Festival d’Avignon Dancewalk-Rétrospectives de Foofwa d’Imobilité

Festival d’Avignon

Dancewalk-Rétrospectives de Foofwa d’Imobilité

© Phil Bucher

© Phil Bucher

Une belle découverte, cette «marche-danse» initiée en 2015 par le danseur et chorégraphe suisse, ancien du ballet de Stuttgart et de la Merce Cunningham Dance Company. La marche se danse sur plusieurs kilomètres et sur des heures, dans plusieurs villes ou pays. Cet événement a été filmé et l’on peut voir les pas cadencés dans une  projection sur écran. Et la danseuse Alizée Sourbé qui les fait renaître en même temps sur le plateau, a participé à certaines étapes de cette aventure hors-normes: cinquante Dancewalk  pour huit cent-cinquante kms parcourus se déroulent ainsi sous nos yeux.

 Au-delà de la performance physique, il faut souligner l’importance du fait social et politique: rien d’anodin en effet à réaliser ce type de partage en Russie, Afrique du Sud, Inde ou Iran, un pays où la danse est interdite! Une démarche qui suscite des rencontres humaines et nous rappelle de belles initiatives comme Clowns sans frontières. Ce Dancewalk allie acte artistique et engagement personnel.

 Jean Couturier

 Hivernales-CDCN d’Avignon, du 10 au 20 juillet à 15 h 30, dans le cadre de la Sélection Suisse. www.selectionsuisse.ch 


Archive pour juillet, 2021

Hamlet à l’impératif , texte original, traduction et mise en scène d’ Olivier Py, composition et percussions de Julien Jolly

Hamlet à l’impératif, texte original, traduction et mise en scène d’Olivier Py, composition et percussions de Julien Jolly

Le directeur du festival d’Avignon met en scène à la fois des amateurs, des élèves de l’École régionale d’acteurs de Cannes-Marseille, deux anciens détenus et quelques comédiens professionnels dans le jardin de la bibliothèque Ceccano en plein centre ville. Dans une une visitation personnelle de la plus célèbre pièce du théâtre occidental. « La première réplique de Hamlet est adressée au public mais aussi à ses contemporains : qui est là ? Aujourd’hui, on dit cela de manière présentielle, la réplique révèle la présence réelle comme on dit dans la culture théologique, qui va permettre quelque chose qui est plus grand que la philosophie. On dit toujours qu’Hamlet est une pièce philosophique mais c’est bien plus que ça : c’est la pièce qui a mis en cause la philosophie et qui dit par le théâtre que nous allons faire un exercice plus grand que la philosophie discursive. C’est pour ça que tous les philosophes, à un moment ou à un autre ont plié le genou devant le génie d’Hamlet. »
 

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Cela ressemble et veut ressembler à un théâtre de tréteaux populaire… même si le public est celui du festival d’Avignon.En dix épisodes parmi les arbres sur une scène bi-frontale avec dans le fond, une belle et haute bibliothèque, le metteur en scène officie chaque jour à midi en présentant un dialogue entre le personnage et des extraits de textes de philosophes qui ont écrit sur Hamlet comme Jacques Derrida, Sigmund Freud ( le complexe d’Oedipe)mais aussi Heidegger, Hegel, Nietzsche. Une occasion aussi pour lui, une fois de plus, de  se poser et reposer à l’infini la question de l’existence même du théâtre et de son utilité…

Rien à dire, c’est très bien construit et dirigé:  Olivier Py a acquis depuis pas mal d’années, dans ce genre d’exercice, une remarquable pratique. Quelques costumes, quelques couronnes dorées de pacotille et autres accessoires, et en une heure quinze, l’affaire est enlevée avec rythme et un certaine jubilation qu’ont à jouer ces jeunes acteurs devant un public déjà conquis et tout heureux d’être là…  Comme les années précédentes,  le spectacle a eu lieu dans le jardin Ceccano aménagé et est devenu un sorte de tradition du festival.

Côtés bémols: on oubliera quelques longueurs mais nous avons encore droit à des micros H F, ce qui ne se justifie en rien ici et uniformise les voix. Et nous nous serions volontiers contentés du seul texte de Shakespeare. Les citations diverses de philosophes ayant écrit sur le grand Will, même bien emballées par Olivier Py, donne à ce petit spectacle un côté prétentieux, comme si cet homme certes cultivé, voulait nous montrer qu’il l’est bien  et pas qu’un peu… Mais, a dit une vieille dame à la sortie, pas dupe mais somme toute assez contente d’avoir passé une heure dans ce beau jardin: «Après tout, on ne va pas se plaindre, c’est gratuit. »

Philippe du Vignal

Jardin de la Bibliothèque Ceccano, spectacle vu le 13 juillet et joué encore les 19, 21 et 22 juillet, à 12 h.

