Qu’ils crèvent les artistes!

 

Qu’ils crèvent les artistes!

 Cette petite phrase très ironique -et en avance sur son temps!- était le titre d’un spectacle du grand créateur et théoricien de théâtre polonais Tadeusz Kantor (1915-1990). Charles Berling,  comédien et directeur du Théâtre Liberté-Scène Nationale de Toulon, hier très en colère et il y a de quoi, disait avec raison qu’Emmanuel Macron n’avait pas eu un mot pour la Culture, lors du premier confinement. Un oubli? Comment le croire? Et l’avenir ne rassure personne: les responsables de grandes ou petites salles comme de tous les lieux culturels. Et, comme on le sait, les théâtres, cinémas, cirques, musées, salles de sport, etc. resteront fermés jusqu’au 7 janvier, voire au-delà! 

Sur L.C.I., Charles Berling remarquait: « On va s’entasser dans les trains, on va s’entasser dans les métros, dans les centres commerciaux mais on gardera fermés les théâtres, les cinémas. Je rappelle que nous sommes fermés donc si l’épidémie repart, ce n’est certainement pas à cause de nous… Il faudrait peut-être ne pas avoir cette haine des artistes qui commence à bien faire. Donc je suis très en colère, très affligé ». (…)

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« Ces lieux culturels sont des foyers de pensée, de plaisir, de partage. Que l’on est en train de détruire au profit d’un consumérisme terrifiant. « (…) « C’est un mépris de la culture. C’est une haine des artistes qui est en train de monter. Cela n’est pas possible de parler comme ça. Cela n’est pas possible de faire cette distinction. Alors, il faut fermer les grands commerces, il faut fermer les trains, il faut fermer tout ».

Et Roselyne Bachelot, prise dans un étau, sommée de soutenir la Culture tous azimuts, a accepté de se taire, puisqu’elle appartient -encore mais pour combien de temps- à ce gouvernement… Alors qu’elle aurait dû avoir le courage de démissionner, vu la façon dont elle est traitée!

Certes, la situation est loin d’être facile mais le couple Macron-Castex n’en est pas à une contradiction près; l’épiscopat catholique français a fini par obtenir gain de cause et tous les lieux de culte pourront de nouveau accueillir leurs fidèles. Certes, les églises sont hautes et c’est pour éviter les miasmes comme on disait, que l’on a inventé les dômes. Mais quand on voit la hauteur sous plafond de Chaillot (quelque dix-spet mètres sur le plateau, ou de l’Odéon et que dans les petits théâtres, les mesures sanitaires draconiennes sont prises, on se dit qu’il y a deux poids, deux mesures. Et il y a quand même une belle hypocrisie gouvernementale: quid, comme le souligne justement Charles Berling, des centres commerciaux, des métros parisien, marseillais, toulousain… Mais aussi des TER, Thalys, Intercités et autres TGV, etc. où on reste entassé pendant plusieurs heures avec une climatisation parfois défaillante qui brasse l’air respiré derrière les masques? Oui, mais n’avez rien compris, du Vignal, il s’agit de l’économie nationale! Alors, ne venez pas pleurer pour vos théâtreux et autres artistes ! A ceci près que c’est nier la notion d’Egalité devant la loi, pourtant inscrite partout sur les frontons des mairies! Eux aussi font tourner -et comment!- la boutique France!

M. l’énarque Castex, arrêtez de nous infantiliser et de nous faire la leçon, d’enfumer les professions du spectacle tous genres confondus, du cinéma et des musées, obligées de réviser sans arrêt leurs projets et tableaux de travail… Et quand Roselyne Bachelot -elle a voulu être ministre de la Culture mais elle ne doit pas être à la fête-  veut nous faire croire que « c’est mieux de ne pas reprendre maintenant, pour ne pas être obligé de refermer en janvier, » elle se moque de qui? C’est d’un jésuitisme absolu! Et on comprend la colère du monde de la Culture, entre autres, celle de remarquables femmes de théâtre comme la comédienne Ariane Ascaride ou Macha Maekeieff, metteuse en scène et directrice du Théâtre de la Criée à Marseille!*

Et demandez à tous leurs fournisseurs ce qu’ils en pensent: à Paris, comme dans nos douces provinces, demandez aussi aux commerçants et artisans d’Avignon, d’Aurillac, Cannes, Orange, Bussang, Charleville-Mézières, Deauville, etc. Bref, à tous ceux  des petites ou grandes villes où  a lieu chaque année un festival, voire plusieurs, de théâtre, cinéma, etc. Ce n’est pas seulement la vie culturelle de décembre et janvier qui est mise à mal mais celle de l’économie locale et pour une bonne partie de l’année 2021. Oui, mais bon, quant aux dégâts collatéraux, le Gouvernement actuel verra cela plus tard…

