Entretien avec Lupe Nielsen

Entretien avec Lupe Nielsen

-Votre intérêt pour la magie ne date pas d’hier…

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- Oui, originaire du Panama, je me suis intéressée à la magie quand j’avais… quatre ans. Lors d’une réunion de famille, un ami m’a montré un tour. Il mettait en scène un billet d’un dollar sur lequel on pouvait voir le portrait de George Washington à l’endroit. Il a ensuite plié le billet et, en l’ouvrant, George Washington était à l’envers. Un petit truc qui m’a époustouflé et cet ami m’a proposé de me l’apprendre. A six ans, quand j’ai été capable de lire, notre institutrice emmenait ma classe à la bibliothèque une fois par semaine et nous devions choisir un livre. Pour moi, cela été un livre de magie pour enfants et j’ai alors commencé mon apprentissage. J’en ai ensuite acquis d’autres et même une boîte de magie. Et quand j’ai eu dix ans, un voisin m’a demandé d’intervenir à une petite fête d’anniversaire qu’il organisait pour son fils. Et il m’a donné 5 $. Je n’arrivais pas à y croire… A cette époque, je ne savais pas que l’on pouvait gagner de l’argent comme cela. Je me suis améliorée et adolescente, suis devenue animatrice pour les enfants et leur famille. Complètement autodidacte, j’ai, avant tout, appris dans les livres et en me produisant devant un public.
Quelques années après, je suis entrée à l’Université pour étudier l’art théâtral avec, comme spécialité, le  spectacle technique et tout ce qui a trait aux coulisses du divertissement. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai passé des auditions pour être magicienne à Busch Gardens, un parc à thème à Williamsburg (Virginie). On m’a offert le poste et j’ai fait là-bas en deux ans des centaines de représentations. Ensuite, j’ai continué en faisant du close-up dans des bars, restaurants, entreprises et chez des gens…
En 1993, j’ai aussi travaillé à Collector’s Workshop à Middleburg (Virginie), un magasin où on fabriquait de beaux appareils de magie qui  étaient vendus dans le monde entier et j’ai commencé à y fabriquer des accessoires. Et deux ans plus tard, j’ai déménagé à Las Vegas (Nevada). Cette Mecque de la magie comptait plus de spectacles et d’artistes qu’aucune autre au monde. Je suis devenue amie avec Norm Nielsen qui avait une renommée mondiale et je l’ai finalement épousé en 1998. Mort l’an passé à cette même époque, il avait quatre vingt-sept ans…

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Lui et moi avions tout en commun:  les mêmes goûts et l’amour de l’histoire de la magie et la fabrication d’appareils. Ensemble, nous avons dirigé Nielsen Magic qui produisait à la fois des spectacles et des appareils mais vendait des affiches de magie vintage. Et je dirige toujours cette entreprise…

-Où  avez-vous travaillé?

-Comme  je vous l’ai dit: dans des restaurants, bars, entreprises, cocktail, salons et sur scène. Mais aussi dans des parcs à thème et des foires, partout où ils avaient besoin  de moi. Actuellement, je ne me produis plus comme magicienne et depuis 95, je me consacre à la gestion de Nielsen Magic où, dans un atelier spécialement équipé, je fabrique de nombreux accessoires de qualité que nous vendons.

-Vos artistes préférés?

- René Lavand (1928- 2015),un magicien argentin manchotpour son close-up. Mon magicien de scène préféré était Richiardi Jr. Mais les numéros les plus grands et les plus mémorables de tous les temps auront été pour moi, ceux de mon défunt mari, Norm Nielsen. Ce que je préfère est en effet la magie sur scène: rien de tel qu’un lieu où un public après avoir décidé de s’habiller, fait l’effort d’aller dans un théâtre et achète un billet… Mes mentors ont été  Johnny Thompson, Scotty York, Norm Nielsen, Michael Skinner, Ray Goulet. A différentes étapes de ma vie, ils m’ont tous appris tout de cet art.  Pour la construction et le travail du bois : Nick Ruggiero, Sam Maloof et Jimmy Clewes. J’aime travailler  ce matériau et je passe beaucoup de temps dans mon atelier. J’aime aussi, à mes moments de loisir, fabriquer des meubles et tourner le bois.

