Festival d’Avignon In Vino Delyr, de et par Bruno Duchâteau et Sylvie Marin, mise en scène de Luc Chareyron

Festival d’Avignon

In Vino Delyr, de et par Bruno Duchâteau et Sylvie Marin, mise en scène de Luc Chareyron.

Des chansons à boire mais surtout à déguster, à savourer, et parfois à jeter par dessus l’épaule pour faire place à la prochaine dont nous avions déjà  parlé il y a quelques années au festival d’Avignon. Des airs connus ou réveillés de l’oubli, aux paroles parfois réécrites pour la bonne cause, celle des femmes et du vin. Pas seulement une affaire d’hommes et Sylvie Marin a plus que son mot à dire sur la question : elle a son chant, presque vinaigré sur certaines chansons satiriques, profond et limpide comme un vieux Bourgogne, velouté comme un bon Bordeaux, quand elle emprunte au répertoire de l’Opéra, à commencer par le célèbre Libiamo de La Traviata… Nous prendrons une lampée de Gounod, Bizet ou Villa-Lobos.

Mais sa voix nous emmène le plus souvent du côté d’un pétillant nuancé et délicat. Et sa présence sur scène est aussi toute en couleurs et finesse: champagne rosé ou doré. Délicieuse… Son partenaire la soutient, lui renvoie la balle, la contredit, et l’empêche par son humour d’être une impressionnante diva. Mais aucun risque avec cette bohémienne dansante...

Vous l’aurez compris, chanter l’amour et le vin ne demande pas une structure dramaturgique en acier trempé. Les enchaînements se font donc au gré du vin et de la litanie infinie de ses saints patrons : passons sur Emilion mais n’oublions pas Pourçain ou Chinian -quels parents modernes oserient ces prénoms? Nous rencontrerons plus simplement Joseph, Louis (de Touraine), Nicolas (à condition qu’il soit de Bourgueil), Georges, des Nuits mais aussi le plus populaire, Saint-Amour. Pas de grande cause à soutenir avec ce In vino Delyr mais nous savourons avec plaisir ce spectacle délicat et drôle à la fois… Et les viticulteurs de la région participent au cadeau.

Christine Friedel

18 juillet Domaine du Mazel 07400 Valvignères; 20 juillet; Domaine des accoles 07 210 Allissas, 23 juillet - Domaine de Lorient 07 130 Saint-Peray; 25 juillet, Salle l’apARTé 07 100 Roiffieux, 27 juillet - Domaines des collines 26 260 Chavannes; 29 juillet, Domaine des amphores 42 410 Chavanay 

Ce duo propose aussi des concerts chez les particuliers : T.06 68 40 50 01.

 

 

 


Archive pour 6 juillet, 2021

Premier amour de Samuel Beckett, mise en scène de Jean-Michel Meyer

Premier amour de Samuel Beckett, mise en scène de Jean-Michel Meyer

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A l’origine une nouvelle écrite en 1946, donc juste après la guerre mais seulement éditée en 1970. Le texte- le premier que l’auteur (1906-1989) a écrit en français- avait été créé à la radio suisse par Jean-Michel Meyer dans l’interprétation de Jean-Quentin Châtelain puis nous l’avions vu le spectacle au Théâtre de la Bastille il y a déjà vingt ans. L’acteur a joué avec les plus grands dont André Engel, Claude Régy, etc. C’est le récit à la première personne, sur fond autobiographique, de la vie d’un homme qui a perdu son père et qui, du coup ne peut plus rester dans le logement familial où il vivait. Foncièrement misanthrope, il va sur la tombe de son père : il sait sa date de naissance mais plus celle de son décès. « Car je savais que je ne serais  pas  toujours jeune, et que l’été ne dure  pas éternellement, ni même l’automne, mon âme bourgeoise me le disait. »
Il se promène au bord d’un canal et assis sur un banc, rencontre Lulu, une jeune prostituée qui semble passionnée par lui et qui va lui louer un petit appartement. Mais il semble déjà regretter cette rencontre : «Le tort qu’on a, c’est d’adresser la parole aux gens ». (…) « Je sentais l’âme qui s’ennuie vite et n’achève jamais rien, qui est de toutes peut-être la moins emmerdante. Même le banc, elle en avait eu vite assez, et quant à moi, un coup d’œil lui avait suffi. C’était en réalité une femme extrêmement tenace. »

