Encore un beau petit cadeau…

Encore un beau petit cadeau du Théâtre de l’Odéon…

Un festival 100% numérique, chacune des institutions participantes a sélectionné un spectacle et chaque jour, de 19h à minuit, une captation de spectacles en langue originale mais sous-titrés en anglais sera disponible et accessible en ligne: www.thalia-theater.de/en/lessingtage et www.dramaten.se/lessingtage. Une plateforme du réseau de théâtre européen: mitos21, co-produite par le Thalia Theater de Hambourg et le Dramaten de Stockholm.

Le Dramaten de Stockholm ©x

Le Dramaten de Stockholm
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Le Thalia à Hambourg ©x

Le Thalia à Hambourg
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Chaque jour, on peut aussi en apprendre davantage sur la captation proposée. Au programme en janvier, des créations ou des adaptations le plus souvent de pièces classiques ou de romans célèbres, montées par des metteurs en scène bien connus dans leur pays et moins chez nous: une bonne occasion de les découvrir… Même si ce n’est pas tout à fait pareil que d’être parmi un vrai public et même si les sous-titrages sont en anglais.

Le 21, Voix d’Europe : un film où des metteurs en scène européens parlent de leur vision du théâtre de l’avenir.

Le 22: Dramaten, Stockholm, Suède. L’Idiot d’après Fiodor Dostoïevski, mise en scène de Mattias Andersson.

Le 23: Toneelhuis, Anvers, Belgique. Antigone à Molenbeek de Stefan Hertmans. Et Tirésias, de Kate Tempest, mise en scène Guy Cassiers.

Le 24: Berliner Ensemble, Berlin, Allemagne. Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht, mise en scène de Michael Thalheimer.

Le 25: Teatro Stabile Torino, Turin, Italie. Chacun sa vérité de Luigi Pirandello, mise en scène de Filippo Dini.

Le 26: Deutsches Theater, Berlin, Allemagne. Mary Stuart de Friedrich Schiller, mise en scène d’Anne Lenk.

Le 27: Théâtre des Nations, Moscou, Russie, L’Idiot d’après Fiodor Dostoïevski, mise en scène de Maxim Didenko.

Le 28: Teatro Lliure, Barcelone, Espagne. UNA (One Woman) de Raquel Cors et Dani Lacasa, mise en scène de Raquel Cors. 
Le 29: Düsseldorfer Schauspielhaus, Düsseldorf, Allemagne. Un Ennemi du peuple for Future, d’après Henrik Ibsen, mise en scène de Volker Lösch.

Le 30: Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris, France (coproducteur). Il Cielo non è un fondale, une performance de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini.

Le 31: Théâtre Katona József, Budapest, Hongrie. Nora-Noël chez les Helmer, d’après Henrik Ibsen, mise en scène de Kriszta Székely.


Archive pour 20 janvier, 2021

Tropique de la violence, d’après le roman de Nathacha Appanah, adaptation et mise en scène d’Alexandre Zeff

Tropique de la violence, d’après le roman de Nathacha Appanah, adaptation et mise en scène d’Alexandre Zeff

Une mise scène, avec un beau souffle tendu et une direction d’acteurs à la rigueur lumineuse, d’une situation sociale dégradée. L’autrice a découvert, lors d’un séjour à Mayotte, la tragédie d’une jeunesse à la dérive. Un paysage de carte postale, avec «son lagon le plus beau du monde»… mais aussi le département français le plus pauvre! Tous les ans, des migrants par milliers risquent leur vie pour y accoster, avant de faire l’expérience du chômage et d’être à la dérive, sans-papiers et délinquants.

Déplacement des populations, écologie, identité: les problèmes du monde semblent concentrés à Mayotte. Trois mille mineurs vivent dans le bidonville de Koweni, surnommé Gaza: «C’est un no man’s land où des bandes de gamins shootés au chimique font la loi. C’est Cape Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza, c’est Mayotte, Gaza, c’est la France», dit Olivier, le policier. Comme nombre de migrants qui tentent la traversée depuis les îles des Comores, le nouveau-né Moïse arrive en kwassa-kwassa ( une petite barque) dans les bras de sa mère qui le donne à Marie, infirmière venue de la métropole, souffrant de ne pouvoir donner naissance à un enfant.

