Poèmes confinés d’Outre-Mer de Lolita Monga,mise en scène d’Olivier Corista

Festival d’Avignon 2021

Poème confiné d’Outre-Mer de Lolita Monga, mise en scène d’Olivier Corista

POEME CONFINE D OUTRE-MER

© Pascal Gély

«Moi partout où je regarde je vois ma terre, je dors je la vois, je rêve je la vois, je plisse les yeux je la vois. Mon Karo la tèr mi aspèr, lapilli léspwar si la tèr  » Cette phrase revient comme un leitmotiv dans le poème. L’autrice-metteuse en scène réunionnaise explore les recoins de son île, pénètre les racines de ses langues mêlées en croisant les mots : « Margoté la tête margoté la tête margoté la tête Branchage de mots à entremêler… » Elle y retrouve son corps de femme épanoui dans une nature débordante d’odeurs, saveurs et sensations.

 Drapée dans un manteau multicolore qu’elle déploie en majesté, Lolita Monga fait sonner sa langue à la lisière d’un lyrisme terrien et d’un humour rappeur. Une tonalité soutenue par les compositions de Rémi Cazal, jouées ici par Loya à la guitare et aux claviers électroniques. Une musique mêlant harmonies australes et percussions occidentales où de fines sonorités marines se noient dans de vaste lame de fond.

 Incarnant son texte avec sensualité, en écrivaine aguerrie elle nous conduit à travers son île, traçant une cartographie poétique et mythique au gré de sa boussole : «J’ai la tête au Nord J’ai perdu mon sud / Alors dépitée je chante »  Et par ce chant de la terre, de la forêt, du vent et de la mer, nous invite à un voyage en poésie… `

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 26 juillet, Chapelle du Verbe incarné, 21 rue des Lices, Avignon à 15 h 15.

 

 


Archive pour juillet, 2021

Pinocchio ( Live) 2 d’Alice Laloy ( à partir de huit ans)

Pinocchio ( Live) 2 création  d’Alice Laloy ( à partir de huit ans)

Un spectacle exceptionnel d’intelligence et de sensibilité dont la créatrice, un marionnettiste détourne  habilement  le mythe de Pinocchio, le héros du célèbre conte de Carlo Collodi. Alice Laloy, qui s’est nourrie des arts de la contorsion inscrits au patrimoine culturel de la Mongolie où elle a mené une recherche photographique, se demande « à quoi ressemble, dit le corps de l’enfant-pantin quand il passe, de son corps de bois, à son corps de chair ? J’imagine qu’il existe une infime fraction de temps où on ne sait plus si on est face à un pantin ou face à un enfant. »

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Dans une scénographie bi-frontale pour quelque trois cent spectateurs, arrive sur le plateau une drôle de praticable à roulettes -qui fait penser un peu à celle d’Où sont les neiges d’antan? de Tadeusz Kantor.  Avec un gros compresseur rouge à air, cette machine conduite par de jeunes interprètes, un tambour et une percussionniste avec  autour, dix enfants qui crient et courent, joyeux, très à l’aise… Mais un violent coup de gong annonce la fin de la récré et ils ressortent tous en courant.

 

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Leur succèdent marchant très lentement, dix jeunes gens en blouse gris-vert (cinq filles et cinq garçons)et des cothurnes d’une quinzaine de centimètres. Ils entrent chacun avec un praticable à roulettes identique pour tous qui s’avère être un établi démonté avec une chaise… Qu’ils vont  remonter en silence avec un maillet en bois- le specatcle est absolument muet… Dans un rituel d’une précision absolue et quasi religieux sur la musique ensorcelante d’Eric Recordier.

Puis reviennent les dix enfants cette fois en barboteuse blanche immaculée qui vont s’allonger chacun sur un des établis et sous l’éclairage très cru de grands plafonniers. Ces jeunes un peu mécaniciens mais aussi un peu chirurgiens, munis d’une trousse à outils, vont d’abord couvrir très minutieusement le corps des ces enfants avec une poudre-crème blanche dispensée par un pistolet à air branché sur un tuyau relié au compresseur rouge.

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Puis ils leur coudront de longs fils noirs à même la peau (bravo le trucage mais on y croit) et leur placeront ensuite de faux grands yeux. Une spectatrice qui, visiblement ne supportait pas la chose, a aussitôt quitté la salle… Le public lui, est fasciné envoûté par tant de beauté comme celle des spectacles du grand marionnettiste américain Robert Anton qui se livrait à une opération de décervelage sur de très petites marionnettes et dont Alice Laloy semble s’être inspirée.

© Ch. Rayanaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

 

Ces enfants-pantins restent absolument immobiles sur chaque établi. Les yeux grand ouverts équarquillés ( faux bien sûr) On pense à ces beaux moulages de victimes dans l’attitude où la mort les a surpris lors de l’éruption du Vésuve. Réalisés par l’archéologue Giuseppe Fiorelli qui fit couler du plâtre dans les vides laissée par la cendre. Sans doute une autre source d’inspiration d’Alice Laloy dont ce spectacle participe à la fois du théâtre mais aussi de la sculpture, de l’environnement mais aussi de la performance au meilleur sens du terme. Comment diriger avec une telle efficacité cette bande d’enfants mystère?  Rendus à eux-même sous un autre costume mais toujours affublés de leurs fils noirs, les dix enfants se lanceront dans une remarquable ronde joyeuse où viendront les rejoindre leurs dix «opérants » qui -on le sent et c’est très émouvant- ont beaucoup de complicité et d’amour pour eux quand, à la fin, ils en tiennent un chacun dans leurs bras.

