Du cirque à la Chartreuse-Centre hospitalier de Dijon

 

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© Christophe Raynaud de Lage

Du cirque à la Chartreuse-Centre hospitalier de Dijon

Ce couvent du XIV ème siècle, lieu de pèlerinage et nécropole des Ducs de Bourgogne jusqu’à la Révolution française, fut vendu comme Bien National en 1791 et largement démoli… En 1833, le département de la Côte-d’Or y fit construire un hospice où il reste quelques vestiges architecturaux dont le remarquable Puits de Moïse ornant un cloître aujourd’hui disparu. Les tombeaux des ducs de Bourgogne comme les retables sculptés et peints ont été transférés vers 1850 au musée des Beaux-Arts de Dijon. Aujourd’hui, la Chartreuse est un grand centre spécialisé en psychiatrie, addictologie et santé mentale.

Au milieu de ce vaste domaine, le chapiteau en bois au toit rouge du Cirque Lili de Jérôme Thomas, construit en 2001 pour un spectacle du même nom, apporte une touche de fantaisie à ce lieu austère. Il abritera jusqu’en novembre, le projet Cirque à l’Hôpital avec une rencontre entre personnes atteintes de troubles psychiques soignants et  artistes de cirque. Il existe déjà au sein de l’établissement un espace culturel, l’Hostellerie. L’ auberge qui accueillait les pèlerins, est maintenant un lieu d’exposition où l’on peut voir des œuvres d’art singulier ou brut. Actuellement, comme en prologue, les tableaux colorés de Guy Chambret, un ancien patient de la Chartreuse, évoquent l’univers du cirque. Motifs très précis, tons vifs cernés de bleu de Prusse donnent un caractère nostalgique à un univers naïf et poétique.

«On fait de la transmission artistique en créant avec eux », dit Jérôme Thomas, directeur de cet Atelier de Recherche en Manipulation d’Objets, implanté depuis vingt ans à Dijon. Patients, soignants et artistes préparent collectivement un spectacle: «Il y aura ceux qui jouent, ceux qui assistent et ceux qui supervisent.» Chacun choisit une discipline: clown, jonglage, trapèze, assistance technique… Et certains en seront les auteurs, grâce à un atelier d’écriture animé par la metteuse en scène Aline Reviriaud. D’autres seront confrontés au mouvement avec le chorégraphe Frédéric Cellé. Et Jérôme Thomas les initiera au jonglage et à la manipulation d’objets.  Les ateliers ont débuté fin janvier et le spectacle final,  La Piste aux étoiles… filantes aura lieu les 16 et 17 juin sous le chapiteau.

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© Mireille Davidovici

Le Projet Faille

Parallèlement, le Cirque Lili accueille en résidence des jeunes compagnies, notamment le Trio Faille dont nous avons vu la répétition. Les artistes se sont rencontrés au Centre National des Arts du cirque à Châlons-en-Champagne ont monté ce projet. Léa Leprêtre, au trapèze ballant bas et le duo Johannes Holm Veje/MartinRichard au cadre coréen veulent explorer les écarts entre prouesse physique des corps et fragilité des artistes. «L’histoire que nous voulons raconter est celle de trois individus vivant dans un monde qui les dépasse et les oppresse. Ils se battent pour trouver un sens à leur existence: chercher la faille d’un système établi, c’est déconstruire.»

Avec un univers de paillettes aux numéros décalés, sur une musique classique au violoncelle, en alternance avec un mixage de sons électroniques, ce spectacle en forme de cabaret rétro est plein d’humour et d’énergie. A suivre… On pourra le voir le 8 avril au festival SPRING en Normandie  et au festival Prise de CIRQ à Dijon.

Mireille Davidovici

L’Hostellerie de la Chartreuse, 1 boulevard du Chanoine Kir, Dijon (Côte-d’Or). T. : 03 80 42 52 01.

ARMO/compagnie Jérôme Thomas T. : 03 80 30 39 16.

 


Archive pour 17 février, 2021

Festival Les Singuliers De la sexualité des orchidées de et par Sofia Teillet

Festival Les Singuliers

De la sexualité des orchidées de et par Sofia Teillet,

Le jeu de la conférence commence par une couleur, le rose insolent de cette fleur qui représenta le luxe suprême, avant de devenir le tout venant des grandes surfaces et le cadeau obligatoire. Sur l’écran, la fleur étale une langue lascive, qui n’est autre que sa piste d’atterrissage pour insectes fécondeurs.

