Qu’ils crèvent les artistes! ( suite et pas fin…)

La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix ©x

La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix ©x

Qu’ils crèvent les artistes! ( suite et pas fin…)

La révolte et la colère grondent un peu partout dans le milieu culturel, même dans les théâtres privés, à la suite des déclarations plus que maladroites du Castex de service aux ordres de l’Elysée… Que ce soit à Bordeaux Marseille où le ZEf-Scène nationale a dû annuler  May B de Maguy Marin et Féminines de Pauline Bureau. Il a aussi signé le recours déposé devant le Conseil d’État. Et il y a aura une manifestation demain mardi partir de midi entre la Canebière et la Préfecture. Comme à Paris place de la Bastille… Mais les grandes institutions parisiennes ou en province ne sont pas pressées d’accorder leur soutien à cette révolte justifiée. Et aucune parole de Roselyne Bachelot, encore ministre de la Culture, qui ne semble pas prendre conscience de l’ampleur de ce mouvement et qui, mise dans une situation délicate, n’a quand même pas démissionné! On lui fait jouer les pompières en annonçant 35 millions d’euros d’aide mais bien entendu, cela ne suffira pas et nombre de théâtres et compagnies sont exsangues. Quant au Macron, on se souviendra de son autoritarisme, quand nous irons voter en 2022 pour l’élection présidentielle. Nous avons retrouvé un formidable article du Nouvel Observateur du 23-29 mars 2006: Pas question de céder, disaient-ils… « Chirac, Balladur, Juppé, Fillion tous ont d’abord juré que la rue ne dicterait pas sa loi… Tous à de rares exceptions près, ont dû capituler. Non sans dégâts ». Et Jean Castex, cet énarque déguisé en élu local, inscrira-t-il son nom à ce tableau de la politique à la française?  On peut l’espérer, vu les erreurs en cascade qu’il a commises depuis quelques mois… Allez une dernière pour la route avant d’aller à la manif: (cité par Le Canard enchaîné du 28 octobre) « Le meilleur moyen,de soulager l’hôpital, a dit Jean Castex, c’est de ne pas tomber malade. » Les malades hospitalisés apprécieront…

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Théâtre Liberté à Toulon ©x

Un recours commun a donc été déjà signé, et pas par n’importe qui, entre autrs: Nathalie Dessay, chanteuse et comédienne, José-Manuel Gonçalves, directeur du Cent-Quatre à Paris, Laetitia Dosh, actrice, Charles Berling, acteur et directeur du théâtre Liberté à Toulon, Marc Le Glatin, directeur du Théâtre de la Cité Internationale, Pauline Bureau, metteuse en scène et directrice de La Part des Anges, Johanny Bert, directeur du Théâtre de Romette, Camille Chamoux, actrice, Jean-Michel Ribes, metteur en scène et directeur du Théâtre du Rond-Point, Anne-Laure Liégeois, metteuse en scène, Jean-Louis Martinelli, metteur en scène, Noémie Lvovsky, réalisatrice, Kaori Ito, chorégraphe et danseuse, Adrien Béal, directeur du Théâtre Déplié, Pascal Keiser, directeur du Théâtre de la Manufacture à Avignon, Fatima N’Doye, chorégraphe, Nicolas Bouchaud, comédien, Catherine Corsini, réalisatrice, Marianne Denicourt, comédienne, Christophe Laluque directeur du Théâtre Dunois à Paris,  Aure Atika, comédienne, Christophe Pellet, auteur, Malik Zidi, acteur, Christine Citti, comédienne, Valentina Novalti, productrice-distributrice, le collectif Les Filles de Simone, Léonore Confino, autrice,  Yveline Rapeau, directrice du Pôle National Cirque, Mathilda May, autrice et metteuse en scène, Nicolas Royer , directeur de l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône, Elise Vigier de la Comédie de Caen, Karin Viard, comédienne, Thomas Quillardet, metteur en scène, Noël Mamère, journaliste, Cyril Teste, metteur en scène, Bruno Solo, comédien, Catherine Arditi, comédienne, Jean-Michel Djian, journaliste, Marie-Agnès Gillot danseuse-étoile, Dominique Pinon, comédien, Xavier Legrand, acteur et réalisateur, etc. A suivre…

Ph. du V.