La composition sonore d’Éric Recordier, la mise en scène et l’interprétation des enfant-danseurs du Centre National Chorégraphique de Strasbourg: Pierre Battaglia, Stefania Gkolapi, Martha Havlicek, Romane Lacroix, Maxime Levytskyy, Rose Maillot, Charlotte Obringer, Nilsu Ozgun, Anaïs Rey-Tregan, Edgar Ruiz Suri, Sarah Steffanus, Nayla Sayde et des jeunes acteurs Alice Amalbert, Jeanne Bouscarle, Quentin Brucker, Esther Gillet, Leon Leckler, Mathilde Louazel, Antonio Maïka, Jean-Baptiste Mazzucchelli, Louise Miran, Valentina Papic, Nina Roth, Raphaël Willems, tous  issus du Conservatoire du Centre Dramatique National de Colmar mais aussi des jeunes percussionnistes Norah Durieux et Eliott Sauvion Laloy, la scénographie de Jane Joyet, la réalisation des établis par les ateliers du T.N.P. à Villeurbanne,  les costumes d’Oria Steenkiste, Cathy Launois et Maya-Lune Thieblemont, les lumières de Julienne Rochereau: tout ici est d’une formidable qualité.

Il y a, bien entendu, en amont de ce spectacle, un important et long travail de recherche et de répétition qu’il faut saluer, pour que cette grande machine à jouer fonctionne aussi admirablement et sans aucun à-coup. Chapeau donc à Alice Laloy et à toute son équipe… Le public leur a fait une longue ovation  mais il s’est joué quatre jours seulement en Avignon. En tout cas, les Parisiens dont vous serez peut-être,  ne le regretteront pas.

 Philippe du Vignal

Spectacle vu le 10 juillet au Gymnase du lycée Saint-Joseph, rue des Teinturiers, Avignon.

Monfort Théâtre, Paris (XV ème) les 16, 17, 20 et 21 juillet à 18 h.

Festival d’Avignon Opa de et par Mélina Martin

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© Agnes Mellon

Opa, de et par Mélina Martin

Elle se déplace comme une danseuse classique, à petits pas et sur pointes, ce qui contraste avec son physique baraqué. Mais ne vous y trompez pas, elle n’est pas une ballerine ordinaire et elle va vite se métamorphoser et nous surprendre d’un bout à l’autre, en incarnant Hélène de Troie. Un contre-emploi, pensons-nous, quand elle dit:  «Je suis la plus belle femme du monde !» Mais elle s’engouffre dans ce personnage et cette histoire antique dont elle nous offrira plusieurs versions. De l’enlèvement et du viol par Pâris, ou du coup de foudre et de l’idylle amoureuse, entre ces deux maux, il faut choisir le moindre. Et le public approuve.

 La voilà donc voguant vers Troie, toute enamourée… Puis valsant sur une musique grecque dans une robe de mariée contemporaine. Belle et imposante. Mais combien de temps supportera-t-elle d’être une épouse béate enfermée dans cette image mythique ?  Mélina Martin endosse ce rôle avec une puissance physique bouleversante. Mêlant mythe et réalité, en grec et en français, elle interroge le statut de la femme d’aujourd’hui à travers l’Hélène d’Homère : « A travers elle, j’ai envie de questionner sur scène le pouvoir de l’apparence physique. Je m’identifie à elle, non pas physiquement, mais parce que j’ai peur  d’être moi aussi enfermée dans une image belle, lisse, douce et passive.» 

 Et c’est le cri déchirant d’Hélène en même temps que le sien, qu’elle pousse comme pour se délivrer de ce personnage mais aussi de sa propre enveloppe charnelle… Cri de colère ou de déploration ? Les deux, pour redonner à ses sœurs leur dignité. Pourtant, il n’y a rien ici d’un manifeste féministe. Avec fantaisie, humour, extravagance et une poésie déglinguée, l’actrice instaure une complicité chaleureuse avec les spectateurs, franchissant allègrement le quatrième mur. 

 Née à Lausanne et d’origine gréco-suisse, Mélina Martin a joué avec des metteurs en scène confirmés comme Christiane Jatahy, Anna Lemonaki et Romeo Castellucci (Democracy in America)… Avec ce solo impertinent et puissant, créé à l’Arsenic de Lausanne en 2018, elle remporte les suffrages du public. Opa fait partie de la Sélection suisse en Avignon qui présente aussi La Collection (voir Le Théâtre du blog).