L’acteur Samuel Churin en assez des pétitions/supplications alors qu’il faudrait monter d’un cran et il appelle à la mobilisation générale dans une remarquable Lettre ouverte aux directeurs de cinémas et de salles de spectacle. « On met parfois en avant l’aspect essentiel, vital de la culture. On fait appel au bon sens, à la morale, à la psychologie, aux bons sentiments. Le constat est pourtant implacable: lors de sa première intervention, annonçant le nouveau confinement, Emmanuel Macron, encore une fois, n’a pas dit un seul mot sur le secteur culturel pourtant massacré. Dans un autre domaine, celui des droits sociaux, ce gouvernement fait même pire: il ne cesse d’affirmer que tout le monde sera couvert « quoi qu’il en coûte», alors qu’il laisse de côté des centaines de milliers d’intermittents de l’emploi (extras de l’hôtellerie- restauration, évènementiel, guides-conférenciers ;..) qui basculent au R.S.A. dans la plus grande pauvreté. Cela fait des mois que nous alertons, que nous revendiquons, que certains députés et sénateurs relayent les demandes mais en vain. La seule victoire, nous l’avons obtenue au Conseil d’Etat qui vient d’annuler une partie de la convention d’assurance chômage 2019. »

Arrêtons  d’être défensifs et optons pour des stratégies offensives.

« La seule solution : attaquer le gouvernement au Conseil d’Etat avec un référé-liberté. Cette procédure permet de saisir en urgence le juge administratif quand on estime que l’administration (État, collectivités territoriales, établissements publics) porte atteinte à une liberté fondamentale (liberté d’expression, droit au respect de la vie privée et familiale, droit d’asile, etc.). Le Juge des Référés a des pouvoirs étendus : il peut suspendre une décision de l’administration ou lui ordonner de prendre des mesures particulières. Pour rappel, les professionnels de la restauration et des stations de sports d’hiver l’ont fait mais leurs demandes n’ont pas été retenues. Seule l’Eglise a gagné et le Gouvernement a dû revoir sa copie sur la limitation à trente personnes lors des cérémonies religieuses: la jauge ne sera plus limitée mais calculée en fonction de la superficie, Pourquoi ce référé-liberté devrait être gagnant? Parce que les juges administratifs du Conseil d’Etat sont très attachés à la notion d’équité. Et les conditions d’accueil dans une église sont en tous points comparables à celles d’un cinéma ou salle de spectacle. Chacun est assis, masqué, ne bouge pas et regarde dans la même direction. Ironie de l’histoire, Jean Castex lors de la présentation de sa loi sur le séparatisme n’a cessé de vanter la laïcité à la française. Or, dans les faits, les églises sont ouvertes et les théâtres, fermés! J’appelle donc les directeurs de cinémas, théâtres et autres lieux de spectacle à déposer de toute urgence un référé-liberté au Conseil d’Etat. Cette démarche est essentielle. Et si le juge nous donne tort, il devra justifier sa décision. J’ai hâte de savoir en quoi, le fait d’assister au récit de la naissance d’un homme nommé Jésus serait sans danger, alors que le récit d’un homme nommé Tartuffe serait source de contamination. »

Personne n’accepte la mesure incompréhensible annoncée par Jean Castex et la riposte ne s’est pas fait attendre. « Mais ça y est, ça se bouge enfin, dit Samuel Churin. Jean-Paul Angot de l’Association des Scènes Nationales, Robin Renucci de l’Association des Centres Dramatiques Nationaux veulent y aller. Bien sûr, tous ne vont peut-être pas suivre. Je connais des directeurs des Centres Dramatiques Nationaux qui ne veulent pas s’attaquer à l’État, de peur de perdre leur poste. » Effectivement, on attend encore la réaction des responsables des grands théâtres, nationaux ou pas, mais la révolte gronde, avec de nombreux recours devant le Conseil d’Etat. On est impatient de voir la suite…

Philippe du Vignal

*L’urgence des arts
Et si nous pensions à demain et à l’avenir des arts ? Télérama, en partenariat avec le Théâtre de la Ville et l’E.N.S. Paris-Saclay, relève le défi avec une série de quatre débats diffusés chaque soir du 14 au 17 décembre en direct sur son site. Premier volet consacré au spectacle lundi 14 décembre avec Alex Beaupain, Volny Fages, Dominique Hervieu, Macha Makeïeff et Clément Mao-Takacs. À suivre  partir de 18h et jusqu’à 19h30 sur www.telerama.fr

De nombreuses réactions à la non-réouverture des théâtres, salles de cinéma et de concert se font entendre. L’heure n’est plus à la plainte mais à l’action. Devant le silence de la ministre de la Culture, des voix s’élèvent, l’indignation gronde. «Et Bachelot elle est où?», ironise un internaute. «Les évêques ont réussi à faire ouvrir les églises, dit un autre, pourquoi les artistes ne réussiraient-ils pas à faire rouvrir les théâtres, au nom de l’équité ? »