Marc Lesage, directeur du Théâtre de l’Atelier à Paris fera lui aussi entendre sa voix. « Place Charles Dullin à 18h 30, à l’heure même où nous aurions dû rouvrir nos portes, nous serons sur le trottoir, dans la rue, devant notre théâtre, en compagnie de Jacques Weber, François Morel, Audrey Bonnet… pour exprimer notre dégoût et notre colère. »Nous ferons résonner dans les rues l’Art et la Culture par la parole des artistes, avec dignité et responsabilité, pour combattre l’absurdité des mesures prises par ce gouvernement. »
 
Les Ecrivains Associés du Théâtre appellent à la mobilisation! Leur conseil d’administration a décidé à l’unanimité de s’associer à la S.A.C.D. et à de nombreuses organisations professionnelles pour déposer un référé auprès du Conseil d’État,  pour faire annuler la décision gouvernementale de prolonger la fermeture des théâtres et salles de spectacle Et cette cascade de référés provient de tous les milieux culturels et de leurs syndicats. Entre autres: Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle CGT FNSAC CGT,  Fédération nationale des Arts, des Spectacles, de l’audiovisuel du Cinéma et de la Presse FO – FASAP- FO, Fédération Nationale des Arts de la Rue, Fédération Culture Communication Spectacle CFE-CGC, Association Nationale des Théâtres de Marionnettes et Arts Associés-THEMAA,  Fédération Culture Communication Spectacle CFE-CGC,  Fédération Communication, conseil, culture CFDT , Syndicat des Cirques et Compagnies de Création… L’équipe du Monfort à Paris (XV ème) a écrit à Jean Castex avec des arguments solides et invite le public « à rejoindre la manifestation, mardi 15 décembre à midi, place de la Bastille à Paris.

Lettre fort lucide et courageuse à M. Jean Castex de Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, et de toute l’équipe du Monfort théâtre:

« Revenons sur votre allocution, tout en sachant que vous avez pris votre décision à la hâte dans l’après-midi du 11 décembre, ce qui prouve encore une fois le peu de considération que vous nous portez. Dans un premier temps, vous rassurez les Français en prenant une décision qui vous semble sage : laisser nos lieux fermés en raison des chiffres de contamination en hausse. Pas d’objection : nous suivons scrupuleusement l’actualité, nous sommes d’accord avec vous, un objectif sur deux n’a pas été atteint: la barre des 5. 000 contaminations. Dans un second temps, vous employez ces mots : «revoyure le 7 janvier ». Ce qui nous laisse perplexes. Que voulez-vous nous dire exactement? Vos éléments de langage ne sont pas très clairs. Le 20 janvier est aussi évoqué. Ouvrons-nous donc dans trois semaines, ou encore plus tard ?

Alors que vous disparaissez des écrans, nous nous empressons de joindre l’Elysée qui nous précise qu’une réouverture est seulement «probable» à partir du 20 janvier, soit presque sept semaines plus tard … Coup de massue. La colère nous envahit. Si, depuis le début de la crise sanitaire, le milieu culturel s’est adapté à toutes vos injonctions et a respecté toutes les mesures à la lettre, pour la première fois, nous réagissons et faisons entendre notre voix : trop, c’est trop ! Arrêtez de nous infantiliser, de nous mépriser. Vos mensonges sont inadmissibles et portent atteinte à la crédibilité de la parole publique. »

« Ayez au moins l’honnêteté d’assumer votre position : en l’occurrence, celle d’avoir fait un choix politique (et certainement pas sanitaire). Assumez les contradictions flagrantes qui sautent aux yeux de tous : rouvrir les lieux de culte (à croire que nous ne sommes plus dans un pays laïque ?), les grandes enseignes commerciales, laisser les gens s’entasser dans les transports pour travailler et consommer … Mais taxer la culture de «non essentielle» à la nation et lui faire quasiment porter la responsabilité de la crise sanitaire. »

