Livres et revues

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Raymond Hermantier, Une histoire du théâtre populaire et de la coopération théâtrale en Afrique de Marie Pasquini

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Qui se souvient encore de cet acteur et metteur en scène (1924-2005)?  » Il avait le don de poursuivre ses actions en dépit de tout, car sa vie fut une aventure complète. Il avait cette passion généreuse pour le théâtre. Il franchissait toujours toute limite un peu comme Dullin qui l’inspirait tant, écrivait le critique Paul-Louis Mignon qui fut aussi son ami. “Il avait un talent certain mais était parfois querelleur. Et il n’eut pas que des amis. Ils nous souvient qu’André Steiger, metteur en scène suisse et comme lui proche du Parti Communiste, n’avait pas, il y a une cinquantaine d’années, de mots assez durs pour son travail… Et pourtant quel parcours! Résistant dans Les Franc-Tireurs et Partisans en 44, il fut gravement blessé. Puis il travailla très jeune encore avec Jacques Copeau aux Hospices de Beaune pour créer des spectacles en plein air et populaires, ce qui, à l’époque, était encore rare. Mais aussi avec Charles Dullin puis dès 1943, avec Jean Vilar. Il collabora ainsi à la Semaine d’art en Avignon en 47 et au premier festival en 48.  Il monta aussi la même année  Si je vis de Robert E. Sherwood au Théâtre Saint-Georges puis Andromaque au Vieux-Colombier à Paris. Et plus tard, soutenu par Jeanne Laurent, alors en charge de ce qu’on appela la “décentralisation” au secrétariat des Beaux-Arts au Ministère de l’Education Nationale (le Ministère de la Culture n’existait pas encore), il mit en scène avec une audace incroyable dans les arènes de Nîmes devant plus de cinq mille spectateurs en 1950 -il n’avait que  vingt-six ans et une expérience limitée!- Jules César de William Shakespeare, un coup d’éclat admiré et très apprécié par Roland Barthes. Puis il fut brièvement élève au Conservatoire National  mais il en démissionna pour pouvoir continuer à jouer…Il mit aussi en scène Les Mouches de Jean-Paul Sartre au Vieux-Colombier en 51. Pendant la guerre d’Algérie, il crée le Groupe d’Action Culturelle, une troupe de jeunes du contingent qui jouera des spectacles de plein air en arabe dialectal et en berbère.

Puis quand les pays africains colonisés par la France, commencèrent à devenir indépendants, Raymond Hermantier travailla à Dakar au Théâtre National Daniel Sorano et  se lança avec passion dans un théâtre qu’il voulait très populaire, en mettant en scène des ‘auteurs africains francophones, un projet cher au président Léopold Sédar Senghor. Puis, faute de subventions correctes vers 1980, il produisit lui-même certaines créations  et aida les acteurs les plus démunis. Toujours aussi déterminé… “Il fera du théâtre envers et contre tous, pour tous, même au fond des déserts.” disait de lui Charles Dullin. Mais il n’avait pas que des amis  et on ne lui fit pas de cadeaux  quand il rentra en France en 84, sans doute n’y trouvait-il plus bien sa place… Quelques vingt ans avant Raymond Hermantier avait déjà été marqué par le départ de Jean Vilar du T.N.P.  dont il se serait bien vu le successeur. Mais c’est son bras droit Georges Wilson qui fut choisi. Le théâtre avait déjà aussi beaucoup évolué sous l’influence d’Antonin Artaud et des metteurs en scène américains comme Bob Wilson ou des Polonais Jerzy Grotowski et Tadeusz Kantor. De nouveaux festivals émergèrent comme celui de Nancy qui bouleversa l’esthétique de la scène avec, entre autres, avec la naissance de la marionnette comme art à part entière. Raymond Hermantier devait avoir quelque mal à s’y retrouver…

Décidément, il était une fois de plus en marge, trop engagé pour faire des compromis et être nommé à la tête d’un Centre Dramatique ou d’un Théâtre National. Pourtant il avait montré par ces choix qu’il avait une passion pour un véritable dialogue entre les cultures. C’est aussi cette période foisonnante du théâtre  français dans le sillage du T.N.P. que Marie Pasquini retrace dans ce livre passionnant à plus d’un titre. Et il y a, chose très utile, des bibliographies et notices biographiques précises car les noms de ceux dont le travail est évoqué ici ne diront rien aux jeunes gens d’aujourd’hui.  C’est une loi impitoyable et les plus grandes mises en scène du XX ème siècle tomberont peu à peu dans l’oubli, même avec la béquille d’un DVD..

