volonté radicale d’émancipation. Le football s’est ici invité dans les vestiaires d’un stade, un lieu stratégique privilégié pour les confidences des jeunes femmes et de leur entraîneur, entre douches et changements de tenue, préparation mentale… et parfois déception, quant au score obtenu…

Au-dessus de la scène, un écran diffuse le film de l’entraînement : courir, taper sur le ballon, glisser et chuter. Et on les voit essoufflées, revenir dans les vestiaires et éloignées, miniaturisées sur la large surface du stade ou des gros plans de visages. Parfois, dans les vestiaires, à cour et à jardin s’ouvrent les parois glissantes d’espaces privés: la chambre d’une footballeuse et de son compagnon, ou la salle à manger de ses parents, avec daube au menu. Sur le mur du lointain, une grande forêt d’arbres hauts et feuillus apparaît en vidéo, paysage verdoyant de feuilles tremblantes où vit et s’entraîne avec son père, une sportive prometteuse. Mais c’est aussi un lieu qui accueille les tentes de la petite équipe invitée un soir chez ses parents.

Encouragée par ses entraîneurs, ce chœur amical est régi par un esprit d’entraide, d’échange et d’écoute attentive. La bande-son de Vincent Hulot nous fait entendre les cris d’un stade effervescent, les bruits sourds nocturnes de la forêt, les musiques peps de l’époque et celles de Gossip ou Beyoncé. Yann Burlot et Nicolas Chupin, (l’entraîneur et le coach inspiré), Anthony Roullier (le mari, jaloux du coach et le frère d’une footballeuse) sont extraordinaires d’allant, de bonne humeur et de vraie générosité. Rebecca Finet, Sonia Floire, Léa Fouillet, Camille Garcia, Marie Nicolle, Louise Orry-Diqueiro et Catherine Vinatier, pleines d’humanité et de doute, sont toutes convaincantes. Et, qu’elles gagnent ou perdent, elles font la fête : champagne, danse et transe. Entre rire, suspense, échecs et réussites, défilent les émotions fortes dues aux incidents, violences, accidents et souffrances du jour. Mais ce spectacle est aussi une de ces comédies joyeuses qui se font rares en ces temps de morosité, défend la cause des femmes, sans agressivité ni rancune…

Véronique Hotte

Les 5 et  6 janvier  au Zef-Scène nationale de Marseille (Bouches-du-Rhône). Le  8 janvier, Théâtre municipal de Sète-Scène nationale (Hérault). Du 13 au 16 janvier, T.N.B.A. -Centre dramatique national de Bordeaux (Gironde). Le 19 janvier à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy (Haute-Savoie). Les  29 et  30 janvier, Théâtre-Scène nationale de Sénart (Seine-et-Marne).

Le 3 février, Nest-Centre Dramatique National de Thionville (Moselle). Le 6 février, Scènes du Golfe-Scène conventionnée de Vannes (Morbihan). Du 9 au samedi 13 février, Grand T, Nantes (Loire-Atlantique). Les  17 et 18 février, Filature-Scène nationale de Mulhouse (Haut-Rhin).

Le  19 mars, Rive Gauche, Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime).

Le 12 avril, Théâtre de Laval-Scène conventionnée (Mayenne).

Le 20 mai, Théâtre de Cachan (Val-de-Marne).

Du 25 mai au 4 juin, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, Paris (XVIII ème).


Archive pour 10 décembre, 2020

Parages /08, revue du Théâtre National de Strasbourg

 

Parages /08, revue du Théâtre National de Strasbourg

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Voilà un beau numéro de revue. On dirait même : joli, si l’adjectif n’était perçu comme réducteur. Premier coup de projecteur sur le dramaturge anglais Martin Crimp: les auteurs parlent aux auteurs… D’abord un échange de traductions avec Christophe Pellet, des questions sur la thématique des enfants en danger avec Alice Zeniter, une critique et mise en scène en forme d’«à la manière de» par Rémi Barché et Pauline Peyrade.
  Et un précieux cahier de Dominique Reymond : son Journal de travail et ses croquis pendant les répétitions de Le reste vous le connaissez par le cinéma. Quand on dit travail, c’est aussi ce qui la travaille, elle et le groupe, ce qu’elle vit et écrit grâce à sa mémoire de (grande) comédienne. Animée encore par les conseils de jeu d’Antoine Vitez et rapide à capter la direction choisie -mais choisit-on vraiment?- par Daniel Jeanneteau, son metteur en scène de ce moment-là.  Et un très beau portefolio du photographe Jean-Louis Fernandez.

Martin Crimp, auteur populaire ? Un auteur qui gratte, qui creuse et laisse parler les silences comme son aîné Harold Pinter et dont l’écriture, irréductible à aucune autre, a une certaine fraternité avec celle de Sarah Kane. En tout cas, Martin Crimp a une façon de déconstruire le dialogue qu’on retrouve chez les auteurs français d’aujourd’hui. Invités de ce numéro : Fanny Mentré, avec L’Idole  et Claudine Galéa avec À chacun ses capacités: une commande de Simon Delétang pour la manifestation Faits d’hiver au Théâtre du Peuple à Bussang et Oreste ou l’adolescence, un théâtre-poème de Julien Gaillard. Pour cette génération, le réel a besoin de se défaire du réalisme et dans les pièces qu’on lit ici, la langue se fait dure, drue, non sans humour et avec des blancs, en quête d’exactitude et de probité. Loin du «joli» des textes à lire et à jouer.

