Fragments d’après Hannah Arendt, mise en scène de Charles Berling

Festival d’Avignon

 Fragments d’après Hannah Arendt, mise en scène de Charles Berling

 La comédienne Bérangère Warluzel a adapté avec Charles Berling les textes de la philosophe allemande. Elle est la belle vectrice de sa pensée, entourée de quatre enfants de la famille Oren qui parfois lui donnent la réplique, ou jouent du piano.

 

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©Vincent Béranger

Un piano à cour, une table à jardin pour tout décor, avec deux mannequins et trois spectateurs sur le plateau et, à l’avant-scène, trois transistors des années soixante. Nous sommes transportés dans une époque où le texte et la parole n’étaient pas écrasés par l’image. Pendant une heure vingt, l’actrice nous fait entendre des citations d’Hannah Harendt ou des extraits d’entretiens. Certains textes s’avèrent encore aujourd’hui d’une cruelle vérité : « La culture de masse est la culture de la société de masse … La société de masse ne veut pas la culture, elle veut des loisirs. Les produits de loisir servent à passer le temps … La société de masse est une société de consommateurs. »

 

Ce voyage en philosophie se fait très simplement grâce à une parole claire et intelligente. Le spectateur attentif ressort de la salle plus instruit. Espérons qu’il se précipitera dans une librairie pour lire et donc entretenir ce moment d’intelligence partagée.

 

Jean Couturier

 

Jusqu’au 28 juillet à 11 h sauf jeudi, Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca, Avignon .T. : 09 80 08 40 40.

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Archive pour 19 juillet, 2021

À table, chez nous, on ne parlait pas, texte et mise en scène d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

 

À table, chez nous, on ne parlait pas, texte et mise en scène d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

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Un bon fils, un adolescent qui se tient bien à table, grandit et devient étudiant, pourquoi pas en droit ? « Tout ça, c’est une destinée normale », aurait dit Karl Valentin, le Charlie Chaplin allemand  de la République de Weimar (1918-1933). Oui. Mais pour un jeune Français né en 1920, 21 ou 22, non. Ceux-là vont devoir sauver la France contre elle-même, comme l’a fait le maréchal Pétain, en  « collaborant » mais de force. Réquisitionnés pour le S.T.OL. service du travail obligatoire, ils doivent partir le cœur, non pas léger mais lourd de leur devoir.

En compensation de leur sacrifice, le sort des prisonniers français pourra (pourrait ?) être amélioré (on ne parle pas des camps d’extermination), les « frais d’occupation » (autrement dit, la rançon de la défaite) réduits et le ravitaillement de la population mieux assuré. Deux ans à maintenir à flot une Allemagne de plus en plus exsangue, en particulier sur le front de l’Est. Logés dans un « lager » moins dur que celui décrit par Primo Levi dans Si c’est un homme, exploités et nourris au prorata de leur force de travail . Mais « faire son devoir de patriote » se change en « travailler pour l’ennemi ». Obéir et trahir.

Hedi Tilette de Clermont-Tonnerre fait le récit du départ et du retour d’un réquisitionné du S.T.O. entre deux repas de famille. Les gendarmes avaient beau être venus prévenir qu’ils fermeraient les yeux et laisseraient partir le « réfractaire », c’est non. Fidèle à son Maréchal, fidèle à l’honneur et à la discipline militaire, le père, héros de la Grande Guerre, obtempère à la réquisition. Il sacrifie à sa propre loi son fils qui sera maudit à son retour, insulté même par les derniers résistants en papier mâché. Et là, pas de miracle : une génération de silence….

L’auteur-acteur entre en scène avec un sourire à la Charlie Chaplin, enjôleur, comme si le personnage s’excusait tout en voulant séduire. Mise en scène minimale : une table, une nappe suffisent à évoquer le noyau familial. Et dans ce minimum, fait irruption -leur compagnie s’appelle le Théâtre irruptionnel -) le sacrifice d’Abraham, Lisa Pajon amenant au moment opportun, bonnet à bouclettes sur la tête, un très surprenant agneau. Pour Abraham : miracle, Dieu a sauvé Isaac. Mais pour l’honorable capitaine et son fils, pas de miracle, décidément. La scène biblique casse brutalement, dans sa forme « naïve » l’histoire de cette famille ordinaire. Elle creuse ainsi une absence, un manque dont le public comprendra plus tard le sens.

