Une vie après la scène…

Une vie après  la scène…

 Faute de les présenter en tournée, certains spectacles, que nous avons vus et appréciés, ont trouvé d’autres moyens de diffusion comme, entre autres Je ne serais pas arrivée là, si …qu’on peut écouter en  « podcast » sur France-Culture et d’Une femme se déplace  qui a pris la forme d’un disque sur deezer, itunes et autres supports. Petit rappel de ces jours heureux où les spectacles se jouaient devant un vrai public !

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Julie Gayet et Judith Henry © Jean-Louis Fernandez

 Je ne serais pas arrivée là, si d’après les interviews d’Anick Cojean, mise en scène de Judith Henry

Un spectacle plusieurs fois repris depuis que nous l’avons vu au Theâtre Antoine, à Paris, dans le cadre des Paroles Citoyennes,  un festival lancé en 2018 par Jean-Marc Dumontet pour «faire écho aux grandes questions sociétales de notre temps.» En cette soirée inaugurale en 2020, parole est donnée aux femmes : Judith Henry et Julie Gayet lisent des extraits de Je ne serais pas arrivée là si … d’Annick Cojean.  A partir de ces quelques mots anodins, la journaliste amorçait pour Le Monde une série d’entretiens avec des femmes et hommes célèbres .

Ceux réalisés avec des femmes ont ensuite été publiés.  «Elles se racontent avec une sincérité bouleversante, écrit Annick Cojean dans la préface. Elles cherchent dans leur histoire quels ont pu être leurs principaux ressorts et ce que la vie leur a appris. Toutes ont imposé leur voix dans un monde dont les règles sont forgées par les hommes et toutes ont eu à cœur de partager cette expérience. »

Les comédiennes, tour à tour intervieweuses et interviewées, donnent leur voix à six femmes. D’abord Gisèle Halimi, qui revient sur soixante-dix ans de combats. La célèbre avocate française disparue cette année, se souvient avoir découvert précocement la malédiction d’être née fille mais refusera alors un destin assigné par son genre… Elle porte en elle : « une rage, une force sauvage, je voulais me sauver »: une énergie que Judith Henry nous fait entendre sans artifice.

Amélie Nothomb répond à la question de la journaliste par : «Si je n’avais été insomniaque de naissance. » (…) « Je me racontais des histoires, j’étais le locuteur et le public», avant de lui confier les grands traumatismes de son enfance : agression sexuelle, arrachement au Japon et à sa nourrice. Son ambition de jeune fille, une fois arrivée en Belgique, était : «Tout simplement d’être japonaise». On reconnaît ici, porté par Julie Gayet, l’humour froid de la romancière.
  

 Pour l’autrice Virginie Despentes, jouée avec piquant par Judith Henry, c’est : « Si je n’avais pas  arrêté de boire à trente ans», qui a induit son destin et dit Christiane Taubira: « S’il n’y avait pas eu ce rire tonitruant de ma maman. Ce rire qui revenait comme une joie invincible. Oui, invincible. » Sa mère fut un exemple de courage pour cette future ministre qui, dès l’âge de six ans, voulait «sauver le monde ». 

 La romancière Nina Bouraoui, pour sa part, a été marquée d’abord par le fait d’être née en Algérie, puis par une différence: son homosexualité qui l’a guidée.  Et l’ethnologue Françoise Héritier (1933-2017) dans doit son itinéraire à sa curiosité, quand elle a entendu parler par des camarades, du séminaire de Claude Lévi-Strauss: «J’avais vingt ans, j’étudiais l’histoire-géographie et leur enthousiasme était tel qu’il fallait que j’entende, de mes propres oreilles, ce qui se passait dans ce cours à l’Ecole Pratique donné à la Sorbonne. Ce fut une révélation. »

Ces propos largement réécrits par Annick Cojean retrouvent ici leur oralité originelle. Et à un débat organisé à l’issue de cette lecture scénique, la journaliste dit  avoir reconnu le rythme des phrases et le grain de voix de ces femmes. Et «On a essayé, dit Judith Henry qui en a fait l’adaptation, de rendre leurs paroles et leur présence même si on a beaucoup coupé.»