On trouvera, à côté des auteurs, des lecteurs de ce théâtre : Olivier Neveu regarde l’écriture, « l’étoffe brûlante » de Laura Tirandaz. Sarah Cillaire réfléchit, elle, sur le travail  dramaturgique sur des textes d’auteurs vivants. Et Hubert Colas, lui-même auteur, scénographe et fondateur du festival Actoral, s’entretient avec Hugues le Tanneur,  de l’écriture comme «quête absolue de l’inconnu ».

Dans ce numéro, un second focus sur Les Solitaires intempestifs, la maison d’éditions inventée par Jean-Luc Lagarce à qui François Berreur, collaborateur d’origine de la compagnie La Roulotte, a donné sa force et sa dimension. Entreprise invraisemblable: une maison d’édition de théâtre, et qui, pis est, à Besançon ! Aujourd’hui, dans le théâtres et les librairies, on reconnaît immédiatement cette petite collection bleue, avec la silhouette de ce qui pourrait représenter « le voyage des comédiens » ou les débuts de la Roulotte. Jean-Pierre Thibaudat, scrupuleux et fraternel, en raconte ici l’histoire, comme en écho à son livre sur Jean-Luc Lagarce (voir Le Théâtre du Blog).

On n’en racontera pas plus… Reste à lire ce numéro, à le poser, à le reprendre, pour voir se tisser d’un article à l’autre, la toile d’araignée d’un théâtre vivant, actuel, en train de se faire concrètement. Parages habite au Théâtre National de Strasbourg : un héritage non revendiqué, mais bien là… Ce n° 8 est agréable à lire, grâce au graphisme, élégant et moderne d’Antoine van Waesberge. En couverture, une photo de Jean-Louis Fernandez : le beau visage d’Achille Reggiani, un élève-acteur du groupe 45 de l’Ecole du T.N.S. La tête penchée, les yeux fermés, avec une sorte de sourire intérieur éclairé d’ombres et lumières, avec aussi une partie de son poing serré qui affleure au bas de l’image.  Confiance, peur, plaisir intense : ce que produit le théâtre…

Christine Friedel

Abonnements : Théâtre National de Strasbourg, Revue Parages, 1 avenue de la Marseillaise/CS 40184 /67005 Strasbourg Cedex

Tns.fr/parages

Les Grands entretiens d’artpress

La performance 1 Le corps exposé

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Christophe Kihm rappelle dans la préface que les entretiens réunis ici renvoient dans leur ensemble à un problème singulier de l’histoire de l’art auquel est associée la performance. « Il en est à la fois, avec la performance, d’une catégorie, d’un ensemble de pratiques ou d’un médium qui se refusent à la stabilité. » (…) Le problème de la performance, insiste-t-il, n’est pas l’absence de définition  mais leur abondance  et l’impossibilité de stabiliser l’une d’entre elles. » Pour l’artiste allemand Jochen Gerz, c’est une « matrice de tous les arts ».  Effectivement, la performance pourrait être rapprochée des sources mêmes du théâtre quand il n’y avait encore qu’un seul acteur et pas sur un plateau. Mais on doit aussi la considérer comme l’expression dramatique la plus contemporaine, au-delà de la représentation théâtrale actuelle et même du happening qui l’a précédée au commencement des années cinquante aux Etats-Unis.

Nous avons connu la plupart de ces artistes-performeurs le plus souvent issus du milieu des arts plastiques mais ils  ont peu de dénominateurs communs: sinon une expression le plus souvent en solitaire, alors que le happening est synonyme de groupe multi-disciplinaire, le refus d’une pratique scénique comme Stuart Sherman qui avait quand même créé un Hamlet, mais aussi, comme le précise le sous-titre de ce petit livre riche d’enseignements, une exposition du corps  avec entre autres, Bruce Nauman et Vito Acconci dont le travail participe d’une certaine théâtralité. Et en France chez Gina Pane, même si elle définissait son travail comme une action et non comme une véritable performance. Ce qu’elle était pourtant, par exemple quand elle mettait sa vie en en danger en marchant sur le bord d’un toit.

Au sommaire de ce livre, plusieurs articles et entretiens avec, en 1973, Stuart Sherman, puis Vito Acconci et enfin  Jochen Gerz (1979) dont par pudeur, nous ne dirons rien. Il y a  un entretien de la critique allemande Irmeline Lebeer avec Vito Acconci et un autre de Jacques Donguy avec Allan Kaprow (1927-2006) sur la pratique artistique dite « environnement » et sur l’histoire du happening. Influencé à la fois par Marcel Duchamp et John Cage; il a toujours cherché à effacer les frontières entre art et non art. Il aura été un de ceux qui créèrent le happening, à la suite du dadaïsme et son premier travail dans le genre fut en 1959 18 Happenings in six parts.
Signalons aussi un entretien passionnant de Seundgduk avec l’artiste actionniste viennois Otto Muehl (1925-2013) qui multiplia les provocations artistiques. Il ne mâche pas ses mots: « Je me suis servi de l’actionnisme pour me débarrasser de tout  ce fumier social que j’avais accumulé.  » Et il a très vite considéré le corps humain et ses productions mais aussi les denrées alimentaires comme le matériau de base de son travail et de sa vie axée notamment sur la communauté des biens et sur une sexualité libre.

Nombre de ces artistes ont disparu mais ces pages montrent bien quelle aura été leur influence aux Etats-Unis mais aussi dans toute l’Europe, y compris dans l’enseignement. Jochen Gerz enseigna plusieurs années aux Beaux-Arts de Nancy. Et qu’on le veuille ou non, ils sont maintenant entrés dans l’histoire de l’art contemporain. Pas d’illustrations mais on peut facilement en retrouver sur Internet…

Philippe du Vignal

Editions artpress. 10€ A signaler dans cette même collection d’entretiens: La Danse Américaine et Meredith Monk.

 

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