Adieu Jean-Claude Carrière

Adieu Jean-Claude Carrière

Il avait quatre-vingt neuf ans. Natif de Colombières-sur-Orb, un village de l’Hérault où il vécut enfant, avant que ses parents ne s’installent à Montreuil (Seine-Saint-Denis). D’abord élève à l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, il voulut entrer en littérature comme on disait alors et publia, à vingt-six ans, un premier roman Lézard et plusieurs autres chez Fleuve noir dont La Tour de Frankenstein, Le Pas de Frankenstein, La Nuit de Frankenstein, Le Sceau de Frankenstein… Puis  il travailla avec les cinéastes Jacques Tati et Pierre Etaix. Il partaga avec ce dernier en 1962 un Oscar pour leur court-métrage Heureux Anniversaire. Et deux ans plus tard, ce fut le commencement d’une riche carrière au cinéma: avec Luis Buñuel, il adapta Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. Suivirent sans doute son film le plus connu d’entre eux, Belle de Jour avec Catherine Deneuve d’après le roman de Joseph Kessel et Le Charme discret de la bourgeoisie. Il travailla aussi avec Milos Forman pour Valmont d’après Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

© AFP

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Et il écrivit le scénario de La Piscine de Jacques Deray  avec Alain Delon et Romy Schneider et de Borsalino avec, de nouveau, Alain Delon mais aussi Jean-Paul Belmondo. Et un peu plus tard en 1966, il travailla avec Louis Malle sur un film adapté du Voleur de Georges Darien. Mais il écrivit aussi le scénario du Tambour réalisé par Volker Schlöndorff  en 79, adapté du roman éponyme de Günter Grass. Et encore celui du Retour de Martin Guerre du même réalisateur. Le Tambour  reçut la Palme d’or à Cannes en 1979 et l’Oscar du meilleur film étranger, l’année suivante. Auteur du scénario de Sauve qui peut la vie de Jean-Luc Godard (1980), il adapta aussi pour le cinéma les célèbres Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (1989) et Le Hussard sur le toit de Jean Giono (1995), des films réalisés par Jean-Pierre Rapeneau. Et un Oscar d’honneur  pour l’ensemble de son œuvre lui fut décerné il y  sept ans, ce qui n’est pas si fréquent pour un artiste français…

Au théâtre, il travailla régulièrement notamment avec André Barsacq puis Jean-Louis Barrault qui mit en scène avec Madeleine Renaud son adaptation en 73 du film Harold et Maude de Colin Higgins. Mais nous l’aurons surtout connu pour avoir été le fidèle dramaturge de Peter Brook pendant quelque trente-sept ans au Théâtre de Bouffes du Nord. Pour, entre autres, des œuvres classiques qui furent de grands succès comme en 81, La Tragédie de Carmen d’après Prosper Mérimée et Georges Bizet, le très beau Timon d’Athènes en 74 ou La Tempête en 90 et au Théâtre de la Ville, Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Jean-Claude Carrière aura ainsi contribué à la mise en valeur de la parole du célèbre dramaturge, en français.

©x Le Mahbarata

©x Le Mahbarata

Mais on doit aussi à cet homme infatigable de très bonnes adaptations: toujours dans les mises en scène de Peter Brook à la carrière Boulbon pour le festival d’Avignon en 85 du Mahabharata, la fameuse épopée et un des éléments fondateurs de la civilisation indienne, puis de la non moins fameuse et magnifique Conférence des oiseaux, d’après une œuvre de Farid al-Din Attar, un auteur persan du XIII ème siècle. Deux remarquables spectacles qui furent sans doute avec le 1789 du Théâtre du Soleil, parmi les plus emblématiques de la fin du XX ème siècle… Il écrivit aussi plusieurs pièces dont en 99, La Controverse de Valladolid que mit en scène Jacques Lassalle, avec Jacques Weber et Lambert Wilson au théâtre de l’Atelier. Et on le vit aussi acteur dans de petits rôles: Le Journal d’une femme de chambre, La Voix lactée de Luis Buñuel ou encore Un peu de soleil dans l’eau froide de Jacques Deray.

Avec lui, disparaît un homme, curieux passionné, auteur d’une œuvre prolifique la fois  au cinéma, au théâtre mais qui fut un inlassable témoin de son époque. Il y a cinq ans – l’année des attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper marché Casher de Vincennes! il stigmatisait dans Croyance, les nombreuses et actuelles dérives religieuses. «Bien que je ne sois pas croyant, écrivait-il dans Le Monde, je me suis toujours intéressé à l’histoire des religions. Du point de vue anthropologique, c’est en effet un instrument d’étude unique : la religion est le domaine d’activité qui couvre le plus large éventail de comportements humains possibles, de la sainteté absolue à la cruauté totale. La religion nous en apprend beaucoup sur nous-même, sur nos frustrations, nos désirs secrets, nos regrets, nos ambitions… Et sur cette dimension surnaturelle qui nous manque cruellement et que nous nous sommes inventée. »

Philippe du Vignal

 