Ce spectacle, qu’on classerait dans les « petites formes » au vu de ss moyens modestes se révèle être grand. Pas seulement par ses références historiques sur ce sujet dont on ne parle pas : combien de Français sont allés travailler en Allemagne, plus ou moins contraints ? La question n’est pas celle du nombre,mais des vies abimée, honteuses, amères, avec leur noyau tragique. Peut-on encore dire le cœur tranquille : jje n’ai fait qu’obéir ? Les réquisitionnés du S.T. O. ont obtenu en 2018 – soixante dix ans après les faits- le titre de « victimes du travail forcé en Allemagne nazie . Mais celui de « déportés du travail » leur a été refusé. Rien n’est réparé, et ce n’est pas le thème de la pièce. Elle parle plutôt de l’irréparable, transmis en silence d’une génération à l’autre. Sans jamais expliquer : ’explication est l’ennemie du théâtre ! nous émeuvent aux larmes.

Christine Friedel

Les 20 et 21 août, festival Théâtre au jardin à Brioux-sur-Boutonne (Deux-Sèvres),
Les 18 et 19 septembre , Journées Européennes du patrimoine, Villa Bloch, Grand Poitiers (Vienne).

Les 26 et 27 mars, Festival Mars en Braconne, Grand Angoulême (Charente).

Été 2022 , en gare de Paris-Est.

 

 

 

 

 

 

 

Fraternité,conte fantastique, mise en scène de Caroline Guila Nguyen

Festival d’Avignon

 

Fraternité,conte fantastique, mise en scène de Caroline Guila Nguyen

 Nous nous rappelons de l’émotion suscitée par Saigon en 2017 lors  de ce même festival (voir Le Théâtre du Blog). Ici la metteuse en scène nous emmène dans un centre de soins et de consolation.Un lieu fictif inspiré du réel : le bureau de rétablissement des liens familiaux, un organisme de la Croix-Rouge internationale qui essaye de renouer les liens entre les gens qui se sont perdus de vue, après une guerre, par exemple. Des femmes et des hommes laissent des messages vocaux à leurs proches disparus avec l’espoir de les retrouver un jour.

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Un agent de la NASA contrôle le cœur de chacun et on constate pour chaque souffrance, une baisse significative des pulsations cardiaques qui entraîne un dérèglement du rythme de rotation du système solaire : « Quelque chose dans l’univers semblait réagir à cette douleur abyssale ouverte dans le cœur de tous, le cosmos devenait le miroir des cœurs. » Pour Caroline Guila Nguyen, « La fraternité nous est apparue, comme un élan qui lance un regard depuis le présent, vers le passé et vers l’avenir. Dans ce spectacle, elle s’incarnera à travers le parcours de  personnages qui cherchent à construire un avenir commun avec leurs invisibles. »

 Chaque personnage nous fait partager ainsi sa souffrance. Les acteurs, en partie des amateurs âgés de vingt-et-un à quatre-vingt deux ans et d’origine socio-culturelle différente sont d’une vérité troublante. La scénographie, impressionnante de réalisme, nous montre ce centre avec, à cour une cabine à messages à jardin, et un immense écran de contrôle de la Terre, à cour. Ce lieu porteur d’espoir mais aussi de douleur morale devient peu à peu un lien entre les personnages, .

 La metteuse en scène nous fait partager une expérience de vie et de compassion car les témoignages incitent à l’émotion : «Je suis triste, je pleure, mais les larmes me permettent d’aller mieux.»- Mais le message final de cette très longue pièce : trois heures trente avec entracte! manque de lisibilité. Avec cette forme de théâtre-récit fantastique où le cosmos devient le miroir des cœurs, Caroline Guila Nguyen veut sans doute lier notre destinée humaine à la celle de l’univers, avec le risque potentiel d’une mise à l’arrêt…

 Jean Couturier.

 Spectacle vu le 11 juillet à la Fabrica, Avignon

 Du 27 août au 3 septembre, Dramaten, Stockholm, (Suède).*

Du16 septembre au 17 octobre, Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris (Vème).

Du 28 au 31 octobre, Centro Dramatico Nacional, Madrid, (Espagne).

Les 8 et 9 novembre, Le Parvis, Tarbes (Hautes-Pyrénées). Du  23 au 26 novembre, MC2: Grenoble (Isère).

Les 1er et 2 décembre, Théâtre de l’Union,  Limoges(Haute-Vienne). Du 8 au 11 décembre, Théâtre national Wallonie- Bruxelles, Bruxelles et du; 15 au 18 décembre, Théâtre de Liège (Belgique)

Du; 6 au 15 janvier, Les Célestins Lyon 1er (Rhône).

Du 23 février au 3 mars, Théâtre national de Bretagne Rennes (Ile-et-Vilaine).

Du 9 au 11 mars, La Comédie de Reims ; du 17 au 19 mars, Châteauvallon-Scène nationale, Ollioules (Var) et du 24 au 26 mars, La Criée, Théâtre national de Marseille .

Les 4 et 5 avril, Schaubühne, Berlin (Allemagne). Les 9 et 10 avril, Thalia Theater, Hambourg (Allemagne) ; 26 et 27 avril, São Luiz Teatro, Lisbonne (Portugal).

Et du 11 au 13 mai, La Rose des Vents -Le Grand Sud, Lille (Nord).