Ces personnalités, aux parcours divers mais souvent cabossés, semblent se répondre. Une étrange sororité les relie : pour la plupart, elles sont arrivées là en surmontant des traumas et en transgressant des interdits. «Elles se sont toutes battues dans un monde d’hommes, dit Annick Cojean, elles ont montré plus de courage, travaillé davantage, subi des insultes, des violences et même des viols. »

 Grâce à la magie de cette simple lecture, les actrices ont partagé avec nous des moments intenses, sans pour autant s’identifier à leurs personnages. Une distance qui permet aux spectatrices de reconnaître un peu de leur histoire, dans celle de ces célébrités. Au-delà d’un certain effet “people“, leur courage et leur étonnante sincérité forcent l’admiration et nous incitent à reprendre le flambeau. Françoise Héritier dans une interview réalisée peu de temps avant sa disparition, se réjouissait du mouvement Metoo: A retrouver en Podcast sur France-Culture

UNE FEMME SE DEPLACE

© Christophe Reynaud de Lage

 Une Femme se déplace, texte, mise en scène et musique de David Lescot

 Vu au Théâtre des Abbesses à Paris la saison dernière, cette comédie musicale devait être reprise cet automne au Montfort Théâtre, à Paris et a été juste présentée à quelques professionnels (voir plus bas). L’auteur conte ici, en paroles, chansons et musique, le voyage d’une jeune femme, Georgia, dans plusieurs époques de son existence. Avec «l’idée d’écrire pour la scène, un portrait de femme, à l’échelle d’une vie». Il a confié ce rôle à Ludmilla Dabo : autour d’elle, des comédiens-chanteurs talentueux accompagnés par quatre musiciens.

Tout commence lors d’un banal déjeuner dans un restaurant à concept : on n’y sert que du fade… pour «discerner quelque chose derrière le rien». Ballet insidieux des serveurs, menu aux noms ronflants…La jeune femme parle avec une amie de sa vie de bobo parisienne, plate et sans histoires : elle aime son travail, son mari et ses enfants… 

Survient alors des mini-catastrophes qui la déroutent. Paniquée, elle confond le brumisateur de table avec un chargeur de téléphone, et tout disjoncte. Elle se retrouve dans un autre temps de sa vie. Grâce à cet artifice et guidée par une voisine de table au fait du processus, elle va effectuer des allers et retours  “intra-biographiques“  dans le passé et le futur. Et vers des moments et des personnages-clés de sa vie : un mari timide qui ne finit jamais ses phrases et qui dit oui à tout, un père coureur de jupons mais témoin de Jéhovah, une mère exubérante et criblée de dettes, une amie d’enfance dépressive et son amour d’adolescence, rebelle et inconséquent…

Le metteur en scène utilise les artifices artisanaux du théâtre : scénographie, son, lumières, chorégraphie et jeu d’acteurs mais sans jamais recourir à la vidéo.

 Pour marquer les alternances temporelles, le décor épuré du restaurant Platitude repère pour le présent, change d’un épisode à l’autre pour accueillir des éléments du passé ou de l’avenir : lit, chaises, table basse… Il avance et recule, comme le temps, au vu et au su de l’héroïne. Les déplacements dans le futur embrouillent, plus qu’ils n’éclairent Georgia. Et ses incursions dans le passé déterrent fantômes et événements dramatiques effacés de sa mémoire : avortement, mariage de raison, suicide d’une amie, disparition d’un fiancé…

Avec cette fable symbolique, David Lescot questionne les choix sur lesquels on bâtit une vie rangée. Il s’agit, comme le proposait le restaurant, de «discerner quelque chose derrière le rien». A mesure que Georgia voyage dans sa propre histoire, doutes et regrets bousculent ses certitudes. Mais peut-on modifier le passé et réparer ses erreurs ? Pour David Lescot : «Le thème de la dette qui structure les relations familiales et amoureuses, irrigue la pièce toute entière.» Une chanson met en scène toute la famille qui enjoint l’héroïne à payer ses dettes ! «Il s’agit bien, dit l’auteur, de représenter le monde contemporain et ses diktats, les choix pour orienter sa propre existence, ou encore le dur de métier de vivre ensemble. »