        
        
      

Grand ReporTERRE ≠ 3 d’Aristide Tarnagda et Boureima Salouka, jeu, musique et chant d’Alvie Bitemo

Grand ReporTERRE ≠ 3 d’Aristide Tarnagda et Boureima Salouka, jeu, musique et chant d’Alvie Bitemo

Grand Reporterre 3 théâtre du point du jour

© Thomas Gaudillière

Aristide Tarnagda est metteur en scène et directeur artistique du festival Les Récrééatrales à Ouagadougou, dont nous avons récemment vu une partie des pièces (voir Le Théâtre du Blog). Nous avons ici eu le plaisir de rencontrer son compatriote Boureima Salouka, journaliste, ardent défenseur de la liberté de la presse et des reportages en zone de conflit. Ensemble, ils ont construit ce spectacle de deux heures et demie, selon les règles de la série des Grands ReporTERRES programmée deux fois par saison par le Théâtre du Point du Jour. Il s’agit pour les nouveaux directeurs de croiser le regard d’un journaliste sur l’actualité et sa traduction théâtrale par un artiste Voir Le Théâtre du Blog).

 Les compères burkinabé nous invitent à plonger dans l’actualité de leur pays et à découvrir les luttes souterraines qui s’y mènent malgré la répression, notamment le mouvement « Le Balai Citoyen Force de proposition et de pression pour une gouvernance au service du peuple ». La question, après la «révolution ratée» de 2014, qui mit fin au long règne de Blaise Compaoré est: «Comment se réapproprier notre destin et notre territoire quand un tiers du pays est occupé? »

Pour comprendre le présent, ils  font appel à l’histoire récente, avec ces grandes figures du pays que sont le président Thomas Sankara et le journaliste Norbert Zongo qui se sont battus pour la justice et l’égalité, au prix de leur vie.  Mais qui parmi les spectateurs connaît l’histoire de l’ex-Haute-Volta, rebaptisée Burkina Faso « Pays des hommes intègres » par Thomas Sankara en 1983?

Un jeu de questions/réponses est lancé dans la salle : 1884 ? Conférence de Berlin où les pays européens se partagèrent l’Afrique de l’Ouest. 28 septembre 1958? Discours du Général de Gaulle : «Ils veulent l’indépendance ? Qu’ils la prennent! ». Qu’est-ce que le PAS. ? Programme d’Ajustement Structurel sur la dette des Etats pauvres, mis en place par le F.M.I. et la Banque mondiale et qui engendra la dévaluation du Franc CFA et les privatisations des services publics en Afrique. Qui est Aline Sitéa Diatta? Une résistante à la colonisation en Casamance… Que se passa-t-il le 15 octobre 1987? L’assassinat de Thomas Sankara. Et 13 décembre 1998? L’assassinat de Norbert Zongo… Une petite révision s’imposait:  peu de spectateurs ont su répondre…

 « Ce pays a besoin de rêve et de grandeur, dit Boureima Salouka. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Des pierres ramassées dans le lit de différents cours d’eau. On nous a entassés là où il n’y a aucun ciment entre nous, pas d’architecte. » Artistide Tarnagda convoque sur scène, aux côtés de son ami journaliste, le comédien M baye Ngom et la chanteuse et musicienne congolaise Alvie Bitemo. Accompagnés par des documents d’époque dont le magnifique interview de Thomas Sankara à la Télévision française et son fameux discours devant les Nations Unis en 1984 : « Je viens en ces lieux vous apporter le salut fraternel d’un pays de 274.000 km², où sept millions d’enfants, femmes et hommes, refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim et de soif, tout en n’arrivant pas à vivre véritablement depuis un quart de siècle d’existence comme Etat souverain, siégeant à l’ONU »

 Les comédiens lisent les éditoriaux de Norbert Zongo écrits pour son journal L’indépendant. Lyriques et virulents contre la corruption, ils gardent une résonance actuelle comme L’Afrique cherche leader : « Un homme capable de parler au futur… ces hommes manquent cruellement à l’Afrique » » Dans un autre numéro du journal, il appelle à la rébellion: «Au Burkina, les plus démunis, les exclus politiques sont condamnés à subir la politique d’un pouvoir à vie, avec une classe politique éternelle. Pour détruire le système politique, il n’y a que les exclus politiques…»,

 En complément de ces lectures, le photo-reportage de Sophie Garcia sur des mouvements de résistance du peuple burkinabè Balai citoyen : ensemble on n’est jamais seul, s’affiche sur l’écran et nous permet d’entrevoir l’avenir avec une faible lueur d’espoir. Ce spectacle passionnant, en forme de conférence, rythmé par les chants d’Alvie Bitemo en liguala, s’est poursuivi par un long échange avec le public sur la situation préoccupante du Burkina Faso, en proie à des violences et des incursions de groupes armés djihadistes dans le Nord et l’Est. On compte un million de déplacés venus des régions périphériques. «Le plus gros problème, c’est le vivre ensemble. Ecrire le roman national. Nous devons dormir dans le même lit et entretenir le même rêve», conclut Boureima Salouka.

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 10 juillet à l’ENSATT, programmé par le Théâtre du Point du jour, 7 rue des Aqueducs, Lyon (V ème) www.pointdujourtheatre.fr

A lire: Anthologie des discours de Thomas Sankara; Le Sens d’un combat: recueil d’éditoriaux de Norbert Zongo et Afrotopia de Felwine Sarr, éditions Philippe Rey.

