Fin de Lafesse…

Fin de Lafesse…

La série noire se poursuit… Né à Pontivy  (Morbihan), il y a soixante-quatre ans, le même jour que votre serviteur mais pas tout à fait la même année, Jean-Yves Lambert s’était trouvé un nom de guerre trivial, dérisoire, rabelaisien… Un nom de scène, si l’on peut dire, à la con ou à sa démesure, lui permettant de se distinguer des autres, à commencer par un cercle familial plutôt bourgeois et catho. Même si, le succès venant, il a été exploité par la télévision à péage, son mode d’expression a été purement radiophonique et avait pour support: la voix, le texte, l’impromptu et le hasard. Et, bien entendu, la crédulité de ses interlocuteurs, surpris un par un et de manière étrange…

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Son art était d’essence potache, grossier d’apparence comme celui d’Alfred Jarry. Bref, surréaliste, ce qualificatif n’était pas dans son cas galvaudé… André Breton, natif de Normandie comme son nom ne l’indique pas, avait trouvé sa voie à Nantes dans les dérives et délires de vieux ados avec son ami Jacques Vaché, un poète allumé. Lafesse, il faut dire, avait lui aussi un grain.

 À son goût enfantin, somme toute assez ludique, et repéré très tôt par ses camarades de classe, s’ajoute une tradition farcesque à la française, un sens du jeu avec mots et situations les plus saugrenus et un humour du genre cabaret montmartrois mais sans prétention en général, et sans ambition artistique en particulier.
Des gogues ou gags de carabins et de vieux garçons, des absurdités à la Alphonse Allais, dans la lignée des Zutistes, Fumistes et autres sociétaires d’Hydropathes ou de Joyeux… Lafesse invente une galerie de personnages de tout sexe et tout âge. Ainsi chez lui, Monsieur Ledoux devient à un moment, Madame Ledoux.

Sa pratique des radios libres, à partir de Carbone 14 et les tranches de rigolade culottées et bon enfant, entre autres, aux côtés de la regrettée Catherine Pelletier alias Super Nana, font de lui un bonimenteur pro ou semi-pro. Un style ambigu, sinon douteux mais qui fait la part belle à la poésie: on n’est pas là que pour rigoler. Il se maintient dans le quotidien et ne vise ni le mot d’auteur, ni la pointe brillante, ni la chute finale…

 On a réduit selon nous un peu vite, cet humour à la catégorie imposture,  comme  cette radiophonique fameuse où Orson Welles adapta La Guerre des mondes d’Herbert Georg Wells, en direct sur CBS, en 1938 et provoquant un certain affolement aux Etats-Unis… Les auditeurs croyant vraiment qu’il s’agissait d’un bulletin d’informations et qu’une attaque extraterrestre était en cours.

Les impostures étaient le fait de «nouveaux journalistes» à la Tom Wolfe, mêlant reportages  immersifs  et investigations littéraires dont l’Allemand Günter Walraff se fit une spécialité, (le contraire des fake news), pratiquées en France par le magazine Actuel et qui annonçait les lanceurs d’alerte.

Chez Lafesse, nous sommes loin de tels moralisateurs, même si son comique s’appuie sur le naturalisme et prend pour point de départ, le familier ou le prosaïque. M. ou Mme Ledoux, M. Toulis Bernard et compagnie se retrouvent dans des situations abracadabrantes où interviennent des notables, des personnalités officielles, préfets ou célébrités comme Nicolas Hulot.

 Ce comique de situation ne peut se résumer aux titres de sketches travaillés, essayés, répétés durant des heures au téléphone, mixés au cordeau par l’auteur ou son frère producteur. Nous pensons ici à ce Carton jaune distribué dans la vraie vie, hors du terrain de foot par un arbitre départemental. Au canular du dentier qu’une vieille dame veut emprunter à sa voisine, le sien étant au nettoyage… Mais aussi au numéro du conseiller d’orientation, un métier peu recommandable, à la demande d’emploi d’un coursier qui ne cesse d’avoir des accidents de scooter, à l’alerte d’un prof d’anglais appelant une mère d’élève à 7 h 30 du matin parce qu’il a trouvé un chewing-gum collé sous sa table de classe…

La radio, outil de contre-propagande au temps des « Français parlent aux Français », à l’époque du grand Charles et aussi de Pierre Dac, vecteur de communication en mai 68, est devenue une source de distraction, avec les canulars téléphoniques de Francis Blanche, un partenaire de Pierre Dac. Et elle a paradoxalement remplacé la caméra invisible, devenant candide, au sens anglo-saxon du terme.

Lafesse, expert en farces et attrapes, va nous manquer. Sa dernière blague aura consisté à s’éteindre comme un transistor aux piles trop tôt usées et… à Vannes ! Cela ne s’invente pas !

Nicolas Villodre

 

 

 


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