Livres et revues

Jeu Revue de théâtre n°178

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Dans son éditorial, Raymond Bertin, le rédacteur en chef de la revue québécoise, fait le point sur la rupture de la relation unissant public et artistes  qu’a aussi provoqué de l’autre côté de l’Atlantique, l’arrivée du covid. Et il précise qu’une « grande réflexion stratégique, doublée d’une étude  de marché et de lectorat a permis aussi à l’équipe de jeu de discuter et de mieux définir ses objectifs et ses façons de faire pour les années à venir. Le numéro que nous vous livrons aujourd’hui, résulte en partie des échanges de ces derniers mois. « 
Au centre de ce numéro, un dossier: Représentations de la violence codirigée par Mélanie Demers et Philippe Mangerel dans les arts vivants.  La violence a toujours fait  l’objet d’une traduction scénique depuis l’antiquité grecque qu’elle soit somptueusement évoquée comme dans Les Perses d’Eschyle ou bien présente, même si on ne la voit pas, dans Electre de Sophocle. Mais ici, c’est plus de danse et de performance qu’il est question; il y a ainsi un témoignage de Léa Kramer sur le colonialisme et la tentative de génocide des tribus indiennes pratiqué aux Canada comme aux Etats-Unis. La chorégraphe et performeuse  raconte très bien comment l’Etat a créé des pensionnats indiens pour que les enfants puissent assimiler les habitudes et modes de pensée des hommes blancs. Et comme elle a eu le désir d’affronter cette violence et ce traumatisme collectif  pour créer une expression artistique et montrer que cette violence a bien eu lieu, même si l’Etat colonial continue de nier ses tentatives de génocide.

Mario Cloutier aborde la la représentation de la violence sur scène et a réunis par vidéo la chorégraphe et performeuse Dana Michel et le metteur en scène Olivier Choinière. C’est une remarquable réflexion sur le fait de mettre ou non, la violence en en scène; cela n’apparait pas comme une nécessité et est sans aucun doute une question de dosage que ce soit en danse ou en théâtre, mais aussi de public qu’à un moment donné, il va falloir bousculer un peu et de règles du jeu.

Dans ce même numéro, il faut lire aussi La Mémoire du théâtre des femmes  où Mario Cloutier montre le très petit espace qu’ont occupé les textes d’auteures dans la création théâtrale québécoise de 2012 à 2019. Ils n’ont pas été publiés comme ceux des hommes… Mais il semble que les choses soient en train de changer et que nombre d’éditeurs ont révisé leur politique.

A lire également Eradiquer les inégalités est un acte  justice de Rahul Varma qui a cofondé en 81 avec Rana Rose le Théâtre Teesri Duniya où ils ont créé des spectacles multiculturels engagés dans des combats de société. L’auteur de cet article  constate que la pandémie a mis en lumière des injustices systémiques lui étant antérieures et dérivées des systèmes d’oppression. Et un article de Caroline Châtelet sur la chorégraphe, marionnettiste et metteuse en scène française Gisèle Vienne , suivi d’un texte où celle-ci explique sa démarche; elle dit notamment vouloir remettre en question le théâtre social et normatif tel qu’on l’enseigne et le pratique. Un numéro riche et comme d’habitude,  très bien  illustré.

Philippe du Vignal

Jeu n° 178,  en vente dans les librairies théâtrales. Et Distribution du Nouveau Monde, Paris (V ème) .

Le Courage de la nuance de Jean Birnbaum

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©x Jean Birnbaum

«Nous étouffons parmi les gens qui pensent avoir absolument raison, disait Albert Camus. Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous ont habitué au pire. L’injure et l’invective ont remplacé le débat et le raisonnement. Jean Birbaum évoque les grandes figures qui ont voulu donner tout leur poids à la discussion, aux arguments, à la confrontation avec la pensée de l’autre. Des philosophes, écrivains, ethnologues, sémioticiens: nous les connaissons tous mais les citations que l’auteur offre, nous les rappellent et nous les rendent encore plus proches.

Albert Camus, bien sûr, dénonce la polémique, la politique de réduction de l’adversaire, « qui remplace les hommes par des silhouettes ». Une éthique du dialogue qui permet d’affronter aussi ceux qui le refusent. Depuis La Lettre à un ami allemand (1943): «Nous luttons pour des nuances qui ont l’importance de l’homme même », jusqu’aux propositions de négociations au moment de la guerre d’Algérie, il n’a cessé de rappeler une éthique de la mesure. Que l’on ne se méprenne pas sur le mot. Il écrit aussi : «Notre monde n’a pas besoin d’âmes tièdes. Il a besoin de cœurs brûlants qui sachent faire à la modération, sa juste place. »

Même chose pour Germaine Tillon qui, après son expérience du camp de Ravensbrück, milite pour l’indépendance de l’Algérie et ira rencontrer Yacef Saâdi à Alger en pleine guerre, pour lui demander l’arrêt des attentats contre la population civile. Alors qu’elle se bat, du côté français, pour que cessent les exécutions capitales des meneurs du F.L.N., elle se rend clandestinement au cœur de la casbah et dit à Yacef Saâdi. «Vous êtes des assassins, vous répandez du sang innocent ». Sa réponse est dans le livre de Jean Birbaum mais n’éteint pas la polémique. Yacef Saâdi ira revoir Germaine Tillon peu avant sa mort en 2008 et sera présent à son entrée au Panthéon.

C’est surtout le courage de Georges Bernanos que l’on a envie de saluer en relisant avec Jean Birnbaum, Les grands Cimetières sous la lune. « Une foudroyante lucidité »,dit-il. Les cimetières de la guerre d’Espagne en annonçaient d’autres, plus vastes encore. Georges Bernanos, maurassien de culture et de cœur, refuse de ne pas voir. Il décrit les équipes d’épuration à domicile qui sèment la mort de village en village, livrant chaque jour aux cimetières leur quota de mal-pensants. Quel chemin pour ce monarchiste choisissant De Gaulle contre Vichy, démasquant Maurras, ce chrétien exhibant les compromissions de l’Église, cet antisémite qui honore les combattants du ghetto de Varsovie…

Hannah Arendt est évoquée par Jean Birnbaum avec la pensée comme héroïsme ordinaire. « L’essentiel pour moi, c’est de comprendre », écrit-elle. Pas de pensée sans dialogue avec les autres et pour commencer, avec soi. «C’est seulement parce que je peux parler avec les autres que je peux également parler avec moi-même, c’est-à-dire penser. »  Une vie sans amis ne vaut pas la peine d’être vécue. Hannah Arendt s’enracine dans la philosophie antique et d’abord, dans l’héritage socratique. L’amitié, pour elle, est l’unique espace où peut se déployer « l’antique vertu de modération», le seul lieu où s’épanouit cette pluralité qui définit notre condition humaine.

Saisir le réel dans ses contradictions, pourrait être la formule qui résume le mieux la pensée de Raymond Aron. Mentionner les faits avec loyauté, ne rien concéder à l’hypocrisie, se montrer sans pitié pour les croyances faciles, ménager la place au doute: tel sera l’effort de Raymond Aron. Cet ancien camarade de Jean-Paul Sartre célèbre «le courage de la mesure ». Il existe chez lui, une pratique de l’incertitude mais cette prudence est la première des audaces. Bien sûr, cette éthique intraitable du doute ne pouvait que l’exposer à la solitude et aux sarcasmes. Dans les années 1968, on prétendait préférer « avoir tort avec Sartre, qu’avoir raison avec Aron» ! Quels aveuglements ! Il faut s’en souvenir : Raymond Aron accueillit Hannah Arendt en France et l’introduisit au séminaire d’Alexandre Kojève où se pressait toute l’intelligentsia parisienne dont Jacques Lacan, avant qu’elle ne soit internée au camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques) dont elle s’évadera pour s’exiler aux Etats-Unis.

