Festival Traverse (suite et fin)

Festival Traverse (suite et fin)

J’ai toujours voulu présenter la météo marine mais la place était prise par Marie-Pierre Planchon de Babette Largo

Comme souvent dans les festivals ou autres manifestations culturelles, il y a une  introduction bla-bla-bla langue de bois insupportable par quelqu’un de soi-disant important de la Région ou du Ministère de tutelle. Cela n’a pas raté et ce moment d’anthologie vaut le coup d’être longuement cité, je vous laisse deviner le pourquoi.
« Je me présente, dit une jeune femme, je suis Adeline Dribault, chargée de mission sur le territoire, chargée plus spécifiquement de la pérennité de la relation avec les publics et de la médiation entre les publics et les artistes sur les territoires. J’ai tout récemment rejoint l’équipe de la Volige «propulsée» si j’ose dire, par un dispositif interministériel innovant, conçu pour restaurer, accompagner et même réinventer la relation publics-artistes-territoires. Ce dispositif accompagne les festivals situés dans les fameuses «zones blanches» de l’Hexagone, véritables trous dans la raquette culturelle mis au grand jour par le Ministère, depuis l’arrivée de notre flamboyante ministre. C’est ainsi que Traverse! a reçu tout récemment le label ministériel Cultures Connectées 2025 déployé dans le cadre du plan France-Relance. »

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«Les ministres Roselyne Bachelot, Élisabeth Borne et Gérald Darmanin ont tenu tout d’abord à la suite de cette crise majeure que nous venons de vivre, que chaque évènement culturel se déroulant à compter du premier juin 2021 soit accompagné, dorloté je dirais, afin d’encadrer au mieux cette reprise tant attendue. C’est pourquoi, nous sommes là, nous autres, pour permettre à chacun, public, artistes, élus, de vivre (re- vivre, je dirais) cette reprise culturelle, cette presque convalescence culturelle, dans un esprit sécurisant et joyeux de retrouvailles. Dans cette optique mais j’en reparlerai, je vous inviterai à l’issue de cette soirée lors du moment convivial, à remplir l’évaluation (appelée évaluation-test-expérience 2021) ou E.T.E 2021 que vous trouverez sur l’application Stop Covid sur votre smartphone. Un Q. R. code doit figurer sur votre billet pour y parvenir. « 
Je dois vous confier qu’une exposition devait accompagner cet espace sonore, exposition scénographiée dont les critères, malheureusement, ne correspondaient pas aux normes de sécurité imposées par le dernier protocole datant de ce jour à 16h 30. Donc, cette proposition atypique et singulière qui vous est faite ce soir, est d’écouter collectivement et de manière que nous espérons conviviale, un documentaire radiophonique de l’artiste brestoise Babette Largo. L’artiste qui n’a pu être présente parmi nous ce soir car elle est malheureusement cas contact (on se demande si on va enfin sortir de cette crise un jour !) vous prie d’ailleurs de l’excuser. Elle a quand même tenu à ce que son travail, même «amputé»
« Une petite remarque quand même sur la remarquable exposition scénographiée que vous ne découvrirez pas ici, donc, qui a été imaginée et conçue par Naohiko Futusawa. Il s’agit, et je vous laisse à votre imagination, d’un jardin zen minéral composé de matériaux récupérés et collectés par l’artiste dans les décombres de Raqqa en 2019. »

Nous écoutons sans broncher ce bla-bla-bla que tous les vieux critiques de service ont dû souvent subir dans tel ou tel festival. Mais…  ici sorti tout droit de l’imagination de Babette Largo et qu’elle joue de façon très juste. Chapeau! Et, même quand elle en remet une couche en n’arrivant pas à dire correctement: Naohiko Futusawa et en l’appelant juste: «le Japonais», nous y croyons… Le vieil adage : «Plus c’est gros, mieux cela passe» s’avère une fois de plus exact!