-Des conseils à un(e) débutant(e) ?

-Jouez autant que possible devant un public. Vous devenez bon en jouant et en répétant vos tours. Lisez tout et n’importe quoi sur les sujets que vous aimez. Découvrez l’histoire des effets que vous réalisez. Sans doute un peu vieux jeu, je pense que la magie doit être appréciée comme un divertissement devant un vrai public. Je ne m’intéresse pas beaucoup à des logiciels comme Zoom ou à des sites comme YouTube. Mais je suis heureuse que des jeunes talents créatifs s’expriment et se procurent un revenu grâce à ces nouvelles technologies. Le monde qui nous entoure, influence ce que nous sommes capables de créer. Les gens ont des antécédents et une culture différents et ont en eux des histoires uniques. Un magicien doit avant tout se montrer sympathique et capable de raconter une bonne histoire. Il devient ainsi meilleur et établit une véritable relation humaine avec le public.

Sébastien Bazou

Le 9 avril 2021.

Nielsen Magic. https://nnmagic.com/
I Work With Wood. https://iworkwithwood.com/


Archive pour mai, 2021

La Situation-Jérusalem, Portraits sensibles de Bernard Bloch

 La Situation-Jérusalem, Portraits sensibles de Bernard Bloch

Un espace couleur sable, dessiné par un tapis aux bords irréguliers. Nous pensons à la  Didon, exilée de Tyr et arrivant à Carthage, à qui est concédé « tout ce que tu pourras délimiter avec la peau d’un bœuf « . Relevant le défi, elle la découpe en fines lanières et en fait un territoire largement agrandi. Prophétie de Virgile: une population persécutée, crée un royaume sur une terre qui n’est pas un désert… Comme en Israël. Sur ce territoire, donc une tente carrée ressemblant à celles des points de test covid avec de banals fauteuils en plastique disséminés- on verra celui qui est venu poser des questions essayer plusieurs places, métaphore un peu insistante de l’inconfort de sa situation. Mais très vite, on entre dans le vif du sujet : la parole.

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Après un séjour en Palestine et Israël en 2013 qui a donné lieu à l’écriture de Dix jours en terre ceinte*  puis à un spectacle Le Voyage de Dranreb Cholb, Bernard Bloch a passé deux mois à Jérusalem. Il a écouté soixante habitants parler de leur ville sur laquelle pèsent trois monothéismes, parler aussi de ses racines dans les temps mythiques, de ses invraisemblables check-points. Une ville pénible aux vieilles rues étouffantes. Parfois même ses habitants de toujours croient qu’ils ne l’aiment plus mais pour rien au monde, ils n’en quitteraient la lumière. «C’est une ville dure, dit Michel, une ville de pierres où le soleil te brûle la peau… Bref, une ville qui n’a rien d’aimable. Mais maintenant, je renverse: ce sont justement ces défauts qui me plaisent. »

Bernard Bloch leur a posé à tous la même question: «Y a-t-il dans votre vie un moment, même furtif, cinq minutes, un mois ou deux ans, où vous avez pensé qu’une vie paisible pourrait advenir entre tous les habitants d’Israël et de Palestine ? » Il n’est pas resté neutre, encore moins indifférent mais engagé et avec un besoin de comprendre ses questions de juif ni croyant ni pratiquant, ses propres malaises, dans une situation qui est la sienne. Et ce qu’il a entendu et restitué ne sont jamais des discours mais des paroles.