Sans doute le livre est-il un peu touffu (quatre cent pages) mais comment faire autrement, quand on veut  analyser à la fois le parcours d’un homme de théâtre mais aussi la cinquantaine d’années qui façonnèrent le théâtre d’aujourd’hui, y compris dans ses contradictions. Une fois de plus, une telle analyse du passé peut aider à bien éclairer le présent du milieu culturel et artistique qui va subir, qu’on le veuille ou non, une profonde mutation. Comment imaginer que la vie théâtrale puisse reprendre comme avant. Et ceux qui sont actuellement au pouvoir, auront du mal à accepter un profond changement  culturel que nous allons voir se dessiner après l’épidémie actuelle. Une partie infime mais influente des Parisiens qui se laisseront séduire par le télétravail dans le Berry, voire à Perpignan… comme les y incitent de nombreuses affiches dans le métro parisien. Le théâtre, pléthorique en région parisienne va sans doute encore une fois évoluer et se réinventer…

Editions de l’Harmattan, 39 €

Romance de Catherine Benhamou

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L’actrice et autrice a reçu d’Artcena, le Centre national des arts, du cirque, de la rue et du théâtre, le Grand Prix de littérature dramatique pour l’écriture pour tout public, avec pour la catégorie Jeunesse, Sophie Merceron Avril, (Ecole des loisirs). Catherine Benhamou est bien connue pour des textes comme Ana ou La Jeune Fille intelligente ou Hors jeu. Ici, elle met en scène la fascination qu’exerce le terrorisme sur des populations de jeunes des quartiers pauvres en quête d’identité. Jasmine, une jeune fille de seize ans vit dans une cité à  la périphérie d’une petite ville du sud. Elle a des difficultés scolaires et rêve de partir de la cité où elle  n’a aucun avenir. Elle rencontre sur internet un jeune homme du nord de la France. Et elle tombe vite amoureuse; oui, mais voilà  le jeune homme qui viendra la rejoindre, est fiché S.

Avec ce monologue-récit, Yasmine  qui a des comptes à régler avec la société française, nous raconte comment elle est tombée sous l’emprise de ce garçon brutal qui lui fait l’amour dans les pires conditions. – Je suis une fille perdue de toute façon mon corps ne m’appartient plus pourquoi je le défendrais.” Et elle veut l’aider à balancer des explosifs. Mais vite repérée, elle ira tout droit en taule, avant l’attentat préparé de longue date… Catherine Benhamou  utilise un langage oral singulièrement efficace, avec une violence et une crudité à la limite du porno.

Mais l’autrice sait aussi montrer le besoin d’amour que Yasmine ne peut évidemment trouver chez ce jeune homme qui se sert d’elle. La romance  a ici un goût très amer et ce monologue qui s’ouvre avec habileté sur des récits pourra séduire plus d’une jeune actrice. Même si le texte ne comprend très peu de ponctuation, voire parfois aucune comme dans le fameux monologue de Lucky dans En attendant Godot de Samuel Beckett. Il y a ici très habilement  tissée une syntaxe de l’oral pour exprimer une pensée par bribes: reste  à celle qui portera  ce monologue à trouver la puissance correspondant à un texte exigeant.

Editions Koinè. 10€.

Philippe du Vignal

 


Archive pour 4 avril, 2021

La Conjuration des jardins à Besançon

La Conjuration des jardins à Besançon

 

© Frank Lallemand

© Frank Lallemand

Ce groupe d’artistes qui avait déjà sévi en mai l’an denier au même endroit (voir Le Théâtre du Blog) réitère. Samedi de Pâques, il est six heures du matin: lever du couvre- feu… Sur la grande place de la Révolution à  Besançon, tous vêtus de noir, nous arrivons nombreux et silencieux, accueillis par ces vers d’Arthur Rimbaud: «Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes. »

Ne ratez surtout pas cette courte vidéo mais d’une grande poésie:

https://youtu.be/NdtCGXT-G2Q

Nous jouons la mort du Théâtre pour aller vers des lendemains qui chantent et suivons un groupe portant un fauteuil rouge de spectacle qui, tout à l’heure, partira en flammes.  »Poignante façon de rendre visibles la présence et la force symbolique des artistes, écrivait déjà l’an passé Stéphanie Ruffier. »

Certains écrivent sur le sol des phrases poétiques qui commencent toutes par: «A l’aurore, nous… Et une voix enivrante rythme la marche avec une belle mélopée d’un autre âge. Une marche lente, nous restons à distance les uns des autres et parfois, mais rarement, interrompus par des camions de nettoyage qui nous évitent. Nos regards doivent être lumineux et fiers, nos corps denses et présents, notre conviction, profonde et entière.

Nous marchons lentement au rythme de la voix qui s’élève. Quelques fenêtres en cette heure matinale sont déjà éclairées. La police aux aguets ne nous interrompt pas, se  rendant ainsi complice de cette cérémonie insolite. Nos regards restent fixés sur l’horizon…

 Edith Rappoport

Le 3 avril, à Besançon (Doubs).

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