Suit une parodie d’émissions de France-Inter: d’abord le célèbre bulletin de la météo marine de Marie-Pierre Planchon que l’on peut entendre encore chaque jour mais maintenant  avec un bulletin météo terrestre. Ici revu et corrigé. Et nous ne résistons pas au plaisir de vous en citer un extrait: «Pour les hommes de l’Atlantique à la mer du Nord grand frais prévu à l’exception de Riton et Fisher qui se maintiendront dans des dépenses modérées. (…) Une dépression relative de 1025 ectoplasmes sur le Nord Portugal se comblera rapidement et un anti- cycliste de 1031, il a tort Pascal, au Sud-Ouest immédiat de l’Irlande, se renforcera à la fin de ma tournée. Les prévisions par zones pour ces prochaines vingt-quatre heures pour vicking belle-mère agitée avec sentiment de culpabilité Nord à Nord-Ouest fléchissant en fin de journée des pluies des averses éparses. Sur Ouest Bretagne et Gascogne, vent de sexe mollissant 4 en fin de nuit s’affaissant au petit matin avec possibilité de brouille. Sur Manche-Ouest, des ondées avec passades orageuses et mâle dominant 4 à 7 cette nuit. Sur Utside et Est de Forties, liaisons passagères force 6, temporairement 7 puis revenant lentement chez sa mère forte à très forte. Des aversions, des brumes.Enfin sur Sardaigne et Golfe de Gênes, gêne persistante avec houle modérée, tu m’écoutes ? La bière sera belle avec de la moule par bocks de 8 à 10 en fin de nuit. Dans la foulée et sans sourciller, Babette Largo annonce en direct au micro l’assassinat survenu ce jour de Marie-Pierre Planchon, mais elle est heureusement bien vivante…

Puis nous entendons les notes du métallophone du très ancien et populaire Jeu des mille euros et une courte parodie de l’habituelle présentation par Nicolas Stoufflet, son animateur: «Exireuil est un village planté dans la région du Haut Val de Sèvre, département des Deux-Sèvres. A proximité de la commune de Saint-Maixent-L’Ecole, Exireuil est bordé à l’Ouest par la départementale D 938 reliant Saint-Maixent à Parthenay et à l’Est par la D 121 menant au site touristique du Puits d’Enfer. Quant au lavoir de Fontournable, site sur lequel nous nous trouvons aujourd’hui, sachez qu’il a été construit en 1890. Sur le devis datant du 2 août 1890 et s’élevant à 505,43 francs, figure la mention: «démolition de l’ancien et préparation du sol pour construire le nouveau en bloc», ce qui confirme la présence très ancienne d’un lavoir à Fontournable. »

imagesSuit Allo Macha de Macha Béranger (1941-2009) dont l’émission-culte sur France Inter a eu une longévité exceptionnelle: de 1977 à 2006 et de minuit à deux heures du matin, du lundi au vendredi. L’animatrice à l’impeccable diction -elle avait été apprentie-comédienne au cours Dullin,  écoute et console avec sa voix grave de grande fumeuse, ses auditeurs qui lui disent leur mal-être, leur solitude, quelquefois aussi leurs petits bonheurs intimes. Dans l’ambiance feutrée du studio et tout près de son amoureux qui vient régulièrement la rejoindre au studio. Marié, il avait quarante-neuf ans et elle, vingt-neuf, quand ils se rencontrèrent. Cette vieille liaison qu’il voulait secrète (ou presque) dura jusqu’à la mort de… Louis de Funès.

Les enregistrement des paroles d’auditeurs de 1980 à 1994 ont été versées aux Archives nationales et à partir de 1994, ceux de l’émission sont conservés à l’I. N. A. Bref, un trésor national, une sorte de radiographie des états d’âme de la société française tous milieux confondus mais aussi une mine d’or pour les chercheurs et les artistes comme Babette Largo… Elle a repris texto certaines interventions diffusées via de grosse baffles, avec, en arrière-plan, quelques croassements des grenouilles du lavoir et elle a eu raison: cela donne une incroyable vérité à ce petit spectacle qu’elle interprète qu’elle-même. Un solo formidablement réussi…  «Ah! Je crois qu’on a Michel de Clermont-Ferrand en ligne, Michel qui veut nous parler du coup de foudre. C’est bien ça, Michel ? Quel dommage ! Cela vous était déjà arrivé une aventure comme celle-là ?  Mais vous êtes un véritable tombeur, Michel…  C’est formidable ça ! Un mois ! Et c’est tout ? – «Ah ! Vous me flattez là, lui répond-il!» Merci pour ce témoignage plein de sensibilité. N’hésitez pas à me rappeler pour me donner des nouvelles. Je vous embrasse Michel. Et qui sait ? Qui sait si l’amour ne va pas être au rendez-vous ce soir pour Michel, si la jeune femme brune du supermarché nous écoute… »

Cette mini-illustration en une heure de quelques moments de mémoire collective est dispensée avec une rigueur absolue et un savoir-faire brillantissime. Du vrai et du juste théâtre, au comique acidulé mais jamais facile ni vulgaire, joué en solo sur un petit plateau par une excellente actrice. Que demande le peuple, celui de France-Inter et des autres stations de radio?

