Léon Tolstoï à Nice…

Dans le cadre de l’Année 2021 de la coopération décentralisée franco-russe, la ville de Nice a proposé sur le thème de Tolstoï en Provence/Les écrivains russes dans le Sud de la France, des concerts, spectacles, expositions,conférences…

Exposition Léon Tolstoï

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En quinze panneaux, des reproductions des récits et nombreuses lettres que Léon Tolstoï adressa à sa famille, quand il vécut en Europe mais surtout à Marseille, Menton, Hyères, Toulon, Nice…à deux reprises en 1847 puis trois ans plus tard. Et des peintures et photos de la collection unique du musée d’Etat Léon Tolstoï. Mais aussi des livres issus de la bibliothèque Raoul Mille à Nice.

Le soir de l’inauguration, était seulement visible une partie de cette expo qui peut être l’occasion de s’initier à l’œuvre du grand écrivain russe. A l’entrée, un pur joyau provenant du fonds de la Cinémathèque municipale : l’affiche du film tourné par le réalisateur américain King Vidor (1956), adaptation de Guerre et paix., avec une distribution exceptionnelle: Audrey Hepburn, Henry Fonda, Mel Ferrer (doublé en français par Maurice Dorléac, le père de Catherine Deneuve), Anita Ekberg, Vittorio Gassman…

Bibliothèque Raoul Mille, 33 avenue Malausséna, Nice (Alpes Maritimes) . T: 04 97 13 54 29.

Les voyages de Léon Tolstoï en Europe

Serguei Arkhangelov, directeur du musée d’Etat Léon Tolstoi de Moscou, n’ayant pu venir à cause de formalités anti-covid, c’est Aliona Slastikhina, son bras droit qui l’a remplacé pour cette conférence, avec l’aide efficace de la metteuse en scène Nathalie Conio-Cauvin qui servait d’interprète. En une heure, nous découvrons une autre facette peu connue de la vie de Léon Tolstoï, jeune et grand voyageur -il n’avait pas trente ans- qui vécut dans de nombreuses capitales européennes ( Londres, Bruxelles, Rome, Naples, Athènes, Paris) où il fut séduit par toute la culture française. Il adorait Jean-Jacques Rousseau, fut très influencé par Stendhal et admirait beaucoup Romain Rolland avec lequel il échangea une nombreuse correspondance..
Il parlait et écrivait couramment notre langue comme de nombreux aristocrates russes et deux chapitres d’Anna Karénine écrits en français ont été influencés par sa vie à Hyères… Il est impressionné par un bal masqué à l’Opéra de Paris et vécut dans un immeuble de la rue de Rivoli et s’inscrit même à la Sorbonne. Il alla beaucoup au théâtre voir des pièces de Racine, Molière, Beaumarchais, visita le Louvre et la château de Versailles. Léon Tolstoï aimait la vie quotidienne et la joie de vivre des Français. Mais et on le comprend- supportait mal les fastes du tombeau de Napoléon aux Invalides… Il rencontra son compatriote le merveilleux Tourgueniev, Anatole France, etc. Et il eut une relation épistolaire suivie avec Romain Rolland.

A Paris, il assista à une exécution capitale qui le bouleversa et fit de lui un partisan convaincu de l’interdiction de la peine de mort. Léon Tolstoï trouvait Naples et Nice ennuyeux mais vécut à deux reprises d’abord en 1857 puis à nouveau en 1860-61 à Marseille,Toulon, Menton, et surtout à Hyères au bord de la mer avec sa sœur Maria qui s’y installa avec ses enfants et son frère Nicolaï ; atteint par la tuberculose, il y mourut. Mais s’il goûtait pleinement le charme de la Côte d’Azur, regrettait tout de même son beau domaine d’Iasnaïa Poliana où il est enterré. A trente-quatre ans, il se maria en 1862 avec Sophie Behrs (dix-huit ans) avec laquelle il eut treize enfants. Cette maison rénovée fut transformée en musée Tolstoï, il y a déjà un siècle…
En une heure, un beau voyage dans la vie du grand écrivain avec, en prime, la mélodie de la langue russe… Que demande le peuple de Nice et des alentours ?

Conférence prononcée le 19 novembre à la Bibliothèque Raoul Mille.

Tolstoï, Tourgueniev: croisements en Provence, d’après les correspondances inédites de Léon Tolstoï, Ivan Tourgueniev, Maria Tolstoï, Paulina Viardot, conception d’Aliona Slastikhina et Nathalie Conio-Thauvin, mise en scène de Nathalie Conio-Thauvin

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Une lecture-spectacle réalisée en quelques jours. Et ce soir-là, dans le beau petit théâtre Francis Gag situé dans le vieux Nice, une répétition générale comme on disait autrefois ou une « étape de travail » comme on dit  maintenant sur la vie de Léon Tolstoï dans le Sud de la France. Sur le plateau, cinq cadres anciens posés sur un chevalet pour encadrer les visages de chacun des cinq acteurs ou intervenants. Avec derrière, une chaise où ils s’assoient quand ils ne jouent pas. Et posés au sol, un petit sac de voyage, deux paniers et une grande table basse pliante.