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 26 juillet  à 18 h 30, ( jours pairs),  Le Train bleu, 40 rue Paul Sain, Avignon

 

Festival d’Avignon La Fabrique, mise en scène de Max Legoubé, musique de Tom. A Reboul

 Festival d’Avignon 2021

La Fabrique, mise en scène de Max Legoubé, musique de Tom. A. Reboul (à partir de trois ans)

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¢ Claude Boisnard

Les deux compères, maîtres ès découpages et manipulation, nous offrent trois quarts d’heure d’une Histoire sans paroles / Théâtre de papier et musique qui  touchera tout un chacun par ses images simples et belles, fabriquées avec des matériaux de fortune : essentiellement du carton et du papier, plus quelques rouages, aimants, tapis roulants, fils de fer… pour animer le paysage.

 Sur un plateau taillé dans une ancienne table de tapissier, Max Legoubé et Tom A. Reboul plantent le décor : fleurs et arbres miniatures se colorant au chant des oiseaux. Petit arbre deviendra grand, si on l’arrose. Et il va pousser au fil du temps, porter oiseaux, fleurs, fruits… Jolies découpes dessinée par Adélie Dallemagne.

 Et quand passe la cigogne, naît un petit garçon. Lui aussi deviendra grand, roulera sur un vélo qui s’ajustera à sa taille, au fil de ses promenades… Les saisons s’égrènent : les œufs des oiseaux éclosent au printemps, les champignons arrivent en automne dans le bruit d’une pluie battante. L’hiver venu, le grand arbre perd ses feuilles et il tombe une neige… de papier.

 Mais ce petit coin de terre bucolique, livré aux promoteurs (un vilain homme en noir venu de la ville grise), va se transformer en un lotissement sinistre. Le marché devient super- puis hyper- ! Heureusement, le petit garçon veille sur son arbre et saura convaincre son entourage de planter et semer. Enfin la Nature reprendra ses droits.

Le dispositif fourmille d’astuces et ces bricoleurs sont aussi généreux comédiens que bons manipulateurs. Leur univers poétique, jamais niais, suscite des émotions subtiles. Ils fabriquent devant nous la bande-son avec des bruitages : rumeurs de la ville, vent dans les feuilles… enrichis de mélodies au piano ou à la guitare.

Implantée à Caen depuis 2.010, la compagnie Sans Soucis crée un théâtre sensoriel et suggestif. Leurs répétitions, disent-ils, ressemblent à un vaste atelier, comme en témoigne La Fabrique. «Ce spectacle  est né d’un constat, dit  le marionnettiste Max Legoubé. Il suffit d’ouvrir les yeux à la sortie des villes pour voir la nature reculer peu à peu. J’utilise le théâtre de papier et la musique, pour créer un monde miniature  évoquant  sans brutalité cette réalité »

L’esthétique du spectacle s’inspire de l’univers plastique haut en couleurs du peintre et architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser (1928-2000) et de ses théories sur l’ écologie avant l’heure. Ici, l’écologie est expliquée aux enfants mais sans leur épargner la réalité: l’urbanisation galopante qui détruit nos campagnes, nos fleurs et nos oiseaux. Et aussi la résilience de notre mère Nature. Une note d’espoir bonne à entendre. La Fabrique qui a déjà été beaucoup été jouée en Normandie, est sans doute promise à un bel avenir. Un coup de coeur

 Mireille Davidovici

Du 7 au 31 juillet à 16 h 35; représentations supplémentaires les mercredis et samedis à 9 h 45, Pré́sence Pasteur 13, rue du Pont-Trouca, Avignon. T. : 04 32 74 18 54.

 

 

Festival d’Avignon: Tchaïka par la compagnie Belova-Iacobelli

Festival d’Avignon

Tchaïka par la compagnie Belova-Iacobelli

 Depuis le début du festival, certains critiques palabrent autour de La Cerisaie, emblématique pièce d’Anton Tchekhov (1904),  mise en scène dans la Cour d’honneur par Tiago Rodrigues (voir Le Théâtre du blog).  Tant sur l’interprétation, que sur le sens politique que l’on peut donner à la traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan.

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© michael galvez

Mais des artistes essayent aussi de faire survivre le théâtre sous sa forme la plus simple : une  jeune actrice manipule une marionnette portée, figurant une ancienne et célèbre interprète de La Mouette, autre pièce mythique d’Anton Tchekhov.  La comédienne et metteuse en scène chilienne Tita Iacobelli et la marionnettiste belgo-russe Natacha Belova ont  créé un laboratoire de recherche d’où est né Tchaïka, leur premier spectacle…

 La balance instable de l’auteur russe entre sa vie réelle et son œuvre théâtrale prend ici tout son sens ici. En fin de vie,  le personnage créé par Natacha Belova décline doucement entre  folie et  vie artistique fantasmée. Et une tendresse authentique se noue alors entre elle et sa marionnette.  Mais qui manipule qui? Qu’importe la réponse… Notre animisme perdu depuis notre enfance est en éveil. Le public sort heureux de ce spectacle d’une heure et l’actrice,  aux saluts, offre un baiser au sol de cette salle tout près de la mythique Cour d’honneur, juste au moment où d’autres  acteurs, eux, y entrent en scène.

