Festival Kalypso Les Autres, chorégraphie de Kader Attou

Festival Kalypso

Les Autres, chorégraphie de Kader Attou

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Les Autres © Julie Cherki

 

Pleins feux sur le hip hop en cette fin d’année avec ce festival dirigé par Mourad Merzouki. Soit cinquante spectacles dans trente-et-une villes d’Île-de-France. Une dizaine de créations comme Zéphyr de Mourad Merzouki, Les Ombres d’Antoinette Gomis, Pulse de François Lamargot, Any Way de Sandrine Lescourant. Mais aussi Les Autres de Kader Attou, son dernier spectacle avant de quitter le Centre Chorégraphique de La Rochelle qu’il dirige depuis 2009. Le livre de Rosita Boisseau et Laurent Philippe, Danser hip hop**, sort opportunément pour saluer ce courant en plein essor qui renouvelle les pratiques et les publics de la danse contemporaine.

Les Autres, de par son titre, renvoie à l’altérité en mélangeant les styles et les disciplines artistiques.  Une musique intemporelle accompagne l’arrivée dans la brume d’une jeune femme, suivie d’ombres masculines. Des présences évanescentes, happées par l’obscurité, apparaissent et réapparaissent derrière des colonnes mobiles qui se déplaceront au gré des tableaux. Dans un jeu de cache-cache entre quatre danseurs et deux danseuses et en connivence avec les musiciens présents sur scène. 

«L’idée de la pièce est née de ma rencontre avec des musiciens atypiques, dit Kader Attou. » Loup Barrow, à l’orgue de cristal Baschet (inventée en 1952 les frères Baschet) caresse avec ses doigts mouillés le clavier de cinquante deux tiges de verre pour en tirer des sons étranges, graves ou stridents. En accord avec Grégoire Blanc, l’un des rares interprètes du thérémine, un des premiers appareils électroniques, inventé par le Russe Léon Thérémin (1896-1933). Cet instrument se joue en promenant ses mains à l’intérieur d’un champ magnétique créé par deux antennes plantées sur un boîtier qui émet des vibratos inouïs.  Des percussions et une scie musicale viennent ici compléter cet arsenal, au service des compositions aériennes et fluides de Camille Duchemin. Ces sonorités insolites ont inspiré au chorégraphe des figures étranges où la danse est porteuse d’images incongrues et de rêveries. Loin du radicalisme gestuel et de la folle énergie d’Allegria (2019) ou d’Opus 14 (2015) (voir Le Théâtre du Blog).

 Dans la scénographie en mouvement perpétuel d’Olivier Borne, derrière, devant, dessus ou dans ces grandes colonnes grises, parfois un peu encombrantes, les interprètes se livrent à des courses-poursuites. Capucine Goust et Ioulia Plotnikova, légères dans leurs robes virevoltantes, rompues aux codes d’une danse néo- classique ou plus contemporaine, s’esquivent devant Wilfried Ebongue, Sébastien Vela-Lopez, Erwan Godard et Kader Attou, à la gestuelle teintée de hip hop. Avec, parfois, des figures acrobatiques ou des duos et trios, eux, plus convenus… De zones d’ombre et de lumière, émergent des images surréalistes: un homme sans tête, des femmes à tête d’abat-jour… Les musiciens eux-mêmes, à vue ou derrière un tulle, participent à cette fantasmagorie, en faisant corps avec leur instrument:  Grégoire Blanc du haut de ses presque deux mètres et Loup Barrow aux commandes de son impressionnant dispositif à pavillon.

Cette pièce baroque pour danseurs et musiciens d’une heure dix, tranche avec l’esthétique habituelle du hip-hop et emprunte ici des voies narratives, en s’attardant sur des images poétiques. Dans cette recherche, Kader Attou prend ici la liberté de mêler les styles et d’aller vers une théâtralité affirmée…  En quittant le C.C.N. de La Rochelle, le chorégraphe va réactiver sa compagnie Accrorap, créée autrefois avec Mourad Merzouki.  « Je suis en train de m’implanter dans la région de Toulon, Cannes, Istres, dit-il, pour construire un pôle itinérant de création chorégraphique. Ce pôle permettra des rencontres avec des artistes multiculturels, danseurs, musiciens, poètes, conteurs,(…) pour raconter la Méditerranée avec ses splendeurs et ses souffrances. » A suivre…

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 3 décembre aux Gémeaux, Sceaux (Hauts-de-Seine) dans le cadre du festival Kalypso, jusqu’au au 31 décembre.

Les 3 et 4 février, La Coursive, La Rochelle ( Charente-Maritime).
Les 29 et 30 mars, Théâtre de Grasse (Alpes-Maritimes)
Le 5 avril, Théâtre de Chartres.
Les 12 et 13 mai Scène nationale de Chateauvallon (Var); le 20 mai, Théâtre Durance, Château-Arnoux (Alpes-de Haute-Provence).
Du 9 au 11 juin La Villette Paris (XIX ème).

**Danser hip hop de Rosita Boisseau et Laurent Philippe est publié  chez Scala Editions Nouvelles.

 

 


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