« Chercher à nouveau à nous calmer avec des aides financières publiques, pour faire face à des salles closes ne suffit pas! Nous vous laissons imaginer la souffrance de notre équipe permanente qui alterne entre chômage partiel et travail en urgence pour l’ouverture tant attendue de mi-décembre. C’est le sens même de nos métiers, nourri par la passion, et le lien avec les spectateurs et les artistes, que nous sommes en train de perdre, Monsieur Castex. Et il faut bien l’avouer, la charge de travail va fatalement se réduire dans les mois à venir si cela continue ainsi … »

« Vous avancez trois arguments dont le risque majeur d’attraper le covid dans nos salles, un risque réfuté par de grands médecins sur toutes les antennes: ils constatent la rigueur des protocoles sanitaires mis en place dans les lieux culturels pour accueillir le public. Il semblerait que le corps médical soit écouté mais quand cela vous arrange… Ce n’est en fait pas nos salles elles-mêmes qui sont le danger (puisque qu’aucun foyer ne s’y est déclenché) mais le flux de personnes qu’elles occasionnent. C’est peut-être la seule chose que nous apprécions encore dans votre gouvernance, votre sens de l’humour malgré vous ! »

Je vous invite à vivre un flux extraordinaire ! Les Galeries Lafayette, métro Opéra entre 14 h et 17 h, un samedi après-midi de décembre. C’est la libération, le bonheur. Le covid a disparu dans cet arrondissement chic de Paris. Nous déambulons dans les allées, jeunes, moins jeunes, voire très âgés, le masque dans le cou. Il faut dire qu’il fait très chaud et puis ça donne un certain style ! On se regarde de nouveau, on se sourit, on est heureux, les vêtements s’entassent dans les cabines d’essayage. Au vu de la situation et pour être aussi nombreux, c’est certain, nous sommes en sécurité maximale! Concernant l’ascenseur qui mène au parking, c’est un futur gag pour grand humoriste : nous sommes entre dix et douze personnes tassées, les sacs pleins les bras! Les enfants ne portent pas de masque et hurlent après avoir déambulé plusieurs heures dans cette foule compacte, le visage écrasé sur les parois de l’ascenseur jamais désinfecté et qui fait le manège du premier au cinquième sous-sol depuis neuf heures du matin … C’est effectivement extraordinaire de vivre ces moments qui nous manquaient tant! 
Enfin, troisième argument: rester fermé en décembre, pour mieux ouvrir en janvier. En parfaite contradiction avec vos discours sur les fêtes de fin d’année qui feront presque inévitablement remonter le niveau des contaminations… »

« Alors, s’il vous plaît, cessez de nous décrédibiliser face aux Français et à nos spectateurs, qui continuent à nous soutenir. Nous sommes respectueux de la République, responsables, nous avons su protéger nos maisons, nos équipes permanentes, le public, les artistes et toute la chaîne de nos corps de métiers, costumiers, régisseurs, ingénieurs son et lumière… et toutes les professions invisibles. Les protocoles sanitaires que vous nous avez imposés ont tous été respectés et nous n’avons demandé aucun traitement de faveur. Nous ne sommes pas dans le complotisme ou toute autre forme de déni face à cette terrible crise sanitaire. Mais ne nous incitez pas trop à être désobéissants.
Cette décision est absurde et injuste. Nous serons donc fermés car nous ne sommes pas un secteur assez fiable et nous ouvrirons au mieux le 20 janvier (peu probable), ou peut-être en février, au pire après les élections présidentielles en 2022 ! »

L’équipe du Nouveau théâtre de Montreuil ne mâche pas non plus ses mots:

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La colère gronde et les salles de spectacle ont adressé un référé auprès du Conseil d’État pour faire valoir leurs droits par rapport à cette décision inéquitable. Nous sommes solidaires de l’appel à se rassembler le mardi 15 décembre à midi, place de la Bastille à Paris.
Et en fin de journée, retrouvons-nous à Montreuil : le Nouveau théâtre de Montreuil et le cinéma Le Méliès soutiennent l’initiative des spectateurs qui constitueront à 18h sur la place Jean-Jaurès une file d’attente symbolique, respectueuse des distances de sécurité et des gestes-barrières, pour exiger la réouverture des lieux de culture.

