Derrière tes paupières, texte et mise en scène de Pierre-Yves Chapalain

Derrière tes paupières, texte et mise en scène de Pierre-Yves Chapalain

Éléonore, le personnage principal, la quarantaine, est épuisée par son travail de recherche dans un laboratoire et a perdu petit à petit l’usage de la parole. Elle a des ennuis de mémoire et aussi d’élocution. «Elle ne choisit pas de s’arrêter de parler, elle ne peut simplement pas faire autrement. Son silence est une révolte inconsciente; certainement contre son inquiétude, sa solitude, sa lutte pour être la meilleure au travail, son quotidien…on pourrait dire presque dire que les mots se révoltent contre l’usage qu’elle en fait, dit Pierre-Yves Chapalain.» Éléonore, travaille à mettre au point une crème de soins qui, selon elle, va créer l’événement, puisqu’elle doit rajeunir les tissus de la peau. Le vieux mythe de Faust persiste encore au XXI ème siècle …

 

© Gwendal Le Flem

© Gwendal Le Flem

Cela se passe ‘dans un lieu indéfini en bordure d’une ville, parmi des broussailles. Il y a juste une grande et belle table en bois avec quelques chaises pour dîner. Éléonore (Marie Cariès) vient consulter un neurologue (Pierre-Yves Chapalain). Il lui dit qu’il a subi dans son cabinet médical, un gros dégât des eaux. Très attentif à cette curieuse patiente visiblement très perturbée, il  va lui faire avaler un verre d’eau rempli de «particules en suspension, pour «visualiser son intérieur». Ensuite, il lui proposera un «aide à domicile nouvelle génération », soit un être hybride humain et végétal,  issu de manipulations génétiques ici remarquablement interprété par Pierre Giraud. « Une « sorte de majordome spécialisé dans le domaine médical». Maya, la sœur d’Eléonore qu’elle avait perdu de vue, mais qui va prendre la situation en main, acceptera la proposition du neurologue et cet humanoïde traduira les pensées d’Eléonore et les exprimera à sa place…Pierre-Yves Chapalain réussit aux meilleurs moments, à créer une fiction fondée sur une anticipation médico-scientifique.

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Et cette réflexion en filigrane sur la relation que nous avons à la parole et au langage, surtout quand un de nos proches est atteint de déficience neuronal comme on dit poliment, devient alors quasi-obsessionnelle. Pourquoi une chercheuse de très haut niveau comme Eléonore, ou une grande spécialiste de danse contemporaine, auteure de plusieurs livres, n’arrive plus à s’exprimer par écrit et à peine oralement…Il y a donc autour d’Elénore, sa fille Caddy (Hiba El Aflahi), sa sœur Maya (Émilie Incerti Formentini) et son mari (Kahena Saighi), Karl, son ami d’enfance (Nicolas Struve). Et refait surface un ancien amour d’Éléonore: il l’a l’a quittée après lui avoir juste laissé une lettre- sans doute érotique- écrite en persan mais pour des raisons inconnues, elle n’a jamais voulu la faire traduire,  peut-être par crainte du contenu qu’elle risque de découvrir… Caddy dénonce le professeur pervers qui est directeur de thèse sa thèse. Maya, la sœur d’Éléonore, deviendra manipulatrice et jalouse.

Et cela donne quoi? Pas toujours facile de s’y retrouver dans ce mélange des genres et mission quasi-impossible d’introduire l’anticipation sur un plateau pour l’auteur et metteur en scène Pierre-Yves. Il  y réussit  pourtant assez bien dans la toute première partie, d’autant plus que sa direction d’acteurs et sa mise en scène sont solides. Et tous ses acteurs -en particulier Nicolas Struve, Pierre Giraud et surtout Emilie Incerti Formentini- ont un solide métier et leurs personnages sont très crédibles. Mais il manque une unité de style à cette pièce qui patine nettement dans la seconde partie: la faute à un fil rouge qui se perd en route… Au début, ce Derrière les paupières se laisse voir avec plaisir mais les dialogues bien bavards de ce récit d’anticipation philosophico-poétique mais aussi fondé sur une réalité sociale, finissent par devenir pesants. Reste une mise en scène soigneuse, même si Pierre-Yves Chapalain aurait pu nous éviter ces giclées de fumigènes qui n’apportent rien,  malgré aussi la scénographie et les costumes bien conçus d’Adeline Caron  et une interprétation de premier ordre. Et cette heure quarante cinq est longuette. A vous de décider…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 10 octobre, Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris (XX ème).Le texte de la pièce est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs.

 

 


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