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Sofia Teillet va disséquer son sujet, étamine par étamine, paradoxe par paradoxe:  « Le style c’est l’homme? Non, le style, c’est l’organe féminin de cette fleur hermaphrodite et elle fait le maximum pour ne pas s’autoféconder et pour rencontrer « l’autre ». » Imaginons l’embarras d’une plante qui a tout pour elle, sinon la mobilité… Les mots comptent et comment. Sofia Teillet parle sexualité plutôt que fécondation, pour évoquer les ruses et  exploits, autant dire l’érotisme de la fleur pour arriver à son but, la reproduction et la pérennité de l’espèce… Nous apprendrons qu’il ainsi existe 25.000 espèces d’orchidées, toutes championnes de l’adaptation et bien plus anciennes que les dinosaures.

À la manière d’un Frédéric Ferrer avec ses très sérieuses conférences sur le climat, avec un humour aussi irrésistible que lucide. Même si les enjeux ne sont pas les mêmes, Sofia Teillet ne nous laisse pas perdre une miette de ses étonnements et découvertes inlassables, remontant jusqu’au big bang, au peu de poids de l’humanité face à l’univers et  à notre modeste système solaire ou encore à cette poussière qu’est la notre planète. Une conclusion (provisoire) et une conviction: il nous faudra essayer non de la sauver (elle se débrouille très bien sans nous) mais notre pauvre petite espèce. Nous retrouvons donc joies, surprises  mais aussi grand frisson de la découverte avec ce long flirt avec les infinis. Pas déçus et même reconnaissants d’avoir appris tant de choses et avec tant de plaisir…

Donc un théâtre minimal, limité à la forme ordinaire de la conférence avec projections d’images et tableau de papier peut jouer de sa précarité : genre : «Je me suis trompée d’image » ou «Un truc me gêne dans ma chaussure». Pari gagné pour la comédienne et un très bon moment pour le spectateur. Le charme dont le parfum persiste quelque temps et puis s’en va.

Christine Friedel

Présentation pour les professionnels vue le 12 février au Cent Quatre, 5 rue Curial, Paris (XIX ème).

 

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Je passe 4 de Judith Depaule, avec L’Atelier des artistes en exil

Je passe 4 de Judith Depaule, avec L’Atelier des artistes en exil

Un dispositif constitué depuis le premier Je passe avec un public en petits groupes. Une bonne “distanciation“ si les spectacles étaient autorisés à recevoir un public. Un comédien ou une comédienne se présente, avec, sur une tablette, le portrait de celui dont ils portent le récit. Même durée pour chacun et ensuite, elle ou lui  passe à un autre groupe… Avec en cadeau, un chant, une musique, la sonorité d’une langue, d’une voix…

© anne volery

Je passe 2 © Anne Volery

Elément-clé du rituel, le regard les yeux dans les yeux, premier et dernier contact. Aucune distraction, avant qu’il puisse se fixer sur l’image de l’artiste ou revenir à l’acteur. Autrement dit, nous sommes là à un spectacle, non pour fuir la réalité mais pour la regarder en face. Tous ces exilés racontent  la nécessité vitale qui les a poussés à à passer une frontière, pour arriver jusqu’ici, en France. Pas sûr qu’ils l’aient toujours choisie. Certains «dublinés» selon l’accord de Dublin. Un réfugié est renvoyé automatiquement dans le premier pays par lequel il est entré en Europe. Mais enfin, ils sont arrivés ici et c’est le nom: France qui clôt chaque récit.

Judith Depaule, comédienne et metteuse en scène, a fait partie du groupe Sentimental bourreau autour de Mathieu Bauer, le directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil. Elle dirige sa compagnie Mabel Octobre mais aussi l’association L’Atelier des artistes en exil. Avec pour objectif de les défendre après qu’ils aient été forcés de quitter leur pays, les mettre en relation et leur permettre de travailler avec d’autres. Avec eux, on se rend compte à quel point l’art est essentiel. Ces exilés qui se sont donnés à eux-mêmes le pouvoir de la liberté, intolérable pour les régimes autoritaires, l’ont payé cher.

Pas les seuls à avoir eu le courage de partir mais ils sont à la fois plus visibles, donc plus menacés et en même temps plus forts de ce qu’ils ont à transmettre. Témoignage d’une jeune artiste: c’est cela et pas autre chose qu’elle doit peindre, son regard est nécessaire pour comprendre ce pays et ce qu’il a fait d’elle. Un État et une société sont-ils si fragiles pour avoir peur de la peinture? L’art a donc une telle force, pour que ce soit essentiel de le faire taire ?

