Kairos, série théâtrale en quatre épisodes, écriture et mise en scène de Nicolas Kerzenbaum

Kairos, série théâtrale en quatre épisodes, écriture et mise en scène de Nicolas Kerzenbaum

©x

©x

À la télévision, ce serait une mini-série et au théâtre, un spectacle-fleuve. Nicolas Kerzenbaum a partagé l’engouement du public de théâtre pour les séries et leur fonctionnement. Donc, nous aurons:  amours et drames familiaux, aléas de la politique agricole européenne et projet d’un mystérieux consortium Kairos qui veut faire profiter l’humanité entière, des meilleurs spécialistes dans tous les domaines. Bien sûr, ce Kairos, avec ses ambitions planétaires et sa dimension utopique ou plutôt dystopique, échappe au feuilleton familial ou sentimental.

Vu les lois du genre, le noyau dur est constitué par un «think tank »,  concentré de toutes les perfections intellectuelles et technologiques sur un territoire sécurisé, acheté au Congo. Décidément, ce pays n’aura jusqu’à présent échappé à aucune colonisation! Ce qui n’interdit pas les scènes intimes ou familiales. L’astuce: avoir placé l’affaire légèrement hors du temps, tout près d’aujourd’hui mais pas exactement, et sur une planète ouverte à toutes les fictions… Nous allons donc sauter d’un avion en provenance de San Francisco, monter dans un autre pour la Thaïlande, et après nous être perdus au festival off d’Avignon,  pris ensuite un taxi à La Havane  et à la fin, aller à Thouars (Deux-Sèvres). Apprécions les facéties du destin…

Cette série saute allégrement comme les autres par dessus la vraisemblance et nous acceptons coïncidences et rencontres fortuites, pourvu qu’elles fassent avancer le récit, si acrobatique soit-il. Nicolas Kerzenbaum nous laisse à la  fin de chaque épisode sur un suspense vertigineux… Jérôme va-t-il retrouver Camille? Et Théo? Que va-t-il se nouer entre Camille, devenu du jour au lendemain un auteur à succès et Rose, l’ex-de Jérôme, qui rame avec son spectacle pour enfants?

Nous avouons avoir vu seulement trois épisodes sur quatre soit cinq heures de spectacle quand même! Pour le plaisir d’avoir de nouvelles surprises. Le critique désabusé pourra être agacé par l’épisode du off d’Avignon… Encore du théâtre dans le théâtre, encore de l’entre-soi ! Mais nous serons remis à notre place dans la deuxième, partie, l’auteur ayant prévu l’objection et y répondant avec gravité et justesse.  Mais comme toujours dans les bonnes séries, nous  n’objectons plus, nous acceptons les longueurs et les moments plats, pour mieux apprécier les plus tumultueux, jusqu’au chaos interstellaire. Et c’est aussi la fonction du polar ou du film d’épouvante: Kairos a pour fonction d’extérioriser les peurs de notre époque. On reconnaît dans ce mystérieux consortium une Silicon Valley à plus grande échelle…

Les comédiens lisent didascalies et scénario avant de jouer leur rôle au pupitre. Saluons Marie-France Alvarez, souveraine dans le personnage d’une autrice cubaine de best-sellers et reformatée aux Etats-Unis, Ulysse Bosshard (Jérôme), Nicolas Gonzalez (Camille), Christophe Luiz (Théo), Jean-Christophe Quenon (le Père de famille et le Professeur de conservatoire. Pauline Ribat  elle, joue Rose, une comédienne entre galère et succès, théâtre et viticulture. Dans un petit espace mais selon un travail précis, les acteurs jouent tous à la perfection les enjeux et émotions de leurs personnages… Et ils doivent entrer dans la lecture en l’état exact où ils sont censés se trouver à l’instant T.:  le kairos au sens du grec ancien, un instant optimal à saisir et qui ne reviendra pas ! Après, ils peuvent s’amuser avec les chœurs d’étoiles ou les didascalies.

L’avantage de cette lecture-mise en scène: faire travailler comme aucune autre forme théâtrale, l’imagination du spectateur qui est alors prêt à accepter un dialogue entre un personnage et la lune, avec l’approbation de Mars et de Saturne,  à écouter le chœur des fleurs envolées de la chemise de Théo, ou à entrer dans des querelles familiales bien terriennes. Il ressent la pluie chaude en Thaïlande, l’inconfort pour un adulte d’un lit d’enfant et croit l’histoire qu’on lui raconte…

Seul le théâtre est capable de tels effets spéciaux… Et grand merci à Lucien et Micheline Attoun qui avaient inventé à Théâtre Ouvert ces mises en espace où les comédiens gardant leur brochure à la main, jouent avec ou non et occupent le plateau… La réussite de ce mode de jeu peut couper l’herbe sous les pieds à un spectacle à venir qui risque de se trouver alors entravé par un décor, asphyxié de métaphores et privé à jamais d’un immense lieu imaginaire.

Nous attendons avec patience et appétit le quatrième épisode. Et qui sait, les vingt- quatre suivants? Mais  prions les Dieux du théâtre -surtout Dionysos à qui il est rendu hommage ici avec la scène des «vendanges du diable» jouée par les acteurs en toge romaine- pour que rien n’abime cette série légèrement loufoque, à peine angoissante et débordante d’émotion. Les comédiens jouant ici le jeu avec maîtrise  et sincérité, avec aussi une touche finalement très originale. Deux tables et quelques pupitres, sept acteurs et avec aussi Guillaume Léglise, compositeur et musicien et la vocaliste aérienne Sarah Métais-Chastanier. Un spectacle fait pour être joué là où le public peut être facilement «distancié». Qu’attend-t-on ?

Christine Friedel

Présentation réservée aux professionnels vue le 18 février dans les  beaux locaux des Tréteaux de France, à Aubervilliers (Seine-Saint Denis). Spectacle prévu à l’automne 2022 .

 

 

 


Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...