Le directeur d’une école utopique mais réelle où règne la parité entre israéliens arabes et israéliens juifs, une femme chassée du jour au lendemain de Tunisie au moment de la décolonisation et qui a retrouvé ici un chez-soi d’où rien ne la ferait bouger… Mais aussi une famille de convertis au judaïsme, évidemment plus royalistes que toute la généalogie de rois bibliques, un intellectuel palestinien, une jeune musulmane radicale mais non pratiquante…

Au-delà de la qualité extraordinaire des réponses, la beauté de cette écriture: tisser, tricoter et détricoter toutes ces paroles est une écriture, on entend la vérité de chacun, absolue, même si elle bute sur un aveuglement. Il ne s’agit pas de relativisme. La vérité historique ou géographique de toutes ces vies et de ces expériences, nous la voyons se constituer et se défaire, partielle, dangereuse. Chaque nouvelle parole vient raboter, réajuster ce que nous venons d’entendre, y ajouter une matière inattendue qui change notre regard et notre pensée.

Impasses et contradictions nous en apprennent beaucoup et pas de façon didactique. Bernard Bloch nous emmène dans la joie du chercheur et l’intelligence de l’incertitude. Plus on en apprend, moins on est sûr de ce que l’on sait et mieux cela vaut, pour avancer dans la réflexion et la nuance. Portraits sensibles, autant dire : portraits vivants avec humour, émotion et entêtement de celui qui cherche et pose les questions, comme de ceux qui disent ce qu’ils ont sur le cœur. Passés au théâtre, tous ces mots forts, drôles, toutes ces observations,  tout ce vécu au cœur de la situation, sont portés par onze acteurs aux personnalités fortes, aux voix et accents différents selon les générations. L’effet n’a rien d’un kaléidoscope sonore ou d’un menu-échantillon: ils jouent plusieurs rôles, incarnent  toutes ces paroles singulières et construisent le corps de la ville.

Souvent en retrait, ils s’écoutent mutuellement, assistant au dialogue entre B. et ses interlocuteurs, marquant, par leur présence, la complexité de la situation dans une invisible mais réelle fraternité. «Quand, dit l’un, on redescend à hauteur d’homme, le souci de l’autre est plus fort que la haine.» Un constat qu’ils font presque tous, non un vœu pieux. Mais ce n’est pas une consolation ni une conclusion et la situation est loin d’être résolue, l’histoire passant trop souvent par dessus les têtes ! Avant les accords d’Oslo avec la poignée de mains entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, bénie par le président américain Bill Clinton… Après la Guerre des Six jours en 1967 avec la victoire-surprise d’Israël sur l’Egypte… L’Histoire éloigne brutalement les hommes. C’est comme ça. «Ici, dit Marius, on est sur la frontière, on comprend plus vite. -On comprend quoi? -La situation! » Le spectacle se joue en deux soirées ou en intégrale. C’est long ? Jamais, tant ces instants de parole sont précieux…

Christine Friedel

Du 18 au 21 mai, Comédie de Saint-Etienne-Centre Dramatique National.  Livres 1 et 2: mardi 18, 20 h et jeudi 20 à 20 h Livres 3 et 4: mercredi 19,  20 h et vendredi 21,  20 h durée estimée de chaque partie: 2 h. T. : 04 77 25 14 14.

Du 3 au 5 juin, festival Théâtre Enfin! au Théâtre Dijon-Bourgogne-Centre Dramatique National. T. : 03 80 68 47 47.

 

 

E.G.OFF: États Généraux du festival d’Avignon Off

E.G.Off : États Généraux du festival d’Avignon Off

Le festival In aura bien lieu cette année mais avec toutes les précautions sanitaires. Sans doute accompagné de son Off comme tous les ans, sauf en 2003 où il avait été annulé pour cause de grève provoqué par une mauvaise indemnisation du chômage et l’an passé, en raison de la crise sanitaire. Mais cette fois, les représentants des artistes n’ont pas voulu être pris de court… Et s’ils profitaient de cette étrange période de suspension des spectacles pour réfléchir ensemble à leurs métiers et à de nouvelles et meilleures façons de les pratiquer ?

