Et la Culture ?

Et la Culture ?

 

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Date de réouverture prévue le mais partielle et avec toutes les précautions sanitaires déjà instaurées des théâtres, cinémas, salles de concert, cirques, cabarets, etc..  Et puis c’est non!  Sans aucune concertation ni appel, comme le souligne la C.G.T. du spectacle. Le Gouvernement, désinvolte, renvoie le monde de la Culture à une « revoyure » ! De nombreux responsables de la Culture en colère, comme tous les agents des secteurs interdits, bloqués par la crise sanitaire, ont déposé des référés-liberté auprès du Conseil d’État afin de « rétablir une égalité devant la loi ».
Comme les autres, et c’est dommage. Nous, quelques milliers quand même à ce rassemblement pour la culture, mardi dernier. Entre temps, était arrivé le camion du son, porteur des revendications syndicales nécessaires. Problème : la nécessité du consensus dans les textes des syndicats fait qu’ils manquent de style. Or le style, c’est le boulot des artistes.

 Faut-il que nous (nous nous mettons dans le lot) soyons diminués par le mépris gouvernemental déjà ancien pour n’avoir pas su inventer, créer, la forme de notre protestation ? À quelques trouvailles près, comme dans tous les défilés revendicatifs : l’Ancien théâtre de Montreuil porté par le personnel du Nouveau Théâtre de Montreuil…

Il est vrai que le monde de la Culture est analogique au « monde réel ». Individus à côté d’autres individus, petits collectifs clos : manque à ceux qui parlent volontiers de La Culture comme lieu de« résistance » ce qui avait fait la force de la Résistance historique contre l’envahisseur nazi, c’est à dire de vrais réseaux, sérieux, actifs, engagés, malins, solidaires… Allez, on s’offre un petit coup de nostalgie avec le souvenir de L‘Enterrement de la Culture, manifestation «monstre » selon les chroniqueurs en réaction contre les propos du ministre d’alors, Maurice Druon, qui avait perdu un belle occasion de se taire en avertissant le 3 mai: « Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir. » On vous mettra bientôt en ligne quelques belles photos de cette grande manifestation  qu’avait prises Philippe du Vignal.

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Mendiants et voyous, tout ce qu’ils sont capables de faire, ces cultureux? Il y avait eu un grand corbillard avec tambours drapés de noirs, cercueils promenés dans la foule, marionnettes géantes, Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, le metteur en scène Jean-Pierre Vincent en tête disparu le mois dernier, et nous, jeunots. Nous étions pas mal de têtes blanches, ce mardi 15 décembre, à la Bastille que nous n’avons pas prise. Mais où étaient les créateurs de toutes les générations? Pourquoi sont-ils restés chez eux? Sommes-nous si découragés, avalés par le numérique? Avons-nous pour seul devoir de nous tirer dans les pattes, pour savoir si nous sommes essentiels ou pas ?

Oui, dirions-nous, nous ne sommes ni plus ni moins essentiels que tout un chacun,  mais c’est notre travail qui l’est. Peut-être ne sommes nous que le persil sur la tomate, comme dit Jacques Livchine, mais ce persil est essentiel (vitamine C et vitamine K1). Le plaisir du théâtre, l’intelligence, la colère même quand on a vu un mauvais spectacle, sont essentiels pour sortir des oppositions qui ne sont pas des débats : « J’aime », « J’aime pas » et des condamnations hâtives.

Les “réseaux sociaux“ multiplient les petits Ubu haineux et despotiques. Si le théâtre, l’art en général leur donnait un peu le temps de la réflexion, on n’en serait peut-être pas à ce stade : je déteste, puis je ferme mes esgourdes. Or, l’art dégourdit, fait bouger, fait sortir du binaire, à condition qu’il puisse vous (nous) atteindre Encore faut-il que l’artiste fasse son boulot et invente, crée, rencontre le public. « Le devoir de tout révolutionnaire, disait Che Guevara, est de faire la révolution. » Devise applicable à tout artiste qui doit faire de l’art, exigeant, libre. Y compris dans un rassemblement pour défendre la culture.

