Ces Filles-là d’Evan Placey, traduction d’Adelaïde Pralon, mise en scène d’Anne Courel

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© Guillaume Ducreux_

Ces Filles-là d’Evan Placey, traduction d’Adelaïde Pralon, mise en scène d’Anne Courel

 Créé en 2017, le spectacle, après cent-vingt représentations, a connu un coup d’arrêt l’an dernier, alors qu’il était programmé dans cette même salle: les douze comédiennes se retrouvent donc ici, accompagnées de huit amatrices. «Dans chaque lieu où nous jouons, dit Anne Courel, un nouveau groupe de jeunes filles rejoint l’aventure sur le plateau au milieu des artistes».  «Parce qu’elles sont expertes en silence, ce silence rend le harcèlement possible. » Car le sujet épineux de Ces Filles là est le harcèlement … L’auteur, qu’Anne Courel a rencontré quand elle a monté sa pièce précédente, Holloway Jones, a pris comme point de départ le suicide de la jeune Canadienne Amanda Todd, après la diffusion sur lnternet de sa photo où elle était seins nus. Avant son geste fatal, elle avait posté une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. Muette, elle racontait son drame avec des écriteaux.

Ici, Evan Placey aborde cette douloureuse question sous forme d’une écriture chorale : victime de harcèlement, Scarlett, est indissociable de son groupe de copines. L’auteur la place parmi «les filles de Sainte- Hélène» que nous retrouvons en cinq temps: de la maternelle à l’âge mûr… A l’école, à la piscine, dans une surprise-partie… Bien élevées, insouciantes, dans leur uniforme de collégiennes, elles jouent innocemment à s’épier entre elles, à faire des selfies et désignent Scarlett comme leur souffre-douleur. La grégarité du groupe garantit l’irresponsabilité de chacune, quand sera publiée la photo de Scarlett, nue, image qui deviendra virale sur les réseaux sociaux. Mais l’auteur nous offre une fin ouverte : Scarlett se rebelle, montrant la voie de la résistance et du féminisme… Un dénouement positif où elle reprend à son compte les luttes de ses ancêtres, des femmes libres qui apparaissant entre les scènes de groupe : une suffragette de 1928, une aviatrice pendant la dernière guerre, une jeune fille engagée dans la lutte contre le racisme dans les années soixante…

 La mise en scène est fondée sur une chorégraphie des corps qui se meuvent avec l’énergie de la jeunesse. On décèle à peine les amatrices des professionnelles, tant elles ont réussi à se fondre dans le groupe. D’une séquence dansée à l’autre, les filles papotent, se racontent leurs amours ou leurs complexes physiques mais l’écriture reste concise et efficace, sans démagogie. Aux réactions de la salle pleine de jeunes gens, on sent que les mots et les attitudes font mouche et, si certaines situations prêtent à sourire, d’autres engendrent un silence glacial.

Depuis la création du spectacle, plus de trois cents amatrices entre seize et vingt-cinq ans sont montées sur scène, dit la metteuse en scène. Une particularité de la compagnie Ariadne dont les spectacles parlent aux jeunes qui y participent activement. «Après l’expérience d’Au Pont de Pope Lick, (voir Le Théâtre du Blog), nous avons eu envie de travailler plus avant sur le dialogue possible avec les ados.» Anne Courel, qui dirige l’Espace 600- Scène conventionnée Art-Enfance-Jeunesse à Grenoble, collabore le plus souvent avec des auteurs contemporains: Eugène Durif, Carole Fréchette, Sylvain Levey, Karin Serres… Pour sa prochaine création : S’engager, elle a passé commande à Magali Mougel. Il s’agit d’enquêter auprès de jeunes gens qui ont intégré des écoles de la seconde chance confiées à l’armée, pour l’insertion dans l’emploi (E.P.I.D.E.): « Qu’est-ce qui pousse ces jeunes à opter pour cette orientation singulière? Sont-ils vraiment volontaires ? Paumés? Instrumentalisés? Soutenus ?» Réponse en janvier au Grand Angle à Voiron ( Isère) …

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 5 octobre à L’Azimut (ex-Théâtre Firmin Gémier-La Piscine, Anthony/Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).

Du 12 au 14 octobre, MC2 de Grenoble (Isère).

Le 25 novembre, salle Jean Favre, Langres (Haute-Marne).

 

 

 

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