Le chapitre sur George Orwell donne l’envie de relire immédiatement 1984. Big Brother rectifie le passé, planifie l’amnésie, punit de mort quiconque tient un Journal. Le despote de 1984 contrôle le langage, orchestre la création d’une «novlang » dont les mots, débarrassés de toute ambiguïté, de toute nuance, annihilent la sincérité du moment présent et le rappel des indignations passées. Mémoire longue et langage libre sont les conditions de la survie.

Roland Barthes clôt le livre de Jean Birnbaum. Peut-être parce avec lui, la littérature est-elle « maitresse des nuances » ? Elle subvertit les logiques binaires et déjoue les raisonnements manichéens qui partagent l’humanité entre amis et ennemis. La littérature est gardienne de la pluralité infinie qui distingue notre condition. « Je veux vivre selon la nuance », écrit Roland Barthes. Le Neutre est le lieu où l’on refuse de choisir un terme contre un autre, où l’arrogance se trouve suspendue. « Je réunis sous le nom d’arrogance tous les gestes de parole qui constituent des discours d’intimidation, de sujétion, de domination, d’assertion, de superbe : qui se placent sous l’autorité, la garantie d’une vérité dogmatique ». La musique, degré zéro de tous les systèmes de sens, est la vibration qui échappe autant à la violence des stéréotypes qu’à la toute-puissance des concepts.

Jean Birnbaum a choisi « cette petite troupe d’esprits hardis », comme il l’écrit à la fin de son livre, pour donner voix à cette marginalité, au moment où elle peut nous être de grand secours. Ces écrivains acceptent de vivre dans la contradiction et préfèrent réfléchir, plutôt que haïr. Ils sont pour nous, un héritage, fragile peut-être, mais qui nous aide à penser et à faire face.

Jean-François Rabain

Editions du Seuil.

 

 

 


Archive pour août, 2021

27ème Édition de La Mousson d’Été. Festival international des écritures dramatiques contemporaines


27ème édition de La Mousson d’Été. Festival international des écritures dramatiques contemporaines.
 

L’été offre de nombreux festivals, il y en a pour tous les goûts. En théâtre, c’est avec un plaisir non dissimulé qu’en début de saison et fin des vacances, nous retrouvons à Pont-à-Mousson, depuis maintenant vingt-sept ans, un festival unique en son genre : La Mousson d’Été !

Au bord de La Moselle, à l’Abbaye des Prémontrés, Michel Didym, directeur et fondateur avec Véronique Bellegarde du festival et Laurent Vacher, codirecteur mettent en lumière des écritures dramatiques émergentes et nous font rencontrer de nouveaux auteurs français  mais aussi  étrangers.

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Pendant une semaine, une joyeuse agitation s’empare de cette abbaye du XVIII ème siècle, située entre Metz et Nancy. Cette manifestation crée un évènement culturel construit avec sensibilité et rigueur, et représentatif de l’art théâtral : de ses créations, de ses enjeux et de sa relation avec le public! Un comité de lecture dirigé par Véronique Bellegarde et présidé par Michel Didym, fait chaque année une sélection pour le festival suivant.  Une collection propre à la diffusion des textes et de leur vie en dehors de La Mousson d’Été, est gérée par François Berreur, éditeur et directeur des Solitaires intempestifs. À la Mousson d’été, il y a aussi une librairie, L’Autre Rive, ouverte pendant le festival, un atelier de pratiques théâtrales à la médiathèque de Pont-à-Mousson, un autre de théâtre amateur de La Mousson d’Été sous la direction du metteur en scène Éric Lehembre et de Christine Koetzel.  Cette année seront présentés dans le cadre de cette pratique amateur, deux spectacles : Surexpositions (Patrick Dewaere) de Marion Aubert, réalisation scénique d’Éric Lehembre. Cette pièce  n’est point un biopic  mais interroge à travers la personnalité de cette icône des années soixante-dix, l’essence même de l’acteur. Ici l’autrice joue entre fiction et réalité. Et Sept cuisinières, quatre soldats et trois Sophie de Simona Semenié, sous la direction de Christine Koetzel. Ce drame nous emmène dans un tout autre univers. tragi-comique où l‘écrivaine dénonce la violence d’une société masculine et patriarcale, toujours et encore à l’œuvre de nos jours !

Et pour tous, et ceux qui ne peuvent partager ce festival dans son intégrité, un journal quotidien Temporairement contemporain (six numéros)  est à disposition, en format papier et sur le net. Depuis 2019, la Mousson d’été accueille à la Rédaction, les journalistes et critiques, Anaïs Heluin et Jean-Pierre Thibaudat. Le public découvrira aussi une exposition de portraits d’artistes de la Mousson d’été, saisis par le photographe Éric Didym. Elle apporte un autre regard esthétique sur le théâtre. 

Un programme  riche !  L’entrée est libre, excepté pour les spectacles (11 et 8 €), et attention,  il faut réserver sa place pour les lectures, mises en espace, spectacles, conférences-débats… Erudit ou néophyte, vous passerez un moment hors du commun, en présence d’artistes, metteurs en scène, musiciens mais aussi théoriciens et intellectuels de l’art vivant. Et vous partagerez des histoires venues des quatre coins du monde, pour que  » Le théâtre soit une façon de se faire rencontrer les peuples », comme le rappelle Marcial Di Fonzo Bo, metteur en scène invité à cette vingt septième édition, avec le spectacle, Portrait de Raoul. L’Argentine, l’Australie, la Belgique, la France, l’Espagne, les États-Unis, l’Italie, la Norvège, la Slovénie, la Suisse, l’Uruguay vont faire résonner et mettre en vie leurs écritures autour de thèmes politiques et éthiques,  concernant le monde d’aujourd’hui mais aussi notre part existentielle plus intime. Ainsi Nous sommes tous des guerriers de la Norvégienne Monica Isakstuen  fait la part belle à la mémoire, aux souvenirs et aux voix, à leur pouvoir sur nos vies intérieures. Mais encore parmi d’autres, une pièce de l’Américain Georg Brant, L’âge tendre qui  mêle histoires intimes et sociales: un jeune homme latino pauvre trouve un emploi de gardien dans un centre de rétention pour migrants clandestins. Mais il ignore qu’il aura la garde des enfants qu’on a séparés de leurs parents… Une tragédie de notre temps ! Egalement Tebas Land de Sergio Blanco, auteur Français-Uruguayen, texte où se croise le célèbre mythe d’Oedipe, avec la vie de Saint-Martin de Tours, martyre du IV  siècle et la mise en jugement du jeune parricide Martin Santos. La question dans ce drame contemporain :« comment peut-on tuer quelqu’un » se substitue peu à peu à : « comment représenter un criminel, une personne qui tue une autre personne ? »
Lectures et mises en espace aux thèmes variés et aux contextes parfois inattendus,  sont menées de main de maître par une équipe de comédiens, véritables funambules qui, avec grâce et énergie, passent d’un texte à l’autre sans répit pendant une semaine… Un bel exploit !  Sans oublier les représentations, elles, moins nombreuses, la priorité étant laissée à l’écoute et à l’imaginaire suscitée par l’écriture. Au programme (en plus de celles du théâtre amateur) : Portrait de Raoul de Philippe Minyana, mise en scène de Martial Di Fonzo à la Mousson d’été et en tournée dans le bassin mussipontain et  Part-Dieu, chant de gare de Julie Rossello-Rochet, mise en scène par Julie Guichard. Des contextes dramatiques très différents mais fondés sur une histoire vraie et sur la vie de personnes existantes. Ces pièces interrogent le destin et se déroulent dans la banalité d’un quotidien subitement déstabilisé… pour le meilleur ou pour le pire. 
Philippe Minyana, écrivain reconnu et dont les œuvres sont jouées dans le monde entier, nous livre là un texte un peu à l’écart de son espace imaginaire et théâtral habituel. Il connaît depuis trente ans, Raoul, un costumier (un premier métier qu’il n’a pas abandonné)  devenu acteur….  Et c’est à partir d’un projet : la création d’une galerie de portraits de gens vivants et de leur destin, initié par Marcial Di Fonzo Bo, metteur en scène franco-argentin, directeur de la Comédie de Caen que le Portrait de Raoul a pris forme. Raoul, est un de ces personnages uniques que l’on a la chance de rencontrer ou d’entendre parfois, sur la route monotone du quotidien.
Julie Rossello-Rochet, une jeune autrice (une dizaine de textes publiés ou/et mis en scène au théâtre, à l’écran ou en ondes sur France Culture) s’inspire, elle aussi  avec Part-Dieuchant de gare, d’une histoire vraie :  Suite à la répression des manifestations de 2011 contre l’élection de Joseph Kabila en République démocratique du Congo,  Théodor,  à seize ans et demi, doit fuir son pays. Il perd rapidement la trace de sa famille pour se retrouver, seul, en gare de Lyon Part-Dieu, un soir de juillet 2011. Sur le sol français, Théodor est un mineur isolé étranger.…
    