 Jean Couturier

Théâtre des Doms, 1 bis rue des escaliers Sainte-Anne, jusqu’au 25 juillet à 21 h, relâche le 15 et 22 juillet. T. : 04 90 14 07 99.

Festival d’Avignon Ça va ça va le monde lectures R.F.I.

Festival d’Avignon 2021

SceĚne - Avignon

C Pascal Gély

Ça va ça va le monde  lectures R.F.I.

 Radio France internationale revient en Avignon pour parler au monde et nous parler du monde: dans les plus petits village africains, cette station de radio sert de lien à la Francophonie. Les pièces que nous entendons ici seront bientôt sur les ondes et, innovation: en direct sur la page Facebook de la chaîne. Pascal Paradou est l’artisan de ce programme et Armel Roussel façonne et révèle les textes avec des acteurs et des musiciens, venus pour la plupart de Belgique.  Cette année, un nouveau lieu, la cour du lycée Vincent de Paul, plus intime que le précédent, accueille la manifestation. Place donc aux auteurs africains, avec en ouverture, Souleymane Bah, lauréat du prix R.F.I. 2020 

 

La Cargaison de Souleymane Bah, lecture par Serge Yéroné Koto, Vincent Minne et Nadège Ouedrago
Une balle logée dans un corps. Elle n’y est pour rien, dit-elle. Ce n’est pas elle qui a appuyé sur la gâchette.  Des gens échoués quelque part, sous surveillance. Des voix montent de cette «cargaison» : hommes, femmes, et même un enfant dans le ventre de sa mère. Les uns se rebellent, d’autres se résignent, d’autres encore surveillent et punissent. Il est question d’émeute, répression et emprisonnement. Les cercueils, le cimetière et le corbillard expriment leur ras-le-bol…Une sous-autorité s’élève contre une autorité. Un groupe d’humains en détresse compose ce chœur polymorphe.
Il nous faut entendre cette rumeur grondante : « Nous sommes les destins fractionnés, les immolés de la République, écrasés sous les bottes des appétits antagoniques. » « Nous dansons la danse des corbillards crépusculaires jusqu’à ce que la mort soit morte. » L’auteur guinéen a composé cette pièce en hommage aux manifestants de son pays, victimes de la répression. Mais, en donnant la parole aux cadavres, il veut aussi dire  comment « les corps des morts sont devenus des enjeux de pouvoir, manipulables. Celui de Georges Floyd par exemple. Or les corps ne sont plus responsables de leur destin, de la vie de leur mort…  »
Nuit de veille  de Kouam Tawa, lecture par Aminata Abdoulaye, Tom Adjibi, Vincent Minne, Babetida Sadjo, Ibrahima Diokine Sambou et Sophie Sénécaut

Cinquantenaire de l’Indépendance dans un village africain…. Le gouvernement a organisé la commémoration, mais est vite débordé par  le peuple qui prend la parole. Chacun y va de son avis sur l’indépendance, ou se plaint de sa vie quotidienne.

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© Philippe Niorthe

Kouam Tawa, maître de palabre, a écrit cette pièce, en réaction à la censure exercée à cette occasion par le pouvoir camerounais. «C’est une méditation, dit-il, sur la notion d’indépendance et sur ce qui se passe quand on donne la parole aux gens. » Nuit de veille  prend la forme d’une palabre de quatre heures, à la manière de celles des veillées funèbres « Ce qui donne sens à la palabre: toutes les paroles sont prises en compte et se valent.» Mais en filigrane, c’est un texte sur nos solitudes, ajoute Kwan Tawa, sur «la foule qui ne sait pas faire foule» selon l’expression d’Aimé Césaire.

Adaptée par l’auteur pour une heure de radio, cette palabre va sans doute être éditée et espérons-le, mise en scène. En attendant, Nulle Part,  une autre pièce chorale écrite sur ce même modèle,  sera jouée en octobre au Conservatoire National supérieur d’Art Dramatique à Paris sous la direction d’Anne Montfort. Son auteur envisage de laisser pour un temps le côté palabre et s’est lancé dans l’écriture d’un monologue.  Il faut venir écouter ces lectures ou les retrouver sur les ondes. Très bien mises en scène et interprétées, elles portent, souvent avec humour, un regard aigu sur le monde.

Mireille Davidovici

 Du 11 au 18 juillet, cour du lycée Vincent de Paul, 1 rue Chiron, Avignon , à 11 heures. (entrée libre).

 La Cargaison,  diffusion le 24 juillet à 17 h 10 sur Rfi.fr

Nuit de Veille diffusion le 31 juillet à 17 h 10 sur Rfi.fr

Cinq autres pièces seront diffusées le samedi à 17 h 10 jusqu’au 28 août inclus. A 17 h 10 (heure de Paris). 

