L’occupation des théâtres continue…

L’occupation des théâtres continue…

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© AFP L’Odéon-Théâtre de l’Europe occupé

 Cela tangue encore plus ces jours-ci et dit Robin Renucci, président de l’Association des Centres Dramatiques Nationaux « Notre responsabilité d’employeur n’est pas d’inciter à l’occupation de nos outils de travail mais nous tenons à saluer la mobilisation des occupants et à les soutenir sur l’ensemble de leurs revendications ».  Mais  le protocole d’une reprise d’activité qui a été présenté à Roselyne Bachelot, début janvier  n’a reçu aucune véritable réponse! Muriel Mayette-Holtz, ex-administratrice de la Comédie-Française, ex-directrice quelques mois de la villa Médicis à Rome et actuellement directrice du Théâtre national de Nice, semble regretter  cet immobilisme: « Nous pouvons ouvrir nos théâtres demain, c’est notre métier de gérer le flux et de le gérer dans les conditions sanitaires requises. »

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Et à Marseille depuis le 12 mars, le ZEF-Scène Nationale* est occupé. Artistes, techniciens intermittents, travailleurs précaires, étudiants… se sont joints au mouvement lancé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Avec comme dans les autres lieux occupés, des assemblées générales, ateliers, groupes de discussion et réunions.  La programmation est en partie maintenue pour un public restreint, les espaces de répétition sont mis à disposition des artistes et le hall transformé en salle de travail pour permettre aux étudiants isolés de se retrouver.
« Les revendications portées par la lutte en cours ne sont pas seulement celles de rouvrir nos lieux, mais concernent notre avenir à tous. C’est pour cela que nous les soutenons en grande partie. Nos luttes convergent et vous pouvez, vous aussi, témoigner votre soutien En vous joignant à la mobilisation nationale Le Printemps est inexorable, ce samedi 20 mars de 11 h à 13 h, à hauteur de la place du Général de Gaulle (Marseille 1er). »

L’occupation de l’Odéon depuis quinze jours est emblématique, en partie  grâce à sa situation au cœur de Paris. Et le mouvement s’étend (voir Le Théâtre du Blog). Mathieu Bauer, le directeur du Nouveau théâtre de Montreuil, ** appelle à la mobilisation « pour faire entendre nos revendications et les partager avec vous. » Cela se passera dans le cadre de l’appel national du SY.N.D.E.A.C. en présence de nombreux partenaires culturels et élus de Seine-Saint-Denis. « Depuis plusieurs semaines, de nombreux syndicats du monde du spectacle appellent à des rassemblements pour exiger la réouverture des lieux de culture, dans l’élan de cette phrase pleine d’avenir de Pablo Neruda, Le printemps est inexorable.

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©x Le Nouveau Théâtre de Montreuil

(…) « C’est pour cela que nous exigeons dans les plus brefs délais, la réouverture de toutes les maisons d’art, lieux de sociabilité, de partage et de rencontres. Cette urgence s’exprime par des mobilisations dans de multiples théâtres, occupés partout en France. Le Nouveau théâtre de Montreuil est à son tour occupé depuis hier par des étudiants d’écoles d’art. Comme nous, ils ne se reconnaissent pas dans le monde qui se dessine. C’est donc avec hospitalité et chaleur que nous les avons accueillis, certains que le désir d’agir qui les habite répond à cette nécessité absolue. Nous sommes au croisement de luttes qui dépassent très largement la question de nos propres interrogations et elles rejoignent l’ensemble des revendications des travailleurs précaires et autres laissés-pour compte  par nos gouvernants. Ensemble, nous devons cultiver, œuvrer à ce printemps et ainsi renouer avec le mot désir, porteur d’avenir. »

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A Gennevilliers, le T2G *** est aussi occupé par les apprentis de l’ESCA (Ecole Supérieure des Comédiens par l’Alternance) située dans la proche ville d’Asnières et s’associent aux revendications énoncées dans les communiqués de l’Association des Centres Dramatiques Nationaux. »Nous occupons à présent « Nous occupons à l’intérieur, pour qu’il se passe des choses à l’extérieur, le T2 G en solidarité avec nos camarades du Théâtre de l’Odéon, de tous les autres lieux culturels occupés, avec le soutien du Studio-ESCA  et de l’équipe du T2G Centre Dramatique National de Gennevilliers.**  Ils  demandent aussi « l’abandon de la réforme de l’assurance chômage, l’obtention et/ou la prolongation d’une année blanche sur les droits au chômage pour les intermittents du spectacle et son élargissement aux intermittents de l’emploi abandonnés par le gouvernement (extras de l’hôtellerie, restauration, évènementiel mais aussi intérimaires, saisonniers. Et des mesures d’urgence face à la précarité psychologique et financière de tous les étudiants et élèves de France.  Un financement du secteur culturel passant par un plan massif de soutien à l’emploi, en concertation avec les organisations représentatives des salariés de la Culture. Un plan d’accompagnement des élèves et étudiants en cours d’étude et à la sortie pour leur permettre d’accéder à l’emploi. Une date-butoir de réouverture des lieux culturels dans le respect des consignes sanitaires. »