Les Je passe -on en est au n° 4-  se jouent dans les lieux qui ont du sens: Institut du Monde arabe, Musée National de l’histoire de l’immigration, Maison des Métallos, une coopérative culturelle logée en un endroit qui se souvient des luttes syndicales. Une façon de responsabiliser le spectateur. Cela ne fait pas une leçon de Je passe 4.  Nous écoutons avec empathie ces récits et on fait connaissance avec des visages et des histoires… Ils sont beaux, parfois drôles et l’humour peut revenir quand ces exilés ont retrouvé une sécurité, même précaire.

Le dispositif rigoureux du spectacle a un juste caractère répétitif qui renvoie aux obsédantes formalités auxquelles ces artistes ont été  soumis en arrivant ici. Mais cette exigence produit éventuellement un effet paradoxal et le rituel finit par niveler les histoires individuelles en leur ôtant d’un côté ce qu’il donne de l’autre : la vie singulière de chacun, avec ses paroles, son portrait et son “cadeau“.

Christine Friedel

Présentation pour les professionnels vue le 5 février à la Maison des Métallos, coopérative artistique, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris (XI ème).
L’Atelier des artistes en exil, lieu de rencontres, soutien, pratiques artistiques et ateliers, 6, rue d’Aboukir, Paris (II ème).

After, conception et chorégraphie de Tatiana Julien

After, conception et chorégraphie de Tatiana Julien

Didier Deschamps va quitter la direction de Chaillot qu’assumera en avril prochain le chorégraphe Rachid Ouramdane. Dans son éditorial de saison, L’Instant d’avant, il  relatait ce qui s’est passé, avant et se passera après cette crise sanitaire (voir Le Théâtre du Blog). La chorégraphe,  avec cette nouvelle création, évoque, elle, ce qui se passerait après la fin de notre monde, à la suite d’un désastre écologique.

A la recherche d’un sens pour figurer une renaissance, elle a laissé huit danseurs livrés à eux-mêmes …pendant deux trop longues heures. Avec une référence évidente aux spectacles hors-normes du metteur en scène Vincent Macaigne: Tatiana Julien travaille ici avec Julien Peissel, le même scénographe. Manquent seulement les mares d’eau et le sang factice à profusion chers à Macaigne. Décor post-apocalyptique : une baraque délabrée et des  choses non essentielles, témoins de notre civilisation passée comme sac de golf, réfrigérateur, trophées sportifs, transats, tondeuse à gazon, écran de télévision… que les interprètes, en criant très fort, jettent pêle-mêle sur le plateau.

© Herveì Goluza

© Herveì Goluza

L’un des danseurs nous prend à témoin: «Je vois que le monde est mort.» Organiser le désordre: la chorégraphe sait faire. Trop systématique, cela pourrait être agaçant mais, dans le contexte actuel de frustration artistique, cet After est bienfaisant. Il y a a une belle énergie chez les danseurs et une riche bande-son, avec extraits de discours politiques sur le climat, bruits de manifestations, paroles de Démons de Minuit du groupe Images… Lointains souvenirs… Avec, ici, une certaine nostalgie et cette chanson, presque insignifiante, prend un autre sens aujourd’hui:  «Rue déserte, dernière cigarette, plus rien ne bouge, juste un bar qui éclaire le trottoir d’un néon rouge, j’ai besoin de trouver quelqu’un, j’veux pas dormir, je cherche un peu de chaleur, à mettre dans mon cœur. »

La chorégraphe nous incite ainsi à un réveil des corps et des esprits, aujourd’hui menacés par un virus. Faut-il prendre le risque de vivre et d’en mourir ? Vaste question qu’aucun grand auteur n’a encore résolue. Une renaissance est encore possible après la crise écologique que nous avons provoquée. A la fin de cette pièce, un texte bouleversant de Pablo Servigne, un ingénieur agronome de Gembloux Agro-Bio Tech (Belgique) qui s’est consacré à la transition écologique. Un texte qu’il avait dit à la manifestation d’Extinction/Rébellion en mars 2019, à Paris.

Jean Couturier

Présentation réservée aux professionnels vue le 12 février, au Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris (XVI ème). T. : 01 53 65 30 00.
A suivre: prochaines représentations de ce spectacle dans ce même théâtre.

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