Simone Veil, Les combats d’une effrontée d’après Une vie de Simone Veil, adaptation de Cristiana Reali et Antoine Mory, mise en scène de Pauline Susini

Simone Veil, Les combats d’une effrontée d’après Une Vie de Simone Veil, adaptation de Cristiana Reali et Antoine Mory, mise en scène de Pauline Susini 

Après une longue vie émaillée des pires souffrances mais aussi éclairée par une belle vie familiale et une réussite exemplaire en politique, Simone Veil avec son mari Antoine, est entrée au Panthéon le mois dernier. Sur le grand plateau du Théâtre Antoine, une table basse où est assise Simone Veil (Cristiana Reali) et à une petite table, une jeune universitaire (Pauline Susini) spécialiste du parcours de cette femme exceptionnelle, parle d’elle eà une émission de radio. Bon, pourquoi pas? Naît alors une sorte de dialogue entre ces femmes dont l’une pourrait être la fille de l’autre, avec une évocation d’abord son enfance à Nice dans une famille juive puis son arrestation et déportation à Drancy et enfin à Auschwitz, avec sa mère qui y mourra du typhus, et l’une de ses sœurs.
Dans son livre, elle dit toute l’horreur de la guerre qu’elle éprouve déjà sans savoir encore -elle n’a pas vingt ans- ce qu’elle va subir « C’est en tout cas ce que je ressentais. J’ai un souvenir précis de l’effroi que j’ai éprouvé en voyant quelques actualités cinématographiques, consacrées du reste, non pas à l’Allemagne mais à la guerre d’Espagne et à la situation en Chine. J’avais une peur terrible de la guerre, une sorte d’intuition, précoce et exacerbée. Vision prémonitoire des futurs périls ? C’est ce que prétendait ma sœur Milou, qui me l’a souvent rappelé par la suite : «C’est toi qui étais à la fois la plus inquiète et la plus lucide sur la situation. Tu étais la seule à pressentir ce qui allait arriver. »
Après Auschwitz, retour inespéré en France où elle fait des études de droit, puis se marie avec Antoine, brillant jeune énarque et vit avec lui et leurs fils en Allemagne où il était en poste. Puis elle travaille à l’Administration pénitentiaire où elle fit tout pour rendre plus supportables les conditions d’emprisonnement plus que lamentables dans les années soixante-dix. «Et je suis entrée à l’administration pénitentiaire, espérant alors pouvoir faire quelque chose pour les condamnés ou anciens condamnés, victimes de leur passé, de leur milieu et de leur misère. Je suis allée beaucoup en prison, je veux dire dans les prisons, et je découvre pour la plupart du temps des prisons qui sont dans un état épouvantable, sur-occupées. »

Puis Jacques Chirac, premier ministre sous Valéry Giscard d’Estaing, lui propose alors d’être ministre de la Santé. Elle se battra alors avec force et ténacité pour réussir à faire voter, et avec succès ! cette fameuse loi sur la normalisation de l’avortement. Contre une bonne partie des députés-mâles de l’époque qui ne lui ménagèrent pas mépris et insultes. Elle devint -on l’oublie souvent- députée au Parlement européen puis sa présidente, la première femme élue à cette haute fonction. Elle entre ensuite au Conseil Constitutionnel et témoigna très souvent de ce qu’elle avait vécu à Auschwitz… Avec le souci de transmettre un monde meilleur aux futures générations, celles de ses enfants et petits-enfants, que celui où elle avait grandi. Bref, une voix exceptionnelle d’une femme du XX ème siècle unanimement respectée et connue dans le monde entier.

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Et sur le grand plateau? Une mise en scène pas vraiment réussie avec, sur des châssis en fond de scène, des projections vidéo non figuratives et des fumigènes de temps à autre! Et une direction d’actrices assez floue: les comédiennes sont souvent assises face public, ce qui donne un côté statique au spectacle qui manque singulièrement de rythme. Cristiana Reali qui ressemble à Simone Veil, a heureusement une très bonne diction pour faire passer ce récit de vie mais quelle curieuse idée d’introduire des extraits des discours ou interventions en voix off de Simone Veil. Bref, il a manqué ici une véritable dramaturgie pour que ce récit en une heure quinze, arrive à décoller et prenne toute son ampleur.
L’évocation précédente avec une seule actrice sur la vie de Simone Veil dans une mise en scène simple et rigoureuse d’Arnaud Aubert au théâtre de Lisieux était plus convaincante. Enfin, que cela ne vous empêche pas d’aller voir ce court spectacle qui a été très applaudi par un public d’une âge certain -les tarifs étant inaccessibles aux jeunes et c’est vraiment dommage : orchestre et balcon à 41 et 30 €, à un autre balcon à 20 € et les places les moins chères étant à 16 €!

Philippe du Vignal

Théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. :01 42 06 77 71.

 Une Vie de Simone Veil est publié aux éditions Stock.

 

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