Le festival associe à la découverte de nouvelles écritures dramatiques, l’enseignement et la réflexion. Chaque  matin, sous la direction pédagogique de Jean-Pierre Ryngaert, les ateliers de l’université d’été européenne sont animés par des auteurs dramatiques : Joseph Danan, Nathalie Filion, Pascale Henry, le dramaturge et professeur Jean-Pierre Ryngaert et un(e) intervenant(e) du projet européen Fabulamundi. L’intérêt porté au minutieux et subtil travail de la traduction fait également partie de cette approche fine et organique  de l’écriture théâtrale, figure centrale des rencontres de La Mousson d’été. 
La proximité avec les artistes est devenue un des atouts du festival mais à chacun de faire le premier pas pour les rencontrer. Le spectateur est ici considéré comme un intervenant au sein de cette manifestation à la fois ludique et sérieuse. Il est invité à y prendre part! Encore faut-il oser… Et le soir venu, après une journée bien remplie d’émotion, de  réflexion, de déception et  d’enthousiasme, le parquet de bal avec ses D.J.enjoués ouvre ses portes !   
Elisabeth Naud  
 
La Mousson d’été a lieu jusqu’au 29 août, à l’Abbaye des Prémontrés, Pont-à-Mousson. T : 03 83 81 20 22 ou : reservationsdelamousson@gmail.com

Festival Eclat: Grande manif à Aurillac

Festival Eclat: Manif à Aurillac

© Ph. du Vignal

© Ph. du Vignal

Ce festival n’a pas lieu comme il était prévu, du 18 au 21 août . Avec, au programme, une dizaine de spectacles et environ quatre-vingt autres de compagnies dites de passage « dans des lieux clos, contrôlables et répondant aux protocoles sanitaires et sécuritaires« . Une annulation aux motifs assez flous: « raisons liées au maintien de la sécurité et de l’ordre public à Aurillac, renforcées par une situation sanitaire de nouveau préoccupante« 

En remplacement, juste quelques petits spectacles du 12 au 21 août (voir Le Théâtre du Blog) dans une vingtaine de villages du Cantal au Nord comme au Sud. Ce qui s’appelait auparavant Préalables a été rebaptisé Champ libre. Les compagnies de théâtre de rue estiment injuste que le festival ait été annulé. Et la Fédération nationale des arts de la rue n’a pas voulu être mise devant le fait accompli, après la décision de la Préfecture et a décidé de mettre sur pied une Grande Manifestive qui, elle a été a été autorisée

Argument souvent entendu : pourquoi les festivals d’Avignon et de Cannes ont-ils pu avoir lieu et pas celui d’Aurillac ? Comparaison n’est pas toujours raison et ces manifestations n’ont pas lieu dans la rue ou dans un espace public… Et le centre-ville est ici assez petit et toujours bourré de monde. Mais on aurait pu imaginer un festival plus limité dans quelques lieux, comme la grande salle du Parapluie situés à la périphérie de la ville pour éviter les rassemblements. Oui, mais voilà, comment résoudre l’insoluble? Installer un espace sécurisé avec des centaines de vigiles un peu partout, revient à des milliers d’euros, avec des blocs de béton pour interdire la circulation, des consignes pour les sacs à dos, etc. D’autant que cette année, le passe sanitaire est exigé partout y compris aux terrasses des cafés d’Aurillac et dans les villages alentour.

Cette déambulation artistique est partie de la place Michel Crespin juste derrière le cinéma et s’est ensuite poursuivie par la place puis la rue des Carmes,  la place du square et la rue Gambetta. Affichage un peu partout de l’arrêté municipal annonçant le parcours autorisé. Une grande Marianne venue d’Ile-de-France de six mètres de hauteur en plaque de fer avec, découpée sur son sein gauche, la mention:  «L’Art est public ». Montée sur un grue-tracteur et manipulée par fils par des assistants marchant autour : un beau boulot de  sculpture mobile.

© Ph.du V.

© Ph.du V.

Quelques prises de parole place Michel Crespin devant quelque mille personnes qui, après, ont suivi ce cortège de protestation. « L’Art est public » : une revendication orale et écrite que l’on retrouvera sur des pancartes, bandeaux jaunes et T shirts. Il y a un piano à queue monté sur grosse roues où son interprète accompagne un chanteur, et, en haut d’une sorte de tribune montée sur roues le comédien Gildas Puget (voir Le Théâtre du Blog ) et une autruche géante avec bec en bois, cou et grandes ailes très mobiles commandés depuis une nacelle. Et de nombreux fumigènes rouges lancés sur tout le parcours. Atmosphère bon enfant et pas la moindre casquette de police ou le moindre casque de C.R.S. en vue, juste une camionnette de la municipalité pour interdire une rue. Le public ? De nombreux jeunes et surtout des metteurs en scène et acteurs du théâtre de rue. Et bien entendu, Jean-Luc Prévost, président de la Fédération nationale des arts de la rue qui ne comprend pas les raisons précises de cette annulation, de nombreux photographes professionnels et amateurs, et Jean-Marie Songy, l’ancien directeur du festival venu en spectateur…

Le cortège est allé comme prévu jusqu’à la place de l’hôtel de ville en plein centre ville. Et la suite? Cette manif bon enfant aura-t-elle un écho au Ministère de la Culture? On peut en douter mais faudra-t-il encore rebattre les cartes pour la prochaine édition de ce festival, un des plus importants d’Europe?

Philippe du Vignal

 

Festival Lez’arts de la rue à Marcolès: La Lumière de nos rêves

Festival Lez’Arts de la rue à Marcolès:

La Lumière de nos rêves

 

 

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Cela se passe dans la cour de l’école primaire de ce beau petit bourg (600 habitants) du Cantal Sud où tous les ans a lieu un festival de théâtre de rue, petit mais remarquablement organisé. Avec nombre de spectacles gratuits. On a droit une fois le passe sanitaire vérifié, à un coup de tampon sur le poignet de façon à ne pas être obligé de le présenter à nouveau à l’entrée d’un autre spectacle. La rigueur et le travail bien fait sont souvent dans les détails…

Pas de scène, juste un petit rideau noir, une sorte de petit bureau en bois camouflant un synthé. Aucune lumière autre que celle d’une belle après-midi d’été. Quelques bancs pour accueillir un centaine de personnes. Et Gildas Puget se lance dans un délire mystique : «Où est-ce qu’on va quand on est mort ? J’ai vu toute ma vie défiler. Et ce n’est pas grand chose… »

Il incarne successivement trois personnages. Un drôle de punk mystique, à la bière facile et sans doute revenu de l’au-delà… Mais aussi une une petite vieille catholique, vêtue d’un grand voile noir et à la langue bien acérée. Et enfin Benoît, un gentil étudiant gauchiste révolutionnaire sur bande-son de manif. De vrais personnages et bien croqués. Même si on est souvent à la limite de la caricature et de la facilité, du genre : «  P.S., P.R. P.Q… »

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Mais le texte est bien écrit et même Gildas Puget en fait parfois des tonnes, comme il a un remarquable savoir faire et une excellente diction, ce n’est jamais vulgaire.
Ce solo créé il y a cinq ans, donc bien rodé, tient la route. Et à la fin, les spectateurs se laissent faire, à sa demande et se tiennent tous par les doigts pour un hymne à la tolérance après que Gildas Puget ait renvoyé dos à dos toutes les religions…  Bien vu et impressionnant dans le genre monologue aux allures de conte, avec seulement quelques accessoires : cet auteur-acteur sait ce que théâtre populaire veut dire.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 15 août à Marcolès (Cantal).