 

Les Présidentes, de Werner Schwab, mise en scène Laurent Fréchuret

 

Les Présidentes de Werner Schwab, traduction de Mike Sens et Michael Bugdahn, mise en scène de Laurent Fréchuret

 Cet auteur et artiste autrichien  est passé comme un éclair noir à la fin du XX ème siècle.  Mort à trente-cinq ans en 1994 d’un auto-empoisonnement à l’alcool, il a secoué le monde des arts avec des œuvres  -forcément éphémères- réalisées avec des matériaux organiques en putréfaction et  des sculptures à la tronçonneuse. Et il a bousculé le  théâtre contemporain avec des pièces ravageuses et trash. Comment dit-on trash en français ? Ce serait une accumulation d’adjectifs: sale, poisseux, vomitif, scandaleux, brutal et sacrilège, un mot qui  définit bien l’écriture de Werner Schwab, dans cette Autriche catho-scato qu’il hait à la hauteur d’une Elfriede Jelinek et d’un Thomas Bernhardt. Il ne s’agit pas simplement pour lui d’offenser le sacré ni la puissante église catholique mais de l’écrabouiller jusqu’à le faire naître de ses déjections mêmes. Un théâtre de la cruauté scandaleusement drôle…

Présidentes de quoi, d’ailleurs ? Présidentes de tout, présidentes de rien, mères écrasantes, ventres occupés à se remplir et à se vider, dans la constipation ou le «lâchez tout »…  C’est son pays et au-delà toute l’Europe et plus loin encore,que ce dramaturge  emballe dans le papier sulfurisé de son écriture.

 

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Erna, mère tourmentée par un fils incapable de vivre en adulte et perdu dans l’alcool, confite en dévotion et en avarice, amoureuse sans dire le mot du charcutier Wottila (presque le nom du pape Jean-Paul II, lequel parle justement à la télé! Il y a aussi Grete, la nymphomane dont la fille exaspérée a fui jusqu’en Australie. Ces femmes sans homme mais avides d’hommes, à l’égo en détresse et surchauffé, sont engluées dans une sorte de cuisine avec la Petite Marie, l’innocente dont l’odeur de sainteté émane des w.c. qu’elle débouche à mains nues, quand elle n’est pas en train de multiplier les signes de croix. Elles ont le costume de leur misère profonde et de leur manques insondables : pour Erna, la convenable et la terne, une toque de fourrure récupérée à la décharge et  nettoyée longuement avec volupté, si du moins elle était capable de volupté. Grete avec une accumulation d’accessoires  très sexy, breloques dorées, froufrous en simili-panthère, perruque volumineuse. Et Petite Marie, un personnage entre une servante -à mille lieues au-dessous et donc au-dessus de la  «technicienne de surface »-  et religieuse, aux cheveux sagement plaqués avec  une barrette.

À elles trois, elles président, prédisent, affirment, se plaignent, radotent et  partent en vrille. Diarrhée verbale et surenchère, jusqu’à la plus extrême violence d’une «majorité silencieuse» qui déborde. Tout le monde ne peut pas dire et jouer cette  purge (la fameuse catharsis selon Aristote). La pièce a trouvé trois comédiennes à sa dimension: Mireille Herbstmeyer, compagne de route de Jean-Luc Lagarce, Olivier Py…  et dévoreuse de textes contemporains mais avec encore ce qu’il faut d’appétit pour les classiques,.
Flore Lefèbvre des Noëttes, exploratrice du théâtre baroque et du répertoire européen le plus costaud, comédienne de tous les défis et qui a écrit une  trilogie La Mate, Juliette et les années 70  et Le Pater  (voir Le Théâtre du Blog )ou comment faire vent, de la mort entière. Et Laurence Vielle, actrice d’une élasticité virtuose et poétique, justement élue poète nationale dans son pays natal, la Belgique.

« Elles sont des monstres, des furies, des suppliantes», dit Laurent Fréchuret, de ces trois personnages. Les actrices sont à la hauteur de ce qu’on peut attendre du théâtre : des corps puissants, présents, insolites et insolents qui ne se cachent pas derrière une image filmée, des voix pleines qui respirent large et jouent de la nuance et de l’intonation jusqu’à la surprise, avec un engagement total, intellectuel, sensible, physique dans le jeu. «C’est comme à l’opéra», dit Flore Lefèbvre des Noëttes. Il faut «mâcher le texte», en investir les sons et les hauteurs. Heureusement, les voix peuvent prendre leurs aises dans la haute salle du Onze: il faut de l’air au-dessus de la tête pour que le geste prenne toute son ampleur, les danseurs vous le diront.

Quant au malaise, cela regarde le spectateur. Et voilà pourquoi votre fille (n’) est (pas) muette, aurait dit Molière. Ces  actrices ne reculant jamais devant la force du texte, si violent ou “trash“, soit-il. Et leurs trois Présidentes font peur, font rire, émeuvent, sidèrent. Du théâtre puissant, culotté (c’est le cas de le dire…), mieux que ça : qui vous interroge sans pitié jusqu’au fond du corps. Sans pitié, mais là-dedans, ça fouille quand même du côté de l’amour

Christine Friedel

 Le  Onze, 11 boulevard Raspail , Avignon,  à 20 h 40, jusqu’au 29 juillet.