Moïse, le protagoniste et narrateur -et les autres personnages commentent à leur tour leur situation- raconte ses origines que lui a transmises sa mère adoptive qui lui offre une vie protégée jusqu’à l’adolescence. Elle l’élève comme un « Blanc », lui lit L’Enfant et la Rivière d’Henri Bosco. Et l’enfant a appelé son chien: Bosco. Mais cette mère meurt brutalement d’un accident cardio-vasculaire…

Livré à lui-même, il rejoindra Gaza où vit un mauvais sujet, Bruce, qui s’autoproclame «Roi de Gaza», auprès d’une micro-société d’adolescents livrés à eux-mêmes, soumettant chacun en exerçant une force brutale: humiliation, rivalité physique et concurrence morale pour asseoir une prétendue autorité. Heureusement, aux côtés de Moïse, Olivier et un humanitaire, Stéphane, vont essayer de gérer, autant que faire se peut, l’histoire sombre et hautement risquée de cet enfant malmené.

Qu’on soit en Europe ou en Outre-Mer, la violence est identifiable. «Il y avait,  écrit Jean-Marie Gustave Le Clézio, dans Journal de l’An I, Quatre-vingt-treize, Le Roman de l’Europe, des flambées de violences inouïes, je ne peux pas oublier cela, dans les rues, des voitures incendiées, des slogans affreux et racistes barbouillés sur les murs, des idées ignobles qui couraient comme un feu sous la cendre. »

Tropique de la violence saute à la figure du spectateur, comme Bruce, le mauvais sujet, à celle de Moïse. Une polyphonie scénique créée par un concepteur inventif, au croisement d’un thriller et de la tragédie documentaire. Ici, le théâtre est associé à la danse, à la musique sur scène, à la vidéo, pour transcender la brutalité. Un engagement poétique et politique qui donne à voir… ce qu’on refuse de voir- une démarche transdisciplinaire qui brise les frontières entre les arts – une création «métisse».

Aussi, métaphore de la démarche scénique, la brutalité du viol par «un plus fort», le mauvais Bruce, sur «un plus faible», l’innocent Moïse, est donnée à voir en filigrane, filtrée et devinée, tout autant balancée aux spectateurs et qui ne saurait se parer d’un voile de pudeur. L’installation plastique offre images et vidéo projetées sur des parois transparentes de tulle noir, avec un jeu sur la profondeur des perspectives, sur un imaginaire en va-et-vient, de la réalité au rêve.

D’abord, une séquence documentaire sur de jeunes Comoriens qui espèrent rejoindre Mayotte où l’on découvre, en pleine nuit, le visage de la mère biologique de Moïse sur une kwassa-kwassa, au milieu de l’océan. Puis, entre autres, est projetée aussi une séquence où Olivier œuvre sur Mayotte aujourd’hui : des enfants courent en pagaïe, pris en charge par des animateurs, des travailleurs sociaux et des instituteurs trop peu nombreux.

© jules-beautemps

© jules-beautemps

Sur le plateau, une terre rouge volcanique que borde une étendue aquatique -l’île au milieu de la mer- une cabine individuelle un peu plus grande: un élément  scénographique familier à Alexandre Zeff. Soit la cellule de rétention dans un commissariat ou une prison où gît Moïse dont l’histoire est racontée à rebours. L’espace se transforme, selon les scènes, en conteneur où règne le malfrat Bruce. Il y danse et prépare du «bon chimique» pour obtenir l’état d’un: no past, no future, happiness. Avant que ne se profile le dénouement énigmatique de l’aventure cruelle de Moïse.

Sur les écrans de tulle, sont projetées des images atmosphériques, démultipliant partout celles de Bruce, l’anti-héros- des moments de peur et de terreur. Ainsi, l’épouvante encore d’une scène où Bruce se saisit d’un coupe-coupe descendu des cintres, pour entailler le visage de Moïse. Les situations d’horreur sont contrebalancées par les apparitions sur le plateau, comme à l’écran, du fantôme de la douce Marie chantant des comptines mahoraises ou comoriennes, ou le ballet vidéo d’une faune et d’une flore marines transparentes et colorées sur le quatrième mur.

