Festival Impatience Home, Morceaux de nature en ruine, mise en scène de Magrit Coulon

 

Festival Impatience:

Home, Morceaux de nature en ruine, mise en scène de Magrit Coulon

Depuis le XVI ème siècle européen, l’âge avancé subit une vision très dure en un temps où les valeurs esthétiques et morales liées à la jeunesse sont partout célébrées. Les représentations artistiques de la vieillesse, notamment féminines, recèlent de la violence. Vision amère et désenchantée de la destinée humaine, cette image est celle d’une dégradation à la fois physique et morale – fragilisation irréversible de l’être.

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 Les « personnes âgées» ou du « troisième âge » ont remplacé les «vieux» ; ils sont des actifs en bonne santé, des consommateurs et pratiquant la vie associative. A soixante-quinze/quatre-vingts ans, la situation est autre: l’expression «grand âge» ne cache pas les problèmes liés à l’idée de vieillesse : solitude, maladie, infirmités, et perte d’autonomie entraînant une dépendance. D’où la création des E.H.P.A.D., Etablissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes.
Home est le terme désignant une maison de retraite en Belgique. Un anglicisme  signifiant: foyer ou chez soi. C’est la première et lumineuse mise en scène de Magrit Coulon, sur un thème peu exploré : la vieillesse confinée dans un «parc de vieux ». La dramaturgie de Bogdan Kikena est en lien avec le travail physique de Natacha Nicora.

Entre fiction et documentaire, Home s’inspire de scènes vécues sur plusieurs mois avec l’équipe d’une maison médicalisée bruxelloise. Soit l’observation portée sur la scène de la vie quotidienne à l’intérieur de cet home: moments de convivialité éprouvée -bonheur ou malheur- dans la salle commune : tracas,  soucis, épisodes tragi-comiques, souvenirs qui affleurent, paroles murmurées, pleurs…

Carole Adolff, Anaïs Aouat et Tom Geels sont les résidents de cet home et incarnent des gens vieillis et usés, à la mémoire chancelante et voués à une disparition prochaine. Les jeunes acteurs prêtent leurs corps aux voix des anciens qui, dans une salle commune, entre une plante verte, une table, trois chaises, une radio, un fauteuil, un piano, n’attendent rien.
Des corps authentiques, grâce à l’acquisition de détails pris sur le vif, signant le grand âge: marche avec déambulateur, main tremblante, regard absent, paroles rares… Pour la galette des rois, l’homme obtient la fève, se moque de lui, le regard rieur mais ses compagnes de résidence, endormies, ne peuvent le féliciter. Et le sol autour de la table est souillé de papiers, détritus, liquide et miettes de galette.

Un lieu aseptisé, à la fois privé et public, que les résidents habitent sans le savoir, absents au temps. Parfois, l’un prend la parole, fredonnant une chanson ou évoquant un souvenir. Ce sont les derniers gestes -des comportements humains- avant que la mort ne prenne son dû : instants de vérité, quand on ne peut plus subvenir à sa survie. Le public entend les voix de ces anciens reproduites en play-back; les comédiens eux, miment les mots, paroles et  soupirs d’échec, insatisfaction et aussi parfois, connivence, parfois. Et face à ce malheur d’être à la fois femme et âgée, l’homme tire son épingle du jeu via la culture, jouant quelques notes de piano, chantant ou déclamant.

Il écoute et ses deux comparses dont il semblerait que l’une soit son épouse, peuvent profiter de l’instant poétique: une version audio de King Lear, une mise en abyme implicite de la situation quotidienne de ces résidents, donnant à entendre la voix affolée d’un vieillard shakespearien, absurde, sans jugement, faible, puis délirant, qui incarne à jamais vingt siècles après Oedipe, la malédiction d’un vieillissement incontournable.

Se déploie le rythme d’un quotidien en huis-clos, la mécanique des gestes, silences, souvenirs et espérances transforme ce mouroir en un feu d’artifice de vies et fantasmes, à travers un sourire, un clin d’œil et la liberté de jouer et se moquer.

Véronique Hotte

Présentation professionnelle vue au Théâtre de Chelles, le 10 janvier. Dans le cadre d’Impatience, douzième Festival du Théâtre émergent du 9 janvier au 2 février.

 


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