Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg,mise en scène de Christophe Rauck

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© Simon Gosselin

Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg, traduction de Marianne de Ségol-Samoy, mise en scène de Christophe Rauck 

 La Fille-Roi, reine des neiges, encagée dans une vitrine où s’amoncellent des flocons, se vit comme une « anomalie ».  Comment être libre et régner ? Refuser le mariage quand le pays réclame une descendance ? Assumer sa passion pour une dame de compagnie? Comment s’émanciper des cauchemars de l’enfance : un père aimé mort à la guerre et une mère en exil ?  

 La pièce s’inspire de vie de la légendaire reine Christine (1626-1689) avec une vision toute contemporaine des problèmes liés au genre et au pouvoir. Sara Stridsberg se nourrit de l’Histoire, pour entrer dans la peau d’un personnage aussi complexe que la structure de la neige…  Enfant unique du roi Gustave-Adolphe de Suède, elle a six ans quand elle accède au trône.  Elevée comme un garçon, habile cavalière et chasseuse mais aussi fine diplomate et femme de lettres, elle s’entoure de penseurs dont René Descartes. Mais elle abdiquera en 1654, après dix ans de règne, au profit de son cousin qu’elle refuse d’épouser et elle quittera la Suède pour de longues pérégrinations à travers l’Europe, avant de s’établir à Rome.

Image finale de la pièce, ce départ : la liberté! Après d’âpres débats avec le Régent : le Pouvoir, son fiancé: Love, sa dame de compagnie: Belle, le Philosophe, ou encore le fantôme sanguinolent de son père… Aux prises avec des pulsions contradictoires. L’autrice ne trahit pas sa source historique mais situe sa pièce à une époque indéterminée et brouille les temporalités de la fable.

Christophe Rauck donne vie à ces personnages grâce à une direction d’acteurs minutieuse. Sa mise en scène au rythme sans faille pallie quelques longueurs et scènes répétitives. L’autrice sacrifie parfois au dogmatisme féministe pour rendre justice à ce personnage emblématique du matrimoine et questionner ainsi les rouages du pouvoir masculin. Marie-Sophie Ferdane, en scène tout au long du spectacle, incarne la Fille-Roi avec énergie et nuances: froide devant ses pairs ou brûlant de passion pour Belle (Carine Goron), tyrannique, ou fondant d’amour pour sa mère, mutine, jouant aux jeux de la guerre avec le Roi Mort (Thierry Bosc  avec une perruque et très en forme)… A la fois enfantine et dame de fer, avec une androgynie toute féminine, elle évolue très à l’aise d’une humeur à l’autre, dans ou hors le cercueil de verre sur lequel la neige tourbillonne ou s’amoncelle en manteau protecteur. La scénographie d’Alain Lagarde permet au metteur en scène de composer des images où la lumière froide du grand Nord contraste avec des zones plus sombres et plus chaudes. Apparaissent les personnages satellites de ce “Roi“ capricieux : dans un paysage de conte de fée, le Philosophe (Habib Dembélé), frigorifié,  inculque à la jeune femme la notion de libre-arbitre et la pousse à le suivre vers les pays chauds. Mais il mourra d’un refroidissement, comme Descartes à Stockholm en 1650.

L’exercice du libre-arbitre, quand soufflent des vents contraires, à l’intérieur comme à l’extérieur des personnages, pourrait être le cœur de la pièce. «Une des raisons d’être de ma littérature est de faire naître le paradoxe », dit l’écrivaine suédoise que Christophe Rauck met en scène pour la seconde fois après La Faculté des rêves en 2019. Il quitte sur ce beau geste artistique la direction du Théâtre du Nord, pour celui de Nanterre-Amandiers, après sept saisons où il aura créé dix pièces surtout d’auteurs contemporains. Mais il reviendra mettre en scène le spectacle de sortie de l’Ecole.  Sa direction aura été marquée par un rajeunissement du public, un taux de remplissage à 87% et donc une augmentation des ressources propres.

Le théâtre du Nord est aujourd’hui occupé par les intermittents et les élèves de  l’Ecole. David Bobée qui succède à Christophe Rauck, accueille volontiers ces occupants, tout en faisant passer les auditions pour l’entrée de la septième promotion. Mille trois cents candidats ont déposé un dossier… Malgré les difficultés actuelles, l’envie de théâtre est toujours là !