«lls ont osé! Ils l’ont fait ! Ils sont allés au bout de leur illogique !», s’insurge le comédien Arnaud Agnel sur Facebook dans Artistes, publics:Agissons. «Nous nous disions, ils vont comprendre » (…)  « Eux, si intelligents ! Et ils vont même comprendre que c’est dans l’intérêt de tous, de le faire… «Ces gens-là, qui nous dirigent et sont l’élite intellectuelle de la nation, vont comprendre ce qu’on revendique depuis des semaines en termes simples: rouvrir les salles de spectacles car elles ne constituent aucun danger et sont une source de respiration pour un pays qui agonise ! »

 «Depuis mars, nous avons joué le jeu. Nous avons fermé. Nous avons attendu. Nous avons annulé. Nous avons reporté. Vous nous avez blanchi ? On vous en remercie. Il a fallu enfourcher ? On a enfourché ! Sans rien comprendre ce que cela signifiait, mais on a enfourché. Il a fallu distancier ? On a distancié. A la rentrée, nous avons rouvert. Enfin ! Un peu. Pas trop. Juste suffisamment pour nous apercevoir du manque que c’était pour nous, comme pour le public, de ne pas être ensemble. » (…) « Un semblant de société revenait. On se promettait mais sans se le dire, qu’on ne se lâcherait pas. Qu’on ne se lâcherait plus. On a carrément redoublé de foi, quand fin août, vous, le même, avez déclaré: « Le secteur culturel a beaucoup souffert de cette crise…  Il faut y aller, au théâtre, au cinéma, il faut soutenir le secteur culturel…  La culture est une activité économique… Oui, je dis aux Françaises et aux Français, allez au cinéma, allez au théâtre, vous ne risquez rien.»

« Fin octobre, il a fallu couvrir le feu. On a couvert. On s’est adapté. Encore une fois. Le public était toujours là. Comme une évidence. Mi-novembre, on a été plusieurs à interpeller la ministre de la Culture pour qu’elle obtienne une réouverture au plus tôt. Fin novembre, le Président disait : «Tenez-vous prêts pour le 15 décembre.» Tous azimuts, nous avons redoublé d’efforts. Travail acharné, foi intacte. Répétitions rouillées car corps sans perspectives depuis des mois mais joie décuplée. Et là, quoi ? « Non ! C’en est trop, on craque ! »

« J’en appelle aujourd’hui au public et aux artistes de France. A toute la jeune garde qui a le vent en poupe, à tous les directeurs et directrices de lieux, à toutes les productrices et producteurs de spectacles, à tous les comédiens et comédiennes, à tous les danseuses et danseurs, à tous les musiciens et musiciennes, à tous les metteurs et metteuses en scène, à tous les chorégraphes, à tous les techniciennes et techniciens, à tous ceux et celles qui travaillent dans les services administratifs, aux auteurs et autrices, agents, aux milliers de personnes qui travaillent dans l’ombre, à toutes celles et tous ceux qui sont dans la lumière, à toutes les têtes d’affiche de notre pays ». (…) « Et enfin, oui, enfin, j’en appelle au public. Ne nous laissons plus faire ! «Des solutions intelligentes existent, nous le savons : imposons-les! Et que vivent les cinémas, les théâtres, les musées, et les salles de spectacles ! »

Mireille Davidovici

L‘équipe du Théâtre du Blog, solidaire, est mobilisée pour vous tenir au courant de cette grave crise qui atteint tout le secteur culturel français sans aucune exception. A suivre…

 

 


4 commentaires

  1. Merci de votre message. Nous ne sommes guère optimistes quant à des recours devant le Conseil d’Etat mais non si toute la profession se mobilise, avec un argumentaire préparé par de solides avocats… Espérons..
    cordialement

    Philippe du Vignal

  2. Merci Philippe Rouyer. Nous sommes aux côtés de tous ceux qui font le théâtre mais aussi des attachées de presse. Le théâtre de toute façon en aura pris un sacré coup mais il rebondira . Espérons: la foi, l’espérance et la charité… Rien de plus actuel en ces temps de sinistrose! A bientôt,

  3. philippe rouyer dit :

    Tadeusz Kantor serait d’accord avec ce blog.c’est proprement une honte mais elle frappe presque partout en Europe ; et c’est surtout là que le combat doit être mené en plus d’une demande de démissions de notre ministre de la culture en qui certains ont pu croire au pays du théâtre que j’anime sur radio campus bordeaux relaiera les réactions et actions proposées et menées

  4. Jean-Marie Cottet dit :

    Bonjour je suis directeur artistique d’une petite association de concerts, au Château de Ville d’Avray (92410) Je suis révolté comme vous par la décision de rouvrir les théâtres, cinémas et autres au 7 janvier – peut-être ! Y a-t-il moyen de soutenir votre référé-liberté ? Merci, ne baissons pas les bras !

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