Festival Everybody : première édition

Festival Everybody : première édition

 Dans cette manifestation imaginée par le Carreau du Temple à Paris, le corps est mis en jeu dans tous ses états, face aux normes et préjugés sociaux. Pour Sandrina Martins, sa directrice générale, « Une réflexion profonde anime vivement notre société à cet endroit et suscite toujours autant de controverses, notamment au sujet du féminisme, des nouveaux modèles de masculinités, du racisme, de l’âgisme, du validisme, de la grosso-phobie.» Pendant six jours des artistes ont mis le corps, dans toute sa diversité, au cœur de leurs pratiques.

Festival Everybody 2022  - De Françoise à Alice - Mickaël Phelippeau © Philippe Savoir 2 HD

© Philippe Savoir

 De Françoise à Alice, chorégraphie de Mickaël Phelippeau

 Depuis 2003, le chorégraphe a imaginé des “bi-portraits» c’est à dire croisés et axés sur des rencontres interpersonnelles. Ici deux femmes, l’une, dite valide et l’autre trisomique 21, investissent le plateau après l’annonce en audio-description de leur entrée. Joignant leurs gestes à cette voix off, elles s’installent et commencent à bouger, en synchronie. Pour Mickaël Phelippeau, cela permet de les imaginer, avant de les voir et, surtout : «via cet outil qu’est l’audio-description, de faire d’une minorité, une majorité. (…) Là, tout le monde a accès, par une diffusion sonore, à une parole qui, d’habitude, est uniquement accessible aux personnes qui en ont besoin. »

La question du handicap traverse la pièce : Françoise et Alice sont mère et fille et leur danse va aussi traduire la complexité de ce rapport. Le chorégraphe a choisi de faire entendre certains de leurs dialogues. Françoise Davazouglou répond aux questions d’Alice, lui raconte sa venue au monde, les réactions des gens face à sa trisomie et lui dit son amour… Alice, elle, évoque ses envies, son physique et sa différence.  Une douce complicité se dessine dans leurs pas de deux lents, habités. Très vite, Alice prend les commandes et affirme sa personnalité: rageuse, elle évoque, oralement et par gestes, le sentiment d’être prisonnière d’un corps qu’elle désirerait autre. Mais elle retrouvera vite sa bonne humeur, mettra une robe à paillettes et se maquillera pour interpréter une rock star…

 Mickaël Philippeau a rencontré ses interprètes en 2015, lors d’un atelier à l’association ART21 qu’elles ont fondée à Laon pour favoriser la pratique amateur de la danse au regard de la situation du handicap mental. Ce duo est né avec le désir de creuser ces questions,. «Je veux le faire pour que les gens sachent qui on est. » a dit Alice au chorégraphe.» Dans ce corps à corps singulier, Alice et Françoise nous font partager avec une délicatesse infinie mais aussi beaucoup d’humour, leur belle complicité.

Alice pratique la danse contemporaine depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, elle co-anime des ateliers pour enfants dans les écoles ou en périscolaire, dans les formations pour futurs professeurs et assistants de vie scolaire. «Il faut que les non-handicapés comprennent qu’on peut être trisomique et danseur ou danseuse, et même, transmettre la danse à d’autres. », affirme-t-elle dans Je suis Alice Davazoglou, je suis trisomique normale mais ordinaire.D’Amoureuse  à Tristesse, cet abécédaire, qu’elle a illustré elle-même, évoque son couple, son travail, ses aspirations et angoisses. Elle y donne aussi la parole à des amis trisomiques. Françoise, elle, était enseignante; elle danse en amateure depuis cinq ans et se consacre aussi à la formation en danse.

Mireille Davidovici

Du 18 au 23 février, Carreau du Temple, 2 rue Perrée, Paris (III ème) T. : 01 83 81 93 30

De Françoise à Alice :  8 mars : Scène nationale d’Orléans ; 21 mars : KLAP Maison pour la danse – Marseille ; 24 & 25 mars  : Théâtre du Bois de l’Aune – Aix-en-Provence ; 3 & 4 mai  : Maison de la culture de Bourges

 

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Archive pour février, 2022

Intimo de Farruquito

 

Biennale d’art Flamenco

Intimo de Farruquito 

Juan Manuel Fernandez Montoya (Farruquito) qui a aussi un autre surnom: El Capitan, a été révélé au grand public en 1995 par Flamenco de Carlos Saura (1995). Dans un autre film  Duende y misterio del flamenco d’Edgar Neville (l’assistant de Charlie Chaplin),  un enfant est assis sur les genoux de Farruco, le grand-père de Farruquito qui le tient par les bras. Sa mère chante et peu à peu, le son pénètre le corps de l’enfant qui se redresse et crée un battement de mains. Merveille: l’enfant qui a déjà une ossature musicale, se redresse et prend la pose flamenca. Farruquito apparaît pour la première fois sur scène, à quatre ans aux côtés de son grand-père. A la mort de Farruco, il a quinze ans et devint l’héritier d’une ligne rythmique qui traverse les générations.

 

© Nicols Villodre

© Nicolas Villodre

Intimo évoque les rapports entre flamenco, vie quotidienne et Histoire. Un rituel commençant par les chants puissants et clairs de Mari Vizarraga et d’Ezequiel Montoya Jimenez, dit Chanito, puis d’Ismael de la Rosa, dit Bolito. Et des musiques de Yerai Cortes (guitare), Julian Heredia (basse) et Paco Vega (percussions). Surgit, comme en contrepoint, Farruquito aux zapadéados, ces frappes sauvages denses, rapides et sans transition qui nous enveloppent d’une joie vibrante. Au sommet de cet art intense, il arrive un peu sur le côté et se met de profil. Des postures qui se répéteront, avec des variantes, tout au long du spectacle.

Pascal Letellier, écrivain et scénariste, a vécu en Espagne et a une passion pour sa culture et ses paysages.. Et au cours de cérémonies flamenco dans des fermes, notamment à l’occasion de mariages, il a connu ces moments où danse et musique, en corps à corps, provoquent une sorte de transe chez les invités… Et, nous a-t-il dit après le spectacle, il se demandait  comment garder ici quelque chose d’un rituel avec les contraintes que toute grande salle exige, et comment rendre sensible la relation entre un public de quelque neuf cent personnes et les personnages sur ce grand plateau? Farruquito vint plusieurs fois au bord de la scène et tout sourire, se rendit côté jardin, puis côté cour, appelant des poursuites mais ce fut difficile… Il nous restait à voir, écouter et admirer. Puis il inversa la question par la profondeur de champ et sortit en coulisse, apparemment pour souffler un peu.