Archive pour 10 février, 2021

Adieu Jean-Claude Carrière

Adieu Jean-Claude Carrière

Il avait quatre-vingt neuf ans. Natif de Colombières-sur-Orb, un village de l’Hérault où il vécut enfant, avant que ses parents ne s’installent à Montreuil (Seine-Saint-Denis). D’abord élève à l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, il voulut entrer en littérature comme on disait alors et publia, à vingt-six ans, un premier roman Lézard et plusieurs autres chez Fleuve noir dont La Tour de Frankenstein, Le Pas de Frankenstein, La Nuit de Frankenstein, Le Sceau de Frankenstein… Puis  il travailla avec les cinéastes Jacques Tati et Pierre Etaix. Il partaga avec ce dernier en 1962 un Oscar pour leur court-métrage Heureux Anniversaire. Et deux ans plus tard, ce fut le commencement d’une riche carrière au cinéma: avec Luis Buñuel, il adapta Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. Suivirent sans doute son film le plus connu d’entre eux, Belle de Jour avec Catherine Deneuve d’après le roman de Joseph Kessel et Le Charme discret de la bourgeoisie. Il travailla aussi avec Milos Forman pour Valmont d’après Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

© AFP

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Et il écrivit le scénario de La Piscine de Jacques Deray  avec Alain Delon et Romy Schneider et de Borsalino avec, de nouveau, Alain Delon mais aussi Jean-Paul Belmondo. Et un peu plus tard en 1966, il travailla avec Louis Malle sur un film adapté du Voleur de Georges Darien. Mais il écrivit aussi le scénario du Tambour réalisé par Volker Schlöndorff  en 79, adapté du roman éponyme de Günter Grass. Et encore celui du Retour de Martin Guerre du même réalisateur. Le Tambour  reçut la Palme d’or à Cannes en 1979 et l’Oscar du meilleur film étranger, l’année suivante. Auteur du scénario de Sauve qui peut la vie de Jean-Luc Godard (1980), il adapta aussi pour le cinéma les célèbres Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (1989) et Le Hussard sur le toit de Jean Giono (1995), des films réalisés par Jean-Pierre Rapeneau. Et un Oscar d’honneur  pour l’ensemble de son œuvre lui fut décerné il y  sept ans, ce qui n’est pas si fréquent pour un artiste français…

Au théâtre, il travailla régulièrement notamment avec André Barsacq puis Jean-Louis Barrault qui mit en scène avec Madeleine Renaud son adaptation en 73 du film Harold et Maude de Colin Higgins. Mais nous l’aurons surtout connu pour avoir été le fidèle dramaturge de Peter Brook pendant quelque trente-sept ans au Théâtre de Bouffes du Nord. Pour, entre autres, des œuvres classiques qui furent de grands succès comme en 81, La Tragédie de Carmen d’après Prosper Mérimée et Georges Bizet, le très beau Timon d’Athènes en 74 ou La Tempête en 90 et au Théâtre de la Ville, Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Jean-Claude Carrière aura ainsi contribué à la mise en valeur de la parole du célèbre dramaturge, en français.

©x Le Mahbarata

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Mais on doit aussi à cet homme infatigable de très bonnes adaptations: toujours dans les mises en scène de Peter Brook à la carrière Boulbon pour le festival d’Avignon en 85 du Mahabharata, la fameuse épopée et un des éléments fondateurs de la civilisation indienne, puis de la non moins fameuse et magnifique Conférence des oiseaux, d’après une œuvre de Farid al-Din Attar, un auteur persan du XIII ème siècle. Deux remarquables spectacles qui furent sans doute avec le 1789 du Théâtre du Soleil, parmi les plus emblématiques de la fin du XX ème siècle… Il écrivit aussi plusieurs pièces dont en 99, La Controverse de Valladolid que mit en scène Jacques Lassalle, avec Jacques Weber et Lambert Wilson au théâtre de l’Atelier. Et on le vit aussi acteur dans de petits rôles: Le Journal d’une femme de chambre, La Voix lactée de Luis Buñuel ou encore Un peu de soleil dans l’eau froide de Jacques Deray.

Avec lui, disparaît un homme, curieux passionné, auteur d’une œuvre prolifique la fois  au cinéma, au théâtre mais qui fut un inlassable témoin de son époque. Il y a cinq ans – l’année des attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper marché Casher de Vincennes! il stigmatisait dans Croyance, les nombreuses et actuelles dérives religieuses. «Bien que je ne sois pas croyant, écrivait-il dans Le Monde, je me suis toujours intéressé à l’histoire des religions. Du point de vue anthropologique, c’est en effet un instrument d’étude unique : la religion est le domaine d’activité qui couvre le plus large éventail de comportements humains possibles, de la sainteté absolue à la cruauté totale. La religion nous en apprend beaucoup sur nous-même, sur nos frustrations, nos désirs secrets, nos regrets, nos ambitions… Et sur cette dimension surnaturelle qui nous manque cruellement et que nous nous sommes inventée. »

Philippe du Vignal

 

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