Le spectacle trouve son incarnation grâce à la qualité des interprètes et à la composition musicale électronique écrite pour synthétiseur modulaire, mais aussi instrumentale, interprétée par un claviériste au synthétiseur et par Yuko Oshima, une batteuse-percussionniste jouant, avec fougue et colère, jazz contemporain et musique improvisée.

Résonne alors une musique furieuse et rythmée coupant court à la respiration paisible. La batteuse-percussionniste donne ainsi un souffle puissant à la représentation, livrant sa livre de courroux: déchaînement, intensité, virulence et frénésie… La violence musicale brise les résistances, infligeant une terreur magistrale au public tétanisé -force précieuse d’une jeunesse que l’on n’écoute pas, luttant contre l’ennui et la solitude avec une énergie secrète.

Une magnifique distribution chorale avec des interprètes talentueux: Mia Delmaë, musicienne et compositrice, chante aussi sur le plateau et incarne Marie, la mère, fantôme et vivante. Thomas Durand, fidèle au théâtre d’Alexandre Zeff, joue Stéphane, l’humanitaire, articulant avec brio ses doutes et convictions. Mexianu Medenou prend plaisir à interpréter Bruce, le Bruce Wayne de Batman, se moquant et menaçant…  Un dangereux cynique, maître de son corps dansant. Alexis Tieno joue Moïse avec cran, dessinant une chorégraphie contemporaine. Assane Timbo interprète Olivier, le policier, un honnête homme lucide, mesuré et raisonnant. Un spectacle puissant, de par l’expression et le sens, dont les fils de manipulation sont tenus serrés et avec habileté.

Véronique Hotte

Représentation professionnelle vue au Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan Paris (XIV ème) le 19 janvier.
Théâtre de la Cité Internationale, du 13 au 24 septembre.
Théâtre Romain Rolland, Villejuif, les 9 et 10 novembre. Et à l’E.M.C, Saint-Michel-sur Orge, le 11 novembre

Andys-Gone I et II de Marie-Claude Verdier, mise en scène de Julien Bouffier

Andys-Gone I et II de Marie-Claude Verdier, mise en scène de Julien Bouffier

A l’entrée, on munit les quelque vingt spectateurs autorisés, d’un casque audio et chaque acteur est appareillé d’un micro HF. (Nous vivons une époque moderne!  Et on n’est pas chez les amish, dirait Macron…) Sur le plateau, un tapis de danse noir, des plaids rouge vif pliés en quatre qui serviront de sièges mais ceux de la salle ne seront pas utilisés. Il y a aussi quelques chaises pour les allergiques à cette position, comme nous, qui avons beaucoup donné dans les années soixante dix quand le confort était vu comme bourgeois. Deux heures durant ou presque, cela aurait fait vraiment long…

© Marc Ginot

© Marc Ginot

Rien d’autre qu’une table de régie et un H articulé en tubes fluo (qui deviendra un A comme Alison, le double d’Antigone) dispensant un éclairage blanc cru. Nous sommes dans la tragédie au cas où cela vous aurait échappé et nous sommes censés être aussi les citoyens de la Cité… Entre Alison, une presque adolescente, fille du précédent roi et donc nièce de la Reine Régine en robe et escarpins noirs qui a mis la cité en état d’urgence. Et selon Alison, cela cache quelque chose… Question de génération sans doute mais aussi de caractère. D’un côté, la puissante raison d’État invoquée par Régine: « J’écoute. Le couvre-feu sera maintenu tant et aussi longtemps que la menace sera apparente. Je me fous des prédictions des météorologues : vos unités vont demeurer sur place et patrouiller les murs aussi longtemps que je le dirai. Personne ne doit se promener sur les murs, sous peine de mort. Immédiate. Pas d’exception. C’est clair? Non. Je suis allée dans sa chambre ce matin et elle n’y était pas. Je ne sais pas. Vous devez la retrouver. Tout est changé maintenant. Tenez-moi informée. »
Et d’un autre côté, la liberté et la fraternité  revendiquées par la jeune fille, en jeans bien entendu, sans doute pour marquer la différence avec sa tata. Un affrontement des plus âpres entre elles, à propos de l’enterrement interdit du frère d’Alison- « Entre la raison d’Etat et les valeurs, je choisis les valeurs, chaque fois! Il y a quelque chose de plus grand, non? La vie, ce n’est pas que les règles, non? Il n’y a pas quelque chose de plus fondamental? Je pensais Je pensais que vous comprendriez. Parce que oui, avant d’être les habitants d’une ville. D’une ligne tracée sur le sol. Avant d’inventer une ligne. Imaginaire. Une petite ligne qui nous sépare. Nous sommes tous de la même espèce De la même planète. Un pays est une invention. Un peuple est une invention. Combien de temps ça prend pour être un peuple? » On aura vite reconnu une lecture, une vision personnelle et «moderne» de la célèbre et très remarquable Antigone de Sophocle (442 avant J.C. ).