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Ce Off est le meilleur terrain d’expérience qui soit: aucune autre concentration de spectacles au monde n’en approche en quantité comme en diversité. En cette cette année si particulière, les États Généraux du Off ont présenté la semaine dernière, au pavillon Villette (Paris XIX ème), les premières étapes de leur réflexion. Fête et prolifération : depuis les lointains commencements du Off, lancé par André Benedetto (1934-2009) au Théâtre des Carmes en 1966, dans un tourbillon de contestations et  revendications libertaires soixante-huitardes, il n’a, à côté du mythique festival In, cessé de s’élargir. Le nombre des spectacles, que l’on comptait dans sa jeunesse sur les doigts de la main,  a assez vite atteint plusieurs centaines et dépasse maintenant le millier! De la joyeuse liberté des origines, on était passé à la jungle du libéralisme malgré le travail d’organisation et de soutien aux compagnies fait par les directeurs successifs du Off (on lui donnera toujours sa majuscule, il la mérite) dont la création d’une carte d’abonnement pour le public, d’une Maison puis d’un «village» du Off, d’un indispensable et gratuit catalogue des spectacles qui pesait son poids.

Ces avancées ne datent pas d’hier: insatisfaits de tomber sur la ville comme une nuée de sauterelles, plusieurs théâtres et compagnies avaient décidé de mieux s’implanter. Les Régions s’étaient mises à les aider et à promouvoir leurs artistes. Des salles construisaient des programmations de plus en plus exigeantes et plus cohérentes au fil des ans, avec un affichage plus propre dans la ville… Mais il y avait aussi le off du Off. La crise sanitaire est arrivée, stoppant net la croissance. C’était le moment de penser à neuf un Off , même s’il est encore incertain, surtout quant à son avenir… Car il  reste le festival du « trop » mais aussi du trop peu. Trop de monde dans les rues étroites, notamment celles des Teinturiers, trop d’affiches même si elle sont depuis plus de vingt ans collées sur des cartons accrochés avec des ficelles donc vite enlevées par les services de voirie une fois les lampions éteints. Mais aussi trop de tracts et emballages… et des loyers excessifs des salles comme des appartements. Et un temps trop court entre deux spectacles dans un même lieu, etc.

Les États Généraux du Off s’attaquent à cette asphyxie de la vie artistique elle-même. Encore une fois, la bouée de sauvetage, la respiration, ce sera la notion de «collectif», paradoxal dans  un festival où règnent une liberté et l’individualisme le plus absolus. Aucun interdit prévu mais une révolution en douceur qui se veut «horizontale et inclusive». Ces États Généraux méritent leur nom dans la mesure où ils rassemblent un certain nombre de collectifs représentatifs des métiers du spectacle : le Synavi (Syndicat National des Arts Vivants), les Sentinelles, les A.A.F.A. (Actrices et Acteurs de France Associés) et d’autres. Sept commissions travaillent depuis plusieurs mois sur les “synergies“ -passons sur ce terme un peu technocratique- « horizontales et inclusives » à faire jouer…. Mais il est temps que se réunissent autour d’une même table les partenaires qui se voyaient parfois en adversaires. Salles et compagnies peuvent s’entendre sur des co-réalisations (contrat de partage des recettes) plutôt que sur des locations de salle qui font peser tous les risques sur les compagnieq. Les plus expérimentées parraineraient les débutants et les guider sur la “faisabilité“ (aïe !) de leur entreprise en Avignon. Et si le public et le territoire étaient sérieusement associés à l’affaire ?

Les E.G. OFF avancent avec méthode, organisant un colloque et demandant un enquête qualitative approfondie sur le public du Off. Rencontrer les associations locales, sortir des remparts pour aller voir du côté des quartiers, inventer des résidences d’artistes ouvertes au public, en amont du temps festivalier… Afficher en toute transparence ce qui fait le prix des billets, par exemple. Et pourquoi le public ne partagerait-il pas avec les compagnies, des restaurants solidaires, des formations et débats ? Tout cela dans une économie éco-responsable et solidaire. Et si on «déconcentrait » Avignon en créant d’autres pôles, d’autres capitales du théâtre ? Il en existe déjà quelques unes mais, pour le moment, la citadelle semble inébranlable et le tropisme très fort…