Liebestod. El olor a sangre no se me quita de los ojos d’Angélica Liddell

Liebestod El olor a sangre no se me quita de los ojos,  (L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux) d’Angélica Liddell

Nous l’avions découverte avec toute sa fureur et tout son désespoir, il y a déjà dix ans au Cloître des Carmes à Avignon dans La Casa de la fuerza, un long spectacle-performance avec à la fois, l’esprit d’une certaine liturgie catholique dont elle est restée imprégnée et une espèce de transe sur fond de sexe,  avec de sublimes images et à une mise en scène remarquable. L’artiste espagnole fut aussitôt adulée par le public qui ne s’était pas trompé sur cette personnalité hors-normes et sur le message très féministe et très intime qu’elle voulait délivrer.

Mais les derniers spectacles que nous avions vus au Théâtre de la Colline et où elle évoquait son père et à sa mère récemment disparus, n’étaient pas bien fameux… Comme si l’autrice, metteuse en scène et actrice avait perdu son inspiration et avait quelque mal à se renouveler. Cela arrive… Inspiration qu’elle a heureusement retrouvée avec ce Liebestod  (Mort d’amour), titre du final  de l’opéra Tristan et Isolde de Richard Wagner. Un spectacle qui, malgré ses défauts, reste d’une grande qualité avec des images comme on en voit peu dans le théâtre actuel et comparables à celles qui faisaient autrefois le charme des spectacles de Bob Wilson.

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Dans un espace avec des rideaux jaunes pâle,  proche de celui d’une arène de corrida,  seule, en robe noire elle se livre à une sorte d’essai de communication avec le sacré et le tragique comme le théâtre pouvait l’être à ses origines. En témoignant aussi de la spiritualité de Juan Belmonte (1892-1962) célèbre torero espagnol obsédé par la mort dans l’arène, du jeune Joselito. Belmonte, pour qui pour son art relevait de la spiritualité la plus intense, finira par se suicider.Ici, Angelica Liddell associe la musique de Wagner.

On retrouve la fascination qu’elle a toujours eu pour le corps humain, avec les scarifications sur les jambes qu’elle s’impose, l’offrande qu’elle fait au public de son sexe jambes  écartées.  Et le morceau de pain qu’elle mange, après l’avoir trempé dans la sang de ce sexe… Trop, c’est trop et cela suffit, diront certains mais elle a une vraie sincérité et quand elle parle de la mort d’amour et de la douleur intime d’avoir perdu un certain Heysel. Comme cette Yseult qui a perdu son Tristan, nous la sentons très sincère et juste dans sa grande colère et à la fois, son amour pour les hommes.  
Elle a toujours cette fascination du corps et fait venir sur la scène des bébés, des chats et un  sublime taureau noir (empaillé) mais aussi un homme à qui il manque un bras et une jambe.  Puis Angelica Liddell  s’en prend dans un monologue d’une rare violence et très bien écrit, entre autres «à tous ces enfants français élevés comme si Dieu n’existait pas, et même empêchés de nourrir des doutes sur son existence, sous l’emprise d’une rééducation rationaliste abusive (… ) Et, dit-elle encore, à ceux qui ne pensent qu’à leur retraite dans un  pays «qui suralimente les orgueils et les arrogances contre les mystiques, les ermites et les poètes, dégradant la révérence qui leur est due, un pays obsédé par l’élite et la renommée, obsessionnelle par ses putains de cocktails où aller baiser le dernier Genet. »

Et les théâtres parisiens (garde-t-elle un souvenir amer du Théâtre de la Colline pas très rempli? ) en prennent aussi pour leur grade: « Totalement impossible que d’entre ces fauteuils rouges de merde, surgisse un dernier Céline, une dernier Rimbaud, un dernier  Baudelaire, un dernier Artaud, un dernier Genet car tout ce qu’ils veulent, c’est Sade sans Sade, Pasolini sans Pasolini, Henry Miller sans Henry Miller, Fassbinder sans Fassbinder, Céline sans Céline, Cioran sans Cioran. (… ) Car tous ces putains de fauteuils rouges sont infestés de pantins farcis de discours bla-bla-bla et d’une tripotées de roulures bouillantes, d’indécrottables commères, de comédiennes cupides et décérébrées, sublimes exemple de mouettes tchekhoviennes, chauffe-pines, renifleuses de bites influentes et de numéros de chambres d’hôtel (…) protagonistes des dernières campagnes de la mode automne-hiver et des publicités pour des tampons, des serviettes périodiques. » Elle envoie ce long mais très beau monologue avec une rage exemplaire et finit par un virulent coup de gueule: «Nulle part, il n’y a plus d’aliénés et de désespérés qu’à Paris. Les autres sont en grève. »

Un spectacle inégal, au rythme parfois défaillant et un peu long et la dramaturgie est en perte de vitesse avec deux fausses fins. Mais, seule sur ce grand plateau, Angelica Liddell ne triche jamais: elle a une présence indéniable et une belle exigence artistique, loin de toute médiocrité. Loin de cette bien mauvaise Cerisaie (voir Le Théâtre du Blog). Et elle a eu droit à une ovation debout d’un public assez jeune pour une fois au festival d’Avignon, ce qui n’est pas si fréquent. «C’est, dit-elle, avec lucidité, l’œuvre d’une femme amoureuse et mortelle. C’est aussi une immolation. » Bien vu: elle sait comme peu d’actrices, se mettre en danger et s’il reste des places pour ce Liebestod dont elle a assuré aussi la scénographie et les costumes, ou s’il passe ensuite près de chez vous, allez-y, même avec ses défauts et certaines scènes qui peuvent choquer. Un spectacle assez rare dans la frilosité actuelle…

Philippe du Vignal

Opéra Confluence, Avignon ( devant la gare T.G.V.) jusqu’au 14 juillet à 17 h.