 

 

 

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Festival d’Avignon Le Problème avec le rose, chorégraphie de Christophe Garcia , texte d’Érika Tremblay-Roy

Festival d’Avignon

Le Problème avec le rose, chorégraphie de Christophe Garcia, texte d’Érika Tremblay-Roy

Alix, Sasha, Lou et Noa se rencontrent régulièrement dans un carré de couleur rose. Tout va pour le mieux entre ces quatre garçons. « Le rose, c’est pour les filles?», s’inquiète l’un d’eux. Alors, Noa est exclue du groupe: en fait, c’est une fille… Les garçons essayent alors de chercher des signes qui déterminent la masculinité et la virilité. Mais peu à peu, l’ennui s’installe et ils cherchent d’autres caractéristiques.

 

©(c) Jean-Charles Verchère,

© Jean-Charles Verchère

La scénographe Julia Morlot a imaginé pour les artistes des tapis roses de différentes tailles, surmontés d’étranges formes elles-mêmes roses ressemblant à des coraux. Entre danse et théâtre, se pose la question du genre chez les enfants. Un problème de comportement et de raisonnement d’adultes. Pourquoi ne pas apprécier le rose quand on est un garçon? Une fois, tous convaincus, la sérénité et la joie reviennent. « Tu as juste à ne pas choisir», dit l’un des garçons. Allez découvrir cette pièce de cinquante minutes, subtile, tendre et nécessaire pour tous les âges de la vie.

 Jean Couturier

Nouveau Grenier, collège de Lasalle, 9 rue Notre-Dame des sept Douleurs, Avignon. T. : 04 28 70 05 10. Jusqu’au 28 juillet, à 16 h 05, relâche lundi.

 

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Festival d’Avignon La Belle Scène Saint-Denis 2021

Festival d’Avignon

La Belle Scène Saint-Denis 2021

 Dixième édition de cette manifestation incontournable pour les programmateurs et tous les amateurs de danse. Le Théâtre Louis Aragon-Scène conventionnée d’intérêt national Art et création, danse à Tremblay-en-France, se transporte dans la Cité des Papes, matin et après-midi, pour offrir quatre programmes de pièces courtes: «Avec Danse Dense, pôle d’accompagnement pour l’émergence chorégraphique, se félicite Emmanuelle Jouan sa directrice, nous inaugurons le programme Danse de 17 heures, pour multiplier les passerelles et soutenir les artistes dans une réalité en actes. » Quatre propositions très originales nous ont séduit ce matin-là dans la cour ombragée de La Parenthèse.

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photo Patricia Lopez

 Les Baigneurs de Clédat et Petitpierre

 Nous découvrirons ce tandem de plasticiens et chorégraphes au salut final. Enveloppés dans une carapace de tulle plissé aux couleurs tendres, ces baigneurs lascifs et rondouillards ont quelque chose du doudou enfantin. Ils rappellent les sculptures aux chairs expansées d’un Fernando Botero, Déambulant cahin-caha dans l’espace public ils nous conduisent nonchalamment vers l’entrée du théâtre, après un bain de soleil et quelques passes de ballon.

 Yvan Clédat et Coco Petitpierre n’en sont pas à leur premier détournement des thèmes de l’art classique ou contemporain. Ici, ils s’en prennent aux figures familières du baigneur et de la baigneuse. Parodiant quelques scènes de vacances rafraîchissantes, ils se moquent gentiment des jeux de plage de leurs semblables. Se dégage pourtant de ces costumes habités une belle humanité. Sans visage, ils s’adressent des regards expressifs, irrités, enamourés, érotiques… Et ils tissent un rapport complice avec le public. Un joli moment de douceur dans la jungle et la rumeur de la ville…

 Le Fil de Sylvain Prunenec

 Chorégraphe et interprète, il a croisé de grandes figures de la danse contemporaine: Odile Duboc, Dominique Bagouet, Trisha Brown… Son corps palimpseste a mémorisé des moments fugaces de nombreux ballets, qu’il dévoile en reproduisant des mouvements enfouis dans sa chair.  : «Dans mon corps, il y a tout ce qui me traverse, sons, lumières regards, odeurs images et postures accumulées dans ma mémoire depuis des années.  »

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©Théâtre Louis Aragon-

On entend dans ce solo le point de vue de l’interprète: comment s’inscrit en lui le mouvement dans l’instant dansé. Quel état de conscience ou d’absence l’habite dans le feu de l’action. Quel rapport s’instaure avec le chorégraphe dans l’écriture d’une pièce.

Sylvain Prunenec nous dit comment se construit une pièce, comment l’interprète en traduit la grammaire élaborée par son auteur, comment il la décline à pas comptés, en solo, en canon ou chorus.

Il nous montre les gestes qui l’ont marqué, décomposant et recomposant ces instants-limites captés par l’œil aigu du chorégraphe. Il donne en exemple le solo de l’Émir dans Necessito de Dominique Bagouet, fondé sur la calligraphie arabe et nous raconte l’ attention que cet artiste regretté, mort en 1992, portait à chaque interprète : « Quelqu’un qui cherchait dans le corps du danseur ».