 Mais foin de la mélancolie… Cette comédie aux interrogations existentielles mêle le burlesque aux émotions intimes. Et les situations et personnages, comiques et attachants, renvoient au monde de la petite bourgeoisie urbaine  actuelle. On pense à l’univers ironique d’une Claire Brétécher… Une Femme se déplace échappe au réalisme social grâce à la musique, au chant et à la danse. Où il y a un décalage des thèmes et une tension désamorcée. Dans le restaurant, sont diffusés « des silences enregistrés en plusieurs points de la Planète »,  sinon l’orchestre mêle sons acoustiques et effets électroniques et glisse d’un genre musical à l’autre. Anthony Capelli signe les arrangements des vingt morceaux écrits pour piano électrique (Fabien Moryoussef),  basse (Philippe Thibault), guitare (Ronan Yvon) et batterie (Anthony Capelli).

Les chansons expriment des sentiments dans la pure tradition lyrique; elles sous-tendent aussi des échanges dialogués ou bien s’articulent avec la musique, sur le mode du parlé/chanté. Avec des arias tristes, comme celle que chante l’amie dépressive. D’autres enjouées comme celle où le le mari déclare :  «Oui. Je dis oui à tout » qui sonne comme un tube. Et il y a plusieurs morceaux de bravoure comme le solo du fils, un futur “geek“, s’excitant sur le fonctionnement du GPS. Ou un inventaire de biens lors d’une saisie : récriminations de la mère, ballet et chœur des huissiers brandissant les meubles. Grâce à un détour par la science-fiction, se dessine la vie d’une femme de trente-cinq ans. Une comédie musicale en deux heures quinze qui vaut le déplacement

A écouter sur Deezer, Itunes etc …

Mireille Davidovici

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, nous n’avons pu assister à cette présentation professionnelle mais seulement à sa plus grande partie. Nous avons admiré la grande rigueur de la mise en scène malgré une certaine tendance à la répétition sans doute inspirée, comme la scénographie, d’anciens spectacles de Bob Wilson avec chaises et tables de restaurant au style minimaliste.

 L’acoustique du Monfort est loin d’être bonne et c’est un euphémisme. Ainsi, la balance entre l’orchestre et les acteurs-chanteurs aurait méritée d’être plus étudiée. Et malgré  des micros HF, on comprenait mal le texte de Ludmilla  Dabo. Le fait que cela se passe dans cette grande salle où il y avait une quarantaine de spectateurs, n’arrangeait sans doute pas les choses. Et ce parlé-chanté base de cette parabole teintée de science-fonction où cette jeune femme navigue dans le temps, nous a paru assez sec et ne nous pas vraiment convaincu.
 
Mais bon, les transplantations d’un lieu à un autre ne sont jamais favorables à un spectacle et on a eu la preuve une fois de plus combien l’absence d’un vrai public peut être un facteur négatif… Dommage et il faudrait revoir cette comédie musicale dans des conditions normales. Mais cela risque de n’être pas pour tout de suite… après l’annonce ce soir de la décision du Conseil d’Etat! Et on reste sceptique quant à la réouverture des salles de spectacle et lieux culturels le 7 janvier…

 Philippe du Vignal

 


Archive pour 23 décembre, 2020

Petits cadeaux de Noël suite et fin

Petits cadeaux de Noël  (suite )

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20 000 lieues sous les mers, le roman de Jules Verne adapté pour acteurs et marionnettes par Christian Hecq et Valérie Lesort. Captation au Théâtre du Vieux-Colombier en novembre 2018, réalisation Philippe Béziat. Ne ratez surtout pas ce merveilleux spectacle, d’une poésie aux images  incomparables grâce aux marionnettes de Valérie Lesort et à une interprétation de tout premier ordre… Même ce qui n’est qu’un film et non la représentation devrait vous apporter la magie de Jules Verne qui enchanta notre enfance…

 Diffusion uniquement le vendredi  25  décembre à 20h30 sur le site  de la Comédie-Française.  DVD en vente sur la boutique en ligne, avec retrait sur place ou livraison à domicile.