 

 


Archive pour 14 décembre, 2020

Qu’ils crèvent les artistes! ( suite et pas fin…)

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Qu’ils crèvent les artistes! ( suite et pas fin…)

La révolte et la colère grondent un peu partout dans le milieu culturel, même dans les théâtres privés, à la suite des déclarations plus que maladroites du Castex de service aux ordres de l’Elysée… Que ce soit à Bordeaux Marseille où le ZEf-Scène nationale a dû annuler  May B de Maguy Marin et Féminines de Pauline Bureau. Il a aussi signé le recours déposé devant le Conseil d’État. Et il y a aura une manifestation demain mardi partir de midi entre la Canebière et la Préfecture. Comme à Paris place de la Bastille… Mais les grandes institutions parisiennes ou en province ne sont pas pressées d’accorder leur soutien à cette révolte justifiée. Et aucune parole de Roselyne Bachelot, encore ministre de la Culture, qui ne semble pas prendre conscience de l’ampleur de ce mouvement et qui, mise dans une situation délicate, n’a quand même pas démissionné! On lui fait jouer les pompières en annonçant 35 millions d’euros d’aide mais bien entendu, cela ne suffira pas et nombre de théâtres et compagnies sont exsangues. Quant au Macron, on se souviendra de son autoritarisme, quand nous irons voter en 2022 pour l’élection présidentielle. Nous avons retrouvé un formidable article du Nouvel Observateur du 23-29 mars 2006: Pas question de céder, disaient-ils… « Chirac, Balladur, Juppé, Fillion tous ont d’abord juré que la rue ne dicterait pas sa loi… Tous à de rares exceptions près, ont dû capituler. Non sans dégâts ». Et Jean Castex, cet énarque déguisé en élu local, inscrira-t-il son nom à ce tableau de la politique à la française?  On peut l’espérer, vu les erreurs en cascade qu’il a commises depuis quelques mois… Allez une dernière pour la route avant d’aller à la manif: (cité par Le Canard enchaîné du 28 octobre) « Le meilleur moyen,de soulager l’hôpital, a dit Jean Castex, c’est de ne pas tomber malade. » Les malades hospitalisés apprécieront…

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Un recours commun a donc été déjà signé, et pas par n’importe qui, entre autrs: Nathalie Dessay, chanteuse et comédienne, José-Manuel Gonçalves, directeur du Cent-Quatre à Paris, Laetitia Dosh, actrice, Charles Berling, acteur et directeur du théâtre Liberté à Toulon, Marc Le Glatin, directeur du Théâtre de la Cité Internationale, Pauline Bureau, metteuse en scène et directrice de La Part des Anges, Johanny Bert, directeur du Théâtre de Romette, Camille Chamoux, actrice, Jean-Michel Ribes, metteur en scène et directeur du Théâtre du Rond-Point, Anne-Laure Liégeois, metteuse en scène, Jean-Louis Martinelli, metteur en scène, Noémie Lvovsky, réalisatrice, Kaori Ito, chorégraphe et danseuse, Adrien Béal, directeur du Théâtre Déplié, Pascal Keiser, directeur du Théâtre de la Manufacture à Avignon, Fatima N’Doye, chorégraphe, Nicolas Bouchaud, comédien, Catherine Corsini, réalisatrice, Marianne Denicourt, comédienne, Christophe Laluque directeur du Théâtre Dunois à Paris,  Aure Atika, comédienne, Christophe Pellet, auteur, Malik Zidi, acteur, Christine Citti, comédienne, Valentina Novalti, productrice-distributrice, le collectif Les Filles de Simone, Léonore Confino, autrice,  Yveline Rapeau, directrice du Pôle National Cirque, Mathilda May, autrice et metteuse en scène, Nicolas Royer , directeur de l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône, Elise Vigier de la Comédie de Caen, Karin Viard, comédienne, Thomas Quillardet, metteur en scène, Noël Mamère, journaliste, Cyril Teste, metteur en scène, Bruno Solo, comédien, Catherine Arditi, comédienne, Jean-Michel Djian, journaliste, Marie-Agnès Gillot danseuse-étoile, Dominique Pinon, comédien, Xavier Legrand, acteur et réalisateur, etc. A suivre…

Ph. du V.