 Sylvain Prunenec explore et redéfinit, en récit, en mots et gestes, ce qui se joue dans le corps en mouvement. Entre conférence dansée et évocations émues, cette performance est un précieux décryptage des lignes de tension à l’œuvre, au moment où pour l’interprète, l’espace de représentation et l’espace intérieur se fondent les uns dans les autres. «Je suis poreux, protéiforme, avec une présence expansée. J’attends que ça m’amène autre part », dit-il, en quittant la scène.

Un beau moment qui nous mène dans les coulisses de la danse.

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© Theatre Louis Aragon

Abdomen de Clémentine Maubon et Bastien Lefèvre

 En tenue de gymnaste, ces artistes investissent le plateau, en déployant une énergie brute, à la limite de la caricature. Pompes, cavalcades… muscles bandés. Puis les gestuelles s’adoucissent, s’harmonisent et le duo se construit dans un corps-à-corps d’une force impressionnante, fondé sur les mouvements du ventre. Une exploration de la surface du muscle jusqu’à la profondeur de l’abdomen, traversé par le souffle qui le creuse et le gonfle… .

Clémentine Maubon et Bastien Lefèvre apprivoisent leurs anciennes pratiques sportives intenses, pour les transformer en une danse puissante. En toute simplicité, ils posent la question : que peut la danse autour de la région abdominale ? La pièce est bien composée et ils nous communiquent un bel élan vital. Cet extrait de quinze minutes laisse présager une pièce étonnante et sensible, portée par l’imaginaire actif de ces chorégraphes.

 Mal Compris de Maël Minkala

 Originaire de Brazzaville, il a notamment travaillé pour la Ballet National du Congo et a développé sa technique au croisement de la danse traditionnelle et contemporaine. Il vient clore ici sa résidence et nous assistons aux prémisses d’un solo où corps et mimiques expriment surprise, peur, doute, désarroi et colère. Une mise en accusation de la société, où celui qui est différent se trouve discriminé, arrêté et violenté. Où « défauts de taille » et « défauts de face », sont l’objet d’abus du pouvoir, face à l’individu. Cela se traduit par des gestes saccadés, des mouvements de hanches et des convulsions de dos, dans un corps immobilisé, ceinturé, menotté qui aspire à se libérer . Mal Compris est un réquisitoire de l’artiste contre le rapport au monde qu’il habite.

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©Théâtre Louis Aragon-

 Mireille Davidovici

 La Belle Scène Saint-Denis a eu lieu à La Parenthèse, 18 rue des Études, Avignon, du 7 au 14 juillet à 10 h et à 17 heures.

info@labellescenesaintdenis.com

 

 

 

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Merci, Emmanuel Macron

Merci,Emmanuel Macron

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Une fois de plus, il y un manque flagrant de visibilité dans les annonces gouvernementales et/ou préfectorales. On sait, à la différence des restaurants qu’il va y avoir dès le 21 juillet, donc dans quelques jours, l’obligation de présenter un pass sanitaire pour entrer  dans des salles ou lieux culturels d’une  jauge réelle supérieure à cinquante  places, donc sont directement visés à peu près tous les théâtres. Comme, entre autres en ce moment, le in et une majorité du off du festival d’Avignon où il reste quand même quinze jours de représentation (moins deux relâches obligatoires par semaine, avant le 31 juillet).

Les directeurs de salles comme ceux des compagnies  du off -moins nombreuses à être venues ou à vouloir être là ( environ 30% de moins) qu’en 2019 ont tout lieu d’être inquiets devant  un lourd manque à gagner qui semble se profiler à l’horizon… Puisque les jeunes ( en général peu vaccinés) sont nettement plus nombreux dans le off  que dans le in. Même si on sait depuis longtemps qu’on ne fait pas de bénéfices en allant créer ou même présenter un spectacle en Avignon. A la différence du in qui a le personnel et donc le budget nécessaires pour effectuer les contrôles nécessaires, le off va être sévèrement touché… Bien avant le 1er août, quand ce pass -qui devra être voté par le Parlement- «s’appliquera,  a dit Macron, dans les cafés, les restaurants, les centres commerciaux, ainsi que dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les établissements médico-sociaux, mais aussi dans les avions, trains et cars pour les longs trajets: là encore, seuls les vaccinés et les personnes testées négatives pourront accéder à ces lieux».

Alors que l’Elysée sans  doute renseigné par les Préfectures sait très bien qu’il existe déjà de nombreuses fraudes (une mienne amie actrice a réussi à obtenir un QR bidouillé pour entrer dans la Cour d’Honneur (on ne vous dira pas comment…) et elle n’est sûrement pas la seule! De toute façon, aucune illusion à se faire : dès le 21 juillet, ce futur contrôle obligatoire va être  dissuasif et la fréquentation risque fort de sérieusement diminuer, que ce soit dans le off à Avignon mais aussi dans les grandes villes et à Paris, où seront touchées entre  entre autres,  la Manufacture des Abbesses, La Scala ou le Théâtre de Poche.  Et quant aux festivals… c’est l’inconnue ou presque.

