Des petits cadeaux (suite et non fin)

Des petits cadeaux ( suite et non fin)

 

Diffusion de Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman, mise en scène de Julie Deliquet

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Une captation du spectacle créé salle Richelieu à la Comédie-Française il y juste deux ans a été réalisée en mai 2019 par Corentin Leconte. Bergman considérait cette œuvre comme testamentaire. A l’origine, un roman qu’il adapta pour une série télévisée et dont il tira un film qui reçut quatre Oscars en 1984! Julie Deliquet, dans la première partie du spectacle, fait revivre sur le plateau la vie réelle d’une compagnie théâtrale. A la fin d’une représentation, Oscar, le fils d’Helena Ekdhal (Denis Podalydès) annonce qu’il a pris la succession de sa mère à la direction du théâtre. Et il offre au public et à toute son équipe, ses meilleurs vœux de Noël. Il dit aussi qu’il va faire une mise en scène d’Hamlet. Derrière un rideau de tulle, on voit la joie de cette grande famille de comédiens réunis pour fêter Noël. Buffet largement garni, on boit du champagne et on chante. La fête finie, on mettra une « servante » pour éclairer le plateau, quand tout est éteint dans le théâtre. Oskar va commencer les répétitions d’Hamlet et on le voit en fantôme du Roi apparaissant soudain à son fils Hamlet. Il lui dit qu’il a été la victime d’un crime perpétré par Claudius… Mais Oskar va mourir subitement en scène… comme Molière! Fin de la première partie.

Après l’entracte, sa veuve Émilie Ekdhal (Elsa Lepoivre) qui est aussi une actrice s’adresse au public pour lui dire qu’après la mort d’Oscar, elle a abandonné la direction de la troupe et qu’elle va épouser un évêque, Edvard Vergerus (Thierry Hancisse). Elle ira vivre chez lui avec ses enfants: Fanny (Rebecca Marder) et Alexandre (Jean Chevalier) pour essayer de redonner un sens à son existence. Et Julie Deliquet nous conte l’histoire d’une famille mal recomposée, avec catastrophe annoncée et que la troupe des Ekdal- ce sont ici les mêmes acteurs- aurait pu jouer sur son plateau… Dans une haute chambre aux murs carrelés, aussi sinistres que lui et évoquant une ancienne boucherie, cet évêque luthérien, un triste et violent pervers, ne supporte ni Fanny ni le très jeune Alexandre qui lui résiste et qu’il fouettera jusqu’au sang. On n’est pas loin de l’univers de Charles Dickens et d’August Strindberg…

Pour la metteuse en scène, «la matière de Bergman -par sa dimension psychanalytique et surréaliste parfois- autorise à aller jusqu’au bout d’une telle démarche artistique. » Pourquoi pas mais cela donne quoi ? De l’excellent et aussi du pas très bon. D’abord une troupe exceptionnelle: avec en plus de ceux déjà cités: Dominique Blanc, Hervé Pierre, Noan Morgenstern, Gilles David, Anne Kessler que l’on reconnaît à peine en vieille dame, Véronique Vella, Cécile Brune, Laurent Stocker, Julie Sicard, Anne Cervinka, Gaël Kamindi… Brillants et tous impeccables, que ce soit dans les grands ou petits rôles, dans la première ou la seconde partie.  Direction d’acteurs, unité de jeu, scénographie, lumières, tout est dans l’axe et les acteurs du Français se font visiblement plaisir. Un plaisir que le public semblait partager…

Cela dit, comment entrer dans les considérations esthético-philosophiques et un peu prétentieuses de Julie Deliquet. Elle semble une fois de plus découvrir la mise en abyme, le théâtre dans le théâtre, le thème de la fausse vie et de la vraie fiction. Denis Podalydès, spectre d’Hamlet revient dans la seconde partie en fantôme du père, avec allées et venues des comédiens dans la salle,  adresses au public… Bref, il y a ici une sorte d’anthologie de procédés vus un peu partout depuis quelque trente ans. «Et puisqu’ on a dévoilé toutes les ficelles, tous les rouages, tous les artifices du théâtre dans la première partie, je n’ai pas l’impression de passer dans la deuxième, à un mode de représentation «classique» mais plutôt à l’exploration d’un théâtre inédit pour moi.»

Oui, mais voilà, les improvisations ou pour faire actuel, la trop fameuse « écriture de plateau» ne fait pas naître grand chose d’intéressant sur le plan textuel. Si, on est d’abord ébloui par la générosité et la justesse du jeu, la suite de ces soixante-dix minutes nous a paru longuette. Et dans la seconde, le texte d’Ingmar Bergman, même  remanié, a du mal à s’imposer. Heureusement, Thierry Hancisse, tout à fait remarquable, est un inquiétant évêque. Mais le court moment où il fouette jusqu’au sang le pauvre Alexandre, n’est pas très bien mis en scène et il faut se pincer pour y croire. Au théâtre, le réalisme passe souvent mieux par la suggestion.

Et on ne retrouve pas ici les qualités du film. Le très grand réalisateur de cinéma,  n’était sans doute pas un aussi bon auteur de théâtre… Nous ne croyons pas du tout comme Julie Deliquet que «l’hyper-matière du texte né des improvisations, nous sert à aller vers Bergman. » Elle dit avoir voulu voir « comment lui et la troupe de la Comédie-Française se rejoignent. » Quant aux parties improvisées où elle essaie « de dégager certains parallèles, certaines provenances, certaines similitudes dans les doutes et les questionnements que peuvent avoir des acteurs du Français sur leur propre carrière »… Cette thématique nous concerne-t-elle? Pas vraiment…

Mais ce spectacle est bien dirigé avec Véronique Vella, Thierry Hancisse, Anne Kessler, Cécile Brune, Florence Viala, Denis Podalydès, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Hervé Pierre, Gilles David, Noam Morgensztern, Anna Cervinka, Rebecca Marder, Dominique Blanc, Gaël Kamilindi, Jean Chevalier et Noémie Pasteger, Léa Schweitzer de l’académie de la Comédie-Française: tous exceptionnels et au jeu sobre et rigoureux. La captation de cette pièce peut-elle tenir la route? Pour le savoir, rendez-vous ce soir… « Amis du noir, bonsoir », comme disait Eric Emptaz, l’actuel rédacteur en chef du Canard Enchaîné, pour annoncer autrefois sa chronique à France Culture.

Philippe du Vignal

Ce soir, lundi 15 février à 21 h 05, sur Culturebox (canal 19).

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L’autrice, compositrice et interprète suédoise Fredrika Stahl ( trente-six ans) a déjà publié six albums  dont le premier paru en 2006 en France mais aussi en Suède, Finlande, Allemagne, Turquie, Belgique, Suisse, Japon… Elle a gardé de son pays natal « une  habitude d’introspection quand le soleil disparaît et « a reconstruit ce mouvement, chaque jour qui passe. » Dans Natten (la nuit), son dernier album, elle nous entraîne dans « des univers à la fois mystérieux et romantiques, traversés de lumière et de douceur… »

Ph. du V.

 Espace Cardin/Les Trois Baudets. Le 16 février à 21 h: en direct sur Youtube.

 


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