Toute la vérité , création collective du Théâtre Déplié, mise en scène d’Adrien Béal

Toute la vérité, création collective du Théâtre Déplié, mise en scène d’Adrien Béal

Sur l’écran, s’annoncent les cinq sens: la vue, l’odorat, le goût, l’ouïe et le toucher, étapes d’un parcours ou phases d’une expérience…. Les cobayes sont les membres d’une famille fondée sur un certain équilibre qui sera bousculé. A la suite de chocs, minimes ou énormes mais provoquant plusieurs dérèglements révélateurs. Veulent-ils savoir toute la vérité ? Question posée, pour les concepteurs du spectacle, par Michel Foucault avec La Volonté de savoir, histoire de la sexualité (1975). 

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Premier événement grave, la mort d’un frère aîné. L’émotion toute «naturelle» (mais qu’est-ce qui est naturel, ou construit socialement ?) va faire se jeter dans les bras ses plus jeunes frère et sœur… Mais le geste révèlera bien autre chose! Oui, nous sommes amoureux et oui, nous sommes amants. Cette vérité-là, personne ne voulait rien en savoir et en même temps, chacun voulait savoir. Telle une goutte d’acide, elle fait craquer l’accord définissant la famille pour en redessiner une autre. Y aurait-il un inconscient chez un groupe qui aurait trouvé ce moyen, cet accident, pour parler?

Les sens sont liés à différents tests, comme celui de l’enfant assistant par hasard -ou par volonté de savoir?- à la «scène primitive» entre ses parents. Ou à celui des voisins qui ont entendu trop d’ébats amoureux. Comme au billard, les événements vont se percuter et recréer une nouvelle géométrie familiale. Vision intellectuelle des rapports humains dans la vie comme au théâtre? C’était déjà en tout cas la méthode du Théâtre Déplié pour Récit des événements futurs et Le Pas de Bême et pour ses précédents spectacles, Perdu connaissance et Les Pièces manquantes.

Les acteurs pratiquent l’écriture de plateau avec une extrême rigueur, tout en la théorisant. Le texte ne précède pas un jeu qui serait son interprétation et il n’enregistre pas plus le résultat d’un travail d’improvisation à laquelle, du reste, le spectacle fini (jamais fini…) laisse une certaine place. Ils se construisent l’un à partir de l’autre, à partir aussi d’accidents qui seront ensuite triés et ordonnés. Une matière vraie, surgie comme dans la vraie vie, puis reconstruite grâce à une dramaturgie. Cela donne -logiquement- des situations à la fois familières et insolites, légèrement étranges. Même quand les révélations sont énormes, avec un comique propre à la gaffe ou au lapsus. Toute la vérité…

Un théâtre sans métaphores?  Des rouleaux de tissu, placés ça et là sur le plateau, et les personnages s’y assoient durant une scène ou quand ils ne jouent pas, comme sur les bancs de côté chez Brecht, apportent eux une autre métaphore, celle du tissage, de la trame, de l’«infinitus causarum nexus». Mais la pièce n’est pas construite sur un «entrelacs sans fin de causes et d’effets ».

Se produit plutôt entre les personnages un onde de chocs laissant des traumatismes peu visibles mais aux conséquences sans fin. Le texte reste un tissage et  le spectacle joue plutôt sur les mutations. Il renvoie au théâtre fait depuis sa naissance d’histoires de famille, incestes… On voit ici comment briser les tabous redistribue les rôles, non au profit de Dieux vengeurs mais à l’échelle humaine, au quotidien. Toute la vérité ne démontre rien et ne la «ramène» pas mais ses auteurs partagent leur méthode avec le public.

Théâtre déplié? Théâtre d’imperceptibles trébuchements aussitôt utilisés, de quarts de tour et replis, chez certains acteurs qui se déplient ensuite.  Avec discrètes surprises à résonance durable. Comme dans la vraie vie, quoi… Mais autre constante du spectacle, quoi que l’on fasse et quels qu’en soient les artifices,  cette vraie vie s’y invite, avec aussi d’imperceptibles trébuchements…

 Christine Friedel

Représentation pour les professionnels vue le 10 février au T2G-Centre Dramatique National, avenue des Grésillons, Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Festival Théâtre en mai, au Théâtre Dijon-Bourgogne-Centre Dramatique National.


 

 

 

 

 

 

 


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