Marc Lesage, directeur du Théâtre de l’Atelier à Paris fera lui aussi entendre sa voix. « Place Charles Dullin à 18h 30, à l’heure même où nous aurions dû rouvrir nos portes, nous serons sur le trottoir, dans la rue, devant notre théâtre, en compagnie de Jacques Weber, François Morel, Audrey Bonnet… pour exprimer notre dégoût et notre colère. »Nous ferons résonner dans les rues l’Art et la Culture par la parole des artistes, avec dignité et responsabilité, pour combattre l’absurdité des mesures prises par ce gouvernement. »
 
Les Ecrivains Associés du Théâtre appellent à la mobilisation! Leur conseil d’administration a décidé à l’unanimité de s’associer à la S.A.C.D. et à de nombreuses organisations professionnelles pour déposer un référé auprès du Conseil d’État,  pour faire annuler la décision gouvernementale de prolonger la fermeture des théâtres et salles de spectacle Et cette cascade de référés provient de tous les milieux culturels et de leurs syndicats. Entre autres: Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle CGT FNSAC CGT,  Fédération nationale des Arts, des Spectacles, de l’audiovisuel du Cinéma et de la Presse FO – FASAP- FO, Fédération Nationale des Arts de la Rue, Fédération Culture Communication Spectacle CFE-CGC, Association Nationale des Théâtres de Marionnettes et Arts Associés-THEMAA,  Fédération Culture Communication Spectacle CFE-CGC,  Fédération Communication, conseil, culture CFDT , Syndicat des Cirques et Compagnies de Création… L’équipe du Monfort à Paris (XV ème) a écrit à Jean Castex avec des arguments solides et invite le public « à rejoindre la manifestation, mardi 15 décembre à midi, place de la Bastille à Paris.

Lettre fort lucide et courageuse à M. Jean Castex de Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, et de toute l’équipe du Monfort théâtre:

« Revenons sur votre allocution, tout en sachant que vous avez pris votre décision à la hâte dans l’après-midi du 11 décembre, ce qui prouve encore une fois le peu de considération que vous nous portez. Dans un premier temps, vous rassurez les Français en prenant une décision qui vous semble sage : laisser nos lieux fermés en raison des chiffres de contamination en hausse. Pas d’objection : nous suivons scrupuleusement l’actualité, nous sommes d’accord avec vous, un objectif sur deux n’a pas été atteint: la barre des 5. 000 contaminations. Dans un second temps, vous employez ces mots : «revoyure le 7 janvier ». Ce qui nous laisse perplexes. Que voulez-vous nous dire exactement? Vos éléments de langage ne sont pas très clairs. Le 20 janvier est aussi évoqué. Ouvrons-nous donc dans trois semaines, ou encore plus tard ?

Alors que vous disparaissez des écrans, nous nous empressons de joindre l’Elysée qui nous précise qu’une réouverture est seulement «probable» à partir du 20 janvier, soit presque sept semaines plus tard … Coup de massue. La colère nous envahit. Si, depuis le début de la crise sanitaire, le milieu culturel s’est adapté à toutes vos injonctions et a respecté toutes les mesures à la lettre, pour la première fois, nous réagissons et faisons entendre notre voix : trop, c’est trop ! Arrêtez de nous infantiliser, de nous mépriser. Vos mensonges sont inadmissibles et portent atteinte à la crédibilité de la parole publique. »

« Ayez au moins l’honnêteté d’assumer votre position : en l’occurrence, celle d’avoir fait un choix politique (et certainement pas sanitaire). Assumez les contradictions flagrantes qui sautent aux yeux de tous : rouvrir les lieux de culte (à croire que nous ne sommes plus dans un pays laïque ?), les grandes enseignes commerciales, laisser les gens s’entasser dans les transports pour travailler et consommer … Mais taxer la culture de «non essentielle» à la nation et lui faire quasiment porter la responsabilité de la crise sanitaire. »