Cette jeune fille, pour avoir enterré son frère Polynice tué par son frère  Etéocle, a enfreint le décret de Créon, son oncle et doit être punie de mort. Le casque nous transmet à la fois les répliques des actrices mais aussi le bruit de rafales de fusils-mitrailleurs. Mais on peut aussi choisir et n’écouter, en enlevant le casque, que le dialogue… Ce qui, de temps à autre, fait du bien, cette bande-son diffusée en permanence parasitant le texte…

Suit une petite demi-heure d’entracte. Mais nous ne sommes plus que dix pour assister à la seconde partie du spectacle, Andy’s 2 Gone-La Faille, jouée cette fois sur le plateau par Vanessa Liautey (la Reine) et  Maxime Lélue (Andy). Et, au casque, par Zoé Martelli (Alison). Sur le plateau, juste une table de maquillage avec huit ampoules nues et un cadre noir avec une vitre et aussi des ampoules nues. Le tout dispensant un éclairage blanc et cru identique au premier.

Les acteurs, comme dans la première partie jouent parmi les spectateurs. On nous a signalé à l’entrée qu’ils avaient été testés négatif ! Bon, tant mieux pour nous… Cela se passe maintenant dans la Cité où on a laissé entrer les réfugiés qui mourraient de faim devant ses murs. Mais la Reine a réussi faire fermer les portes et à liquider sa nièce, l’encombrante Alison dont, grâce au casque, on entendra la voix d’outre-tombe. Laquelle était en effet normalement destinée à gouverner la cité. Ce second épisode est une longue discussion entre la Reine et ce jeune homme, Andy qui appelle ses concitoyens à la révolte contre la Reine… Et visiblement décidé à prendre de force le pouvoir.

Mais tout cela- y compris ce titre au mauvais jeu de mots (à la résonance anglaise? pour faire moderne et on se demande bien pourquoi!) n’a rien de bien convaincant et la deuxième partie est nettement en-dessous de la première. Un texte souvent prétentieux et sans guère d’émotion que celle créée artificiellement par la bande-son… Celui du génial scénariste et dialoguiste que fut Sophocle, reste, lui, vingt-cinq siècles après, aussi éblouissant de force et de vérité. Interprétation très inégale: Vanessa Liautey, plus solide dans la première partie et Maxime Lélue font le boulot, avec parfois des accents d’une belle sincérité. Mais Zoé Martelli a une diction trop approximative, qu’on l’écoute au casque, ou non. Bref, il y a de bonnes intentions mais le compte n’y est pas, on s’ennuie un peu et mieux aurait valu mettre en scène l’Antigone de Sophocle (la pièce n’est pas très longue). Heureusement, vous pouvez aussi le lire ou le relire…

Philippe du Vignal  

Présentation professionnelle des deux volets du spectacle vue le 18 janvier, Théâtre Dunois, 7 rue Louise Weiss, Paris (XIII ème). T. : 01 45 84 72 00.  contact@theatredunois.org

Andys-Gone 1 (sous réserve): 16 au 19 février, Scène Nationale-Le Tangram, Evreux (Eure).

Le 3 avril, La Manekine, Pont-Sainte-Maxence (Oise).

Du 17 au 22 mai, Scène Nationale L’Estive, Foix (Ariège). Andy’s gone 2-La Faille(sous réserve).

Andys-Gone 2 le  9 février, Cité scolaire Françoise Combes, Montpellier (Hérault);

22 mai, Scène Nationale-L’Estive, Foix (Ariège)

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