Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg, traduction de Marianne de Ségol-Samoy, mise en scène de Christophe Rauck

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© Simon Gosselin

Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg, traduction de Marianne de Ségol-Samoy, mise en scène de Christophe Rauck 

 Nous avions vu ce spectacle en mars dernier, au Théâtre du Nord, alors occupé par les intermittents et les élèves de l’Ecole. Une prise de fonction donc mouvementée pour David Bobée, nouveau directeur des lieux, Christophe Rauck, lui, en quittait la direction pour celle de Nanterre-Amandiers, sur un beau geste artistique: une mise en scène en forme de conte cruel. 

 La Fille-Roi, reine des neiges, encagée dans une vitrine où s’amoncellent des flocons, se vit comme une «anomalie ».  Comment être libre et régner ? Comment refuser le mariage quand le pays réclame une descendance et assumer sa passion pour une dame de compagnie? Comment s’émanciper des cauchemars de l’enfance : un père aimé mort à la guerre et une mère en exil ?  

La pièce s’inspire de la vie de la légendaire reine Christine (1626-1689) avec une vision contemporaine des problèmes liés au «genre» et au Pouvoir. Sara Stridsberg se nourrit de l’Histoire, pour créer un personnage aussi complexe que la structure de la neige…  Enfant unique du roi Gustave-Adolphe de Suède, elle a six ans quand elle accède au trône. Elevée comme un garçon, habile cavalière et chasseuse mais aussi fine diplomate et femme de lettres, elle s’entoure de penseurs, dont René Descartes. Mais elle abdiquera en 1654, après dix ans de règne, au profit de son cousin qu’elle refuse d’épouser. Elle quittera la Suède pour de longues pérégrinations à travers l’Europe, avant de s’établir à Rome.

Image finale de la pièce, ce départ : la liberté! Après d’âpres débats avec le Régent : le Pouvoir, et son fiancé: Love, sa dame de compagnie, Belle et le Philosophe, ou encore avec le fantôme sanguinolent de son père… Aux prises à des pulsions contradictoires, l’autrice ne trahit pas sa source historique mais situe cette pièce à une époque indéterminée et brouille les temporalités de la fable.

Christophe Rauck donne vie à ces personnages grâce à une direction d’acteurs minutieuse et une mise en scène au rythme sans faille, malgré quelques longueurs et scènes répétitives. Sarah Strisberg sacrifie parfois au dogmatisme féministe -et c’est dommage- pour rendre justice à ce personnage emblématique du matrimoine et questionner ainsi les rouages du pouvoir masculin.

Marie-Sophie Ferdane, en scène tout au long du spectacle, incarne la Fille-Roi avec énergie et nuances: froide devant ses pairs ou brûlant de passion pour la tyrannique Belle (Carine Goron), fondant d’amour pour sa mère, mutine, jouant aux jeux de la guerre avec le Roi Mort (Thierry Bosc avec une perruque et très en forme)… A la fois enfantine et dame de fer, avec une androgynie féminine, elle évolue très à l’aise d’une humeur à l’autre, dans ou hors le cercueil de verre sur lequel la neige tourbillonne ou s’amoncelle en manteau protecteur. Scénographie d’Alain Lagarde avec des images où la lumière froide du Grand Nord contraste avec des zones plus sombres et plus chaudes. 

Dans ce paysage de contes d’Andersen, le Philosophe, sous les traits d’un Africain frigorifié (Habib Dembélé), inculque à la femme-Roi capricieuse la notion de libre-arbitre et la pousse à le suivre vers les pays chauds. Mais il mourra d’un refroidissement, comme Descartes à Stockholm en 1650. L’exercice du libre-arbitre, quand soufflent des vents contraires, à l’intérieur comme à l’extérieur des personnages, pourrait être le cœur de la pièce. «Une des raisons d’être de ma littérature est de faire naître le paradoxe», dit l’écrivaine suédoise que Christophe Rauck met ici en scène avec bonheur et pour la seconde fois après La Faculté des rêves en 2019. 

 Mireille Davidovici

 Du 25 novembre au 18 décembre au Théâtre de Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine). T. 01 46 14 70 00.

 

 

 

 

 

 

 

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