D’autres commissions se focalisent sur des questions purement professionnelles : diffusion des spectacles, relations avec la presse. Tout cela conduit à l’idée d’un label de théâtre “ vertueux“, éthique et durable. On imagine l’effet d’entraînement pour les compagnies et de garantie pour le public et les professionnels qui viennent les voir… Mais surtout cette démarche nous ramène à la création. L’idée: sortir du formatage en temps, espace mais aussi des freins à l’imagination créatrice… L’acte artistique reprendrait sa liberté, sa respiration, soutenu par un nouvel équilibre. Révolution, utopie ? Nous ne sommes pas naïfs, cela se fera peu à peu, disent les commissions des E.G.OFF qui s’appuient sur les cadres légaux de l’économie sociale et solidaire : coopératives, S.C.I.C. (sociétés civiles d’intérêt collectif)… Ces structures existent déjà et fonctionnent.  Reste à miser sur le bon exemple et sur l’attractivité (encore un mot de technocrate !) du nouveau label.

La crise de croissance du Off est pour le moment passée, la crise sanitaire peut-être aussi (on croise les doigts). Mais nous ne souhaitons pas que tout redevienne comme avant. L’édition 2021 sera-t-elle économiquement tenable, avec des mesures sanitaires de distanciation ? Les E.G.OFF ont entrepris de faire renaître, l’air de rien, un théâtre populaire en train de s’étouffer. C’est la fonction des crises : permettre la naissance d’un «après ». Cela rappelle la fin d’Électre (1937) de Jean Giraudoux. La Femme Narsès :  » Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent dans un coin du jour qui se lève? Électre: -Demande au mendiant, il le sait. Le mendiant:- Cela a un très beau nom, femme Narsès… Cela s’appelle l’aurore. » Bon, mais nous ne sommes pas encore là. Il s’agit juste de profiter de ce moment pour imaginer cet « après ».

Christine Friedel

A lire : la tribune des EGOFF dans Le Monde du 27 mars 2021

Livres et revues

 

Livres et revues

Romance de Catherine Benhamou

Ce monologue qui a obtenu le Grand Prix de Littérature dramatique 2020, a pour thème l’histoire  de Jasmine, seize ans, qui vit dans une cité  au Sud de la France. Elle a des difficultés au collège et sans doute pas bien dans sa peau d’adolescente, rêve de quitter cette cité pour échapper à l’anonymat et à la vie terne et sans espoir qui l’attend.

Comme ses amis, elle se réfugie souvent dans Internet et rencontre virtuellement un jeune homme de son âge qui habite dans le Nord…  Bien entendu, l’Amour va vite s’en mêler mais il est fiché S et va un jour venir la voir dans le Sud. Mais le rêve de Jasmine n’est pas à la hauteur et ils feront l’amour dans un lieu sordide. Adieu le romantisme. Et elle est lucide : «Je suis sa femme et personne ne voudrait de moi… » Le jeune radicalisé prépare un attentat contre la Tour Eiffel. Heureusement, grâce à Imène, sa meilleure amie, Jasmine, échappera au sort qui l’attendait.

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©x Catherine Benhamou

Ce texte bien écrit à l’écriture fluide et ciselée avec parfois de belles envolées poétiques, devrait intéresser plus d’une jeune actrice. L’autrice connait visiblement bien les jeunes de l’âge de Jasmine mais le texte n’est jamais racoleur. Reste à le mettre en scène pour qu’en une heure à peine, la langue de Catherine Benhamou garde toute sa force… C’est toute la difficulté avec un monologue… Un de plus, dira-t-on: une vieille  et persistante maladie du théâtre contemporain… Sans doute est-ce la faiblesse de Romance mais aussi ce qui fait sa force, indéniable. A suivre.

Philippe du Vignal

Le texte est publié aux Édition Koïnè. 10 €.

 

La Danse, le désordre et l’harmonie de Dominique Delouche 

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Assistant de Federico Fellini, de 1955 à 1960  pour Il Bidone, Les Nuits de Cabiria et La Dolce  Vita, il réalisa Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, L’Homme de Désir et Divine avec Danielle Darrieux en 1975. Il se consacra aussi à des films sur la danse classique avec, pour seule envie: saisir délicatement ce moment mystérieux de la transmission, ce passage des ondes de temps d’un corps à l’autre, d’un âge à l’autre.