« Chercher à nouveau à nous calmer avec des aides financières publiques, pour faire face à des salles closes ne suffit pas! Nous vous laissons imaginer la souffrance de notre équipe permanente qui alterne entre chômage partiel et travail en urgence pour l’ouverture tant attendue de mi-décembre. C’est le sens même de nos métiers, nourri par la passion, et le lien avec les spectateurs et les artistes, que nous sommes en train de perdre, Monsieur Castex. Et il faut bien l’avouer, la charge de travail va fatalement se réduire dans les mois à venir si cela continue ainsi … »

« Vous avancez trois arguments dont le risque majeur d’attraper le covid dans nos salles, un risque réfuté par de grands médecins sur toutes les antennes: ils constatent la rigueur des protocoles sanitaires mis en place dans les lieux culturels pour accueillir le public. Il semblerait que le corps médical soit écouté mais quand cela vous arrange… Ce n’est en fait pas nos salles elles-mêmes qui sont le danger (puisque qu’aucun foyer ne s’y est déclenché) mais le flux de personnes qu’elles occasionnent. C’est peut-être la seule chose que nous apprécions encore dans votre gouvernance, votre sens de l’humour malgré vous ! »

Je vous invite à vivre un flux extraordinaire ! Les Galeries Lafayette, métro Opéra entre 14 h et 17 h, un samedi après-midi de décembre. C’est la libération, le bonheur. Le covid a disparu dans cet arrondissement chic de Paris. Nous déambulons dans les allées, jeunes, moins jeunes, voire très âgés, le masque dans le cou. Il faut dire qu’il fait très chaud et puis ça donne un certain style ! On se regarde de nouveau, on se sourit, on est heureux, les vêtements s’entassent dans les cabines d’essayage. Au vu de la situation et pour être aussi nombreux, c’est certain, nous sommes en sécurité maximale! Concernant l’ascenseur qui mène au parking, c’est un futur gag pour grand humoriste : nous sommes entre dix et douze personnes tassées, les sacs pleins les bras! Les enfants ne portent pas de masque et hurlent après avoir déambulé plusieurs heures dans cette foule compacte, le visage écrasé sur les parois de l’ascenseur jamais désinfecté et qui fait le manège du premier au cinquième sous-sol depuis neuf heures du matin … C’est effectivement extraordinaire de vivre ces moments qui nous manquaient tant! 
Enfin, troisième argument: rester fermé en décembre, pour mieux ouvrir en janvier. En parfaite contradiction avec vos discours sur les fêtes de fin d’année qui feront presque inévitablement remonter le niveau des contaminations… »

« Alors, s’il vous plaît, cessez de nous décrédibiliser face aux Français et à nos spectateurs, qui continuent à nous soutenir. Nous sommes respectueux de la République, responsables, nous avons su protéger nos maisons, nos équipes permanentes, le public, les artistes et toute la chaîne de nos corps de métiers, costumiers, régisseurs, ingénieurs son et lumière… et toutes les professions invisibles. Les protocoles sanitaires que vous nous avez imposés ont tous été respectés et nous n’avons demandé aucun traitement de faveur. Nous ne sommes pas dans le complotisme ou toute autre forme de déni face à cette terrible crise sanitaire. Mais ne nous incitez pas trop à être désobéissants.
Cette décision est absurde et injuste. Nous serons donc fermés car nous ne sommes pas un secteur assez fiable et nous ouvrirons au mieux le 20 janvier (peu probable), ou peut-être en février, au pire après les élections présidentielles en 2022 ! »

L’équipe du Nouveau théâtre de Montreuil ne mâche pas non plus ses mots:

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La colère gronde et les salles de spectacle ont adressé un référé auprès du Conseil d’État pour faire valoir leurs droits par rapport à cette décision inéquitable. Nous sommes solidaires de l’appel à se rassembler le mardi 15 décembre à midi, place de la Bastille à Paris.
Et en fin de journée, retrouvons-nous à Montreuil : le Nouveau théâtre de Montreuil et le cinéma Le Méliès soutiennent l’initiative des spectateurs qui constitueront à 18h sur la place Jean-Jaurès une file d’attente symbolique, respectueuse des distances de sécurité et des gestes-barrières, pour exiger la réouverture des lieux de culture.

 

 

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