Les deux extraordinaires chanteurs marchent côte à côte, en fond de scène, parlent ensemble et se tiennent par l’épaule. La théâtralité évidente de ce moment libère des émotions sereines, ce qui prolonge le théâtre sans souci de distanciation. Et Farruquito revient par l’arrière mais de manière imperceptible. Entre  scène et public, il y a alors une émotion discrète et il rejoint ses compagnons, en les prenant aussi par l’épaule. Farruquito, si puissant et si rapide, devient imperceptible et marche lentement. Les trois artistes se dirigent vers le bord du plateau et entrent alors dans un balancement au rythme à la fois quotidien, repérable et mystérieux. Un processus naît alors de la profondeur de scène comme échangeur de forces. Orson Welles (1915-1985) utilisa le même procédé quand  les personnages de ses films jaillissaient parfois du fond de l’image, un peu déformée. Etrangement, les cendres du grand cinéaste furent dispersées à Ronda près de Séville. Et aux pieds des gorges de Ronda, Antonio Ruiz Soler (1921-1996) interprétait Duende y misterio de flamenco  mais sans musique, dans un petit espace concentrant les son de ses frappes isolées. Un moment nu et merveilleux.  Farruquito, comme Antonio offre un mélange de puissance et de souplesse assez proche, avec les mêmes rotations sur place. Les déhanchements un peu surélevés d’Antonio libère son tronc, et ses bras ondulent mais avec une force contenue comme au ralenti et semblant accumuler de la force. Il danse souvent cambré avec des voltes-face puis s’agenouille à la vitesse de l’éclair après une accélération sur place. Farruquito, lui, s’abandonne plus à la vitesse de ses zapatéados, multiplie les tournoiements et dessine une diagonale qui se libère et qui va de la verticale, à l’horizontale, jusqu’à une ligne brisée ou courbe qui le conduisent à des rotations.

D’où vient l’énergie du flamenco ? De pays lointains et surtout de l’Inde. Mais aussi de gestes et de matière à creuser, de l’agriculture comme de la guerre.Les Gitans participent de l’histoire universelle qui croise danses, chants et métallurgie. A Carthagène, ils travaillèrent dans les mines de fer et quand elles fermèrent, naquit un festival de flamenco dont le vainqueur recevait une lampe de mineur, nous dit Pascal Letellier.  Mais les Gitans ont été présents sur de longues durées et internationalement. Les Scythes apportèrent en Inde et en Perse, le sabre en acier dont s’emparèrent les Arabes qui s’en servirent en Andalousie. Cette migration des outils et instruments guerriers et la migration des danses et chants ont-elles eu lieu en même temps ? Dans son film Latcho Dro (1993), Tony Gatlif développe une carte du rythme allant du Rajasthan avec ses danseuses Kalbéliya aux bras ondulants. Antonio à Ronda, lui, faisait onduler à la fois ses bras et ses mains. La carte que dessine Tony Gatlif, se poursuit en Egypte avec les Ghawazis,danseuses nomades égyptiennes du peuple nawari, apparenté aux Roms et dont parle Gérard de Nerval dans Voyage en Orient. Il les imagine «revêtues de costumes éblouissants, qui ondulaient comme des serpents, au milieu de tapis de Perse entourés de lampes, pour qu’on ne perdit rien de leurs mouvements et de leurs poses. »Cette carte se poursuit en Europe centrale, en France avec le jazz manouche et bien sûr, en Espagne, avec le flamenco.

Dans Duende y misterio dl flamenco, qui a précédé fugitivement Antonio aux pieds de gorges de Ronda ? Un jeune forgeron avec son enclume. « L’artisan, disent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux, c’est l’homme du sous-sol. Le métallurgiste suit la matière dans le sous-sol… Toute mine est une ligne de fuite. » Et  «Le forgeron peut habiter une grotte, un trou, écrivait dans Les Tziganes, Jules Bloch, grand spécialiste de l’Inde et professeur de sanskrit,  c’est un troglodyte par art et par nature.» La métallurgie peut suivre toutes sortes de lignes et induire des postures et rythmes. Elie Faure lui, évoquait les peuples itinérants de l’Inde, traversant l’espace  « Au bord de la mer, au seuil d’une montagne, ils rencontraient une muraille de granit. Alors, ils entraient tous dans le granit, ils vivaient, ils aimaient, ils travaillaient, ils mourraient, ils naissaient dans l’ombre… L’homme ici consent à sa force et à son néant. Il n’exige pas de la forme l’affirmation d’un idéal déterminé. Il la tire brute de l’informe. »

L’histoire des corps se découvre aussi dans le travail de la matière. Farruquito serait-il le plus sauvage, le plus fiévreux des danseurs gitans ? Antonio tient l’informe à distance par une forme angulaire, à la tension contenue, par de brefs pas, une ligne brisée. Au bord de l’abîme et se retient dans une magnifique esthétique. Farruquito, lui, plonge dans sa vie informe, en sort, y revient. Il est sans doute le danseur de flamenco le plus rapide et sourit sur scène.

Farruquito, petit-fils de Farruco, est aussi l’enfant de cette grande histoire millénaire et internationale qui le traverse. Parfois l’intensité qui monte est si forte, qu’il opère un pas de côté. Sa jeunesse est au bout de ces temps immémoriaux, de ces pays traversés et de la naissance des gestes. Le flamenco est l’émotion de la nature. Flexible, Farruquito passe sans transition de zapadéados frontaux, à une rotation qui le conduit à une diagonale mentale. Il doit filtrer les immenses forces de l’histoire, ce qui suppose une étrange sélection : la transe historique. Comme Paul Cézanne, Pierre Bonnard ou William Turner qui recomposent le paysage et l’objet par la catastrophe, Farruquito le fait par l’action dramatique. Dans l’espace ainsi libéré de la représentation, naît « un personnage rythmique» (une notion inventée par Olivier Messiaen), créé par le chevauchement de deux rythmes, l’un en avance et l’autre en retard mais qui renvoie au premier… Farruquito sait comment déjouer la verticalité et s’en donne les moyens ; il danse de biais, hanche en avant, en arrière, en diagonale, avec des tours très rapides et postures un peu  anormales. Mais aussi avec ses jambes non parallèles, et en avançant cambré : Il lance une jambe en avant et dans le même mouvement, la fait revenir. Il joue avec sa veste, la prenant par un bord, puis tirant dessus et le pliant. Il fait glisser la veste sur ses épaules et jaillir une jambe qui revient dans le même mouvement. Il marche sans but et peut s’arrêter et dessiner une ligne pure, le bras droit en hauteur.

Ici, chant et danse doublent les filiations et les emportent, au-delà des rôles familiaux vers les grands courants de l’Histoire. La fièvre de Farruquito ne se limite pas à sa passion du flamenco mais à un mélange intense et vibrant de soi, et de l’Histoire qui s’incorpore en lui. Histoire et Nature donnent une extrême vitesse à ses zapadeados. Les Gitans participèrent à un premier mouvement mondial, celui la métallurgie qui fut à l’origine des travaux agricoles mais aussi… de la guerre. Avec la transe de l’Histoire, Farruquito choisit son être et sourit sur scène…

Bernard Rémy

Spectacle vu au Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris (XVI ème) dans le cadre de la Biennale, du 16 au 18 février.