Compagnie Qualité Street, 12 rue Jean-Baptiste Colbert B.P. 112, 56100 Lorient . T. : 06 08 86 20 28.

Festival Eclats à Aurillac : De la mort qui rue d’Adèle Zouane et Jaime Chao

Festival Eclats à Aurillac, Champ libre : De la mort qui rue d’Adèle Zouane et Jaime Chao

 

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En février dernier, dans le quotidien La Montagne, Frédéric Rémy, le nouveau directeur, était bien conscient de la situation: «On avait fait le choix l’an dernier, d’attendre le dernier moment. Là, on ne peut pas ne pas être lucide. Et poser les bases qui vont être maîtrisables. Il ne faut pas dénaturer le festival d’Aurillac, c’est un rendez-vous majeur de la création artistique en public. En 2020, on était sonné et tributaire de cette situation sanitaire et de ses conséquences. Mais il faut essayer d’être responsable et honnête ». (…) « Oui, nous n’attendons que les grandes retrouvailles mais cet été on va essayer d’imaginer un autre rendez-vous qui sera ouvert, qui aura une certaine ampleur, qui ne sera pas fait dans la précipitation, qui sera pensé pour accueillir le public dans le cadre qu’on aura au mois d’août, pour qu’on puisse le maîtriser et l’adapter au besoin, mais pas l’annuler. (…) Ce sera différent, ce sera un rendez-vous intermédiaire. »

Six mois plus tard, où est-on? Pas de spectacles dans la ville elle-même ni même aux abords comme cela avait été d’abord annoncé. Sauf, la promenade-spectacle (payante) Dans la Forêt du Suisse Massimo Furlan avec un jauge limitée à vingt-cinq spectateurs, une ballade de quatre heures mais en forêt. En cause, une décision préfectorale : « risque de perturbation de l’ordre public. » Formule bien connue et passe-partout… Mais quelques rencontres professionnelles auront quand même lieu comme celle du mercredi 18, suivie d’une grande manifestation des compagnies qui sont quand même venues et qui partira de la place Michel Crespin.  Nous vous en reparlerons.

Ces compagnies ne sont évidement pas d’accord avec cette décision préfectorale ni avec celles prises par Frédéric Rémy et ont bien l’intention de le faire savoir… Comme l’avait déjà fait Dominique Trichet, ancien directeur de la Fédération des Arts de la Rue, un des fondateurs du festival d’Aurillac et très proche de Michel Crespin disparu il y a déjà sept ans. Visiblement très en colère, il ne mâche pas ses mots dans une lettre ouverte :  «Le Festival de théâtre de rue d’Aurillac n’aura pas lieu. Pourtant, ce n’était pas la guerre. Nous sommes en droit de savoir qui a pris cette décision et pourquoi. Nous sommes en droit d’exiger que soit rendue publique la lettre de Monsieur le préfet du Cantal à la présidente de l’association Éclat. Vous ne pouvez dire Madame la présidente, Monsieur le maire, Monsieur le directeur: « Nous, nous savons des choses que vous ne savez pas ! » C’est le langage d’autorité, infantilisant, qu’utilise celui dont vous dites que sa position-on ne peut dire sa décision, c’est un malin- est inique et injuste. Quand on utilise le même langage…. c’est flou et, quand c’est flou, il y a un loup. »

Bref, dans un contexte politique spécial où les mesures sanitaires concernant le festival, peu lisibles, semblent changer selon le vent, les compagnies n’ont pas l’intention de se laisser faire et cela risque d’être chaud. Nous vous raconterons cela dès mercredi soir.  En attendant, avec Champ libre le nouveau nom des Préalables,le festival offre une série de quelques spectacles joués gratuitement dans une vingtaine de villages du Cantal et une promenade en forêt, quatre heures durant près d’Aurillac mais celle-là payante, par l’artiste suisse Massimo Furlan, avec une jauge réduite à vingt-cinq spectateurs.

© Philippe du Vignal

© Ph. du Vignal

De la Mort qui rue d’Adèle Zouane et Jaime Chao

Les jeunes auteurs et acteurs annoncent la couleur : «On n’aura droit qu’à une seule mort, chacun la sienne, alors autant commencer à s’y entraîner tout de suite, non ? ». Et ils nous invitent à nous réjouir de notre mort plutôt que d’en avoir peur, et essayer d’en faire un beau moment! Et cela commence plutôt bien : la jeune actrice en corsage blanc et pantalon noir, excellente diction et très espiègle, demande au public qu’elle sait manier avec humour : « Vous voulez mourir de quoi ? Les réponses fusent : « D’amour  » , « De bravoure », « De rire ».

Et Adèle Zouane propose au public un entrainement collectif à la mort pour que chacun puisse la vivre pleinement et la savourer. « Ce qui est bien, dit-elle, c’est qu’on est sûr, de ne pas s’y préparer pour rien ». Et suivent quelques citations de Sénèque ou de Montaigne :  « La mort, c’est bien le bout et non le but de la vie. Mais ensuite les choses se gâtent avec des exercices de méditation, des postures à prendre et une invite à choisir sa dernière petite phrase. «Je ne regrette rien mais je ne recommencerai pas », dit un homme au cheveux blancs d’une certain âge ou d’un âge certain ? La cloche de l’église sonne six heures comme une sorte de glas, écouté en silence par le public… Un hasard mais un bel instant. Et il y a aussi une phrase remarquable d’un petit garçon qui a oublié d’être sot comme on dit dans le coin : « J’ai eu une mort tranquille. »

A part cela, le spectacle, malgré le talent de sa jeune actrice, souffre d’un texte indigent  et ce quasi-monologue, bavard et pas très passionnant, flirte avec une animation pour clubs de vacances. Le Théâtre de l’Unité, sur ce même thème, avec des acteurs haïtiens avait, dans le village proche de Mourjou, parfaitement réussi son coup. Et les habitants de Cassaniouze méritent mieux que ces cinquante minutes bien longuettes, d’autant plus que leur commune participe financièrement à ce genre de plaisanterie. Bref, le compte n’y est pas et Frédéric Rémy ferait bien d’avoir des choix plus malins. Champ libre soit mais Liberté, que de choses approximatives on commet en ton nom!

Philippe du Vignal

Spectacle vu à Cassaniouze ( Cantal), le 14 août. Champ libre continue jusqu’au 21 août.

www.aurillac.net T : 04 71 47 84 75.m

K.O. aux J.O.

K.O. aux J.O.