 

©x Place de la Mairie à Aurillac en 2019

©x Place de la Mairie à Aurillac en 2019

Eclats à Aurillac, très fréquenté par un public jeune, a été  interdit par le Préfet. Ce festival qui devait se dérouler entre le 12 et le 21 août, était  consacré aux  créations 2020 et 2021. « Chacun de ces deux rendez-vous sur trois jours, rassemblait une dizaine de compagnies qui avaient déjà été programmées et quatre-vingt compagnies de passage. Mais dans des lieux clos, contrôlables et répondant aux protocoles sanitaires et sécuritaires.» Petite consolation: la tournée départementale Champ Libre aura  bien lieu du 12 au 21 août,  dans vingt-deux communes du Cantal. Et trois rendez-vous professionnels sont programmés du 19 au 21 août : le Panorama de la FAI-AR, la diffusion des créations des lauréats du dispositif Auteurs d’Espaces de la SACD (2020 et 2021) et la présentation de projets de création 2022/2023,  en lien avec Artcena. Mais là encore, comment et qui va contrôler les choses?  La Gendarmerie Nationale, la police municipale? Nombre de compagnies qui ont été invitées à ce festival depuis longtemps, ne semblent pas prêtes à se laisser faire et ont prévu de débarquer quand même à Aurillac! Bonjour l’ambiance…

Le  S.N.E.S. (Syndicat National des Entrepreneurs de Spectacle) regrette lui, « la promptitude de cette prise de décision qui va compliquer les règles d’accueil des spectateurs dans les festivals et dans les salles des spectacles. Et il aurait bien sûr préféré que soit privilégiée la mise en application de ces décisions au 1er août comme pour les restaurants, et non dès le 21 juillet. Les adhérents du S.N.E.S., conscients que cette mesure risque de durer dans le temps et notamment durant les prochains mois, demandent au Gouvernement que soit mis en place un fonds de garantie spécifique à ces mesures, qu’ils espèrent transitoires. Les indemnités de ce fonds de garantie auraient vocation à aider les entreprises à prendre en charge les coûts liés aux mesures du pass sanitaire ainsi que les pertes de recettes occasionnées par ces mesures dues à la défection du public du fait de ces annonces. »

Mais
le tandem Castex-Macron  s’est bien gardé de dire pourquoi tout le secteur culturel avait droit à un tel traitement de faveur! Ce qui est parfaitement injuste et déloyal. Nous comprenons la colère des artistes et de tous les techniciens du secteur: ils s’en souviendront aux prochaines élections.

Philippe du Vignal

Adieu Robert Abirached

Adieu Robert Abirached

 

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Décidément juillet 2021 est bien triste nous aurons vu disparaître en deux semaines les metteurs en scène et directeurs de théâtre Michel Dubois, Gérald Chatelain. Et hier Robert Abirached s’éteignait. Il allait avoir quatre-vingt dix ans.  Normalien, agrégé des lettres, écrivain et chercheur, il s’impliqua, dès 1964 dans l’aventure du festival de Nancy, fondé par Jack Lang, qu’il aidera pendant plus de quinze ans. En 1978, il écrit  La Crise du personnage dans le théâtre moderne. Enseignant à l’université de Caen, il y créa le premier Institut d’Etudes  théâtrales et, de 1981 à 88,  fut de nouveau aux  côtés de Jack Lang, comme directeur des spectacles pendant sept ans au Ministère de la Culture; il donnera un nouveau et remarquable dynamisme au secteur théâtral dans son ensemble. Il enseigna aussi à l’Université de Nanterre ( voir ci-dessous)
Il dirigea ensuite La Décentralisation théâtrale, un ouvrage collectif en  quatre volumes (1992-1995), puis Le Théâtre et le Prince, réédité et enrichi d’un second volume en 2.005 sous les titres : L’Embellie et Un système fatigué. Et enfin, en 2011, Le théâtre en France au XXe siècle, avec une importante anthologie. Il a  sans doute été l’un des meilleurs connaisseurs du théâtre contemporain et continuait encore il y a peu d’années à aller voir des spectacles.

D’une immense culture, il avait  une lucidité remarquable et quand nous l’avions interviewé il y a quelques années (voir Le Théâtre du Blog) il ne mâchait pas ses mots:  « Oui, disait-il, inutile de se voiler la face: le théâtre a beaucoup changé, du côté de la scène comme du public,  et de jeunes créateurs n’ont aucune timidité à utiliser des moyens qui n’étaient pas du tout ceux de la génération qui les a précédés. Avec des réussites indéniables comme celle de Joël Pommerat. Mais il ne faut pas avoir la mémoire courte… Pina Bausch, Tadeusz Kantor ou Bob Wilson, avaient déjà bousculé les règles établies, à la suite du metteur en scène allemand Max Reinhardt (1873-1943), qui avait déjà eu une influence considérable à l’époque, en introduisant de nouvelles scénographies, de la danse, de la musique, du cabaret, dans une création théâtrale qui, à l’époque, était uniquement ou presque, fondée sur la parole. Et ce n’est pas fini… surtout quand on pense à l’apport d’un Philippe Genty, parti d’expériences psychanalytiques, d’un James Thierrée avec des spectacles comme La Symphonie du hanneton et Raoul, ou encore ceux de ses parents: Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée quand ils ont fondé le Cirque Bonjour…. Comme vous le rappeliez, le mot: théâtre signifie étymologiquement: voir et n’est pas fondé à l’origine en priorité sur un texte, comme on le croit souvent. Il y a eu en quelque quarante ans, l’émergence d’un théâtre de marionnettes et d’objets, avec tout un langage visuel auquel, il ne faut pas du tout se méprendre, un public adulte adhère très bien, et de plus en plus souvent, un peu partout en France…