 

L’Avare de Molière, mise en scène de Daniel Benoin

L’Avare de Molière, mise en scène de Daniel Benoin

Molière en 1668 dans le  rôle d'Harpagon

Molière en 1668 dans le rôle d’Harpagon

Une comédie que Molière écrivit en 1668 donc cinq ans avant sa mort, et toujours d’actualité : la passion de l’argent traverse les époques. En France, nous connaissons Harpagon depuis l’école primaire. Avec l’ombre de Molière lui-même, et au XX ème siècle, parfois le jeu de grands acteurs et metteurs en scène comme Jean Vilar, Michel Bouquet, Denis Podalydès…

Excellente mise en scène avec un Michel Boujenah impressionnant par sa justesse de ton dans cet Harpagon que l’avarice rend vieux avant l’heure et qui le coupe de sa famille. Jean-Pierre Laporte a conçu une maison haute de plafond avec, à cour, de grandes fenêtres aux volets fermés; et à jardin, une petite véranda avec un poèle qui chauffe le seul Harpagon ! Son valet La Flèche et les autres domestiques essaient parfois de s’y réchauffer en se collant aux vitres…Ici la nature fait irruption à chaque ouverture des hautes portes centrales et la neige ne cesse de tomber, accompagnant les entrées et sorties des personnages à la belle énergie vitale, sauf bien sûr, Harpagon qui s’étiole… Michel Boujenah incarne parfaitement ce vieil homme ambivalent : parfois tendre avec ses enfants mais tombant vite dans une avarice auto-destructrice, incurable dont il ne se sent pas coupable. Sophie Gourdin (Frosine) Bruno Andrieux (La Flèche et Anselme) Mélissa Prat (Elise), Mathieu Métral (Valère), Fanny Valette (Mariane), Antoine Chalon (Cléante), Paul Chariéras (Maître Jacques) Fabien Houssaye (Le Commissaire  et  Brindavoine) et Julien Nacache (La Merluche) sont aussi remarquables et ce travail de troupe cohérent fait plaisir à voir.

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©Philip Ducap

Le spectacle, sans entracte et au rythme soutenu, est entrecoupé de brefs tableaux où l’ensemble des personnages se fige en regardant Harpagon, sur un morceau de Michael Nyman qui a composé la musique des films de Peter Greenaway. A la fin, nous entendons les trois coups qui servaient autrefois d’interphone entre les différents régisseurs pour dire que tout était prêt juste avant le début du spectacle. Et une petite scène entre deux portes, comme pour jouer une farce dans le style du jeune Molière, soit une mise en abyme  va servir à résoudre les quiproquos de la pièce. Mais Harpagon, lui, finira seul, en habit blanc de clown triste, avec sa cassette, renfermé sur lui-même et coupé définitivement du monde extérieur. Il faut aller voir cet Avare dans ce beau théâtre à l’italienne inauguré en 1807… l’un des plus anciens théâtres parisiens et classé monument historique en 1974. Y furent notamment créés en 1836, Kean, une comédie d’Alexandre Dumas et en 1864 et les années suivantes: La Belle Hélène, Barbe-Bleue, La Grande-Duchesse de Gérolstein, La Périchole et Les Brigands,  des opéras-bouffes de Jacques Offenbach sur des livrets de Meilhac et Halévy. Mais aussi, en 1928, Topaze de Marcel Pagnol. Avec cet Avare, le quatrième centenaire de la naissance de Molière a bien commencé.

 Jean Couturier

 Théâtre des Variétés, 7 boulevard Montmartre, Paris ( II ème). T. : 01 42 33 09 92.

 

Elle rêvait d’une ferme en Afrique de René Fix, mise en scène de Claudia Morin

Elle rêvait d’une ferme en Afrique de René Fix, mise en scène de Claudia Morin

 Le livre de la baronne danoise Karen von Blixen-Finecke (1885-1962) est publié avec grand succès sous le pseudonyme d’Isak Dinesen. Mais faut-il qu’il devienne un film? C’est non, non et non pour elle! Mais Finch, un producteur obstiné, lui fera admettre le projet comme une adaptation au théâtre… René Fix écarte ici d’emblée les images de la passion brûlante entre les amants joués par Meryl Streep et Robert Redford dans le film de Sydney Polack. La pièce ne fera pas de «cinéma» et, quand elle commence, ce jour-là -décisif pour l’unité de temps au théâtre- Finch a organisé une rencontre entre la vieille et célèbre autrice, et la jeune actrice ambitieuse mais intimidée qui doit jouer son rôle.

 

© Lot

© Lot

Cette pièce joue sur le choc entre deux mondes qui ne peuvent se connaître, question de génération et de culture… Le jeune journaliste spécialisé dans le sport, envoyé là comme bouche-trou, a bien du mal à interviewer la grande dame qui ne le maltraite pas trop et sa naïveté a du bon, pour l’occasion. Elle a du mal à comprendre les manières du producteur qui se prend les pieds dans sa désinvolture. La jeune actrice, elle, est terrifiée. Ce serait un peu le jeu: pierre, papier, ciseaux. Et apparemment perdante, elle est peut-être celle qui comprend le mieux l’importance de l’enjeu.

Dans la belle cave voûtée de l’Essaïon, pas question de figurer une salle de restaurant… Pascale Stih, qui a conçu la scénographie de Maîtres anciens d’après Thomas Bernhard, mis en scène de Gerold Schumannn (voir Le Théâtre du Blog) a  heureusement réduit  à trois caisses et à une malle où les acteurs puisent quelques éléments de costumes bien choisis permettant de passer d’un monde à l’autre. Nous ne ferons pas l’éloge de la pauvreté au théâtre, mais ici, à l’exception d’une belle bande-son, tout ajout : vidéo, changement de décor, etc. aurait empêché ce qui fait la qualité de ce spectacle avec ses glissements et passages. Ils en sont le fond-même et, avec des fondus-enchaînés réalisés en continu, nous passons du présent de la baronne, à ses souvenirs, et du récit que la jeune femme écoute, au jeu qu’elle projette.

Un imperméable sur une robe de cocktail, et voilà la travailleuse dans ses plantations de caféiers. Comme une veste ôtée, et le producteur et son actrice se métamorphosent en couple Blixen. Même fluidité en sens inverse. Jeux de la mémoire ou projection de l’actrice ? Nous ne le saurons pas, et tant mieux. Mais nous sommes bien dans la jeunesse, les combats et déceptions des personnages habitant cette ferme africaine. Et toujours en présence et sous le regard de l’autrice… Ces mots qu’elle écoute, avec nous , sont les siens.

Claudia Morin est une Karen Blixen une coupe de champagne à la main, tenace et drôle, jouant de ses vraies et fausses fragilités. Philippe Caulier est aussi crédible en mari qu’en producteur et le jeune acteur Clément Camarra, en modeste journaliste, s’en tire bien. Julie Timmerman joue, elle, le rôle complexe de la jeune actrice à la force intérieure contenue mais prête à déborder : le trac face à la grande dame ?  La palme revient à la pièce elle-même, riche et subtile, qui ne se laisse enfermer ni dans le biographique ni dans l’anecdotique. Tout en restant concrète, elle glisse du côté de la mémoire et de l‘imaginaire: c’est possible et les spectateurs applaudissent…

Christine Friedel

Jusqu’au 22 mars, Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre au Lard, Paris (IV ème). T. : 01 42 78 46 42.