 

 

 Unknown-2« Paris 2024 met fin aux espoirs du karaté pour les prochains J.O. », titre le Journal Officiel du sport, qu’est le quotidien L’Équipe. On comprend l’amertume du jeune champion français Steven Da Costa, un des rares médaillés d’or dans la catégorie moins de 67 kg, de cette discipline nippone : « Je me suis entraîné comme un acharné, raconte-t-il. J’ai assumé mon rôle de favori. J’ai rapporté l’or en France. J’ai porté haut le drapeau. J’étais sur un petit nuage. Le réveil fait mal. »

 Le journal Marianne estime « qu’en promouvant des sports qui cartonnent sur les réseaux sociaux » tels le breakdance ou le skateboard, Tony Estanguet, président du Comité d’organisation des J.O. de Paris 2024, se fourvoie à tous les niveaux. »L’art martial qu’est le karaté est sans nul doute un sport de combat dont les coups, en principe, ne doivent pas être portés pour assurer la survie de l’espèce qui s’y adonne. Mais peut-on dire que la breakdance est un sport ? Un art né dans la rue, comme Johnny, urbain – dans tous les sens du terme – et spectaculaire. Le marketing et la communication, pour ne pas dire la propagande politique pré-électorale, le jeunisme des quadras (et plus) à la tête du C.I.O., l’opportunisme qui se manifeste envers la nouvelle catégorie sociologique de la «diversité» ne sauraient limiter les dégâts d’un déficit attendu. Une soixantaine de députés appuient aujourd’hui la requête de Steven Da Costa et la ministre des sports elle-même, Roxana Maracineanu, se dit favorable à la réintégration du karaté dans les sports représentés aux J.O.

Les Jeux, en France, c’est du sérieux. Un baron qui n’était pas en toc, Pierre de Coubertin (1863-1937) les avait relancés. Les sports olympiques, y compris ceux de « l’ère moderne » doivent être nobles avant tout. Le vélib, la trottinette électrique, la course en sac ou à l’échalote, les chaises musicales n’en sont pas, du moins pour l’instant vues comme assez dignes…

Mais le hip-hop, le krump et le voguing, légitimés, concurrencent la danse contemporaine… Obligée de partager avec ces arts venus d’outre-Atlantique, la direction des centres chorégraphiques et, il faut dire aussi –cela a pu avoir son importance dans la décision évoquée– un très large public. A Paris, Bercy, ces dernières années, s’est rempli et a obtenu énormément d’échos dans la presse  mais plus par les concours de danse urbaine de « Juste debout » que par ses festivals d’arts martiaux dont la formule date un peu. Quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que l’obsolescence -symbolique ou réelle- d’une discipline est une question qui s’est posée aux organisateurs des J.O. il y a un siècle déjà. Chaque ville peut désormais proposer des «sports additionnels », autrement dit, opposer des disciplines non encore olympiques.

Qu’il s’agisse de pratiques locales, d’activités régionales, compétitions populaires en espérant que ces coutumes atteignent à l’universel. Mais le C.I.O. privilégie la démarche inverse. : tout ce qui a un succès planétaire vaut d’être aux JO, d’où, comme le souligne la presse… Un «choix de sports jeunes, créatifs, spectaculaires et en phase avec leur époque ». Le succès allant au succès, les quadras pensent que les post-adolescents élargiront l’audience des jeux. L’art qu’est la breakdance, s’il est détourné par le C.I.O. pour les raisons évoquées, perdurera-t-il comme discipline? Qui se souvient de sports olympiques, relativement récents mais aujourd’hui disparus des écrans ? Où sont passés les jeux de boules, les courses de ballon, le sauvetage sportif, le cricket, le croquet, le roque, la crosse, le jeu de paume, la pelote basque, la balle-pelote, la canne de combat, le sambo, le korfbal , le glima, le budo, le bowling, le pesapallo, la gymnastique suédoise, le tir à la corde…

Nicolas Villodre

 

 

 

 

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L’Akademie der Künste Arbeit am Gedächtnis – Transforming Archives (Travailler la mémoire, transformer les archives)

L’Akademie der Künste

Arbeit am Gedächtnis - Transforming Archives (Travailler la mémoire, transformer les archives)

 

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Une exposition présentée à Berlin jusqu’au 19 septembre réunit treize artistes invités à réfléchir sur la question de l’oubli et/ou de la mémoire dans les sociétés, dites avancées. Traiter la mémoire et de son stockage est au centre de la pratique actuelle : des artistes questionnent les archives, repensent les processus de sélection, scannent les lacunes du dépôt et créent leurs propres archives contre l’oubli. A côté du changement dû au numérique, des récits nationalistes, débats post-coloniaux sur la responsabilité historique etc., les espaces traditionnels de connaissance et de mémoire doivent être défendus et réévalués. Un sujet particulièrement sensible en Allemagne et obsédant comme un leitmotiv. L’idée implicite étant qu’on trouve aussi dans les archives papier, une autre trace : celle de supports, immatériels et matériels et de corps vivants. Plusieurs disciplines sont ici représentées par des artistes et auteurs de plusieurs pays: Miroslaw Balka, Candice Breitz, Ulrike Draesner, Arnold Dreyblatt, Thomas Heise, Susann Maria Hempel, Alexander Kluge, Eduardo Molinari, Matana Roberts, Cemile Sahin, Cécile Wajsbrot, Jennifer Walshe et Robert Wilson.

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Tous connus ou reconnus par l’Akademie der Künste qui a déjà travaillé avec eux mais certains en sont devenus membres. Représentant d’œuvres pour la jeunesse, les arts visuels, l’architecture, la musique, la littérature, les  arts de la scène, films, médias. Miroslaw Balka est un artiste «multimédias». Ce Polonais de soixante-trois ans  a créé une installation à la Tate Modern à Londres: un conteneur noir sur lequel était fixée une rampe rappelant celle des camps de concentration. La photographe et cinéaste Candice Breitz, quarante neuf ans, née en Afrique du Sud, pose la question de la culture qu’offrent les mass medias.

La poétesse et romancière allemande Ulrike Draesner, née en 1962, s’exprime avec des matériaux divers et son dernier livre est dédié à Kurt Schwitters. Arnold Dreyblatt est un compositeur américain que l’on associe souvent au mouvement minimaliste. Il a collaboré avec des artistes du mouvement Fluxus et a contribué à créer le courant musical drone surtout fondé sur des bourdons (drones en anglais) qui utilise utilisant sons,notes et clusters maintenus ou répétés. Et caractérisé par de longues plages musicales avec peu de variations harmoniques

 Plus jeune, Susann Maria Hempel, née en 1983 en R.D.A, est une réalisatrice de cinéma dit expérimental. Thomas Heise, soixante six ans, né à Berlin-Est, l’auteur de nombreux films documentaires, est aussi metteur en scène et a écrit plusieurs pièces de théâtre. Alexander Kluge, cinéaste et écrivain, bien connu en France, docteur  en droit devint vocat en 1958. Il a été l’ami du philosophe Theodor Adorno qui l’encouragea à s’intéresser au cinéma et le présenta à Fritz Lang dont il devient l’assistant.

En 1962, il est parmi les rédacteurs du manifeste d’Oberhausen annonçant le renouveau du cinéma allemand. Dirigeant l’Institut für Filmgestaltung de l’université d’Ulm, ce pionnier du nouveau cinéma crée en 1963 une société de production et contribua en 1965 à fonder deux ans plus tard, curatorium du jeune cinéma qui financera de nombreuses premières œuvres). Il tourne en 1965 son premier long métrage, Anita G. Primé à Venise qui révélera avec le premier film de Schlöndorff, l’existence d’une Nouvelle Vague en Allemagne: importance du montage, distanciation, refus de tout esthétisme, recours à la voix off et au découpage en chapitres, insertion de séquences quasi documentaires, ironie dans la narration, critique sociale fondée sur une analyse des contradictions des personnages…  On lui doit entre autres Les Artistes sous le chapiteau: perplexes (1967), Travaux occasionnels d’une esclave (1973). L’année suivante, avec In Gefahr und grösster Not bringt der Mittelweg den Tod, il associe plusieurs récits et joue avec les mythes politiques et cinématographiques.