 Nourri d’études aux Beaux-Arts et d’une formation musicale (piano et chant classique), il commença à filmer les rapports entre les danseurs;  et la conjonction des couleurs et des sons qu’il avait pu acquérir, lui permit de trouver de nouveaux angles de vue.  Il passa de l’abondance des corps chez Federico Fellini, au dépouillement de l’image. Dans toute son œuvre, les lignes de ces corps vibrent. La caméra mentale supposant une épure constante, un exercice spirituel.

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 Yvette Chauviré et Sylvie Guillem © X

Et à partir de 1959, Dominique Delouche filma les plus grands ballets du XX ème  siècle. Notamment Le Spectre de la danse (1959) avec Serge Lifar, Nina Vyroubova, et toujours avec elle, le magnifique Adage (1963) sur un texte d’Henri Heine dit par Laurent Terzieff où Dominique Delouche accentue les suspensions. Une Etoile pour l’exemple (1988) avec Yvette Chauviré et Sylvie Guillem a été présenté en avant-première au festival de Cannes, avec Yvette Chauviré, Patrick Bensard et Nicolas Villodre de la Cinémathèque de la danse. Mais aussi Violette et Mr B (2001) où le corps de Violette Verdy est mis en valeur. Dominique Delouche aussi parle «d’un mystérieux clair de lune» à propos de Nina Vyroubova. «C’est avec  elle, que j’ai eu la collaboration la plus durable.» Les Cahiers retrouvés de Nina Vyroubova  (1995) exprime  la vieillesse émouvante d’un corps de danseuse …  Il réussit à embellir ce qui est déjà beau et aime réunir à l’écran des interprètes qui n’ont pas le même âge: le cinéma rend possible la simultanéité des époques. « Cette chaîne, dit-il, c’est le sujet de tous mes films. »

 Et dans ce livre, il ne se limite pas à l’histoire d’une fabrication d’images mais  rapproche cinéma et portrait. A chaque chapitre, il convoque ainsi un artiste et devient alors dessinateur : Serge Lifar, Yvette Chauviré, Nina Vyroubova… Il y a aussi une très belle évocation de George Balanchine où Dominique Delouche  parle de ses répétitions des figures géométriques mais  il en souligne toutes les facettes avec  «un léger courant d’émotion». Comme pour celui de Jerome Robbins, Maurice Béjart, Sylvie Guillem…

Les chorégraphies de Balanchine procurent à Delouche des perceptions d’intervalles entre les mots, les pas et les images. Il associe combinatoire des figures et scintillance. Sa manière de filmer incorpore cette lumière sous forme de cristaux liquides comme ceux des figures géométriques chez George Balanchine. L’épure du  travail filmique renvoie ici à une concision de l’écriture: Dominique Delouche ne développe pas mais va à l’essentiel par touches brèves. Il prolonge ainsi la phrase de Balanchine en l’appliquant au langage : «Il n’y a pas de pas nouveaux… Ce qui compte, c’est ce qu’il y a entre. » Et apparaissent des visages et des gestes entre les mots. A la fin du livre, une émotion et une autre manière de transmettre se font jour. L’âge venant mais sans mélancolie, un homme s’abandonne comme dans un geste pur et ce faisant, donne aussi…

Un certain nombre des interprètes que l’on voit dans ces films ont été reçus à la Cinémathèque de la danse comme Serge Lifar, Yvette Chauviré, Nina Vyroubova, Violette Verdy, Pina Bausch, Sylvie Guillem, Francine Lancelot… Ou ils apparurent sur la grande scène de l’Opéra de Paris entre autres: Maurice Béjart, Roland Petit, Yvette Chauviré où un dimanche par mois, la Cinémathèque de danse présentait des films.

Bernard Rémy

Editions Orizons.  25 rue des Ecoles, 75005 Paris. T. :  01 78 11 88 20

 

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