Un rassemblement sur le parvis du Théâtre d’Orléans aura lieu samedi 20 mars de 14 h à 15 h précédé d’échanges organisés par les occupants à partir de 11 h 30. Et les occupations de théâtres et lieux culturels se multiplient… Et Cela fait maintenant un an que nos lieux culturels sont fermés aux publics, à l’exception de deux ou trois mois en fin d’été dernier. Nous sommes inquiets pour nous, pour l’avenir réservé aux projets que nous continuons de construire avec conviction, pour les artistes et les techniciens intermittents, pour la jeunesse tout juste sortie des écoles professionnelles, qui risque de ne pas trouver de débouchés. La culture ne doit pas être mise à l’écart. Elle est un souffle nécessaire à la vie.

Et sur le Parvis du Cratère-Scène nationale d’Alès et avec le Festival Cinéma d’Alès – Itinérances,  aura lieu un rassemblement dans le cadre du mouvement Le Printemps est inexorable #feuvertpourlaculture samedi 20 mars de 9 h à 12h.
La balle est maintenant dans le camp du Gouvernement ou plutôt de l’Elysée, puisqu’on entend davantage Macron parler de la célébration de Napoléon. Quant à Castex et à la Roselyne, ils semblent faire de la figuration intelligente…

Philippe du Vignal

*Le ZEF-Scène Nationale, avenue Raimu, 13014 Marseille. T. : 04 91 11 19 30.

**Place Jean Jaurès à Montreuil (Seine-Saint-Denis) samedi 20 mars à 11h.

***ouverturesssentielles.t2g@gmai

 


Archive pour 17 mars, 2021

Entretien avec Frédéric Dautigny, directeur de l’Atomik Family

Entretien avec Frédéric Dautigny, directeur de l’Atomik Family

© C. Mourthé

© Christophe Mourthé

-Parlez-nous de votre enfance…

-Chez les forains, nous sommes magiciens de père en fils, de mère en fille. Les femmes sont voyantes et les hommes s’illustrent par l’originalité d’un répertoire souvent emprunté à la prestidigitation. Peut-être un cliché mais dans ma tribu, c’était le cas! J’ai eu une éducation religieuse stricte et j’ai compris que toutes les grandes civilisations se sont construites sur des actes de magie. Et qu’elle pouvait me faire entrer là ou ma condition sociale ne me le permettait pas et qu’avec elle, je n’aurai plus jamais faim ni soif.

 -Et ensuite ?

-J’ai eu mon premier engagement sérieux au Cirque de Mexico en 1985 à Mérida (Venezuela) devant l’Université des Andes. J’avais acheté mon matériel à la Casa Magica d’Henry à Caracas chez mon maître et mentor Alain P., un Français en cavale en Amérique latine. Il m’a initié à la tricherie, à la cartomagie moderne, au pickpockettisme et à la manipulation de cartes sur scène.

J’ai été son complice pendant quatre ans mais j’avais le droit de faire seulement des tours devant lui et ses femmes… A l’époque pas d’Internet et trouver des livres de magie était difficile! Un lien sacré unissait donc le maître et l’apprenti. J’ai tout pris comme un cadeau, comme une révélation. Puis en 1989, j’ai débarqué en France et suis allé au congrès de l’Association Française des Artistes Prestidigitateurs à Cannes où j’ai rencontré Tommy Wonder, Lubor Fielder, Bébel, Majax, Bruno Copin et sa muscade ensorcelée. Et des femmes m’ont soutenu, éduqué et ont fait évoluer ma perception du monde. Ensuite des amis artistes, techniciens et entrepreneurs de spectacle m’ont permis de découvrir la richesse et la complexité de la magie…

Aujourd’hui, notre exposition animée investit des châteaux, hôtels, jardins, sites architecturaux, musées, galeries d’art et festivals dans le monde entier. Elle prend la forme d’une visite guidée par petits groupes selon une durée précise, exactement comme pour un entre-sort. Le spectateur n’est pas captif et nous exploitons sa curiosité pour tout ce qui est étrange, primitif, animal, dépaysant…

 -Et votre cabinet de curiosités?

