Marc Trudel, un magicien canadien

Marc Trudel, un magicien canadien

Tout petit déjà, il regardait les spectacles de David Copperfield que son père avait enregistrés sur VHS à la télévision. Il a ensuite reçu en cadeau la traditionnelle valise de magie et a commencé à présenter des tours à ses amis. A huit ans, il trouve à la bibliothèque municipale une copie du Manuel du Prestidigitateur de Patrick Page avec certains grands tours classiques et la magie est devenue alors presque une obsession chez lui. Quelques années plus tard, fasciné, il a vu Alain Choquette présenter la version par Gary Ouellet des As McDonaldà la télévision mais il n’avait aucune idée de son fonctionnement. Il a donc regardé le tour en boucle et a réussi à le reproduire à quelques détails près, ce qui a impressionné ses amis.

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Par la suite, dans une boutique spécialisée à Montréal, il y acheté la Mark Wilson’s Encyclopedia of Magic qui l’a beaucoup marqué. « Puis, dit-il, j’ai appris que Yannick Lacroix, célèbre élève de Gary Kurtz, donnait des cours et j’ai poursuivi mon apprentissage avec lui mais aussi développé un vrai sens de la communauté… Après avoir présenté des spectacles de micro-magie pour les anniversaires d’enfants au cours de mes études, je suis devenu magicien résident du musée Juste pour Rire à Montréal pendant trois ans. »
Une expérience qui lui a donné le temps de vol nécessaire pour bien apprendre ce métier. Et il a eu la chance de se lier d’amitié avec Stéphane Bourgoin, le consultant du musée à l’époque. Grâce à lui, il a appris la valeur de la recherche en magie et a reçu de nombreux conseils de collègues-comédiens qui travaillaient là-bas. Plus récemment, il a été bien guidé par son gérant Jean-Marc Dionne et son collègue Daniel Coutu et coproducteur de son spectacle pour jeunes La mystérieuse Ecole. « Mais dit-il la personne qui m’a le plus aidé est ma femme, Sophie-Anne Vachon qui m’a aidé dans ma carrière et est ma partenaire pour la mise en scène la direction artistique. »


Comment travaille-t-il ? « La pandémie de covid a tout freiné et en mars 2020, j’étais en tournée et participais à des conventions internationales… Mais bon, nous nous adaptons et trouvons des façons de revenir à notre vie pré-pandémique. J’ai présenté des spectacles jeunesse, participé à des foires commerciales pour des sociétés, développé un spectacle d’illusions pour le milieu corporatif. À l’heure actuelle, je présente des spectacles familiaux et scolaires comme La mystérieuses école pour les cinq à douze ans et #MATHS pour les douze à dix-sept ans en tournée au Canada. Je suis vraiment choyé et je travaille aussi comme consultant et scénariste sur plusieurs projets. Les jours se suivent et se ressemblent peu. J’aime quand ça bouge ! »  Marc Trudel admire nombre de magiciens mais surtout Johnny Thompson, son préféré qui se définissait lui-même comme « médecin généraliste » et connaissait tous les aspects de cet art. « Si, dit-il, mon regard et ma pratique s’approchent des siens un jour, même de loin, je serai très heureux. Et j’admire beaucoup David Copperfield mais je suis devenu aussi un fan de Jeff McBride, Penn & Teller, David Williamson, Mac King, Tommy Wonder, Lance Burton. J’ai toujours eu un faible pour les numéros de manipulation. Mais aussi pour la comédie musicale Le Roi Lion à Broadway et La Trilogie des Dragons de Robert Lepage. Personnellement, j’aime une magie théâtrale où le public peut vraiment entrer dans l’univers d’un artiste. La magie comique me plaît beaucoup aussi. J’adore rire à un point tel que j’oublie que je suis en train de me faire bafouer : quel bonheur! Je suis aussi attiré par la magie dite nouvelle, une branche en constante évolution et je trouve fascinant de voir comment elle a déjà transformé notre façon de présenter nos spectacles. 

Mais j’essaye le plus possible de découvrir aussi toutes les formes d’art. Grâce à Sophie-Anne Vachon, j’ai découvert des œuvres. Yayoi Kusama a eu une grande influence sur moi de par la nature immersive de son travail et j’ai ressenti une grande émotion quand j’ai vu ses célèbres pièces. Et je m’inspire de ce que j’aime dans d’autres disciplines et j’adore voir le travail des metteurs en scène. Ainsi mon dernier spectacle pour adultes a été inspiré de l’œuvre de Robert Lepage. J’écoute beaucoup de musique et aime présenter des routines sur musique, une façon d’injecter de l’émotion presque instantanément. Je suis aussi fasciné par l’écriture, en particulier humoristique et par la scénarisation, puisque nous devons écrire nos propres textes. Et je vois le cinéma avec un autre œil depuis que nous avons commencé à filmer récemment des spectacles numériques. De plus en plus, je m’intéresse aux techniques des scénaristes, des monteurs et des directeurs-photo… »

Question classique : quel conseil donnerait-il à un débutant ? «D’abord être curieux. J’ai souvent été engagé parce que j’avais des connaissances en micro-magie , mentalisme et magie de scène. Mais il faut aussi s’intéresser à la vie en général et rester modeste. J’ ai trop souvent vu des confrères prétendre connaître un tour ou une méthode : en fait, ils ont peur d’être jugés. Nous devons admettre nos limites et apprendre à nous poser les bonnes questions. Quand je dis à un magicien que j’ai été totalement bafoué par son tour, il prend le temps de me l’enseigner et de me parler des subtilités qu’il a découvertes. On ouvre ainsi le dialogue entre collègues mais le chemin est propre à chaque individu. Ceci dit, j’aurais aimé étudier un peu plus l’économie pour mieux gérer ma carrière.Je trouve merveilleux que la magie aujourd’hui soit aussi accessible mais il y a un risque d’abondance ! Cela s’avère donc être une bénédiction et une boîte de Pandore. Quand j’étais jeune, il était très difficile de trouver de l’information et avec mes économies, je me procurais des cassettes VHS à prix élevé. De nos jours, tout est disponible en téléchargement pour quelques dollars ou sur YouTube et les forums de discussion. Il est important pour les jeunes de se trouver un mentor et de faire partie d’un club : cela permet d’être mieux guidé pour choisir au mieux son répertoire. »

Comme tous les grands dans cette discipline, Marc Trudel a une vaste culture, ce qu’il juge indispensable. «Il faut regarder à l’extérieur du monde de la magie, arriver à se connecter avec les gens et à trouver un thème commun qui les fascinera. Pour créer une vraie relation avec le public, tout repose sur la culture et la capacité à partager ce qui nous intéresse. Par ailleurs, j’adore cuisiner, faire du vélo, lire, passer du temps avec mes filles, marcher avec ma femme. Je suis un éternel curieux et il y a toujours quelque chose de nouveau qui va m’intéresser.  

Mais je dois aussi gérer l’entreprise, planifier les tournées, répéter les mêmes tours des centaines de fois, travailler sur la publicité, etc. Cela dit, la magie reste un pur bonheur pour moi : j’aime faire des recherches, pratiquer de nouvelles techniques et rencontrer des collègues. J’espère garder ce plaisir de découvrir ou redécouvrir la magie au quotidien pendant encore très longtemps. »

 Sébastien Bazou

 Interview réalisée le 8 janvier à Dijon.

 www.marctrudelmagicien.com

 

 

 


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