La ministre, bizarrement moins présente sur les écrans que d’habitude, se flatte des «années blanches» accordées aux intermittents du spectacle. Mais tout le reste ? Et le mépris pour le travail de ceux qui ont monté un spectacle, démonté, remonté et re-démonté ? Comme si ce n’était rien ? Bizarre pour un gouvernement qui prône la « valeur -travail » de mépriser leur travail.  Et l’argent gaspillé à cause de ces ouvertures, fermetures, réouvertures, refermetures ? Bizarre quece gouvernement (il n’est pas le premier) prenne des artistes pour des cigales, quand ils sont plus fourmis que lui. Et l’économie générée par les tournées ? On dira : perdu pour perdu, puisque les hôtels et restaurants sont aussi fermés et quant à la S.N.C.F., au point où elle en est… La Ministre aime l’opéra ? Elle pleure, comme à l’opéra, du saccage qu’elle est obligée de faire de la Culture et de ceux qui la font ? Douces larmes qui ne sauveront pas la Culture de la sècheresse. Une canicule : l’arbre pâtit, mais résiste. Deux canicules : l’arbre va puiser dans ses racines plus profondes pour survivre. Trois canicules : il meurt.

Mais au fait, est-ce seulement une affaire sanitaire ? Cela sent très fort la liquidation, la déforestation pour rentabiliser la culture en « produits culturels consommables ». Cette politique semble bien fonctionner : Renaud Capuçon va jouer dans un supermarché ? Les gens ne l’écoutent pas, ont autre chose à faire : les cadeaux de Noël à acheter et le chiffre d’affaires de la grande distribution à faire grimper. Preuve qu’il est trop tard ? Preuve surtout qu’il ne faut pas cesser de jouer des musiques vivantes, si on veut qu’elles ouvrent quelques esgourdes. Idem pour le spectacle…

Bon, en France les artistes du spectacle ont la chance d’avoir un régime enviable d’indemnisation du chômage: l’intermittence. Leurs droits ont été prolongés et on leur a octroyé cette fameuse «année blanche». Drôle d’expression : page blanche. Il n’y a rien, mais ce rien est un vide qui attend. On la remplit la page blanche, on écrit, on invente, on est comme l’arbre au stade II, on va chercher au fond de ses racines. Et on ne laisse pas la politique à ceux qui nous gouvernent…

Christine Friedel

 

 


Archive pour 22 décembre, 2020

Et la Culture ?

Et la Culture ?

 

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Date de réouverture prévue le mais partielle et avec toutes les précautions sanitaires déjà instaurées des théâtres, cinémas, salles de concert, cirques, cabarets, etc..  Et puis c’est non!  Sans aucune concertation ni appel, comme le souligne la C.G.T. du spectacle. Le Gouvernement, désinvolte, renvoie le monde de la Culture à une « revoyure » ! De nombreux responsables de la Culture en colère, comme tous les agents des secteurs interdits, bloqués par la crise sanitaire, ont déposé des référés-liberté auprès du Conseil d’État afin de « rétablir une égalité devant la loi ».
Comme les autres, et c’est dommage. Nous, quelques milliers quand même à ce rassemblement pour la culture, mardi dernier. Entre temps, était arrivé le camion du son, porteur des revendications syndicales nécessaires. Problème : la nécessité du consensus dans les textes des syndicats fait qu’ils manquent de style. Or le style, c’est le boulot des artistes.

 Faut-il que nous (nous nous mettons dans le lot) soyons diminués par le mépris gouvernemental déjà ancien pour n’avoir pas su inventer, créer, la forme de notre protestation ? À quelques trouvailles près, comme dans tous les défilés revendicatifs : l’Ancien théâtre de Montreuil porté par le personnel du Nouveau Théâtre de Montreuil…

Il est vrai que le monde de la Culture est analogique au « monde réel ». Individus à côté d’autres individus, petits collectifs clos : manque à ceux qui parlent volontiers de La Culture comme lieu de« résistance » ce qui avait fait la force de la Résistance historique contre l’envahisseur nazi, c’est à dire de vrais réseaux, sérieux, actifs, engagés, malins, solidaires… Allez, on s’offre un petit coup de nostalgie avec le souvenir de L‘Enterrement de la Culture, manifestation «monstre » selon les chroniqueurs en réaction contre les propos du ministre d’alors, Maurice Druon, qui avait perdu un belle occasion de se taire en avertissant le 3 mai: « Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir. » On vous mettra bientôt en ligne quelques belles photos de cette grande manifestation  qu’avait prises Philippe du Vignal.

