Festival Everybody 2022 (suite)

Festival Everybody 2022 (suite)

 Après De Françoise à Alice (voir Le Théâtre du blog) deux performances aux styles contrastés qui, interrogeant des figures de sorcières, semblent se répondre: l’une en référence au «videos vixens» à l’image des clips publicitaires hyper-sexualisés à la mode vers 1990  l’autre montrant une bruja afro-caribéenne.

Festival Everybody 2022 - Jezebel - Cherish Menzo 1 HD

© Annelies Verhelst

Jezebel, chorégraphie et performance de Cherish Menzo, musique de Michael Nunes

La performeuse,  corps longiligne, pelisse de renard blanc, chevauchant un élégant vélo chromé,  entre en piste, langoureuse, dans un brouillard de fumigènes. Puissante et terrifiante mégère aux ongles griffus interminables, elle prend un temps infini à se défaire de sa fourrure, puis, en maillot rose moulant, entame des contorsions lascives. Les costume ssont signés Daniel Smedeman. Impressionnante danseuse au physique androgyne, elle va se livrer à une parodie outrancière de clips publicitaires où des mannequins femmes, souvent noires ou métissées comme elle, se trémoussent avec des poses érotiques. Sa bouche filmée en gros plan se tord en grimaces, obscène, sur l’écran tendu en fond de plateau. Nous admirons la maîtrise et la précision gestuelle, la lubricité forcenée de Cherish Menzo, ses va et vient lubriques de bassin,  pour dénoncer ces images de mégères plantureuses et peu vêtues, issues de la mode hip hop. Les vidéos vixens (renardes vidéos), aussi appelées : hip hop honeys ou miels noirs, ont fait l’objet de critiques sévères et ont souvent été qualifiées de Jezabel, personnage biblique de femme maléfique qui égare les hommes et sème la zizanie.

Ce show quasi grotesque suffit-il à déconstruire le stéréotype véhiculé par les vidéos hip hop et l’exploitation des corps féminins racisés ? La danseuse n’est-elle pas prise à son propre piège ? Mais il faut saluer le talent de Cherish Menzo qui a dansé pour Eszter Salamon, Akram Khan ou encore Olivier Dubois. Jezebel, son premier solo créé à Amsterdam en 2019, a remporté de nombreux prix. En tournée en Europe, le spectacle se joue ici pour la première fois en France. Elle travaille actuellement à un duo Darkmatter (premières en mai).

 

I’m a bruja, conception et performance d’ Annabel Guérédrat

Festival Everybody 2022 - I'm a bruja - Annabel Guérédrat - Artincidence 2018 1 HD

© Jean-Baptiste Barret

 A l’aune du féminisme, la sorcière se voit aujourd’hui réhabilitée comme figure positive. Et nombre de femmes s’en réclament, comme cette artiste martiniquaise. Aux Antilles, les brujas sont des sorcières mêlant les rituels de la religion yoruba (Bénin,Togo et Nigéria) qui ont inspiré le vaudou et ceux de la Caraïbe, venus d’un panthéon féminin afro-diasporique.

 A côté de ces déités locales, Annabel Guérédrat convoque aussi des figures modernes. Nue et perchée sur de hauts talons, elle entonne, résolue, un air de Nina Hagen aux sonorités heurtées… Suivront une krumpeuse ou encore une mystérieuse figure au masque noir. Dans un jeu d’ombres et de lumières, rythmé par des tubes fluos mobiles, la performeuse, habillée de sa seule peau, soumet en cinq tableaux, son corps à des transformations permanentes avec costumes, coiffures ou masques. Elle finit en apothéose, dans un cercle magique de bougies rouges, où elle s’asperge d’huile et de paillettes : les écailles de la déesse des eaux salées, Yemaya, la Mamman Dlo, mère de tous les dieux dans la mythologie antillaise. Ce solo intime ne nous place jamais en position de voyeurs. La danseuse, à l’aise et très naturelle, fait en sorte d’inclure le spectateur dans son rituel. Elle se sent tellement libre dans sa nudité qu’elle n’en éprouve aucune gène, le public non plus.

Ces sorcières de tous les temps et dont elle revêt les attributs, lui ont été inspirées par Brujas, une chanson de la rappeuse américaine féministe Princess Nokia et, entre autres, par les écrits d’Audre Lorde. Dans Sister Outsider, la poétesse américaine exhorte les femmes noires et métisses à honorer les déesses qui sommeillent en chacune d’elles. Annabel Guérédrat devient cette bruja envoûtante à qui elle consacre ses recherches depuis quelques années. A la tête de la compagnie martiniquaise Artincidence, elle a créé plus d’une trentaine de chorégraphies avec, pour thème, l’écologie décoloniale, les afro-féminismes dont, en 2010, son remarqué Freak show for S. autour de la Vénus noire Sarah Baartman.

 Mireille Davidovici

 Du 18 au 23 février, Carreau du Temple, 2 rue Perrée, Paris (IIIème) T. : 01 83 81 93 30.

 Jezebel , les 5 et 6 mars, Sophiensæle, Berlin (Allemagne) ; le 22 mars, Le Gymnase, Roubaix (Nord) ; les 24 et 25 mars, Points communs, Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).

 

 

 

 

 


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