Anna Halprin (1920-2021)

Anna Halprin (1920-2021)

Il faut saluer le travail d’Anna Halprin, la grande

©x site officiel d'A. HAlprin

©x site officiel d’A. Halprin

chorégraphe américaine récemment disparue, qui a eu des retombées sur tous les arts de la scène. Comme le montre bien une bio signée de son mari Lawrence Halprin (1916-2009) traduite en français et publiée par les éditions belges Contredanse.

Pour Anna Halprin, la danse ne se résume pas aux heureux élus retenus par la postérité comme les Américains Martha Graham, Doris Humphrey, Charles Weidman, etc. mais doit obéir aux «nécessités primitives exprimant des forces vitales»… Une conception de l’art pas totalement idéaliste dans la mesure, où elle s’appuie sur les lois de la «physiologie du corps humain», en accord avec l’enseignement qu’elle reçut de Margaret H’ Doubler, une biologiste, universitaire et grande pédagogue. Elle était aussi très attentive à l’environnement, anticipant ainsi sur les mouvements écologistes actuels.

 A la suite d’Isadora Duncan, Anna Halprin réussit à faire sortir la danse de son carcan vestimentaire mais aussi de son réduit théâtral, comme les danseurs «labaniens» ont pu le faire dans la période Monte Verità. Pour elle, en Californie au bord de l’océan, la danse supposait le plein air : son mari architecte lui fit construire un plateau sans cadre de scène sous les séquoias. Un théâtre de verdure qui induisait une relation nouvelle à l’espace et plongeait « les danseurs dans les sons et autres éléments naturels ». Cette «nouvelle scène », pour reprendre le terme du Bauhaus, a vu se succéder entre autres : Merce Cunningham, Min Tanaka, Meredith Monk, Simone Forti, Trisha Brown, Yvonne Rainer, Eiko et Koma… Avec des exercices qu’elle nomme «expériences dans l’environnement extérieur», Anna Halprin voulait revenir aux sources de la création, mais sans ignorer les «problèmes de la vie quotidienne, psychologiques ou physiques, tant collectifs que personnels». Selon elle, en quittant la scène, la danse rejoint la vie.

 Birds of America or Gardens without Walls (1960) ou Five Legged Stool (1962), Parades & Changes (1965), que nous avions vu en 2011, une pièce restituée par Anne Collod à La Villette. Ces chorégraphies ont une incontestable valeur: Anna Halprin attachait la même importance à son travail pédagogique qu’à ses créations. Le film de Ruedi Gerber, Anna Halprin : Le Souffle de la danse (2010) en détaille les exercices pratiques, notamment des improvisations en studio et surtout, en bord de mer. L’indispensable documentaire de Jacqueline Caux, Out of Boundaries (2004) montre les aspects de cette longue vie vouée à la danse, menacée par une cancer à deux reprises : « Auparavant, dit-elle, je consacrais ma vie à l’art mais ensuite, j’ai dédié mon art à la vie ». Une partie de son travail, et non la moindre, porte sur l’art-thérapie auprès de malades en phase terminale, cancéreux ou ou atteints par le sida.

L’influence d’Anna Halprin aura été considérable, d’abord sur les musiciens qui, à l’instar des danseurs, ont adopté son principe de tâches (tasks) et renoncé au solfège. Comme sur les artistes et gens de théâtre qui font dans le «performatif». (Daria, Sa fille fut aussi comédienne) Et bien sûr, des grandes figures de la Judson Church. Nous avions assisté à la reprise de sa Planetary Dance, en 2012, un canon collectif inspiré de la danse des étoiles, joyeusement animé par plusieurs chorégraphes français dont les maîtres de cérémonie, Amy Swanson et le regretté Fabrice Dugied. Cet événement en plein air, dans un parc du XII ème à Paris, nous avait téléporté dans les années hippies…

 Nicolas Villodre

 

 

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