« On n’est plus soi-même, dans ces conditions, et c’est pénible de ne plus être soi-même, encore plus pénible que de l’être, quoi qu’on en dise » (…) « Ce qu’on appelle l’amour c’est l’exil, avec de temps en temps une carte postale du pays, voilà mon sentiment ce soir. » «  «Quand elles ne savent plus quoi faire, elles se déshabillent, et c’est sans doute ce qu’elles ont de mieux à faire.» Il la suit chez elle mais déjà sait qu’il commet une grave erreur : « Je ne me sentais pas bien à côté d’elle, sauf que je me sentais libre de penser à autre chose qu’à elle, et c’était déjà énorme (…). Et je savais qu’en la quittant, je perdrais cette liberté. « 

Mais il aura ensuite tout de même un enfant d’elle mais il n’en supporte pas les cris et s’en va… Les phrases sont parfois dures et glaçantes, bien «vulgaires» comme on enetend parfois dans les bars-tabacs: Samuel Beckett dans la lignée de Rabelais, appelle un chat un chat avec une prédilection évidente pour les mots ayant trait au corps : «Ce qui fait le charme de notre pays, à part bien entendu le fait qu’il est peu peuplé, malgré l’impossibilité de s’y procurer le moindre préservatif, c’est que tout y est à l’abandon sauf les vieilles selles de l’histoire. » (…) « Ce que je connais le moins mal, ce sont mes douleurs. Je les pense toutes, tous les jours, c’est vite fait, la pensée va si vite, mais elles ne viennent pas toutes de la pensée. » (…). « D’ailleurs je les connais mal aussi, mes douleurs. Cela doit venir de ce que je ne suis pas que douleur. »

Le metteur en scène a scrupuleusement respecté les intentions de l’auteur transmises par Jérôme Lindon, le directeur des Editions de Minuit: pas de musique, pas de décor, pas de gesticulation. Cela se passe dans le silence absolu de la petite chapelle du Théâtre des Halles et nous retrouvons comme il y a vingt ans, la même intensité de jeu et la même gourmandise de la langue proférée par ce grand acteur au léger accent suisse (même s’il y a différents accents suisses selon la région et la langue parlée!). En France, on l’associe à une prononciation légèrement traînante, ce qui ajoute ici une certaine distance au texte. Rien sur le sol de pierre du chœur qu’une chaise de bureau en bois sur laquelle est assis l’acteur en costume et chapeau noir, dos au public avant le début de la représentation Et quelques lumières blafardes.

Et Jean-Quentin Châtelain, avec une gestuelle minimale tout à fait remarquable, son faux air bonasse et sa voix inimitable, a vite fait d’emmener le public dans ce texte pas facile au délire noir mais plein d’humour de ce misogyne absolu qui semble en vouloir à toute l’humanité. Et quand,  à l’extrême fin, debout, ce grand acteur fait tourner avec son son seul index la chaise qui produit alors un léger grincement, c’est un grand moment de théâtre. Mais bon, il y a ,surtout au début, un point noir dans ce spectacle: une diction est tout à fait approximative- fatigue ou appréhension de se retrouver dans un tel lieu?- mais Jean-Michel Meyer doit très vite rétablir la situation. Cela dit, le plaisir dans le off, de retrouver ou de découvrir un grand texte et un grand acteur n’est pas si fréquent… C’est un des miracles comme en offre assez souvent le Théâtre des Halles dirigé par Alain Timar. Et passé le rodage, le spectacle devrait prendre toute son ampleur mais il est déjà de grande qualité.

 Philippe du Vignal

 Théâtre des Halles, rue du Roi René Avignon jusqu’au 30 juillet à 11 h. T. : 04 32 76 24 51.

 

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