Adieu Robert Abirached

Adieu Robert Abirached

 

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Décidément juillet 2021 est bien triste nous aurons vu disparaître en deux semaines les metteurs en scène et directeurs de théâtre Michel Dubois, Gérald Chatelain. Et hier Robert Abirached s’éteignait. Il allait avoir quatre-vingt dix ans.  Normalien, agrégé des lettres, écrivain et chercheur, il s’impliqua, dès 1964 dans l’aventure du festival de Nancy, fondé par Jack Lang, qu’il aidera pendant plus de quinze ans. En 1978, il écrit  La Crise du personnage dans le théâtre moderne. Enseignant à l’université de Caen, il y créa le premier Institut d’Etudes  théâtrales et, de 1981 à 88,  fut de nouveau aux  côtés de Jack Lang, comme directeur des spectacles pendant sept ans au Ministère de la Culture; il donnera un nouveau et remarquable dynamisme au secteur théâtral dans son ensemble. Il enseigna aussi à l’Université de Nanterre ( voir ci-dessous)
Il dirigea ensuite La Décentralisation théâtrale, un ouvrage collectif en  quatre volumes (1992-1995), puis Le Théâtre et le Prince, réédité et enrichi d’un second volume en 2.005 sous les titres : L’Embellie et Un système fatigué. Et enfin, en 2011, Le théâtre en France au XXe siècle, avec une importante anthologie. Il a  sans doute été l’un des meilleurs connaisseurs du théâtre contemporain et continuait encore il y a peu d’années à aller voir des spectacles.

D’une immense culture, il avait  une lucidité remarquable et quand nous l’avions interviewé il y a quelques années (voir Le Théâtre du Blog) il ne mâchait pas ses mots:  « Oui, disait-il, inutile de se voiler la face: le théâtre a beaucoup changé, du côté de la scène comme du public,  et de jeunes créateurs n’ont aucune timidité à utiliser des moyens qui n’étaient pas du tout ceux de la génération qui les a précédés. Avec des réussites indéniables comme celle de Joël Pommerat. Mais il ne faut pas avoir la mémoire courte… Pina Bausch, Tadeusz Kantor ou Bob Wilson, avaient déjà bousculé les règles établies, à la suite du metteur en scène allemand Max Reinhardt (1873-1943), qui avait déjà eu une influence considérable à l’époque, en introduisant de nouvelles scénographies, de la danse, de la musique, du cabaret, dans une création théâtrale qui, à l’époque, était uniquement ou presque, fondée sur la parole. Et ce n’est pas fini… surtout quand on pense à l’apport d’un Philippe Genty, parti d’expériences psychanalytiques, d’un James Thierrée avec des spectacles comme La Symphonie du hanneton et Raoul, ou encore ceux de ses parents: Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée quand ils ont fondé le Cirque Bonjour…. Comme vous le rappeliez, le mot: théâtre signifie étymologiquement: voir et n’est pas fondé à l’origine en priorité sur un texte, comme on le croit souvent. Il y a eu en quelque quarante ans, l’émergence d’un théâtre de marionnettes et d’objets, avec tout un langage visuel auquel, il ne faut pas du tout se méprendre, un public adulte adhère très bien, et de plus en plus souvent, un peu partout en France…

Robert Abirached aimait bien parler,  du théâtre et de la vie sociale et politique en général: il avait un solide humour et après un repas où il avait savouré des harengs pomme à l’huile, il m’avait demandé un grand verre d’eau: « Excusez-moi mais je dois absolument faire boire mes harengs. » Puis la conversation reprit entre autres sur le visible désengagement de l’Etat:  » Cela m’embarrasse un peu de vous répondre, puisque j’ai fait partie de l’équipe de Jack Lang au ministère de la Culture. Mais, quand François Hollande dit lui-même qu’il ne lit pas de romans… Il me semble que le pouvoir politique actuel se soucie beaucoup moins de littérature, de musique et d’arts, que François Mitterrand et les socialistes qui l’avaient accompagné. Cela a profondément modifié les choses en France. (…) Il faudrait aussi se poser la question des nominations. (…) Un Centre Dramatique correctement dirigé doit irradier, et non pas être mis au service d’une carrière personnelle. Et le Ministère doit rester celui des arts et des artistes; nommer des gens sur dossier ou presque, ne mènera jamais à rien. Il s’agit de revenir aux fondamentaux à partir desquels les Centres Dramatiques ont été créés…
Grand merci, Robert Abirached, sans votre action et votre enseignement le théâtre contemporain ne serait pas celui qu’il est.

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A Nanterre je suivais de près ses cours sur le théâtre et les politiques culturelles -même si je n’ai pas validé toutes mes  U.V., j’en avais trop  choisi!-  mais ils m’ont été très utiles pour la suite et j’ai conseillé à tous mes étudiants de in extenso son très bon livre  La Crise du personnage dans le théâtre moderne. Je me souviens  de son enseignement qu’il faisait pratiquement sans notes avec  à la fois, une solide pédagogie et ce qui n’est pas incompatible, un grand humour.

Robert Abirached n’avait pas la langue dans sa poche mais n’était jamais brutal ni incorrect envers ceux dont il parlait. Et quant à nous étudiants, nous savions que nous pouvions compter sur nous et nombreux sont ceux qu’il a pu aider d’une façon ou d’une autre.
Cet homme très cultivé et sortant de Normale Sup, avait l’exigence nécessaire pour nous amener au niveau de réflexion qu’il souhaitait obtenir de nous, tout en étant d’une grande gentillesse. Ce dont nous ne le remercierons jamais assez.

Elisabeth Naud

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Je me souviens de lui quand il était allé  l’Université Paris-Nanterre. Il venait d’être nommé directeur du département des arts du spectacle qu’il dirigea jusqu’en septembre 1999 et semblait une  perdu sur le quai du RER pour retourner chez lui à Paris…

Je me souviens de son enthousiasme quand il nous avait demandé, à nous ses étudiants, de préparer le premier colloque sur la Décentralisation théâtrale à la Maison de la Culture de Bourges.
Directeur des théâtres et des spectacles au ministère de la Culture de 1981 à 1988, il avait initié les aides gouvernementales pour l’art de la marionnette et les arts de la rue.
Je revois encore sa joie quand je lui ai proposé de faire un master d’études théâtrales sur le marionnettiste Philippe Genty puis un D.E.A. sur le Théâtre de l’Unité de Jacques Livchine et Hervée de Lafond. Pour moi, alors Interne des hôpitaux de Paris, je découvrais en lui  un véritable maître,  comme un patron de médecine que l’on vénère et qui nous guide tout au long d’une vie.

Jean Couturier

 

Les obsèques de Robert Abirached auront lieu jeudi 22 juillet à 10 h 30  à l’Eglise Saint-Roch, Paris (1er).

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