La Rue, d’après le roman d’Isroel Rabon, traduction de Rachel Ertel, mise en scène de Marcel Bozonnet

La Rue, d’après le roman d’Isroel Rabon, traduction de Rachel Ertel, mise en scène de Marcel Bozonnet

FRA - THEATRE - LA RUE

© Pascal Gély

Ce grand roman écrit en yiddish, aujourd’hui tombé dans l’oubli, relate l’errance d’un jeune soldat polonais démobilisé. Sans famille ni feu ni lieu, il divague dans les rues de Lodz, recherchant un emploi. Comme bien d’autres combattants au sortir de la guerre de 1914-18, il souffre de la faim, du froid et de la solitude… Juif, il se trouve exclu du monde du travail. Le spectacle baigne dans la culture yiddish de l’époque, qui s’est développée dans la mouvance du surréalisme mais a sombré avec l’élimination des juifs d’Europe. Cette chronique fictionnelle des bouleversements au début du siècle dernier qui accoucheront de la shoah, se situe au moment où se profile la catastrophe.

L’auteur se présente en ouverture du spectacle, pour ne plus réapparaitre: né en 1900 en Pologne, il a grandi à Lodz dans un milieu très pauvre. Orphelin comme son héros, il a connu une période d’errance. Devenu journaliste et romancier, il va alors être confronté à l’antisémitisme et se réfugie à Vilnius en 1939. Arrêté deux ans plus tard, il sera interné et assassiné au camp nazi de Ponary.

 Après ce prologue superflu, la pièce retrace l’itinéraire du soldat en déshérence dans les rues d’une ville industrielle… Une descente aux enfers, construite en différentes stations… Le jeune homme rencontre des personnages imaginaires issus de son délire. Ou réels ? On ne sait trop. Une petite fille, une jeune fille compatissante, une mendiante, un montreur de marionnettes ou les artistes d’un cirque ambulant…Marcel Bozonnet convoque l’art de la marionnette, du cirque et du théâtre pour nous plonger dans un monde halluciné, impression renforcée par les dessins animés blanc sur noir de Quentin Balpe, projetés en fond de scène et qui, légèrement bougés, représentent une ville fantôme, surplombée d’usines et d’immeubles.

Stanislas Roquette (le soldat) déambule sans but: sur son chemin,  des personnages, joués par des acteurs ou des marionnettes, le tirent un temps de son monologue. Lucie Lastella-Guipet vient le charmer de ses acrobaties, gracieuse sur un ballon ou dans sa roue Cyr et Jean Sclavis est le vieux marionnettiste juif, gardien de la tradition yiddish et directeur du cirque.

 Dans la scène finale, les acteurs plient bagage, les marionnettes de toute taille conçues par Emilie Valentin, retrouvent leur place dans le petit chariot du théâtre ambulant. La bien nommée compagnie des Comédiens voyageurs propose une aventure sensible et nostalgique dans un monde englouti par le chaos de l’Histoire. Les compositions électro-acoustiques de Gwenaëlle Roulleau jouées en direct, donnent du relief à ce cheminement d’outre-tombe. Mais cette adaptation insiste trop sur le monologue du soldat, au détriment des apparitions qu’il croise, même si elles font naître de jolies images au charme désuet. Et rappelle à notre bon souvenir Isroël Rabon, un auteur inclassable.

 Mireille Davidovici

 Du 15 au 25 septembre et du 5 au 10 octobre, Théâtre du Soleil, 2 route du Champ de manœuvre, Cartoucherie de Vincennes. Métro : Château de Vincennes ensuite navette gratuite. T. 01 43 74 24 08.

La Rue est publié par l’ Edition Julliard

 

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