Out of Africa, ce roman autobiographique est paru en 1937, et sous le titre La Ferme africaine, en 1942 chez Gallimard.
Le film américain de Sydney Pollack adapté entre autres d’Out of Africa (titre français :Souvenirs dAfrique) est sorti en 1985.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brazza-Ouidah-Saint-Denis, texte et mise en scène d’Alice Carré

Brazza-Ouidah-Saint-Denis, texte et mise en scène d’Alice Carré

Une bien triste histoire, celle des tirailleurs, tous appelés sénégalais, même s’ils étaient originaires d’Oubangui-Chari (devenue République Centrafricaine), de Brazzaville (Congo), de Libreville (Gabon) ou de Porto-Novo (Dahomey devenu Bénin)…Le texte s’inspire de matériaux d’archives, témoignages d’anciens combattants, de leurs enfants et petits-enfants à qui l’histoire a été transmise mais en en partie seulement. A Thiaroye, des troupes coloniales et gendarmes français ont tiré sur eux quand ils manifestaient pour le paiement de leurs indemnités et le versement du pécule qui leur avait été absolument promis  par un général tout aussi français. Un « événement » pas très glorieux et soigneusement caché par l’armée et les gouvernements successifs. Avec sans doute, une centaine de morts. François Hollande, le premier a évoqué, lui, au moins soixante-dix morts et déclara vouloir «réparer une injustice et saluer la mémoire d’hommes qui portaient l’uniforme français et sur lesquels les Français avaient retourné leurs fusils. »

Entre septembre 39 et juin 40, ce sont environ plus de 200.000 africains qui ont été envoyés en métropole, puis encore 53.000 après 40. Et de Gaulle fit de Brazzaville, la capitale de la France libre. « Il s’agit, dit Alice Carré, de questionner et de déconstruire les mythes de la guerre, celui notamment d’une résistance franco-française qui n’aurait existé que dans les maquis et qui a oublié les résistants de l’ombre. L’auteure s’est inspirée de l’histoire d’Armelle Abibou, dont le grand-père a été fait prisonnier puis a été considéré comme un des meneurs de la révolte de Thiaroye près de Dakar..

© J. Lévy

© J. Lévy

Melika, une jeune femme française d’origine béninoise, découvre un jour que son grand- père était engagé volontaire mais  elle n’en a jamais rien su. Et Luz, à l’occasion de recherches sur Brazzaville, capitale de la France Libre, découvre progressivement les implications de sa propre famille dans les conflits. Cette jeune femme à l’occasion de  ces recherches, va découvrir que sa famille a été impliquée dans la seconde guerre mondiale avec des zones d’ombre.
Alice Carré s’est inspirée de matériaux historiques bien réels et a même bénéficié de rencontres avec Armelle et Yves Abibou, et d’anciens combattants comme  M. Malonga Mungabio et M. Balasso. Mais elle a choisi avec raison de ne pas faire de cette lamentable histoire, un théâtre documentaire. En opérant une sorte de tissage, elle essaye de dire les violences et humiliations subies entre différents lieux. Comme dans cette belle scène, avec le procès d’un des vite présumés coupables de la révolte de Thiaroye…

© J. Lévy

© J. Lévy

Sur le plateau, une scénographie très réussie de Charlotte Gauthier Van Tour- faite de simples de châssis tendus de lais de papiers brun- offre une habile démultiplication des espaces et un écran à des ombres chinoises. Le texte d’Alice Carré, dans sa simplicité et son refus d’illustration, est convaincant et ce travail sur la mémoire, cette quête exigeante sur des faits historiques recherchés en Afrique comme en France par les petits-enfants, voire les arrière-petits enfants d’hommes disparus depuis longtemps, est particulièrement émouvante. Surtout quand les choses n’apparaissent pas aussi claires qu’on le croyait. Une guerre broie des familles -on l’oublie trop souvent- pendant plusieurs décennies. Avec des histoires souvent dissimulées comme celles qui nous touchaient encore enfants dans une petite ville de banlieue parisienne.
Le mari d’une jeune femme pas bien riche et mère d’une petite fille, avait été porté disparu en Allemagne. Et pour que cette présumée veuve de guerre puisse toucher une pension, elle devait être capable d’apporter la preuve de sa morts. Plusieurs années après le conflit, un habitant de cette ville séjournant en Allemagne reconnut formellement dans la rue cet homme disparu… Mais nous n’avons jamais su la fin de cette histoire. Ou cette autre famille dont un fils était un violent collabo notoire dont le frère engagé volontaire fut lui tué au combat aussi en Allemagne…
La mémoire, les traumatismes engendrés par les soldats comme par leur famille mais aussi l’oubli volontaire de certains faits poursuivent ceux qui ont vécu la guerre bien longtemps après… C’est de tout cela que parle Alice Carré avec une grande justesse et sans tomber dans un mauvais réalisme. Ni comme c’est très tendance aujourd’hui dans des vidéos approximatives et ou jets de fumigènes à gogo…
Mais, peut-être à cause de coupes, le récit a tendance à partir un peu dans tous les sens. Elle aurait du faire des choix dans les thématiques portant sur la mémoire de cette guerre récente mais déjà ancienne pour beaucoup avec toutes les évocations de la violence, du courage et des souffrances au quotidien de ceux qui devaient subir le grand froid, inconnu dans leur pays. Et ne pas s’égarer dans les multiples avatars de cette guerre comme, entre autres, l’implication de sociétés minières pétrolières occidentales dans la vie de nombreux pays africains. Aimer, c’est choisir et est aussi valable pour l’écrire théâtrale: cette pièce intéressante aurait grand besoin d’être mieux structurée.

Côté direction d’acteurs, pour cette seconde mise en scène, Alice Carré s’en sort bien, notamment pour tout ce qui est gestuel. Et elle a su choisir ses acteurs. Loup Balthazar, Marjorie Hertzog, Josué Ndofusu, Kaïnana Ramadani, Basile Yawanke, justes et solides, ont une belle présence même si certains ont une tendance à surjouer un peu. Mais Eliott Lerner lui, a une diction des plus approximatives, ce qui enlève toute crédibilité à ses personnages et là, il y a encore du travail pour la metteuse en scène. Ce spectacle mériterait d’être affiné mais Alice Carré prouve ici qu’elle a largement les moyens de ses ambitions…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 20 février, Théâtre de l’Echangeur, 59 avenue du Général de Gaulle, Bagnolet (Seine-Saint-Denis). T. : 01  43  62  71  20.

Le 12 et 13 mai, Studio Théâtre de Stains (Seine-Saint-Denis); du 19 au 23 mai, Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis-Centre Dramatique National (Seine Saint-Denis).
Et Théâtre Paul Eluard, Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), La Grange Dimière, Fresnes (Seine-Saint-Denis).
A.T.P. de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron)  et festival d’Avignon off 2023.