Lost lost Lost de Jonas Mekas

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L’œuvre est de 1976 et en 178 minutes et retrace, dit le cinéaste et poète américain d’origine lituanienne (1922-1919),   » à travers six bobines de films une  période de désespoir, de tentatives pour planter désespérément des racines dans cette terre nouvelle, pour créer des souvenirs. » (…) « J’ai essayé de décrire les sentiments d’un exilé, mes sentiments pendant ces années-là. Elles portent le nom de Lost Lost Lost, titre que nous voulions donner, mon frère et moi, à un film que nous voulions faire en 1949 et qui aurait suggéré notre état d’âme en ces temps-là.
Le film décrit l’état d’esprit d’une « personne déplacée » qui n’a pas encore oublié son pays natal mais qui n’en a pas encore gagné un nouveau. La sixième bobine montre une transition et comment nous commençons à respirer, à trouver quelques moments de bonheur. Une nouvelle vie commence… »
La première partie concerne la vie de la communauté lituanienne de Williamsburg et la seconde décrit l’arrivée du cinéaste sur la scène artistique new-yorkaise.

En accès libre toute la journée du 25 décembre à partir de six heures avec le code promo: jonasbday. info@re-voir.com
43 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris.

Un Fil à la patte de Georges Feydeau, dans la mise en scène de Jérôme Deschamps

Une captation réalisée Salle Richelieu en février 2011 par Dominique Thiel, coproduction Comédie-Française/La Compagnie des Indes, avec la participation de France-Télévisions. Une des meilleures mises en scène de Jérôme Deschamps qui a su restituer la folie des personnages du grand dramaturge avec finesse et un sens exceptionnel du comique de situation, ce qui n’est pas incompatible.

Diffusion uniquement le samedi 2 janvier à 20h 30 sur le site de la Comédie-Française.

Political Mother Unplugged, chorégraphie de Hofesh Shechter

La pièce fête ses dix ans avec une nouvelle version pour les jeunes danseurs de Shester II ; cette compagnie qui  offre pendant un an une expérience professionnelle à de jeunes talents venus du monde entier, propose une version révisée, sur un nouvel enregistrement de la musique évoquant, comme la danse, l’univers militaire et la fête populaire. Et les thèmes de Political Mother Unplugged,  totalitarisme et violence idéologique, sont plus actuels que jamais. »

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« Décliné en plusieurs versions, notamment en concert rock dansé,  cette pièce est un concentré de l’univers de Shechter avec son ambiance de liesse ou de guerre, et ses gestes collectifs renvoyant à l’amour, à l’espérance, à la transe ou à la violence, souvent en même temps. »

 En direct  depuis le Théâtre de la Ville:  samedi 26 décembre à 16 h, mardi 29 décembre à 21 h. Et samedi 2 janvier  à 11 h et dimanche 3 janvier à 22 h.

« Faire du théâtre, dit Emmanuel Demarcy-Mota, c’est un peu comme être médecin, ce n’est pas un métier comme les autres, mais pour les autres. »  Le Noël solidaire  né d’une idée conjointe du Théâtre de la Ville et de la Ville de Paris, a offert un éventail de propositions artistiques à tous ceux qui sont fragilisés par cette crise sanitaire depuis le 19 décembre et ce jusqu’au 3 janvier.  Les danseurs de la Hofesh Shechter Company, les musiciens pré-professionnels du u Conservatoire à rayonnement régional de Paris,  et plus de 70 comédiens de la Troupe de l’Imaginaire sont engagés pendant les vacances de Noël pour des Consultations poétiques, musicales et dansées, des ateliers de pratique et pour présenter des petites formes auprès des associations du champ social, dans les lieux d’ailleurs et d’hébergement. Mais aussi les structures de l’aide sociale, les hôpitaux, EHPAD et les centres de loisirs, grâce à la mobilisation à Paris de la Direction de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Santé, la Direction des Affaires Scolaires, la Direction des Affaires Culturelles, du Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris. Et aussi de l’Assistance public-Hôpitaux de Paris… Nous défendons un théâtre ouvert et solidaire auprès des personnes isolées, fragilisées, des personnes âgées et auprès de la jeunesse. Notre engagement est de préserver, soutenir, défendre, construire les liens entre LA CULTURE, LA SANTÉ, L’ÉDUCATION et LE SOCIAL. « 

Philippe du Vignal


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