Tropique de la violence, de Nathacha Appanah, adaptation et mise en scène d’Alexandre Zeff

 

Tropique de la violence, de Nathacha Appanah, adaptation et mise en scène d’Alexandre Zeff

 

Toutes les ressources du spectacle sont là : rideau rouge, succession d’écrans de tulle avec projections surdimensionnées se heurtant à la petite silhouette du comédien , percussions et batterie en direct, danse, musique à fond, jeux d’eau… Avec ça, un texte rythmé, slamé… Et une histoire, semblable à des milliers d’autres (La plus grande maternité de France se trouve à Mayotte), celle du bien nommé Moïse, abandonné, donné par sa mère, une immigrée clandestine venue chercher en ce département français un endroit où le faire naître, en espérant pour lui un destin meilleur.

Mais le destin ne se laisse pas apprivoiser si facilement. Moïse perd sa deuxième mère, l’assistante sociale blanche qui l’a reçu dan ses bras et se retrouve en ville, à « Gaza » – un surnom qui en dit long- le quartier de « mineurs isolés », sous la coupe d’un dénommé Bruce, roi autoproclamé de cette micro-société d’adolescents livrés à eux-mêmes. C’est trop de misère, de violence ?

C’est trop ? Trop de sons, de couleurs et d’effets ? Eh ! Bien, non. Cet excès, ces débordements spectaculaires traduisent d’abord les émotions ressenties par Alexandre Zeff à la lecture du roman. Comment ne pas être enthousiaste – littéralement, « habité par le divin »- : « la beauté de l’écriture avait transcendé cette histoire, inspirée de notre effroyable réalité, en un oratorio étourdissant et lumineux » ? Et aussi la beauté due à ceux dont il raconte l’histoire.

Les acteurs sont beaux et dansent, luisants d’eau qui, sur scène, ne se réduit pas un effet même si elle permet des effets très spectaculaires. Elle est l’élément même du drame : passer l’eau, par centaines, pour tenter d’aller chercher la protection du département français, passer des Comores à Mayotte, c’est vital et souvent mortel. Les « kwassas »-de petites barques- s’échouent et font naufrage ou arrivent sur une île qui les refuse. On entend les : « quoi ça ? » Même question sans réponse des migrants de la Méditerranée ou de la Manche.

C’est aussi la question de l’esthétique choisie : c’est quoi ça ? Faire de belles images avec la plus grande misère ? La passion, l’engagement sincère d’Alexandre Zeff pulvérisent l’objection. C’est le retournement du spectaculaire. Fait pour masquer la vérité des injustices du monde, pour transformer le drame en divertissement, il produit ici tout autre chose : il démasque, fait apparaître la beauté réelle, possible, gâchée de tous ces êtres broyés par les conditions socio-politiques qui s’imposent à eux.

Nous ne serons pas forcément d’accord avec Alexandre Zeff quand il parle de son travail comme d’une forme « métissée », en faisant référence aux cultures créoles. Ce sont tout simplement les formes du grand spectacle mais ce théâtre « à l’ancienne », il l’a réalisé avec un soin parfait, né du respect du public et aussi de sa conviction. Sans oublier sa gratitude envers Nathacha Appanah dont il pense avoir su garder la musique et le lyrisme.

Et les intentions que l’on pourrait qualifier de « morales » font la qualité de ce spectacle. Mais dans Tropique de la violence elles n’ont rien d’une « valeur ajoutée » qui excuserait une certaine paresse artistique et sont le moteur même de la réalisation. Beau travail, et du cœur à l’ouvrage. Respect, comme disent les jeunes, le vraii public de ce théâtre.

Christine Friedel

Théâtre de la Cité Internationale, 17 Boulevard Jourdan Paris (XIV ème), jusqu ‘au 24 septembre. T. : 01 43 13 50 50

Le roman est publié aux Éditions Gallimard, collection blanche et a reçu en 2016 le prix Fémina lycéens et en 2017 , le prix France Télévision.

 

 

 

 

 


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