 

 

 



 

 

Festival Manifeste de l’I.R.C.A.M. au Théâtre Olympia à Tours

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© Hervé Véronèse Centre Pompidou

Festival Manifeste de l’I.R.C.A.M. au Théâtre Olympia à Tours

Les Tourangeaux ont eu la chance d’entendre des pièces radiophoniques immersives créées pour ce festival annuel de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique).  Avec des «mariages» d’une autrice, d’un compositeur et d’un metteur en scène pour réaliser des objets artistiques sonores à double entrée et faire entendre autrement, la littérature et/ou la musique. Un dôme, espace circulaire ambulant, permet à ces enregistrements d’aller en tournée. «Ambisonique» et conçu pour une jauge limitée, il est équipé de quarante haut-parleurs mais aussi de tubes fluo placés tout autour, diffusant des lumières tournantes animant l’espace. En ouvrant son savoir-faire technologique à la littérature contemporaine, l’I.R.C.A.M. initie une série d’étonnantes collaborations, des voyages vers le son et vers les mots, portés par des comédiens.

 Nous avions assisté à Bacchantes de Céline Minard, adaptation et réalisation de Thierry Bédard, musique d’Olivier Pasquet (voir Le Théâtre du Blog). Cet  habile tricotage de voix, musique et éclairages nous avait séduits… Loin d’une simple illustration sonore, il offre une spatialisation du texte. La collection présentée à Tours en comptait six autres, proposées à des heures variables, pour favoriser le choix. Très littéraires, ces textes ont inspiré des réponses artistiques intéressantes à découvrir les unes après les autres. 

 Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal, adaptation et réalisation de Jacques Vincey, composition de Daniele Ghisi

 Avec son «roman américain», l’autrice retrace, sur le mode épique, la construction d’un gigantesque pont suspendu, quelque part dans une Californie mythique. Dans la pénombre du dôme, le récit prend corps sur un chantier vrombissant de sons mécaniques, de cliquetis métalliques… Le béton et l’acier envahissent l’espace sauvage mais nous entendons des oiseaux qui perturbent un temps le travail, ou des ouvriers en grève. Le dispositif met en perspective les enjeux de ce récit, spectaculaire de précision et quasi documentaire, traversé par les destins croisés d’hommes et de femmes échoués au milieu de nulle part.

Pour adapter ce livre de plus de trois cent pages, il fallait se limiter à quelques-uns des personnages. Jacques Vincey a fait des choix cohérents sans entamer le souffle de cette écriture minutieuse et puissante. Les images n’appellent pas l’illustration sonore qui serait alors redondante et le compositeur propose des climats non figuratifs et, à l’occasion, des sonorités plus concrètes. En quatre séquences de vingt minutes, cette mise en espace, en sons et en mots attise notre imaginaire et nous suivons avec émotion des aventures humaines portées par les voix de François Chattot (Georges Diderot), Marie-Sophie Ferdane (Summer Diamantis) Laurent Poitrenaux (Sanche Alphonse Cameron), Julie Moulier (Catherine Thoreau) Nicolas Bouchaud (Jacob), Alain Fromager (Seamus O’ Shaughnessy), Anthony Jeanne (le jeune au bob orange).

 

La Compagnie des spectres de Lydie Salvayre, adaptation et réalisation d’Anne-Laure Liégeois, composition de Florence Baschet

Dans un modeste appartement, résonnent des voix, des plages de musique grinçante ou des chuintements et grommellements… Un mystère sinistre plane sur les lieux quand un huissier dresse l’inventaire du mobilier à saisir. `Quand la mère de la narratrice surgit, échevelée dans sa chemise de nuit tachée, lui continue, imperturbable à faire son travail. Cette mère souffre de démence, raconte sa fille, et se croit toujours poursuivie par les bourreaux de sa famille : Pétain, Darlan, Bousquet…

A partir de quinze feuillets tirées du roman, Anne-Laure Liégeois nous fait entrer dans ce lieu clos où résonnent et s’entremêlent le récit inquiet de la fille (Anne Girouard), le froid décompte de l’homme de loi (Olivier Dutilloy) et les plaintes rocailleuses de la mère (Annie Mercier). Auxquels se superpose la voix de la soprano Élise Chauvin mêlant sa respiration, son souffle et son chant au texte, opérant ainsi une transformation poétique de la parole.
La réalisatrice a construit une dramaturgie sur une palette d’intonations, violentes ou tendres, glaciales ou sensibles, enjouées, drôles et amères, crues ou alambiquées. «La voix chantée, dit Florence Baschet, entrelacée aux voix des comédiens, sera LE lien entre musique et littérature, en entraînant avec elle, la partie de piano interprétée par Alphonse Cemin et le dispositif électro-acoustique conçu en studio.» Nous entrons, grâce à un son tournant, entre ces quatre murs habités par la folie….

 Un Pas de chat sauvage de Marie N’Daye, adaptation et réalisation de David Lescot, composition de Gérard Pesson

Une universitaire raconte ses recherches sur la danseuse et musicienne Maria Martinez, surnommée la Malibran noire. Son travail, dit-elle, est perturbé par l’irruption dans sa vie d’une certaine Marie Sachs, chanteuse, dont l’existence fait écho à celle de l’artiste cubaine. Marie N’Diaye retrace, par de multiples détours, le parcours méconnu de cette native de La Havane. Elle connut le succès à Paris dans les années 1850, fut encensée par Théophile Gautier et immortalisée par une photographie de Nadar. Et par l’intermédiaire de la narratrice, l’autrice se projette dans trois vies de femmes. La voix de Jeanne Balibar se décline en une partition de plusieurs registres et scansions sur laquelle Gérard Pesson a calé sa composition: «Ma musique est donc simplement un climat, une respiration résonnante ou pulsée autour de ces mots phrasés/chantés. Faite de courts fragments, signaux fugaces marquant les pointes du triangle que forment ces trois personnages féminins, liés par la mémoire. Musique comme empreinte de destins fantômes.» Cette réalisation entre voix et instrumentation, offre des repères concrets et une belle dimension spatiale à l’écriture qui se conclut ainsi: «C’est à la hauteur de sa solitude, que survit le chat sauvage.» 

Une expérience à suivre, car ce festival prépare actuellement sa prochaine édition

 Mireille Davidovici

 Du 28 janvier au 18 février,Théâtre Olympia-Centre Dramatique National, 7 rue de Luce, Tours (Indre-et-Loire). T. : 02 47 64 50 50

26 février I.R.C.A.M. Paris 3e 

Du 17 au 24 mai, Théâtre de Cornouaille, Quimper (Finistère).

Et du 18 au 25 juin, T2G, Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Un Pas de chat sauvage, éditions Flammarion .
Naissance d’un pont, éditions Verticales.
La Compagnie des spectres, éditions du Seuil.