Robert Abirached aimait bien parler,  du théâtre et de la vie sociale et politique en général: il avait un solide humour et après un repas où il avait savouré des harengs pomme à l’huile, il m’avait demandé un grand verre d’eau: « Excusez-moi mais je dois absolument faire boire mes harengs. » Puis la conversation reprit entre autres sur le visible désengagement de l’Etat:  » Cela m’embarrasse un peu de vous répondre, puisque j’ai fait partie de l’équipe de Jack Lang au ministère de la Culture. Mais, quand François Hollande dit lui-même qu’il ne lit pas de romans… Il me semble que le pouvoir politique actuel se soucie beaucoup moins de littérature, de musique et d’arts, que François Mitterrand et les socialistes qui l’avaient accompagné. Cela a profondément modifié les choses en France. (…) Il faudrait aussi se poser la question des nominations. (…) Un Centre Dramatique correctement dirigé doit irradier, et non pas être mis au service d’une carrière personnelle. Et le Ministère doit rester celui des arts et des artistes; nommer des gens sur dossier ou presque, ne mènera jamais à rien. Il s’agit de revenir aux fondamentaux à partir desquels les Centres Dramatiques ont été créés…
Grand merci, Robert Abirached, sans votre action et votre enseignement le théâtre contemporain ne serait pas celui qu’il est.

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A Nanterre je suivais de près ses cours sur le théâtre et les politiques culturelles -même si je n’ai pas validé toutes mes  U.V., j’en avais trop  choisi!-  mais ils m’ont été très utiles pour la suite et j’ai conseillé à tous mes étudiants de in extenso son très bon livre  La Crise du personnage dans le théâtre moderne. Je me souviens  de son enseignement qu’il faisait pratiquement sans notes avec  à la fois, une solide pédagogie et ce qui n’est pas incompatible, un grand humour.

Robert Abirached n’avait pas la langue dans sa poche mais n’était jamais brutal ni incorrect envers ceux dont il parlait. Et quant à nous étudiants, nous savions que nous pouvions compter sur nous et nombreux sont ceux qu’il a pu aider d’une façon ou d’une autre.
Cet homme très cultivé et sortant de Normale Sup, avait l’exigence nécessaire pour nous amener au niveau de réflexion qu’il souhaitait obtenir de nous, tout en étant d’une grande gentillesse. Ce dont nous ne le remercierons jamais assez.

Elisabeth Naud

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Je me souviens de lui quand il était allé  l’Université Paris-Nanterre. Il venait d’être nommé directeur du département des arts du spectacle qu’il dirigea jusqu’en septembre 1999 et semblait une  perdu sur le quai du RER pour retourner chez lui à Paris…

Je me souviens de son enthousiasme quand il nous avait demandé, à nous ses étudiants, de préparer le premier colloque sur la Décentralisation théâtrale à la Maison de la Culture de Bourges.
Directeur des théâtres et des spectacles au ministère de la Culture de 1981 à 1988, il avait initié les aides gouvernementales pour l’art de la marionnette et les arts de la rue.
Je revois encore sa joie quand je lui ai proposé de faire un master d’études théâtrales sur le marionnettiste Philippe Genty puis un D.E.A. sur le Théâtre de l’Unité de Jacques Livchine et Hervée de Lafond. Pour moi, alors Interne des hôpitaux de Paris, je découvrais en lui  un véritable maître,  comme un patron de médecine que l’on vénère et qui nous guide tout au long d’une vie.

Jean Couturier

 

Les obsèques de Robert Abirached auront lieu jeudi 22 juillet à 10 h 30  à l’Eglise Saint-Roch, Paris (1er).

Parc par le collectif La Station

Festival d’Avignon

 Parc par le collectif La Station

 Il y a déjà quarante-deux ans! la troupe du Splendid créée par Romain Bouteille récemment décédé ( voir Le Théâtre du Blog), Miou-Miou, Coluche et Patrick Dewaere montait à Paris Le Père Noël est une ordure… Un choc pour beaucoup qui découvraient une certaine forme d’humour «bête et méchant».

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Et l’affiche du spectacle était justement signée Reiser, féroce caricaturiste d’Hara Kiri puis de Charlie Hebdo ! Héritier de cet humour, La Station crée dans un théâtre plein d’irrévérence. Grâce à une excellente scénographie,  nous assistons à un drame dans le vestiaire d’un parc aquatique: la principale dresseuse vient d’être tuée par une orque en pleine représentation. Ses partenaires Anke, Lars, Nicolaï, et Kania voient leur vie et leurs croyances bouleversées .

