Hermann de Gilles Granouillet, mise en scène de François Rancillac

Hermann - C. Charryere, C. Proust - photo C. Raynaud de Lage

© Chritophe Raynaud De Lage

Hermann de Gilles Granouillet, mise en scène de François Rancillac

 L’auteur et le metteur en scène n’en sont pas à leur première collaboration et cette sixième création commune ne dément pas la richesse de leurs échanges. Une fidélité artistique rare, dit Gilles Granouillet. Ecrite en 2013, selon la commande faite par une compagnie du Nord, la pièce devait se passer dans le milieu scientifique de cette région avec quatre personnages. L’écrivain stéphanois y a répondu par une histoire qui défie la science en introduisant un grain de folie dans une intrigue apparemment réaliste. Son attirance pour les pays de l’Est et l’Ukraine où il est allé en résidence, ont été une source d’inspiration ainsi que la maladie d’Alzheimer d’une proche.

La pièce commence par le récit de Léa, mère de famille et neurologue dans un hôpital du Nord. Elle reconnaît, au bout d’un long couloir aveugle, derrière une porte entrebâillée, un patient rencontré vingt ans auparavant quand elle débutait dans un service psychiatrique dans le Midi. Boris Hermann, jeune homme sans mémoire, apparemment venu de Russie, est une énigme que la pièce va dévoiler dans un long flash-back. Sur les traces d’une histoire d’amour jusqu’au Sud de la France, en  Russie et en Pologne. L’apparition d’Hermann fait voler en éclats le couple conventionnel et bourgeois que forment la belle Olia et le riche cardiologue Daniel Streiberg ;  Olia va abandonner son confort pour suivre jusqu’à en perdre la raison son amant fantomatique. Et la vie sans histoires de cette neurologue, vacille…
 

Le cas d’Hermann bouleverse aussi les repères des scientifiques et traverse le temps sans une ride. Son inaltérable jeunesse est-elle l’image de l’amour idéal à la poursuite duquel se sont lancés Olia et son fiancé, quand Hermann, revenu de la guerre en Afghanistan, devient amnésique? L’homme  est peut-être, conclut  Léa, «une histoire d’amour, une pure histoire d’amour qui ne s’éteint pas. », l’objet même de sa quête (en allemand Herr Mann : “Homme  Homme“). Nous sommes dans le temps du récit de Léa, avec les tours que lui joue sa mémoire. Au bord de la fiction. 

François Rancillac s’empare de cette fable en ancrant les personnages dans un apparent  réalisme, avec des images qui marquent les lieux du drame. On passe du couloir aveugle de l’hôpital défilant sans fin sur l’écran, à l’exubérance de la végétation méridionale mais aussi à des vues de Pologne ou d’une salle commune d’établissement psychiatrique… Raymond Sarti a ménagé plusieurs plans sur la profondeur du plateau qui s’ouvrent et se referment à mesure que l’on s’engouffre dans les souvenirs de Léa.

Les comédiens jouent avec subtilité sur différents registres. Daniel Kenigsberg est un Daniel Streiberg émouvant de maladresse mais qui porte aussi un regard critique sur son état de médecin « plein aux as dans la grosse bagnole, garée devant la grosse villa, avec de gros soucis d’impôts. » (…) « Je dirais que je vis avec le sentiment de de devenir lentement mais sûrement, un gros con. » Cet humour est partagé par le personnage de Léa, interprétée par Claudine Charreyre, à la fois femme de poigne et déroutée par cette affaire. Lenka Luptákova donne une dignité de façade à Olia avant qu’elle ne s’égare dans la démence. Hermann (Clément Proust) traverse le temps avec équanimité, fixé sur la recherche de sa mémoire oubliée… 

 Le metteur en scène n’hésite pas à faire glisser les acteurs dans une démesure contrôlée qui rend à la pièce une dimension irrationnelle, avec des épisodes où, quand les repères se brouillent, le quotidien se décale en farce grotesque ou en folie tragique. Pour Gilles Granouillet, « dès que la vie se rouille sous le poids des renoncements, dès que les êtres s’atrophient sous la grisaille de l’habitude, s’immisce un grain de sable qui fait soudain dérailler le cours des choses, éjecte les humains de leur ornière et les pousse brusquement à aller voir ailleurs s’ils y sont. »

 Les dérapages vers des zones où tout, comme dans un conte, devient possible, sont ici parfaitement assumés et nous ravissent mais en laissant un goût amer.  « Quand je relis aujourd’hui cette pièce, écrit Gilles Granouillet, je voudrais y ajouter les vers qui suivent et qui épousent cette volonté farouche d’aimer qui traverse chaque personnage d’Hermann : “Mais n’est-ce pas le pire piège, que vivre en paix pour des amants?»

 Mireille Davidovici

Représentation réservée aux professionnels vue le 5 mars, au Théâtre des Deux Rives, Charenton (Val-de-Marne).

Les 25 et 26 mars, Espace culturel Albert Camus, Le Chambon-Feugerolles, (Haute-Loire).
Le 7 avril, La Maison des arts du Léman, Scène Nationale de Thonon-Evian (Haute-Savoie), le 13 avril, Espace Saint-Exupéry, Franconville (Val-d’Oise), le 15 avril, Théâtre Victor Hugo, Bagneux (Hauts-de-Seine). 
Et le 6 mai, L’Onde, Vélizy-Villacoublay (Yvelines)

Et pour la saison 21/22, Scène Nationale de Dieppe, Théâtre d’Aurillac, Théâtre de Roanne, etc.

 

La pièce est publiée à L’Avant-Scène Théâtre.

 

 

 


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