Réouverture de Chateau-Rouge à Annemasse et Allegria, chorégraphie de Kader Attou

Réouverture de Chateau-Rouge à Annemasse  et Allegria, chorégraphie de Kader Attou

 

Après trois ans de travaux, la nouvelle façade de la grande salle qui a été reconstruite, domine du haut de ses vingt-deux mètres le quartier de Château-Rouge, à quelques encâblures du centre d’Annemasse. Cette partie neuve avec une grande salle de 1.000 places (1.500 pour les concerts debout) a été raccordée aux trois plateaux existants : une salle de concert, une petite salle modulable et un café-concert. Pour que l’activité du théâtre ne cesse pas pendant cette rénovation, une salle éphémère a assuré l’intérim.

Frédéric Tovany, directeur depuis 2012 de ce théâtre transfrontalier -Genève est à trois kilomètres-, jumelé avec une scène musicale depuis 2004, a mené ces transformations sous les auspices de la municipalité qui n’a pas reculé devant la dépense : un tiers du budget total de treize millions d’euros ! Soit un véritable choix de société pour cette ville de trente-sept mille habitants. Pour le maire Christian Dupessey dont c’est le troisième mandat: « La culture est un lieu de mixité sociale, rencontres, éducation et constitue l’identité d’Annemasse depuis quarante ans. Ce lieu, poussé sur un terrain vague dans les années 80 et plusieurs fois agrandi, méritait la grande salle qui lui manquait. » «Etre maire, ce n’est pas toujours amusant mais il y a des moments magiques ! » dit cet élu, qui, avant sa mandature, était déjà adjoint à la Culture.

 Château-Rouge a maintenant l’un des plus grands plateaux de la région après l’Opéra de Genève : trente mètres de profondeur, seize d’ouverture et dix-sept de hauteur. Il accueillera des spectacles que la Comédie de Genève ne peut abriter, comme la prochaine création de Julien Gosselin : Le Passé d’après Leonid Andreev… ou le Lac des Cygnes d’Angelin Prejlocaj. Et sur le plateau, les perches ont été entièrement automatisées. Les échanges sont fréquents avec d’autres établissements grâce au dispositif Les Colporteurs, une navette pour transporter les spectateurs entre les théâtres d’Annemasse, de Renens-Lausanne, Thonon et le théâtre de Poche à Genève. Cela fait dire à Christian Dupessey qu’il faudrait inventer pour Château-Rouge, un label : «Scène transfrontalière» !

Frédéric Tovany définit ainsi son action: «Entre le corps et les mots, pour se jouer des frontières » et accorde une grande place à la création avec des résidences d’artistes et une programmation audacieuse, suivie par 65.000 spectateurs (soit 80% de remplissage). On y attend aussi bien les créations de la circassienne Camille Boitel, que L’Histoire mondiale de ton âme, un  feuilleton dramatique en 99 épisodes d’Enzo Corman, mis en scène par Philippe Delaigue  (on en verra huit séquences en novembre)…

Pour fêter cette inauguration, le public d’Annemasse et des environs a pu assister gratuitement pendant le week-end, à des concerts et spectacles dont celui de Kadder Attou.

©justine_jugnet

©justine_jugnet

 Allegria chorégraphie de Kader Attou

 Pour sa seizième création en tournée depuis plus de deux ans, le chorégraphe  a opté pour une succession de tableaux. Y alternent des situations dramatiques ou burlesques et, comme un répit à cette danse inventive, des échappées poétiques… Comme si, pour lui, la danse n’était plus seulement LA danse mais les relations entre les individus, en connivence ou en opposition: «Un endroit pour que des êtres se rencontrent par envie ou par hasard, avec des choses qui arrivent puis disparaissent, comme cela se passe dans un rêve.» Il s’appuie sur la personnalité des danseurs: «J’écris à partir de leur mouvements, ce que leur corps propose. »

Kader Attou, sans renoncer à son vocabulaire hip-hop à la fois aérien et ancré au sol, avec des acrobaties collectives ou solos virtuoses, dessine des situations et crée une imagerie onirique, soutenue par la musique de Régis Baillet, légère ou grave, en boucles véhémentes ou en volutes lyriques, jusqu’au chant religieux…  Allegria s’ouvre sur une image : devant un vaste rideau à l’avant-scène, un homme pose sa valise. Bientôt, d’autres le rejoindront et essayeront de s’emparer de cet objet de convoitise: ainsi commence une lutte joyeuse et bondissante  qu’on retrouvera à la fin du voyage où nous entraînent huit danseurs infatigables. 

 Camille Duchemin a créé une scénographie évolutive avec un espace qui se creuse : le rideau tombe, donnant le champ libre aux interprètes alternant solos, duos, trios, quatuors, sextuors et autres combinatoires. De temps à autre, un danseur se sépare de l’ensemble, solitaire, pour quelques évolutions avec un style personnel, bientôt rejoint et imité par les autres. A mi-parcours, le mur qui barrait le fond de scène s’efface et un grand écran capte les éclairages de Fabrice Crouzet, créant des climats contrastés. Il devient aussi un voile translucide derrière lequel les interprètes passent en ombres chinoises, simples silhouettes ou créatures chimériques.De ces quatre-vingt dix minutes, nous retiendrons des moments inoubliables: la traversée d’une mer houleuse où les danseurs plongent dans les vagues, figurées par un tissu agité entre cour et jardin. Sur la plage, gît un homme aussitôt ressuscité et rejoint par le groupe : «Je n’ai pas écrit ce spectacle pour faire oublier la misère du monde ni pour la mettre en avant, dit Kader Attou. J’aime raconter avec légèreté ce qui se passe de grave dans le monde. »

Allegria : une pièce joyeuse où le chorégraphe débusque les éclairs d’humanité dans la violence et même la poésie du monde, comme dans la scène finale où la valise, métaphore des migrations aventureuses, laisse échapper comme par magie, des objets inattendus… Le directeur du Centre chorégraphique national  de la Rochelle depuis 2008, donne une fois de plus au hip-hop ses lettres de noblesse et lui donne ici un supplément d’âme : «L’idée : chercher la poésie partout où elle se trouve. J’aimerais que les gens sortent heureux, que le titre s’inscrive dans les corps du public.» Pari tenu et il raconte tout en douceur, la gravité du monde et transmet cette jubilation au public, enthousiaste…

 Mireille Davidovici

Le 17 septembre, Château-Rouge, 1 rue de Bonneville, Annemasse (Haute-Savoie) T. : 04 50 43 24 24.

 

 


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