 

 

 

 

Coronis de Sebastián Durón, direction musicale de Vincent Dumestre, mise en scène d’Omar Porras

Coronis de Sebastián Durón, direction musicale de Vincent Dumestre, mise en scène d’Omar Porras

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© Stefan Brion

 La zarzuela est un genre théâtral lyrique espagnol né au XVll ème  siècle qui associe partition orchestrale, chants et dialogues parlés. Proche de l’opéra comique et du singspiel allemand. Ecrit en deux journées (ou actes), le livret ténu de Coronis est tiré des Métamorphoses d’Ovide Un argument simple mais avec retournements de situations. La nymphe Coronis, une prêtresse de Diane, chasse dans les bois, quand elle est capturée par le monstre marin Triton. Cet amoureux brutal et maladroit sera expulsé par les villageois. Mais une guerre éclate entre Apollon et Neptune pour gagner le cœur de l’héroïne, au grand dam du peuple, représenté par le mage Protée, il ne sait plus à quel dieu se vouer : « Est-ce à Neptune ou à Apollon, qu’on doit adresser nos prières?» Qui choisir comme souverain quand le dieu Soleil embrase le pays et quand celui des mers l’inonde ? Après des péripéties amoureuses et guerrières, Apollon tuera Triton et sauvera Coronis. Et Jupiter les sacrera roi et reine…

Créée à Madrid en 1705 devant le roi Philippe V, cette pastorale mythologique baroque reflète la situation politique du moment  : la flotte anglaise menaçait Barcelone, en pleine guerre de succession d’Espagne (1701-1713). Coronis ne représente-t-elle pas cette couronne espagnole âprement disputée par les puissances européennes ? Message clair : Sebastián Durón prédit la victoire des Bourbons : le soleil d’Apollon est l’emblème de Louis XIV, roi de France et grand-père de Philippe V…

 Sebastián Durón commence sa carrière à trente-cinq ans à la Cour de Madrid en 1695 et la termine en exil, en France où il meurt en 1716. Nous redécouvrons ce compositeur tombé dans l’oubli depuis trois siècles avec ce spectacle co-produit en 2019 par le théâtre de Caen et l’Opéra-Comique. Vincent Dumestre, grand défricheur du répertoire baroque à la tête de l’ensemble Le Poème Harmonique dirige Coronis une pièce dont le mélange original d’instruments paraît aujourd’hui curieux.L’orchestre est dominé par les cordes : une harpe (la basse continue dans la musique espagnole), un orgue et un clavecin. Mais les vents : flûtes, basson et hautbois, pour les passages belliqueux, sont en nombre limité. Quant aux arias,dit Vincent Dumestre, « La partition témoigne d’une variété d’influences, avec lamenti poignants à la mode italienne et tonadas, chansons populaires espagnoles. » Guitare, tambourin et castagnettes apportent à certains morceaux un peu d’exotisme et le rythme emporte le public …

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© Stefan Brion

 Etonnante aussi la distribution où les rôles principaux sont confiés à sept femmes, pour la plupart mezzo sopranos, à l’exception du rôle titre : Marie Perbost à la voix et au corps agiles (révélation des Victoires de la musique 2020)  et Iris l’envoyée de Zeus (Eugénie Lefebvre), toutes deux sopranos. Un seul ténor joue Protée (le puissant Cyril Auvity). Dans les théâtres espagnols, seules, les femmes chantaient et, à l’exception des rôles de barbons, jouaient les dieux virils ou les bergères accortes. Les hommes étaient, eux, attachés exclusivement au culte catholique. Le chœur, ici très réduit, comprend deux sopranos, une alto et un ténor. Parmi les autres personnages, se détache le couple populaire Ménandre le bègue (Anthea Pichanick, contralto) et Sirène l’acariâtre (Victoire Bunel, mezzo-soprano) dans une scène de ménage hilarante. 

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© Stefan Brion 

Le chœur des villageois intervient en ouverture pour situer l’action dans un environnement rustique de bois et prairies: «A la montagne! A la forêt! au champ! A la falaise!» Toujours présent, il participe aux aventures de la nymphe vertueuse et commente les assauts de Triton : excellente Isabelle Druet dans un beau duo où son timbre chaud de mezzo se superpose à celui, plus clair de Marie Perbost.

 Sixième mise en scène d’opéra pour Omar Porras qui renoue ici avec sa langue natale. Laissant libre cours à son goût pour le baroque, il ancre la pièce parmi des saltimbanques venus raconter une histoire : danseurs, acrobates, contorsionnistes accompagnent ainsi les comédiens-chanteurs de leurs facéties et ce traitement burlesque contamine jusqu’aux moments les plus dramatiques. Et dans des joutes carnavalesques, Marielou Jacquard et Caroline Meng donnent à Apollon et Neptune, guerriers empesés dans leur superbe, un caractère décalé. Amélie Kiritzé-Topor a imaginé une grotte romantique, antre du vieux Protée dont le chaudron s’enflamme pour appuyer ses prédictions. Pas de machinerie compliquée mais des rideaux pour faire apparaître et escamoter les personnages, ou parfois laisser deviner des scènes en ombres chinoises. Triton rampe hors de la fosse d’orchestre et, dans un feu d’artifice, Apollon surgit d’un vieux coffre d’accessoires tel un diable doré… Ou il traverse l’avant-scène en majesté, juché sur les épaules d’un porteur dissimulé sous une longue traîne. Les costumes rutilants des Dieux contrastent avec la nudité de la nymphe chasseresse, comme avec les habits en toile écrue des villageois. Cette réalisation pétillante et fluide, d’une belle qualité visuelle et musicale, donne une large place au rire. Jusqu’au titre, qui, aujourd’hui, peut paraître ironique… En effet, selon Ovide, Coronis vécut avec Apollon et enfanta Esculape, dieu de la médecine…

 Mireille Davidovici

Du 14 au 17 février, Opéra-Comique, place Boieldieu, Paris (IIème). T. : 01 70 23 01 31.

Dimanche de et par Julie Tenret, Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud

Dimanche de et par Julie Tenret, Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud

Ce théâtre belge gestuel et visuel nous plonge avec humour dans une fin de monde, sur les traces de trois valeureux reporters… qui enquêtent sur la disparition des espèces et au sein d’une famille, affrontant sans ciller canicule, cyclone et tsunami… En toile de fond du spectacle, des thèmes comme le dérèglement climatique, la disparition des espèces animales et, à terme, de l’humanité… La compagnie Focus créée par Julie Tenret s’est associée à Chaliwaté, celle de Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud. Cette réalisation (2019) avec une première mouture courte l’année précédente, a été couverte de prix dans le monde entier.«Nous souhaitions, disent ces artistes, mutualiser nos outils au service d’une écriture mêlant théâtre gestuel, théâtre d’objets, marionnettes, jeu d’acteurs et vidéo. »

Une voiture miniature roule dans un paysage polaire. Ses trois occupants, cahotant sur la route, aventuriers d’un monde en perdition, affrontent la fonte de la banquise où une ourse géante et son petit se trouvent déjà au bord d’un gouffre… Pendant ce temps, chez des gens, on sert le petit-déjeuner du dimanche : thé, croissants. Canicule : la grand-mère transpire… et le décor ramollit ! Ailleurs, une équipe de tournage va filmer en hélicoptère un grand oiseau. Nous le retrouverons rôti au repas dominical, avant que l’ouragan n’emporte table et convives…. Dans cette succession de tableaux, Julie Tenret, Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud associent habilement épopée de journalistes et séquences familiales… Grâce à des changements d’échelle permanents, manipulateurs et acteurs jouent sur tous les registres du théâtre d’objets et de marionnettes. Les scènes avec de vrais personnages tiennent du mime et sont ponctuées par de courts reportages télévisés. Les effets spéciaux restent artisanaux, sans perdre de leur magie etle moindre détail est travaillé dans un constant souci esthétique. Les corps des acteurs se fondent dans le paysage et deviennent routes, collines, lande, désert …

 Dans ce spectacle poétique, visuel et artisanal, à la fois comique et tragique, une humanité s’accroche contre vents et marées à un quotidien qui fout le camp : des objets se tordent à la chaleur, s’envolent dans la tempête ou flottent parmi les poissons… Sans moralisme, les réalisatrices n’épargnent en rien les protagonistes de cette double histoire et pimentent ce Dimanche d’une once de cruauté, toujours contrecarrée par le rire. Autour d’eux, le monde s’effondre mais c’est encore dimanche ! Magistral d’invention et de pertinence.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 11 février, au Théâtre Au fil de l’eau, Pantin (Seine-Saint-Denis), initialement prévu dans le cadre de la Biennale de la marionnette, avec le Mouffetard-théâtre de la Marionnette à Paris (Vème).