Un formidable humour noir et caustique… Tous les personnages sont justement évoqués avec leurs faiblesses et parfois, leur bêtise. Mais les auteurs de Parc dénoncent aussi l’existence de ces parcs aquatiques où on exploite des animaux sauvages à des fins mercantiles. Une fable inspirée d’un fait réel au SeaWorld d’Orlando en 2011… Ce spectacle belge d’une heure vingt a reçu le prix du jury du festival Émulation à Liège il y a deux ans. Une écriture collective,  drôle et alerte,  à découvrir…

 Jean Couturier

Théâtre des Doms, 1 bis rue des escaliers Sainte-Anne, jusqu’au 27 juillet à 18 h 30 relâche le 15 et 22 juillet. T. : 04 90 14 07 99.

Entretien avec Nikola Arkane

Entretien avec Nikola Arkane

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- Il y a un bon moment que vous n’êtes plus une débutante?

-Non! Quand j’avais vingt-et-un ans, j’ai été auditionnée et j’ai joué dans une « grande illusion » à Belfast, un spectacle de magie de Cahoots N.I. qui est  une compagnie de théâtre pour enfants à la réputation mondiale. J’y ai rencontré le merveilleux inventeur et illusionniste Rafael. Pouvoir travailler dans ma ville au quotidien pendant un mois m’a fait reconsidérer mon projet initial d’être actrice et je suis devenue magicienne professionnelle.

- Comment avez-vous appris ?

-J’ai alors reçu en cadeau un livre Mark Wilson’s Course in Magic et dans ce spectacle de magie théâtrale, j’ai pu en découvrir les coulisses et le fonctionnement. Tout cela m’a inspiré. Chaque soir, j’apprenais des tours de cartes et des fioritures (étonnamment, j’étais assez bonne pour ça).
La première fois que j’ai pris un jeu en mains, j’ai su très bien le mettre en éventail ! Comme si j’utilisais naturellement mes mains pour le faire… Le club de magie local
The Ulster Society of Magicians m’a été d’un grand soutien. De la présentation de mon travail aux soirées du club, aux conventions, en passant par mon élection de première femme présidente du club en 2012. On m’a donné l’opportunité d’organiser le festival Belfast MagiCon quatre ans plus tard en engageant des artistes du monde entier dans ma ville natale comme Roberto Giobbi, Shane Cobalt, Malin Nilsson, Rafael, John Lenahan mais aussi de nombreux artistes locaux.

Depuis mes modestes débuts avec Cahoots N.I, cette compagnie et son metteur en scène Paul Bosco Mc Eneaney m’ont embauchée comme « spécialiste des boîtes » durant les dix années suivantes. J’ai pu aller en Irlande du Nord avec Math ‘a’ Magic qui est devenu, par la suite, un grand spectacle interactif Mathematical Mysteries avec Danny Carmo. Il a été en tournée deux fois aux Etats-Unis, avec un public allant de 300 à 3.000 personnes.

Depuis 2018 à mes débuts dans le close-up, j’ai eu de formidables opportunités. Entre autres,ont contribué à façonner l’interprète que je suis devenue aujourd’hui, l’I.B.M British Ring qui m’a élu première à leur concours de close-up en 2019,mais aussi Davido du Magic Club de Norvège, Benjamin Barnes du Chicago Magic Lounge, Jack Goldfinger du Magic Castle à Hollywood et Mystique à Stockholm.

Enfin Tom Stone m’a aidé à me rappeler que je peux faire tout ce que je veux; après suivi ses cours d’été il y a trois ans à l’école folklorique suédoise, j’ai commencé à penser différemment à mon personnage et à la magie : j’ai appris qu’il n’y a pas vraiment de règles et je comprends maintenant comment intégrer un vrai « détournement » dans mes spectacles, et au-delà du plaisir !

J’ai eu beaucoup de chance mais je n’ai pas non plus attendu que les choses arrivent. Si on veut quelque chose, il faut aller le chercher ! J’aime particulièrement jouer mon personnage FizzWizzPop dans des spectacles pour enfants et celui de Nikola Arkane, dans les close-up pour les adultes.

Quand j’ai découvert les ouvrages de Tommy Wonder (1953-2006) il y a deux ans, j’ai réalisé que j’attendais de les lire de toute ma vie et j’aurais vraiment aimé pouvoir le rencontrer. Je suis magicienne depuis peu mais j’ai toujours voulu pratiquer une chose que personne d’autre n’avait fait auparavant. Cela ne m’intéresse pas du tout de copier.. Avec Tommy Wonder, j’ai trouvé un homme partageant la même passion et la même réflexion que moi. Mais je vous révèle un secret : je suis obsédée par Paul Harris et Max Maven. Ils m’intriguent et m’amusent énormément, à la fois par leur écriture et leur création.

La magie épique me passionne! Pour moi, elle doit vous attirer et changer la façon dont vous croyez que le monde fonctionne. Et sii elle est dramatique et théâtral eavec une musique émotionnellement captivante, je suis là ! Quand j’ai commencé à jouer comme actrice dans la magie, le théâtre m’a beaucoup influencé. Un de mes objectifs :trouver un équilibre et mêler ces deux arts pour rendre mes performances, immersives.

-Quel conseil à un débutant ?

