Transverse Orientation, chorégraphie de Dimitris Papaioannou

Transverse Orientation, chorégraphie de Dimitris Papaioannou

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©Julian Mommert_

Nous avions découvert ce chorégraphe grec avec The Great Tamer,une des révélations du festival d’Avignon 2017 (voir Le Théâtre du blog). Cette nouvelle pièce tout aussi remarquable s’inscrit dans la même veine et comme une suite… Formé dans une école de Beaux-Arts, Dimitris Papaioannou appréhende la création par l’image et le dessin. Il a d’abord été peintre, sculpteur, réalisateur de bandes dessinées, avant de se tourner vers le spectacle. Et son travail de recherche entre danse expérimentale, théâtre physique, art du mouvement, garde la trace de cette formation en arts plastiques.

Célèbre pour avoir orchestré la cérémonie  d’ouverture des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, il n’est pas inconnu en France où il a été chaleureusement accueilli par la critique, avec Still Life (2014) au Théâtre de la Ville à Paris. Il y traitait du mythe de Sisyphe, héros de l’absurde, un mythe et bien d’autres que nous retrouvons dans Transverse Orientation avec des corps d’hommes et femmes entremêlés, au fil d’actions toujours recommencées… Des corps bouleversés, désorientés, comme le titre de la pièce le suggère.

Commence un rêve en noir et blanc, peuplé de longues silhouettes microcéphales, attirées comme des papillons par la lumière d’un tube fluo tremblotant. «Au départ, dit le chorégraphe, il y a la notion de succession. L’idée que le meurtre du Minotaure par Thésée est une métaphore du meurtre du vieux par le jeune. (…) Ceci m’a conduit ailleurs, vers le rapport à la lumière: comme les insectes qui s’orientent par rapport à la lune, je sens que les garçons sur scène naviguent sous l’influence de l’apparition de la femme… »

 Bientôt de multiples actions vont s’articuler autour d’un taureau noir grandeur nature animé par les danseurs et qui déverse, tel un cheval de Troie, son lot de corps… A califourchon sur le monstre, dans une sublime nudité, Breanna O’Mara que Dimitris Papaioannou a rencontrée au Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch. On entre de plain pied dans la légende du Minotaure, avec cette longiligne Pasiphaé au corps laiteux, la mère de Phèdre et d’Ariane, Reine de Crète qui engendra un être mi-taureau, mi-homme, à la suite de ses noces avec un taureau blanc. Bientôt une multitude d’êtres hybrides vont envahir le plateau, avec des danseurs accolés : têtes cornues, corps et têtes humains, arrière-trains velus
Des m
étamorphoses issues de la mythologie ou inspirées de Hans Bellmer ou de Chirico. Bêtes à deux dos. Cadavres exquis…. Jan Mölner sera le Thésée vainqueur du Minotaure, terrassé. Et là encore, Dimitris Papaioannou convoque l’iconographie des vases grecs, projetée en ombres chinoises sur le mur blanc mais aussi  Olympia de Manet étendue nue sur le dos du taureau ou une Vénus, façon Botticelli, qui perd lentement son placenta pour devenir une Vierge à l’enfant de la Renaissance … Et aussi la statuaire grecque quand la danseuse se fige en déesse de plâtre d’où jaillissent les flots d’une fontaine lumineuse…

Dans une logique de rêve, des images bibliques comme l’échelle de Jacob, des gags du cinéma muet ou un numéro de claquettes entrent en collision avec le panthéon hellénique, sans ambages. Il faut saluer la virtuosité des six danseurs et de la première danseuse, rejoints pour une unique apparition par une femme au corps lourd, sur lequel le temps a passé, et qui traverse lentement le plateau… Des tableaux mouvants et foisonnants, hiératiques ou comiques, où les danseurs se dévêtent partiellement ou jusqu’à la nudité, avant de remettre d’austères costumes de ville. «J’utilise abondamment la nudité comme moyen d’expression, dit le chorégraphe. Une partie de mon héritage est la statuaire grecque et je considère que la sensualité et la spiritualité passent par le corps absolument nu.» Une nudité ici sans provocation, belle et naturelle…

 Cette création est aussi une véritable prouesse technique. Tina Tzoka et Louka Bakas ont conçu une scénographie avec un plateau nu barré d’un mur blanc, mais qui, démonté à la fin, fera place à la mer et à ses îles que contemple, nu, un Ulysse pensif… Les lumières de Stephanos Droussiotis rythment l’espace et permettent de rapides escamotages des interprètes et de subreptices recompositions d’images, en aveuglant le public d’un puissant projecteur. La précision gestuelle des huit danseurs force l’admiration : engagés dans des actions multiples et simultanées : apparitions, transformations, disparitions, ils passent de tempos effrénés, à des mouvements répétitifs, de poses lyriques, à des numéros gagesques. Une heure quarante cinq pour le plaisir des yeux et l’exploration de nos mythologies. Certains reprocheront quelques lenteurs ou trop de sophistication mais ce spectacle est exceptionnel, drôle, émouvant et virtuose. Voire hypnotique.

 Mireille Davidovici

 Le spectacle a été présenté du 7 au 11 septembre, au Théâtre du Châtelet, Paris (I er). Dans le cadre des saisons du Théâtre du Châtelet et du Théâtre de la ville hors-les-murs.

 Les 13 et 14 novembre, Théâtre des Salins Martigues (Bouches-du-Rhône)

 Les 16 et 17 septembre Campania Teatro Festival, Teatro Politeama, Naples (Italie) ; 23, 24, 25, 26 septembre , Torinodanza Festival, Fonderie Limone Moncalieri, Turin (Italie) ;
Du 1  au 3 octobre, Festival Aperto, Teatro Municipale Valli ( Italie) ; du 9 au 12 octobre / ONE DANCE WEEK / House of Culture Boris Hristov, Plovdiv (Bulgarie).
Du ; 26 au 28 novembre, 39º Festival de Otoñ/Teatros del Canal, Sala Roja  Madrid (Espagne)…

 

 

 

 

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