Le 24 février, Tiel, le 26 février, Delft ; le 1er mars, Groningen. (Pays-Bas)?

Le 7 mars, Théâtre municipal de Grenoble (Isère) ; le 10 mars Maison des Arts, Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) ; les 20 et 21 mars Théâtre Firmin Gémier, Antony (Hauts-de-Seine).

 Le 15 mars , Centre culturel de Dinant (Belgique) ; les 20 et 21 mars, L’Azimut, Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) ; le 28 mars, Quai des Arts, Pornichet (Loire-Atlantique).

 

 

 

 

Gabrielle Papadakis et Guillaume Cizeron, champions de danse sur glace aux J.O.

Gabrielle Papadakis et Guillaume Cizeron, champions de danse sur glace aux J.O.

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Médailles d’or ce lundi au Capitol Indoor Stadium à Pékin, après deux journées d’épreuve en danse technique et danse libre. A la différence du patinage artistique, ici, aucun saut possible, ce qui limite la performance athlétique et ouvre le champ à un au-delà du sport. Gabrielle Papadakis et Guillaume Cizeron caressent le sol gelé à grande vitesse avec une douceur dans la glisse, avec aussi des enchaînements synchrones et postures asymétriques… Ils ont rompu avec les codes d’une épreuve souvent vieux jeu, jusqu’aux costumes et coiffures où le kitsch règne encore…. Mais ces artistes soignent leur apparence et savent bien que la subtilité d’un ballet en dépend aussi. Haut rouge vif et pantalon noir pour lui, et robe rose et perlée pour elle. Ce rouge sur fond blanc de la glace évoque l’incarnat : la couleur chair en peinture. Mais cet incarnat ici tend vers la lumière du costume de Gabrielle Papadakis.

Pour la partie technique, ils se sont inspirés du waacking, une danse de rue apparue dans les clubs gays de Los Angeles vers 1970. Pour la danse libre, Elégie de Gabriel Fauré accompagne leur ballet et ils le traitent comme un espace musical dont ils se rapprochent ou s’éloignent. Comment ont-ils résolu le problème de la vitesse de la glisse qui peut en effet éveiller en nous des stéréotypes d’élans qu’il n’est pas facile d’oublier… Art ou cliché ? Elisabeth Schwartz, danseuse française, suit Gabrielle Papadakis et Guillaume Cizeron depuis longtemps : «De grands interprètes : précision, prise de risques et virtuosité. Ils sont la «grâce» qu’après un travail permanent, ils ont réussi à maintenir sur les quatre minutes de l’épreuve. Ils donnent à voir un continuum sans brusquerie où parfois l’abandon parait sans sa représentation. Et les variations rythmiques, ce qui est rendu possible le dédoublement du rythme. Et tout une économie de forces porte l’ensemble.»
Elle discerne les singularités de ce ballet grâce à l’enseignement qu’elle a reçu de Margaret Craske (1892-1990), élève d’Enrico Cecchetti (1850-1928), le maître de ballet de Nijinski et de la Pavlova qui savait mettre en avant la fluidité des gestes et le travail sur le centre de gravité. Et Margaret Craske, elle, prônait les étirements de bras en douceur se prolongeant en l’air par des vibrations invisibles. Ici, comme dans un jaillissement, les paumes de mains se suspendent un instant sur une épaule, un genou. Avec douceur, le couple, sur certains passages de la musique de Gabriel Fauré, opère des transferts de poids et des balancements de droite à gauche, et réciproquement.

Gabrielle Papadakis et Guillaume Cizeron évoluent parfois aux limites de la surface et au bout de la longueur des tribunes. Ils esquivent le point maximum et le mouvement exponentiel. Et grâce à cette association vitesse et quasi-vitesse, ils arrivent à créer une variation de rythme: la tension athlétique sous-tend ici l’action mais elle la cache. Selon Charles Baudelaire: «Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d’un art.» Ici l’effort caché libère des nuances, des points lumineux dont les palpitations (le voilà ce fameux cœur de l’âme, mais c’est un cœur technique) se rapportent à la qualité de la glisse, elle si mystérieuse. Là, se situe la concentration, la réserve et ces danseurs filtrent les intensités et les émotions et les incorporent dans les lignes qui vibrent alors sans outrance. Cette souplesse rend alors possible le passage des figures synchrones, aux contrepoints. « fusion » n’est sans doute pas tout à fait le bon mot pour caractériser leur travail, puisque des accords naissent d’asymétries, écartements et vides suscités par eux.

Ainsi Guillaume Cizeron, jambes écartées, pliées, la hanche un peu incurvée, soutient sa partenaire qui a un patin sur sa cuisse droite. Et subitement, elle tourne sur son appui et quitte cette posture pour regagner la glace. En quelques minutes, nous avons pu discerner au moins huit rythmes différents dans les courses, tournoiements verticaux, génuflexions en rotation, portés différents, enlacements, écartements, unissons, figures asymétriques. Avec entre eux, de multiples rapports et dégradés,  ce qui leur permet de passer d’un tempo à l’autre… Nous sommes émerveillés par une telle intelligence dans la construction de ce ballet  en quelques minutes seulement. 

Des accords, naissent des contrepoints et Guillaume Cizeron, de face, présente une forme en ligne brisée, genou en dedans. Le bras vertical, main pliée, (souvent dans les postures leurs mains sont pliées) il s’abaisse et touche les cheveux de sa partenaire. Elle, tête baissée, lève le bras gauche puis le descend. Dans les portés, Gabrielle Papadakis est à l’horizontale ou recroquevillée. Et il y a parmi leurs grandes figures celle où, lui accroupi, la porte et tourne avec elle qui est un peu cambrée à l’horizontale, les jambes croisées selon une ligne pure mais comme à l’abandon. Elle finit par un geste simple : la tête lovée sur la poitrine de Guillaume Cizeron…

Ils dansent depuis qu’ils ont huit ans et répètent sans cesse. Comment ont-ils tenu ? Sans doute par un esprit d’enfance… L’enfance qui voit dans le monde des commencements, nous accompagne tout au long de notre vie et en est le quatrième temps.  Des années d’entraînement chez ces artistes ont «simplifié» d’une certaine façon leur corps, jusqu’à créer des lignes vibrantes, secrètes, insaisissables mais formatrices.