L’Estrambord de et par Daniel Lhomond

© ymoigne

© ymoigne

Autre pépite de la soirée… Ce conteur périgourdin qui a la soixantaine, a beaucoup  voyagé en Angleterre, Etats-Unis, Afrique, Espagne, Russie, Japon, Corée mais aussi au Québec où il a commencé à être conteur-chanteur à partir de 1979. Daniel L’Homond écrit et conte aussi depuis longtemps pour France-Bleu-Périgord  et l’Atelier de Création de Radio-France. Et il est auteur et interprète de Contes Pays d’Oc pour France 3  et de Contes Express pour Aqui-TV.

Assis et très à l’aise sur cette petite scène son accordéon près de lui -il assure lui-même quelques pauses musicales- il nous emmène très vite avec une efficacité surprenante dans une histoire à tiroirs comme seul, savent le faire les bons conteurs. Il s’agit ici un homme dont la voiture est tombée en panne la nuit. Il réussit à se faire transporter par une gabarre, ces grand bateaux plats  à voile  et à fond plat qui pouvaient, même avec un faible tirant d’eau, porter un maximum de charge sur la Garonne, le Lot… Lui veut simplement traverser la Dordogne pour arriver à temps à sa propre veillée funèbre…

Difficile de rendre compte de cette merveilleuse histoire avec jeu sur les mots du genre : « sa carpe dans le congétaleur » et autres  trouvailles sémantiques. Il faut l’entendre sur place avec sa voix grave et son accent chaleureux mais aussi une diction et une gestuelle impeccables. Et en plus avec un incomparable humour, du genre: «A Vancouver, il a inventé le cabécous au sirop d’érable. » «Il progressait vite et comme il était Français, on pensait qu’il était bon cuisinier. «Elle était adventiste du Septième Jour, c’est un truc de là-bas!  Mais elle était très libérée sur le plan sexuel, et cela a joué pour beaucoup. » « Au café chez Doute, il y avait une immense affiche: «L’alcool n’arrangera pas vos problèmes et, à côté, une plus petite: «Le lait, non plus».  «Il a commencé à piger que le voyage valait mieux que le terminus. » «Hélas! d’où l’expression : trois fois, hélas: c’est quand même beaucoup plus ramassé.» «Il y a trois choses qu’on ne peut pas cacher: la pauvreté, la toux et l’adultère. Evidemment, des fantômes ont dénoncé Espantal – il y a un côté paparazzi chez les fantômes. » «La veuve Faure a tranché la tête d’Espantoun: c’est ce qui arrive à eux qui veulent diminuer les retraites. » Et tout le public craque, quand il entonne une courte chanson qu’il accompagne à l’accordéon dans la nuit estivale qui tombe doucement sur la prairie: «Que savez-vous de la vie? Que savons-nous de l’amour? Des lumières dans la nuit, des hasards des carrefours. Amoureux, amoureux… amoureux, qui ne savez pas qu’il y tant de choses derrière les choses. »

Si jamais vous croisez Daniel Lhomond dans un festival ou ailleurs, ne le ratez surtout pas. Cela fait un bien fou de l’écouter dire et redire ses quatre vérités poétiques, loin, très loin des pièces approximatives et des solos parisiens. Mal connu du grand public comme des critiques, il mériterait amplement d’être reconnu comme au Japon: « Trésor national vivant ». En France, le titre de Maître d’art a bien été créé par le Ministère de la Culture en 1994 pour pérenniser les savoir-faire remarquables et souvent rares de métiers dits « d’art » absolument nécessaires à l’économie de nombreux secteurs: orfèvrerie, mobilier, tissage, sculpture sur bois, verrerie, etc. Mais pas ceux du spectacle! Allez, madame Roselyne, encore un petit effort avant votre départ du Ministère de la Culture…
Voilà un compte-rendu des spectacles présentés au cours de cette journée mais le festival  s’est poursuivi jusqu’au 13 juin.

Philippe du Vignal

Spectacles vus au festival itinérant des arts de la parole du Haut Val de Sèvre (Deux-Sèvres), le 10 juin.

 


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