La théorie du montage triomphe dans La Patriote (1979). Il a toujours milité pour un cinéma indépendant et a encouragé les essais de film collectif à contenu politique L’Allemagne en automne (1977-78), où les séquences annoncent  déjà La Patriote et Le Candidat, (1980),  un pamphlet mais surtout une réflexion politique  Puis en 1983, il tourne La Force des sentiments après avoir participé à Guerre et paix, un film collectif, avec Heinrich Böll, V. Schlöndorff, Stefan Aust et Axel Engstfeldet en 1986, Informations diverses et un film mi-documentaire, mi-fictionnel L’Attaque du présent sur le reste du temps. Il a publié de nombreux textes, dont Anita G, Stalingrad et des ouvrages sur la théorie du cinéma. Depuis 1988, il se consacre à la réalisation d’émissions culturelles à la télévision.  

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Eduardo Molinari est un artiste argentin d’une cinquantaine d’années qui créa en 2001 le Walking Archive, un fonds audiovisuel qui interroge les rapports entre les arts, l’histoire et le politique. Matana Roberts, une Afro-américaine née en 1978, est musicienne de jazz et compositrice.. Kurde d’origine, l’Allemande Cemile Sahin, trente et un ans, vise à déconstruire le récit historique en insistant sur la multiplicité des points de vue. Sahin travaille avec des images et des histoires qu’elle met en scène avec des films, photos, sculptures,  collages, etc. La Française Cécile Wajsbrot, soixante-sept ans qui à Paris et à Berlin, est romancière essayiste mais aussi traductrice et collabore à Autrement, Les Nouvelles Littéraires et Le Magazine littéraire.

Jennifer Walshe, quarante-sept ans, est une chanteuse et musicienne irlandaise. Enfin, Robert Wilson ,dramaturge, et metteur en scène et réalisateur américain qui avait créé il y a cinquante ans le célébrissime Regard du Sourd est aussi devenu membre en 96 de l’Akademie der Künste qui fait la part belle aux arts de la scéniques, est dotée de plusieurs salles de spectacle dont une boîte noire qui n’a rien à envier à la nouvelle salle Firmin Gémier, au Théâtre National de Chaillot à Paris. Ont surtout retenu notre attention la vidéo de Bob Wilson Kool dancing in my mind, un portrait touchant de Suzushi Hanayagi qui fut notamment sa répétitrice de danse. Maintenant atteinte d’Alzheimer, elle retrouve instinctivement les gestes inscrits dans son cerveau reptilien… Nous avons aussi beaucoup apprécié le travail de réflexion de Thomas Heise sur la mémoire de l’Académie elle-même, après la réunification de l’Allemagne en 1993.

 Nicole Gabriel

 Académie des arts de Berlin, Pariser Platz 4 · +49 30 200571000

 

Brèves du futur, fictions courtes d’anticipation, texte et mise en scène de Julien Guyomard

 

Brèves du futur, fictions courtes d’anticipation, texte et mise en scène de Julien Guyomard

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© J .L. Ferrnandez

Au festival de Villerville il y a cinq ans, l’écriture collective de la compagnie Scena Nostra (fondée par Julien Guyomard et Élodie Vom Hofe) et la mise en scène de Renaud Triffault du spectacle : Les Miraux avaient provoqué l’enthousiasme (voir Le Théâtre du Blog). Ce fut un des beaux succès de ce festival consacré en priorité aux jeunes compagnies et à la création in situ.

Cette année au Festival d’Avignon 75ème édition, Renault Triffault, ce merveilleux acteur, joue dans une pièce de Julien Guyomard, mise en scène par l’auteur.  Avec son équipe, soucieux de notre époque riche en déboires socio-politiques, il nous offre un spectacle jubilatoire à partir de questions… peu réjouissantes: « Et si les terres agricoles devenaient infertiles ? Si lon transformait les théâtres en réserves pour acteurs en voie dextinction? Si le travail navait définitivement plus aucun sens? Si les rapports humains étaient monétisés? »Ce qui n’augure pas d’un futur le plus serein. Le spectacle est construit autour de courtes séquences, et toutes indépendantes les unes des autres : 1)Terre morte. 2) Science sans conscience. 3) Futur du théâtre et 4) Amitié marchande… Autant de fictions d’anticipation parodiques, issues à l’origine d’une série d’entretiens menée par le metteur en scène en 2016, lors du festival de théâtre à Villeréal.

Echanges avec des agriculteurs bio, mais aussi avec l’abbé du canton, des retraités, de jeunes rugbymen et les gérants d’une boutique d’informatique…Chaque lundi durant le festival de Villeréal, se créait la représentation (issue des rencontres sur le territoire) d’un de ces textes et qui était joué sous la halle du village, lors d’un apéro festif. La compagnie a souhaité prolonger cette expérience initialement jouée in situ, en la réinventant en spectacle et hors des lieux de représentation habituels… Le public entre dans une salle de classe ou de réunion, de conférence… et sous un éclairage blanc, prend place sur des gradins en bois (peu confortables) disposés en U. Assise à une table, une fonctionnaire prend la parole au micro:

« Bonjour… Bonjour à tous… Je suis très heureuse d’être à… (Elle consulte son dossier et donne le nom du village.) J’ai été mandatée par la gouvernance mondiale pour expliquer la situation. Parce qu’avec la crise que nous venons de traverser, on a tout dit et son contraire, beaucoup d’informations ont circulé, contradictoires souvent, et maintenant que nous savons précisément où nous en sommes, nous avons décidé d’aller au plus proche de la population pour faire un état des lieux précis, scientifique, mais aussi donner des instructions officielles, répondre aux questions et rassurer un peu tout le monde…

Donc, comme vous le savez certainement, notre terre est morte et j’apporte avec moi, la dernière étude publiée dans la revue… » (Brève 1 : Terre morte

Julien Guyomard dresse un tableau vivant et incisif de notre quotidien et de notre époque: La brève 1, « Terre morte »  évoque  la politique agricole et la désertification rurale. Les saynètes successives révèlent les conséquences socio-culturelles, économiques, les  institutions et leur inertie, confrontées au chômage, à l’intelligence artificielle, à l’art … En mêlant avec habileté, le présent au futur, l’utopie au réel et l’envisagé à l’impensable. Cette pièce est aussi un bel hommage à l’art du théâtre. Le jeu des acteurs, tous si expressifs, émouvants et drôles, nous ravit. L’écriture du texte, met à l’honneur les différents registres esthétiques du théâtre et de la langue dramatique : comédia Dell Arte, théâtre classique, café théâtre, clown, le comique sous  ses diverses visages est au Rendez-vous.   

© J. L. Fernandez

© J. L. Fernandez

La pièce nous invite, avec un humour grinçant ou loufoque et fantaisie à réfléchir sur les situations et décisions économiques, culturelles que prennent les pays occidentaux:

« Vendeur : c’est-à-dire qu’on peut pas faire ce qu’on veut. /Acheteuse: Ah bon ? /Vendeur: Oui… Ça pourrait perturber l’habitat naturel des occupants…/Acheteuse : Je comprends rien…/Vendeur : Les artistes, vous voyez ce que c’est ?/ Acheteuse : Ceux qui faisaient de la danse ou qui jonglaient… Avant…/Vendeur: Voilà. Y a encore un siècle, y avait plein d’artistes en liberté. Quasiment à l’état sauvage… Des acrobates, des mimes, des cracheurs de feu… Eh ! Ben ça a quasi disparu. Sélection naturelle. C’est pas utile, ça disparaît… Alors, pour en garder quelques-uns, on a dû crée… des réserves… Et ici, on garde des acteurs. »(Brève 2: Futur du théâtre).