Le texte est paru aux solitaires Intempestifs.


Adieu Gérald Chatelain

Adieu Gérald Chatelain

A l’ombre sur la place de l’église à Fayence dans le Var, je voudrais évoquer l’ami Gérald parti sans bruit mais très présent dans nos têtes et nos cœurs, mystérieux comme jamais. Sa compagne, il y a quelques jours, m’avait informé de sa mort. Nous  lui avons dit notre profonde tristesse et son téléphone continuait de faire  entendre sa voix, celle du partenaire fidèle et efficace qu’il a été pour le Théâtre du Campagnol. Il était revenu dans sa banlieue sud,  à Arcueil, après un éprouvant passage à Corbeil-Essonnes.

Le Théâtre des Sources qu’il dirigeait à Fontenay-sous-bois, était devenu grâce à lui et à son équipe, un refuge qui nous a permis de retrouver notre public de Châtenay-Malabry pour de nouvelles créations. Le directeur mais aussi l’acteur et metteur en scène accueillait les spectacles.

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  Mais plus que cela, il s’associait de très près à toutes  les aventures de notre Centre Dramatique National.  À la plupart de nos créations comme aux moments mémorables de La Poudre aux yeux  où tous les registres se croisèrent pour rendre hommage au Théâtre. Nous n’oublierons jamais le maître de cérémonie qu’il y fut, interpellant tous les grands acteurs:  de Talma à Sarah Bernardt, de Jean-Louis Barrault  à Jean Vilar  ou … Pauline  Carton .

Les Enfants gâtés  se répétèrent chez lui avant de partir en tournée avec Les Tréteaux de France alors dirigés par Jean Danet. Mais des spectacles comme Audiberti, à force de mots,  La Petite découverte, La Discorde de Myriam Tanant, Serge Kribus et Olivier Dutaillis qui traitait de l’éducation,  prirent aussi leur essor dans ses murs.

Je me souviens de l’accueil qu’il fit à nos nombreux ateliers de l’équipe d’animation avec  Xavier Kuentz et  Patrick Hazam, des acteurs du Campagnol. Je me souviens de la création de Carola de Jean Renoir où il campait un directeur de théâtre plein de contradictions dans la France occupée. La nouvelle équipe: Claire, Alexis et Didier l’entouraient. Je partageais sa passion de cinéphile qui lui permettait d’initier un public nouveau à des parcours exigeants. Mon épouse Geneviève se rappelle de la création de Jouliks qu’il mit en scène et où elle jouait aux côtés de Louis-Basile Samier et Catherine Verlaguet.
Je me souviens de son écoute, de sa patience, de sa curiosité des autres, de sa délicatesse et de son humour. Tout récemment au téléphone, avec sa voix calme, il me parlait de son combat pour triompher de la maladie et des ses progrès pour arriver à vaincre une paralysie soudaine. J’espérais, comme je le lui avais promis, le retrouver  bientôt dans ce lieu dont il avait rêvé et dont il m’avait décrit les beautés maritimes…
Gérald est allé rejoindre Michel Toty et Louis-Basile Samier, tes copains de chez Pierre Debauche au Théâtre de Nanterre où tu  avais débuté. Nous ne l’oublierons pas et pensons à sa compagne et à ses proches.

Jean-Claude Penchenat, directeur du Théâtre du Campagnol.


la voilerie-géraldGérald, tu laisses un gouffre qu’il va être difficile à combler. Ton humour et ton élégance sont irremplaçables. Dans le dernier contact que j’ai eu avec toi, tu étais en fauteuil roulant mais tu me disais que tu t’entraînais pour le double saut périlleux. Ça te ressemble bien…
Nous avons voisiné pendant de longues années, toi à Fontenay-aux-Roses, moi à Malakoff et si nous avons eu des itinéraires différents, nous sommes toujours restés très attentifs à œuvrer au plus près de nos publics. Tu as travaillé avec beaucoup de gens mais tu as toujours été un serviteur du théâtre public.