 

Presque égal à de Jonas Hassen Khemiri, traduction de Marianne Ségol-Samoy, mise en scène de Laurent Vacher

Presque égal à de Jonas Hassen Khemiri, traduction de Marianne Ségol-Samoy, mise en scène de Laurent Vacher

 

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

L’économie, ce n’est pas compliqué : il s‘agit tout simplement de produire de la valeur, d’augmenter son coefficient personnel de satisfaction. Cela s’applique surtout à l’argent mais aussi au chocolat –demandez au fantaisiste monsieur Van Houten-, mais parfois à d’autres « valeurs » dont le théâtre, comme le fait plaisamment remarquer le professeur d’économie dans ce spectacle. Vous avez risqué l’achat d’un billet. 1) en avez-vous pour votre argent ? 2) En avez-vous plus que pour votre argent?  Puisque vous avez été «déçu en bien » comme disent les Suisses soit : heureusement surpris…

Mais si l’on en restait là, l’économie serait un agréable divertissement. Tout le spectacle va consister à nous montrer à quel point elle n’est pas une science mais une piège mental destructeur pour les êtres humains qui tentent de le rester. Andrej, l’étudiant diplômé en économie fera très vite ses travaux pratiques : Pôle Emploi n’a pour lui que le conseil n°1, Débrouille-toi. Obstiné mais plein de bon sens, il finira par se présenter comme vendeur au bureau de tabac où il s’est ruiné en timbres pour envoyer ces C.V. dont personne ou presque n’accuse réception. Si ça ne ressemble pas à la vraie vie… Et ainsi de suite pour les autres personnages, Martina, Freya, qui aurait poussé sous une voiture sa rivale pour récupérer son poste, jusqu’au professeur d’Université en emploi précaire qui a été  remercié. On dirait que seul Pieter le SDF s’en sort, mais de façon ambiguë : quel rôle joue-t-il vraiment ?

La scénographie de Baptiste Billon, toute en châssis montables et démontables est une belle métaphore de l’étranglement des pauvres: ils manipulent eux-mêmes les mécanismes économiques qui les épuisent et les vident de leur âme. Les vertus moyennes ne résistent pas : meulées, broyées par le besoin, la concurrence, la guerre de tous contre tous, et avalées par la « machine capitaliste ». C’est la tragédie des pauvres : quoique les plus faibles, forcés de prêter la main aux plus puissants, ils n’ont même plus droit à leur innocence…

La force de Khemiri est de faire de cette tragédie une comédie. Ce que le public avait découvert avec Invasion, mise en scène par Michel Didym en 2010 et J’appelle mes frères , mise en scène de Noémie Rosenblatt deux ans avant. Nous ressentons un soulagement paradoxal à écouter en direct, à voir fonctionner à nu la machine dont nous sommes bien obligé de reconnaître qu’elle nous opprime et s’empare carrément de ce que nous avons cru être « nous ».

Quentin Baillot, Pierre Hiessler, Odja Llorca, Frédérique Loliée, Alexandre Palu, Marie-Aude Weiss, appuient le dessin du jeu avec juste ce qu’il faut d’insistance pour que cela tourne, non à la caricature, mais à la clarté et à l’efficacité du dessin de presse. De fait, il s’agit d’actualité…Pari tenu : la mécanique du théâtre fonctionne, au moins aussi bien que celle qu’elle décrit. Mais en plu,s elle n’est pas que mécanique. Les comédiens ne sont pas réduits à fonctionner : leurs personnages nous parlent, s’engagent et vivent. Le public est avec eux, non pas consolé mais ragaillardi.

Christine Friedel

Pour une fois, nous ne sommes pas d’accord avec notre amie Christine et moins indulgent; certes le texte avec une vingtaine de personnages, nous offre une critique virulente de l’économie capitaliste. Il est  intéressant et servi par une bonne distribution. Mais la mise en scène du genre laborieux, peine à convaincre: pourquoi ces noirs incessants cassant le rythme, pourquoi ce déménagement permanent de ces pauvres châssis métalliques, sans que cela soit en rien justifié de cette entreprise de déménagement permanente.

Nous n’y avons vu aucune métaphore mais plutôt une erreur de scénographie et de mise en scène et dans cette patinoire transformée en étuve, ces deux heures dix nous ont paru bien longuettes, même si, encore une fois, les acteurs font un travail des plus remarquables. Mais nous ne sommes pas sorti ragaillardi de ce spectacle. Bref, le texte de Jonas Hassen Khemiri aurait mérité un meilleur traitement… Dommage!

Philippe du Vignal

La Manufacture, rue des Ecoles (navette pour la patinoire à 15 h 50 jusqu’au 25 juillet. 

Les pièces de Jonas Hassen Khemiri sont publiées aux Éditions Théâtrales.

 

 

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