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels vue le 18 mars au Théâtre du Nord, 4 Place Charles de Gaulle, Lille (Nord). T. : 03 20 14 24 24 

Le spectacle sera diffusé sur France-Culture le 25 avril

Reprise en tournée à la rentrée  notamment au Théâtre de Nanterre Amandiers

 


Archive pour 21 mars, 2021

Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg,mise en scène de Christophe Rauck

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© Simon Gosselin

Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg, traduction de Marianne de Ségol-Samoy, mise en scène de Christophe Rauck 

 La Fille-Roi, reine des neiges, encagée dans une vitrine où s’amoncellent des flocons, se vit comme une « anomalie ».  Comment être libre et régner ? Refuser le mariage quand le pays réclame une descendance ? Assumer sa passion pour une dame de compagnie? Comment s’émanciper des cauchemars de l’enfance : un père aimé mort à la guerre et une mère en exil ?  

 La pièce s’inspire de vie de la légendaire reine Christine (1626-1689) avec une vision toute contemporaine des problèmes liés au genre et au pouvoir. Sara Stridsberg se nourrit de l’Histoire, pour entrer dans la peau d’un personnage aussi complexe que la structure de la neige…  Enfant unique du roi Gustave-Adolphe de Suède, elle a six ans quand elle accède au trône.  Elevée comme un garçon, habile cavalière et chasseuse mais aussi fine diplomate et femme de lettres, elle s’entoure de penseurs dont René Descartes. Mais elle abdiquera en 1654, après dix ans de règne, au profit de son cousin qu’elle refuse d’épouser et elle quittera la Suède pour de longues pérégrinations à travers l’Europe, avant de s’établir à Rome.

Image finale de la pièce, ce départ : la liberté! Après d’âpres débats avec le Régent : le Pouvoir, son fiancé: Love, sa dame de compagnie: Belle, le Philosophe, ou encore le fantôme sanguinolent de son père… Aux prises avec des pulsions contradictoires. L’autrice ne trahit pas sa source historique mais situe sa pièce à une époque indéterminée et brouille les temporalités de la fable.

Christophe Rauck donne vie à ces personnages grâce à une direction d’acteurs minutieuse. Sa mise en scène au rythme sans faille pallie quelques longueurs et scènes répétitives. L’autrice sacrifie parfois au dogmatisme féministe pour rendre justice à ce personnage emblématique du matrimoine et questionner ainsi les rouages du pouvoir masculin. Marie-Sophie Ferdane, en scène tout au long du spectacle, incarne la Fille-Roi avec énergie et nuances: froide devant ses pairs ou brûlant de passion pour Belle (Carine Goron), tyrannique, ou fondant d’amour pour sa mère, mutine, jouant aux jeux de la guerre avec le Roi Mort (Thierry Bosc  avec une perruque et très en forme)… A la fois enfantine et dame de fer, avec une androgynie toute féminine, elle évolue très à l’aise d’une humeur à l’autre, dans ou hors le cercueil de verre sur lequel la neige tourbillonne ou s’amoncelle en manteau protecteur. La scénographie d’Alain Lagarde permet au metteur en scène de composer des images où la lumière froide du grand Nord contraste avec des zones plus sombres et plus chaudes. Apparaissent les personnages satellites de ce “Roi“ capricieux : dans un paysage de conte de fée, le Philosophe (Habib Dembélé), frigorifié,  inculque à la jeune femme la notion de libre-arbitre et la pousse à le suivre vers les pays chauds. Mais il mourra d’un refroidissement, comme Descartes à Stockholm en 1650.

L’exercice du libre-arbitre, quand soufflent des vents contraires, à l’intérieur comme à l’extérieur des personnages, pourrait être le cœur de la pièce. «Une des raisons d’être de ma littérature est de faire naître le paradoxe », dit l’écrivaine suédoise que Christophe Rauck met en scène pour la seconde fois après La Faculté des rêves en 2019. Il quitte sur ce beau geste artistique la direction du Théâtre du Nord, pour celui de Nanterre-Amandiers, après sept saisons où il aura créé dix pièces surtout d’auteurs contemporains. Mais il reviendra mettre en scène le spectacle de sortie de l’Ecole.  Sa direction aura été marquée par un rajeunissement du public, un taux de remplissage à 87% et donc une augmentation des ressources propres.

Le théâtre du Nord est aujourd’hui occupé par les intermittents et les élèves de  l’Ecole. David Bobée qui succède à Christophe Rauck, accueille volontiers ces occupants, tout en faisant passer les auditions pour l’entrée de la septième promotion. Mille trois cents candidats ont déposé un dossier… Malgré les difficultés actuelles, l’envie de théâtre est toujours là !

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels vue le 18 mars au Théâtre du Nord, 4 Place Charles de Gaulle, Lille (Nord). T. : 03 20 14 24 24 

Le spectacle sera diffusé sur France-Culture le 25 avril

Reprise en tournée à la rentrée  notamment au Théâtre de Nanterre Amandiers

 

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