Je me souviens avec plaisir de notre travail à MARTO (Marionnettes et Théâtre d’Objets) et du système Nos Voisins sont formidables qui permettait à nos publics de se croiser. Tu as eu l’énergie et le courage de t’attaquer à ce beau projet de La Voilerie où tout était à faire. De la construction du lieu, à sa programmation. Tu débordais de vitalité pour cette nouvelle aventure. Pour toujours, tu fais partie de ceux qui font avancer le théâtre.
Je t’embrasse.
Pierre Ascaride
Comédien, metteur en scène, mélomane, directeur de théâtre public, Gérald Châtelain s’est éteint dans ce paradis de la Saintonge en bord de mer qu’il avait choisi comme retraite. Les pieds dans l’eau, il y développait son sens de l’accueil des artistes et des gens venus d’horizons différents qu’il avait le talent de rassembler.D’un humour teinté de mélancolie, sa conversation était toujours agréable et souvent profonde! Une nouvelle perte dans ce milieu de serviteur des arts qui nous touche et nous peine intensément!
Pensées tristes et condoléances sincères à Ghislaine, sa compagne et à sa famille!
Jean-Joël Le Chapelain, ancien directeur de L’apostrophe-Scène Nationale de Cergy-Pontoise et du Val-d’Oise.

Pollock de Fabrice Melquiot, traduction en anglais de Kenneth Casler et Myriam Heard, mise en scène de Paul Desveaux

Pollock de Fabrice Melquiot, traduction en anglais de Kenneth Casler et Myriam Heard, mise en scène de Paul Desveaux

 La création en anglais au lieu il y trois ans à l’Abrons Arts Center-New York puis en France. C’est en une heure et quelque, l’évocation de moments de vie du grand peintre qui est mort ivre d’un accident au volant de sa voiture en 1956 à quarante-quatre ans. Surtout à Springs dans l’Etat de New York.

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Il avait rencontré Lee Krasner (1908-1984), une peintre exceptionnelle avec laquelle il se maria et dont on peut voir quelques œuvres dans la grande exposition du Centre Pompidou consacrée à ces femmes qui ont fait l’abstraction ». Elle qui eut une grande influence sur lui, à la fois sur le plan humain -elle essaya de l’éloigner de l’alcool- et artistique: ses tableaux préfigurent étrangement ceux de son mari dont elle récupérait parfois des morceaux de toile qu’il avait jetés. Mais le couple, du genre: jamais avec toi jamais sans toi, vivait très pauvrement. Et Jakson Pollock, souvent alcoolique, passionné par son travail, ne devait pas être facile à vivre.
Et la critique commença à s’intéresser à lui quelques années avant sa mor mais il eut une influence considérable sur l’art contemporain, en particulier sur des artistes comme comme Don Judd, le sculpteur minimaliste et sur Allan Kaprox, un des pères américains du happening.

La grande révolution apportée par Jakson Pollock était un rapport radicalement différent avec la tableau. «Je ne tends pratiquement jamais ma toile avant de peindre. Je préfère clouer ma toile non tendue au mur ou au sol. J’ai besoin de la résistance d’une surface dure. Au sol, je suis plus à l’aise. Je me sens plus proche du tableau, j’en fais davantage partie; car, de cette façon, je peux marcher tout autour, travailler à partir des quatre côtés et être littéralement dans le tableau. C’est une méthode semblable à celle des peintres Indiens de l’Ouest qui travaillent sur le sable.»

Dans deux films sur son travail, Jakson Pollock réalise une peinture sur toile et l’autre, sur verre pour qu’on puisse voir en action et la peinture dans le même plan fixe. Ce dont Paul Desveaux semble s’être inspiré pour sa mise en scène. C’est un peu de tout cela dont parle le dialogue écrit par Fabrice Melquiot qui fait découvrir à la fois Jakson Pollock et Lee Krasner au quotidien. »Nous pourrions appeler cette pièce «tragédie contemporaine», dit Paul Desveaux mais, sous la fable, un seul sujet traverse le texte : la question de la création. Comme Sartre et Beauvoir ont pu l’être pour la philosophie et la littérature, Pollock et Krasner sont devenus les sujets de cette question.Ils ne sont déjà plus seulement homme et femme. Ils sont des figures transcendées par les multiples constats et interrogations sur l’acte artistique. »

Reste à mettre en scène les enjeux et la vie au quotidien de Jakson Pollock sur un petit plateau où la place est des plus limitées. Paul Desveaux a réalisé une «scénographie» : soit deux cadres avec une toile plastique transparent, l’un horizontal et l’autre vertical, que Pollock enduit de peinture jaune ou rouge  et qu’il lacérera à la fin avec un couteau de peintre, ce qui n’a rien de très écologique puisqu’il faut les changer pour chaque représentation, mais bon, passons… Et il y a aussi sur le sol une toile plastique blanche où Pollock commence à réaliser ses très fameux drippings avec des seaux de peinture.  Ses toiles d’abord ignorées devinrent populaires après sa mort pour le meilleur mais aussi pour le pire : copiés partout après sa mort… Ce qui ne fonctionne pas très bien puisque les acteurs pataugent vite dans la peinture..
Reste la rencontre avec ce couple mythique dont l’acte artistique est tout à fait passionnant grâce une bonne direction d’acteurs et au jeu très crédible de Michelle Stern et Jim Fletcher. Ce qui n’est déjà pas si mal. Cela dit, mieux vaut comprendre l’anglais : le surtitrage en blanc sur fond noir défile à toute vitesse: cherchez l’erreur…

Philippe du Vignal

La Manufacture, 2 bis rue des Ecoles, Avignon, jusqu’au 13 juillet à 23 h.


Le texte est publié aux éditions de L’Arche.

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