SORTEZ et JOUEZ. Dites oui à tout. Essayez et n’ayez pas peur d’échouer : en échouant, vous deviendrez meilleur. Ce n’est jamais aussi mauvais que ce qu’en dit votre tête !J’ai été reconnaissante de l’opportunité que cette pandémie m’a offerte et toute cette année, j’ai installé comme un studio dans ma petite chambre à Belfast, que j’appelle mon « isolation », une station diffusant des spectacles de magie partout .
Internet m’a permis de créer dix-sept nouveaux personnages et spectacles en deux mois. Etre confinée a libéré mon imaginaire et je me sens plus connectée que jamais avec mes confrères, mes amis et ma famille. J’ai aussi grandi pour apprendre à créer un bon son, de bonnes lumières et les technologies suffisantes pour présenter mon travail à l’écran. Et par la suite, je crois que j’utiliserai ces compétences.

Les magiciens ont testé et travaillé ce nouveau médium, sans doute plus loin que n’importe qui… Heureusement, tout le monde a été prêt à partager, à parler et aider à la progression de ce mouvement virtuel. Irlandaise et originaire de Belfast, j’essaie de le faire entrer dans mon travail, que ce soit à travers la narration, la musique ou la langue que j’utilise. Il est vraiment important d’être sans équivoque et de se démarquer. Alors, n’ayez jamais peur d’être qui vous êtes.

-Et en dehors de la magie ?

-Je passe tout mon temps ou presque à réfléchir, explorer,écrire, regarder,puis répéter et créer de la magie ! Mais j’adore aussi lire et plus récemment des bandes dessinées. Cette année, j’ai aussi appris à imprimer en 3 D, à programmer un circuit Arduino et à créer des accessoires magiques. Et j’ai publié deux livres : In Plain Sight, un travail expérimental en close-up et Pop!, une exploration pour jeune public avec mon personnage FizzWizzPop.

Sébastien Bazou

FizzWizzPop www.fizzwizzpop.com

Nikola Arkane https://www.arkanemagic.com/

Festival d’Avignon Hymne de Lydie Salvayre, mise en scène et jeu d’Isabelle Fruleux

Festival d’Avignon

 

Hymne de Lydie Salvayre, mise en scène et jeu d’Isabelle Fruleux

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Jimi Hendrix, étoile fulgurante du jazz, joua au festival de Woodstock, l’hymne des Etats-Unis Star-Sprangled Banner (La Bannière étoilée) mais en  le recomposant avec des sons discordants d’une violence insoutenable. La guerre du Viet Nam fait alors rage, la contestation est à son zénith au pays où l’on vient de marcher sur la lune. C’est à partir de cet acte artistique et libertaire que Lydie Salvayre construit la biographie de celui qui brûla les planches et sa vie : « Il fut ce 18 août 1969 l’audace même. Il s’empara de l’Hymne et le retourna. Il eut ce front. Il prit ce risque. » Il mourra un an après vingt-sept ans.

Isabelle Fruleux porte à la scène ce texte incisif et rythmé où l’auteure raconte à travers un destin tragique à  la fin des utopies des années soixante. Elle a, dit-elle, été emportée par « la bonne dose d’oxygène » de cet Hymne  salutaire : «Je me laisse envoûter par son éloge au musicien, mais c’est une critique acerbe de notre temps qui circule dans ces lignes, un refus radical de se soumettre à l’ordre établi .»

Sur scène, dans les beaux costumes de Coline Dalle, elle incarne un personnage multiforme : narratrice ou en prologue figurant la grand-mère cherokee de Jimi Hendrix avec, mêlés au texte de la romancière, l’histoire du Chemin des larmes:  la déportation de milliers d’Indiens dans les années 1830 par le président Andrew Jackson. Déployant une crinière afro dans la lumière qui monte, elle nous conte, avec justesse et grâce, la légende de l’illustre gaucher, sa guitare, et  sa démesure mais aussi ses blessures intimes et sa part d’ombre… Chanteuse et comédienne, elle déploie son talent sur des airs de Jimi Hendrix, arrangés par le virtuose cubain Filipe Cabrera qui a joué avec les plus grands du jazz. A la basse, il forme avec le guitariste Vladimir Médail un remarquable duo. Et nous entendons Star Sprangled Banner dans plusieurs versions, de la plus classique à la plus déjantée…

Installée à Bordeaux, Isabelle Fruleux a baptisé sa compagnie Loufried, en hommage à Lou Andrea Salomé qui marqua sa première création : Dans le regard de Lou. Chanteuse et comédienne, elle donne, dans ses performances, une large place à la littérature et à la musique : « Quand je choisis un texte, il faut que j’entende une musique en le lisant .» Son dernier spectacle, Frères migrants, d’après le pamphlet anticapitaliste de Patrick Chamoiseau, avait été programmé dans le In d’Avignon en 2017 et a beaucoup été joué. Il faut découvrir cet Hymne délicat, sensible et porteur de révolte.

Mireille Davidovici

du 10 au 14  juillet à 13 h 15, Chapelle du Verbe Incarné, 21 rue des Lices, Avignon T. : 04 90 14 07 49.

 

 

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