Un spectacle riche en trouvailles scéniques. Aucune lourdeur, l’intervention d’acteurs parmi le public, souvent maladroite, est ici remarquable et leur jeu précis, parfois hilarant, donne une intelligence, une finesse, aux diverses situations qui sont pourtant peu réjouissantes:

« Au nom de l’A.P.V.H.D., l’Agence pour la Promotion des Valeurs Humaines Disparues, je suis heureux de vous proposer nos modules de formation à « l’activité amicale ». Créé en 2083, suite à la grande désertification, ces modules réenchanteront votre quotidien et vous donneront toutes les clés pour devenir un expert en amitié. (…) L’APVHD, toujours à vos côtés ! » (Brève 4 Amitié marchande).

« Client à l’Administratrice : Qu’est ce qui se passe ?/Administratrice : Votre compte Monsieur Villemin est à zéro. C’est la fin de la simulation./ Client : Déjà ? Mais j’en ai mis pour 350 euroyens. /Administratrice : Monsieur Villemin, l’amitié doit être rentable pour tout le monde./Client: S’il vous plaît… Je sens que ça me fait du bien…/ Administratrice: Sinon, vous pouvez lever votre plafond de découvert et là, je peux vous mettre le module de formation grand luxe… » (Brève 4: Amitié marchande).

Un spectacle drôle, émouvant, et plein d’esprit sur des sujets angoissants, bien réels et sur leur sombre avenir  plus que possible… A ne pas manquer.

Le metteur en scène a mis en place un dispositif où il n’y a plus de quatrième mur. Et nous nous sentons réellement invités à participer au débat comme de simples citoyens mais à l’écoute et à l’esprit critiques ! Les spectateurs-témoins sont heureux d’avoir ri et d’avoir partagé cette comédie sensible et poétique sur le fonctionnement de nos sociétés dites développées : en quoi, comment et pour qui !? et de leur futur proche …

 Elisabeth Naud

 Spectacle vu le 26 juillet au Théâtre du Train Bleu, Avignon.

 Festival à contre-courant :tournée du C.C.A.S. du 3 au 10 août.

Espace Mandela, Gennevilliers (Seine-Saint-Denis) les 16, 17 et 21 novembre.

Médiathèques des Bouches-du-Rhône du 23 au 27 novembre.

Texte édité chez Esse que. Edition 

 

Entretien avec Diana S. Zimmerman

Entretien avec Diana S. Zimmerman

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-Racontez-nous votre vie de magicienne.

 -J’ai grandi à Phoenix (Arizona) dans une famille très pauvre. Enfant, j’adorais les histoires magiques : pour moi, c’était une évasion dans un monde où tout était possible. A huit ans, mon ami et moi avons décidé de monter un spectacle en pensant que la magie attirerait du monde. Comme nous n’avions pas d’argent pour acheter des tours, nous avons récupéré des bouteilles de coca et les avons échangé au magasin du quartier pour deux cents, chacune. Soit quarante-six cents et nous avons trouvé un cent dans la rue. Un investissement possible que ces quarante-sept cents: ils ont transformé ma vie!

Avec cet argent, mon père m’a emmené au Magic Shop de Bert Easley qui derrière le comptoir, a commencé à attraper des demi-dollars en l’air. Je me suis dit : « Toute profession qui peut rapporter de l’argent aussi facilement, est pour moi ! » J’ai donc acheté le tour Penny to dime  et j’ai été tout de suite accro. Puis, je suis allé cueillir des pamplemousses et les vendais au porte-à-porte pour gagner de l’argent et acheter d’autres tours. Et quand j’ai eu huit ans, j’ai rencontré Harlan Tarbell et j’ai dévoré chaque page de ses Course in Magic. J’ai appris le «front and back palm» dans ses livres merveilleux. Phoenix était un endroit idéal… Nous avions un réseau IBM très actif, Mystic 13, avec des membres comme Danny Dew, Bert Easley, Andre Kole, Ed Keener et le merveilleux nommé Don Seth qui avait un club de magie pour adolescents. J’étais trop jeune pour en faire partie mais Don a été impressionné par le fait qu’une fille veuille devenir illusionniste et me laissa sortir avec les autres membres. Il m’a invité à participer à leur spectacle annuel Around the World In 80 Tricks. Chaque artiste faisait un tour venu de différentes parties du monde. Comme je savais danser le hula, j’ai fait un numéro hawaïen. J’avais une perruque noire et produisais des fleurs dans les airs…Le Phoenix IBM Ringa organisé de nombreuses conférences avec les plus grands magiciens comme Dai Vernon ou David Hoy qui m’a appris le tour de la baguette tournante quand j’avais treize ans.

L’année précédente, KRIZ, une station de radio locale, avait parrainé une émission de variétés. J’ai réussi l’audition et fait cent-huit spectacles en trois mois… Ensuite, j’ai participé au concours pour adolescents de la PCAM Magic Convention à Vancouver et décroché la première place, avec le score le plus élevé de toutes les catégories d’âge. Mais j’ai découvert que mes soi-disant amis dans cette profession dominée par les hommes, n’aimaient pas qu’une fille réussisse. Et plusieurs sont devenus carrément agressifs avec moi. J’ai gagné deux autres concours lors des conventions du PCAM, avant qu’ils ne me laissent plus participer. Selon eux, j’avais « trop gagné et ce n’était pas juste pour les garçons» ! Cela dit,  tout au long de ma carrière, de nombreux autres magiciens m’ont inspiré et aidé : Peter Pit, John Daniels, Ed et Nancy Keener, Mark Wilson, Peter Reveen, et bien sûr, mon ancien mari, Dick Zimmerman. Et très important dans ma vie : Bruce Merrin, mon manager et agent de relations publiques, m’a donné le titre de «Plus grande magicienne du monde ».

 -Comment travaillez-vous ?

 -J’ai consacré une grande partie de ma carrière à des spectacles pour les entreprises dont j’ai appris les bases auprès d’Eddie Tullock. Mais j’ai tout fait: d’un numéro avec les disques Record Act, du close-up, de grandes illusions et un numéro scénique parlant où je présentais ma version des Thumb Tie de Jay Marshall. J’ai aussi fait du pickpockétisme, mon préféré de tous. J’ai aussi travaillé sur des croisières et à l’international, dans des théâtres, clubs et conventions de magie dont trois F.I.S.M. à Paris en 73, Vienne en 76 et Lausanne en 82)et deux British Magic Circle Shows. Et pour des émissions spéciales de la BBC. Aux États-Unis, j’ai fait pratiquement tous les talk-shows télévisés et de nombreuses émissions spéciales. J’ai aussi joué dans mes propre émissions Enchanted Palace et aussi une revue en soirée au Harrah’s Hotel and Casino à Lake Tahoe.

 Après avoir pris ma retraite de la scène en 1985, j’ai fondé CMS Communications, Inc., une agence de création basée à Los Angeles. La liste des clients se lit comme le Who’s Who du Fortune 500. Mon expérience en magie et mon approche originale des lancements de produits et de la marque d’entreprise ont généré des centaines de millions de dollars pour mes clients. Cela a valu à CMS la réputation d’être l’une des dix meilleures agences de création aux États-Unis et m’a positionné comme une experte en stratégie de marque. J’ai aussi fondé les sociétés E-Vent Central.com, que j’ai ensuite vendu et Noesis Communications International, Inc., une agence de production haut de gamme qui se concentre désormais sur des projets de télé et de cinéma…

 -Quels artistes vous ont-ils marqué ?