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Mendiants et voyous, tout ce qu’ils sont capables de faire, ces cultureux? Il y avait eu un grand corbillard avec tambours drapés de noirs, cercueils promenés dans la foule, marionnettes géantes, Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, le metteur en scène Jean-Pierre Vincent en tête disparu le mois dernier, et nous, jeunots. Nous étions pas mal de têtes blanches, ce mardi 15 décembre, à la Bastille que nous n’avons pas prise. Mais où étaient les créateurs de toutes les générations? Pourquoi sont-ils restés chez eux? Sommes-nous si découragés, avalés par le numérique? Avons-nous pour seul devoir de nous tirer dans les pattes, pour savoir si nous sommes essentiels ou pas ?

Oui, dirions-nous, nous ne sommes ni plus ni moins essentiels que tout un chacun,  mais c’est notre travail qui l’est. Peut-être ne sommes nous que le persil sur la tomate, comme dit Jacques Livchine, mais ce persil est essentiel (vitamine C et vitamine K1). Le plaisir du théâtre, l’intelligence, la colère même quand on a vu un mauvais spectacle, sont essentiels pour sortir des oppositions qui ne sont pas des débats : « J’aime », « J’aime pas » et des condamnations hâtives.

Les “réseaux sociaux“ multiplient les petits Ubu haineux et despotiques. Si le théâtre, l’art en général leur donnait un peu le temps de la réflexion, on n’en serait peut-être pas à ce stade : je déteste, puis je ferme mes esgourdes. Or, l’art dégourdit, fait bouger, fait sortir du binaire, à condition qu’il puisse vous (nous) atteindre Encore faut-il que l’artiste fasse son boulot et invente, crée, rencontre le public. « Le devoir de tout révolutionnaire, disait Che Guevara, est de faire la révolution. » Devise applicable à tout artiste qui doit faire de l’art, exigeant, libre. Y compris dans un rassemblement pour défendre la culture.

La ministre, bizarrement moins présente sur les écrans que d’habitude, se flatte des «années blanches» accordées aux intermittents du spectacle. Mais tout le reste ? Et le mépris pour le travail de ceux qui ont monté un spectacle, démonté, remonté et re-démonté ? Comme si ce n’était rien ? Bizarre pour un gouvernement qui prône la « valeur -travail » de mépriser leur travail.  Et l’argent gaspillé à cause de ces ouvertures, fermetures, réouvertures, refermetures ? Bizarre quece gouvernement (il n’est pas le premier) prenne des artistes pour des cigales, quand ils sont plus fourmis que lui. Et l’économie générée par les tournées ? On dira : perdu pour perdu, puisque les hôtels et restaurants sont aussi fermés et quant à la S.N.C.F., au point où elle en est… La Ministre aime l’opéra ? Elle pleure, comme à l’opéra, du saccage qu’elle est obligée de faire de la Culture et de ceux qui la font ? Douces larmes qui ne sauveront pas la Culture de la sècheresse. Une canicule : l’arbre pâtit, mais résiste. Deux canicules : l’arbre va puiser dans ses racines plus profondes pour survivre. Trois canicules : il meurt.

Mais au fait, est-ce seulement une affaire sanitaire ? Cela sent très fort la liquidation, la déforestation pour rentabiliser la culture en « produits culturels consommables ». Cette politique semble bien fonctionner : Renaud Capuçon va jouer dans un supermarché ? Les gens ne l’écoutent pas, ont autre chose à faire : les cadeaux de Noël à acheter et le chiffre d’affaires de la grande distribution à faire grimper. Preuve qu’il est trop tard ? Preuve surtout qu’il ne faut pas cesser de jouer des musiques vivantes, si on veut qu’elles ouvrent quelques esgourdes. Idem pour le spectacle…

Bon, en France les artistes du spectacle ont la chance d’avoir un régime enviable d’indemnisation du chômage: l’intermittence. Leurs droits ont été prolongés et on leur a octroyé cette fameuse «année blanche». Drôle d’expression : page blanche. Il n’y a rien, mais ce rien est un vide qui attend. On la remplit la page blanche, on écrit, on invente, on est comme l’arbre au stade II, on va chercher au fond de ses racines. Et on ne laisse pas la politique à ceux qui nous gouvernent…

Christine Friedel

 

 

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