Une belle percée dans la vie familiale d’un Tolstoï jeune encore (pas du tout le patriarche à la barbe blanche qu’on voit d’habitude sur les photos) quand son frère et sa sœur passaient des moments agréables à Hyères. Il faut saluer une dramaturgie raffinée où émerge, de ces lettres, la vie de personnages qu’on aurait bien aimé connaître. Des costumes simples d’aujourd’hui : veste et pantalon pour les hommes (pour une fois en minorité sur un plateau) et longues robes pour les femmes. Le tout servi par de beaux éclairages sans prétention. Et les acteurs-récitants: Louis Castel (Léon Tolstoï) et Marie-Anne Gorbatchewsky (Maria Tolstoï, sa sœur) ont une diction et une gestuelle impeccables, ce qui n’est pas si évident après juste quelques répétitions. Chapeau. Mais Patrice Goubier lui, pas très à l’aise, peine à convaincre en Tourgueniev, excellent nouvelliste et dramaturge (1821-1883), auteur notamment d’Un Mois à la campagne, sa pièce la plus célèbre (1850), créée en 1879. Il vécut longtemps en France notamment à Bougival (Yvelines)  où il fit construire une maison  et à Hyères avec la famille Tolstoï.
Dommage, car toute la dramaturgie de ce spectacle est fondée sur la vie de ces jeunes gens  qui  forment une sorte de quatuor inséparable avec Pauline Viardot, une cantatrice amoureuse de Tourgeniev (interprétée ici par la soprano Snezhana Bacharova). Ils font parfois penser aux personnages du Quatuor d’Alexandrie de Laurence Durrell quelque cent ans avant… Dénominateurs communs: jeunesse, préoccupations artistiques et littéraires, vie sur le rivage méditerranéen,  Parfois depuis la salle, arrive sur scène Olga Cavallaro en Loie Fuller. Curieuse idée de mise en scène mais, comme cette danseuse a une belle présence…

Mais doit être absolument améliorée une scénographie qui sent le bricolage et qui, à cause de ces cadres fixes, donne un côté statique à la mise en scène. Cette bonne idée visuelle ne tient pas la route très longtemps… Et il y a aussi une table basse pliante sur le devant du plateau, héritée d’un ancien spectacle de Nathalie Conio-Thauvin., un machin qui gêne les déplacements des comédiens. C’est le point faible de ce travail: même pour une simple lecture-spectacle et même si c’est une mode actuelle, on ne s’improvise pas scénographe… Et rien de grave mais il faudrait aussi revoir la fin de ce texte un peu trop long qui a tendance à faire du sur-place et à se terminer, plutôt qu’à finir. Mais encore une fois, ce que nous avons vu est seulement une étape de travail et cette lecture-spectacle ne manque vraiment pas de qualités pour se bonifier… A suivre.

Répétition générale vue le 20 novembre au Théâtre Francis Gag, 4 rue de la Croix, Nice (Alpes-Maritimes).

Sniper de Noël Dolla

Et si vous avez trois minutes et demi, montez par le bus sur la colline de Cimiez jusqu’au très beau musée Matisse. Bien sûr, vous pourrez voir ou revoir de nombreuses toiles remarquables mais aussi des  bustes du célèbre peintre qui vécut à Nice de 1917 à sa mort en 1951.

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Et une œuvre remarquable de Noël Dolla, ancien membre du groupe Support-Surfaces. Des bandes de papier de dix mètres de long sur lesquelles il a projeté un filet de peinture acrylique noire selon un trait impeccable défini par un fil de pêche tendu, une méthode qu’utilisait autrefois les maçons de notre enfance avec une long cordon imprégnée de poudre bleue contenue dans un vieux béret…

Mais, pour ce faire, Noël Dolla, est suspendu dans une nacelle circulant sur un rail et il en commande la vitesse à la voix, puis il pose de la même façon d’autres couleurs. Et dans un geste ultime qui n’autorise aucun repentir, il soufflera de l’air comprimé sur cette peinture avec (sic) «une arme à déboucher les chiottes ADWC45 ». Résultat : une œuvre remarquable avec projection d’éclats de couleur sur la surface immaculée du papier parfois douce, mais aussi très violente d’où le titre Sniper. «Sous la brise d’un léger vent de travers, dit-il, une Fleur du Mal vient de voir le jour. »

Musée Matisse, 164 avenue des Arènes de Cimiez, Nice (Alpes-Maritimes). T. : 04 93 81 08 08.

Philippe du Vignal

Remerciements à Audrey Donadey-Pascal et à la compagnie IVA.

 

 


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