 -En plus de ceux que j’ai mentionnées, ce sont Bill et Milt Larsen, les fondateurs du Magic Castle ont eu une très grande influence sur moi. À dix-huit ans, je suis parti pour Los Angeles avec 45 $ en poche. J’ai convaincu un gérant d’appartements de me laisser emménager avec seulement un acompte de 25 $ et je l’ai évité jusqu’à ce que j’obtienne ma première paie deux semaines plus tard: j’avais obtenu un C.D.D. dans une société de téléphone. Je n’avais pas encore vingt et un ans mais Bill Larsen a fait une exception pour que je puisse entrer au Magic Castle le soir et a pris mon premier spectacle à l’ancien Palace of Mystery. Le légendaire Cary Grant était au premier rang et nous sommes devenus amis. Il m’a aidé à lancer le programme Magic Castle Junior en 1974. Milt Larsen m’a engagé dans plusieurs It’s Magic Shows, me donnant ainsi une formidable vitrine pour développer et interpréter des illusions, ainsi que mon Record act, une  routine» de pickpocket et de « pouces attachés ».

 En 1968 -j’avais dix-neuf ans- j’ai épousé Dick Zimmerman, un des génies de la magie qui eut aussi une grande influence sur moi. et nous avons travaillé ensemble pour concevoir des tours incroyables pour Doug Henning, David Copperfield, Paul Daniels, Harry Blackstone, Jr., André Kole et d’autres. Nous avons aussi conçu quatre attractions de parc à thème pour Universal Studios à Hollywood : Lon Chaney make-upshows,Dracula show, and the Bionics show. J’aime tous les styles du close-up à la magie de scène et aux grandes illusions : j’ai travaillé dans les trois. L’un de mes numéros préférés de tous les temps est Magic Circles de mon ancien mari. C’était si brillamment conçu! Comme je l’ai dit, c’était un génie, comme Fred Kaps. Mes artistes de close-up préférés étaient Eddie Tullock, Albert Goshman et Marty Nash. Aujourd’hui, je trouve que l’art du « quick change » de Léa Kyle est fabuleux, comme l’incroyable close-up de Shin Lim ou les tours géniaux de Criss Angel et Jason Latimer. Mais la narration phénoménale de David Copperfield est plus que fascinante. J’adore son petit Alien Attila. Je suis aussi une grande fan de Magic Christian, David Regal et Nick Lewin.

 -Quelles sont vos influences artistiques  et vous a-t-on souvent demandé des conseils pour débuter…

 -J’adore Busby Berkeley et j’ai créé un numéro d’illusions en costumes 1930. Grande fana d’histoires magiques, j’adore en voir dans les spectacles d’illusion, entre autres chez Siegfried & Roy, John Daniels et, bien sûr, le maître de tous les contes : David Copperfield. J’adore aussi le « black art » combiné à la projection numérique, que j’ai souvent utilisé pour des spectacles d’entreprise. Quant aux conseils…  Étudiez TOUS les aspects du show-business, en particulier la « narration». Travaillez autant que vous le pouvez, toujours, n’importe où et dans n’importe quelle condition. Apprenez toutes les sortes de magie et utilisez alors vos connaissances comme base mais pas comme finalité. Il y a tellement plus dans notre forme d’art qu’un jeu de cartes ou une façon de faire rouler une boîte sur scène! Repoussez sans cesse les limites de ce que vous faites. Quelques magiciens sont vraiment innovants mais malheureusement, la plupart  -les hommes comme les femmes- copient juste le style et les astuces de ceux qui les ont précédés. Mais pour que notre art bien-aimé avance, notre pensée doit aussi avancer. Il ne faut pas simplement redessiner une illusion ou un tour de cartes, mais faire passer son public, de la surprise ou du choc, à sa mise en condition pour qu’il soit réceptif à un changement.

 -Et la Culture dans tout cela?

 -Il faut je crois, être authentique, quelle que soit votre culture, c’est crucial dans le monde d’aujourd’hui. Les gens répondent aux gens, et plus vous êtes authentique, même si vous jouez un personnage, plus votre travail deviendra mémorable. Ainsi, même si votre culture peut vous rendre unique, ce n’est qu’un aspect de la création d’un personnage fort et inoubliable. Et il ne faut jamais perdre de vue les classiques qui sont notre fondation. Mais encore une fois, nous devons sans cesse repousser nos limites, tout en restant authentiques envers ce que nous sommes.

-Vous êtes très active quant aux droits des animaux et vous avez de nombreuses autres activités…

-Oui, d’abord comme végétalienne, je m’engage à à améliorer le bien-être animal. Par ailleurs, je coparraine le Junior Magicians’ Club que j’ai fondé en 1974 avec l’aide de Cary Grant au Magic Castle. Je passe aussi beaucoup de temps à encadrer des enfants en magie. Par ailleurs j’ai écrit six livres, dont trois best-sellers d’aventures fantastiques : Kandide-The Secret of the mists (2008), Kandide-The Lady’s revenge (2014) et Kandide-The Masks of deception (2017). Et actuellement, j‘adapte ces romans pour une série télévisée. Je suis aussi l’autrice de biographies comme Siegfried & Roy – Unique in all the world (2010), et Butterfly In a Storm – The true Story of Giselle Ruffer Delance (2014) consacrée à la fondatrice de la société horlogerie d’élite Delance. Enfin j’écris en ce moment un autre roman fondé sur la vie de Mehendra Shah. Et Tactical Abyss MarCom’s Greatest Threat (2010) est devenu le livre de référence pour les communications marketing dans de nombreuses universités. Mon deuxième livre sur ce même thème: Magical Thinking-Why magicians and other great geniuses are able to achive the impossible, sortira en décembre prochain. Je possède l’une des plus grandes collections d’art féerique au monde avec surtout des pièces des années 1.700 et je continue à en chercher. Et je joue parfois au golf…

Sébastien Bazou

Entretien réalisé le 12 juillet.

Site de Diana Zimmerman : https://www.kandide.com/

A voir :

Magical Women Diana Zimmerman Talk #1 https://www.youtube.com/watch?v=fIbDqpb_Irw

Magical Women Diana Zimmerman Talk #2https://www.youtube.com/watch?v=DvCKiQtNUjU

Magic & music act (1979). https://www.youtube.com/watch?v=hbkEFdIRwdg

Vanishes from a Gramophone (1982). https://www.youtube.com/watch?v=-lXvszRlszM

 

 

 

Entretiens silencieux, conception et mise en scène de Bartabas

Entretiens silencieux, conception et mise en scène de Bartabas

« Maintenant, simplement, je voudrais montrer un homme et un cheval qui, en silence, se cherchent, s’écoutent, s’apprennent », écrit Bartabas dans D’un Cheval à l’autre. Ces mots lui ont inspiré le spectacle qu’il a créé avec cet « immense, un monstre de cheval, un mètre quatre-vingt-quinze au garrot ! Couleur d’abîme, il défie la perspective … Tu te nommes Tsar et garderas ton nom. Je rends la main et m’en vais avec ton pas. »

© Edouard Ducos

© Edouard Ducos

Il y a un silence religieux quand ils s’avancent dans le splendide manège de la Grande Ecurie du château de Versailles. Quelques onomatopées témoignent du dialogue permanent entre l’homme et Tsar et inversement et ils déambulent avec une grâce infinie. Des personnes s’estimant spécialistes de l’équitation, chuchotent en commentant la performance. Ce dont nous pourrions nous passer… A l’heure de la messe -le spectacle débute à 11 h… Nous assistons à un véritable rituel et à une communion intime entre l’animal et l’homme, et pleine de poésie. Des instants exceptionnels…

Merci au festival Paris l’été qui a accueilli ces Entretiens hors normes. «J’ai envie de montrer, dit Bartabas, comment, simplement, la dévotion à son travail, à son art, à l’écoute de son cheval, peut dégager une émotion universelle. Une aventure qui place le spectateur dans une proximité, dans l’intimité, presque jusqu’à l’impudeur … » Et cette chorégraphie est d’une fascinante beauté.

Jean Couturier

Spectacle vu le 25 juillet, manège de la Grande Ecurie du château de Versailles, avenue Rockefeller Versailles (Yvelines). 

D’un Cheval à l’autre est publié aux éditions Gallimard (2020).

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