-Dans cette exposition, le public rencontre des créatures étranges, voit farces surnaturelles et trésors cachés, que l’on offre aux regards par intermittence ou pour une brève visite et il se souviendra alors de ce qu’il avait oublié. La Famille Atomik est douée d’une aura singulière dont la vertu magique est attachée à la culture de la curiosité et du mystère. Et nous intégrons une touche humoristique à la mise en scène qui, avec le boniment, est si outrancière que le public en perçoit l’intention comique. En jouant sur cette frontière, nous le rendons complice de l’arnaque. Par « cabinet de curiosités », nous entendons bien sûr, la mise en scène d’individus ayant des anomalies physiques, mentales ou comportementales, réelles ou simulées pour le divertissement… et le profit.

-Quelles sont vos relations avec les autres magiciens ou artistes ?

J’admire les prestations de Channing Pollock, Haruo Shimada, Slydini… En cartomagie, René Lavand, Ricky Jay, Del Ray et Steve Forte m’ont aussi impressionné. Comme Philippe Genty et ses marionnettes: je n’ai toujours pas compris ses trucages. Mais j’aime beaucoup aussi aussi ces chorégraphes de génie que sont Pina Bausch et Carolyn Carlson, des clowns comme Grock, Georges Carl, Oleg Popov et le provocateur Léo Bassi. Le conteur Georges Gougaud, les mimes Marcel Marceau et Claude Kipnis et de grands acteurs comme Charlie Chaplin, Orson Welles et Guy Williams, le Zorro mythique dont je suis aujourd’hui le sosie officiel. Mais je suis surtout attiré par la tricherie sacrée, la para-psychologie, la magie «rêvante», bizarre ou rituelle, celle aussi qui  est liée au conte, au théâtre d’objets, à la marionnette et aux arts décoratifs…  Bref, celle qui se lit comme un bulletin d’informations du divin.

 -Vous avez été influencé par des bateleurs et charlatans?

Bien sûr, mais aussi par des illuminés ou gourous, des penseurs,  poètes et écrivains ésotériques. Et par des fabricants d’entre-sorts, des faussaires et autres artistes atypiques. Les magiciens sont à la fois metteurs en scène, acteurs et à un degré très variable, mécaniciens. Mais aussi sculpteurs, décorateurs et costumiers, électroniciens, auteurs, communicants, entrepreneurs… Un vrai sacerdoce et mieux vaut ne pas l’oublier, si on veut durer dans ce métier.

 -Il semble qu’on assiste de plus en plus à un démembrement de la magie? -Oui, sans doute à cause d’une idéologie qui a fait de nous  des acteurs du lien social, du vivre ensemble et non plus d’éternels rebelles au grand cœur…  Avec le corporatisme et la copie, on force l’artiste à entrer dans un moule façonné par les «docteurs de l’art collégial ». Conséquences: plus de magie avec animaux, ballons et pyrotechnie mais bientôt avec le digital et le virtuel, sans doute plus un magicien sur scène ! Et le public verre des spectacles qui ont les mêmes codes et moyens d’expression…

Notre but : créer un divertissement plaisant mais aussi donner forme à ce qui doit rester l’indicible par excellence. Pour l’Atomik Family, le magique est avant tout la surprise et la turbulence. Chaque art possède en sa mémoire mythique, une parcelle du savoir caché de l’univers et celui des magiciens a, et au plus haut degré, cette réminiscence. Sans culture, notre art disparaîtrait et deviendrait vite un puzzle… Comment répondre à  cet engouement pour la pensée magique? En inventant des histoires? En évoquant des mystères de pacotille? Le magicien, chroniqueur, faiseur d’opinion et maître du verbe, doit connecter une histoire à une expérience émotive forte. Il fait le lien entre culture populaire et culture savante… En théorie bien sûr, mais dans la réalité du marché, c’est plus difficile et nous sommes aujourd’hui souvent perçus comme des amuseurs publics qui doivent, s’ils veulent remplir leur marmite, s’adapter au niveau culturel de leur auditoire.

- A part la magie, vous faites quoi, de la cuisine, vous vous baladez?

-Oui bien sûr mais pas seulement. J’aime aussi créer des jardins, aller à la pêche, faire des voyages, rechercher des artefacts anciens. Et j’ai commencé à écrire un livre qui rassemble et révèle nos idées, textes mais aussi nos fêlures et notre singularité artistique…

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 7 mars. https://www.facebook.com/lafamilleatomik/

 

 

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