Bernard Rémy

Epreuves des Jeux Olympiques vues le 14 février à la télévision.


 

 

 

 

 

 

Livres et revues


Livres et revues
Sous un Manteau de neige de Joël Jouanneau
D’abord un mot sur Heyoka ou Haokah: avec cette collection Heyoka Jeunesse, les éditions Actes Sud-Papiers, construisent depuis plus de quinze ans un répertoire théâtral pour enfants et adolescents. A la source: le Théâtre de Sartrouville et Claude Sévenier, son directeur avaient invité le Théâtre de la Pomme verte de Catherine Dasté à renouveler le théâtre pour jeune public, imaginé avec Joël Jouanneau et Angélique Ionnatos, le concept d’artiste associé. Heyokah y est né et le théâtre de Sartrouville et des Yvelines continue à passer à de grands auteurs, des des commandes de textes qui ne se prennent pas au sérieux, mais qui eux, prennent les enfants au sérieux. Au fait, d’où vient Heyoka ou Haokah ? C’est un être sacré dans la culture du peuple Lakota des grandes plaines en Amérique du Norde et un bouffon contrariant, un satiriste qui parle, bouge et réagit en opposition aux gens qui l’entourent. Cela nous mène tout droit au théâtre et à sa force transgressive et joyeuse.

9782330161750-475x500-1Illustré par Maxime Sudol, ce conte sombre et obscur s’inspire largement de L’Homme qui rit de Victor Hugo. Mais l’auteur a un goût pour l’invention verbale comme dans Bourrichon et a aussi invité Arthur Rimbaud et la couleur des voyelles et Federico Fellini à qui il a emprunté Ginger et Freddo, avec slam, nostalgie chamanisme … Le poète n’a rien à cacher et livre ses sources en toute liberté pour accompagner ses trois personnages : Ursus, un ours comme son nom l’indique (contrairement à Victor Hugo où le loup s’appelle Homo, l’homme…), Kolb, un enfant trouvé, enfin pas encore trouvé, et Guenille, l’hirondelle, dont on apprendra qu’elle est un avatar de Dea, la belle et douce Dea de Gwynplaine (Victor Hugo, toujours ! Relisez L’Homme qui rit, comme tout le monde !.
L’histoire : arriver à la vérité, à la liberté du «Beau Jourd’hui». C’est-à-dire à la joie, rien que cela. Avec «des poèmes inouïs avec des mots sans muselières qui aboient à leurs trousses. (…) » écrits avec «un bon verre de larmes amères, trois cent grammes d’une bonne colère, un petit bol de rigodon, des feuilles volantes à foison, un arc-en-ciel de trouvailles, sans oublier la gomme qui peut tout effacer et permet de recommencer quand le poème est raté». On le voit ici: la littérature et le théâtre jeune public sont faits pour tous les âges. Pessimisme de la raison, et optimisme de la poésie… 
Christine Friedel

Actes Sud-Papiers, collection Heyoka Jeunesse.

Correspondance avec la Mouette, Anton Tchekhov Lydia Mizinova, traduit du russe, annoté et présenté par Nicolas Struve
Tout un roman… Cela commence à Moscou en 1989. Anton Tchekov est médecin mais aussi un écrivain connu de vingt-neuf ans qui a publié plusieurs centaines de nouvelles. Lydia Mizinova ou selon son diminutif Lika, en a dix de moins. Cette  jeune  et belle séduisante apprentie-cantatrice est amoureuse de lui mais plus que lui, d’elle qui est très jalouse. Pourtant elle comme lui a d’autres amours mais ils ont entre eux  deux une attirance et une tendresse inoxydable. Tchekhov l’a poussé dans les bras de Potapenko, un écrivain qu’elle a rencontré chez lui. Et ils partent pour Paris où Lika aura un bébé qui ne survivra pas.Tchekhov qui n’aimait pas beaucoup ce Potapenko le traite de porc dans une lettre.

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Et un an après que Tchekhov ait épousé Olga Knipper sa comédienne préférée, Lika se marie avec Alexandre Sanine, metteur en scène du Théâtre d’art de Moscou. Mais elle le quittera et partira pour l’Europe et la France. Elle meurt de tuberculose en 1939 soit trente ans après son Anton et est enterrée au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-bois. C’est déjà en filigrane, l’histoire de Trigorine et de Nina Zaretchna dans La Mouette que son auteur écrivit… quelques années avant la liaison de Lika et Potapenko…

Pendant presque dix ans, ils vont s’écrire et se retrouver parfois au gré des innombrables voyages de l’écrivain. Mais sur le mode : jamais sans toi jamais avec toi. Et on voit ici un Tchekov parfois cynique : «J’embrasse avec une muflerie respectueuse votre petite boîte à poudre et j’envie vos vieilles bottines qui vous voient chaque jour.Parlez-moi de vos conquêtes. » Mais il peut être aussi féroce : «Si vous êtes piquée de quelque fabricant de vodka ou d’un baron eh! Bien, dites-le.» Et elle, non plus, ne mâche pas ses mots: «Votre lettre est toute entière imprégnée d’un tel égoïsme.» Mais, toujours avec un dose de tendresse en avance, elle lui envoie aussi du «mon petit pigeon.» Ils s’écriront, faute de se voir et pour sans doute préparer à des retrouvailles et se donner une certaine comédie, dit Nicolas Struve, avec une joie évidente, un certain humour et une énorme tendresse. Ce que révélait déjà sa mise en scène quand il dirigeait avec bonheur Stéphanie Schwartzbrod et lui-même (voir Le Théâtre du Blog).

Il existe, dit Nicolas Struve, 67 lettres d’Anton à Lika, et 98 de Lika à Anton. Et il a traduit ici la totalité des lettres de lui et 38 lettres d’elle à lui. Mais aussi une trentaine d’extraits d’autres lettres d’elle à Tchekhov. Sans doute un très utile complément à cette Mouette que Paul Desveaux vient de monter (voir Le Théâtre du Blog). Mais il y a aussi le grand plaisir à lire ces lettres comme écrites d’hier qui ont déjà plus de cent trente ans! Et à découvrir un Tchekhov encore jeune éternel voyageur et fasciné par les femmes. Et il y a nombre de notes en bas de page, toujours très bien faites et éclairantes. Merci encore Nicolas Struve pour ce somptueux cadeau que vous faites à ceux nombreux qui ont vu une ou plusieurs pièces de Tchekhov, comme aux autres.

Philippe du Vignal

Editions Arléa, 20 €. 

 

Depuis que je suis né de David Lescot

Le bébé est une personne et l’auteur s’en souvient, en prêtant sa plume à un enfant qui écrit ses mémoires… Cette pièce accompagne tout simplement, à la première personne, la métamorphose de l’enfant, du bébé qui était si bien dans le bain maternel, avant sa naissance, au petit garçon de six ans, autant dire presque un « préado », tant nous sommes précoces aujourd’hui…

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Il en aura vécu, des aventures, agacements et bonheurs, Depuis que je suis né, dit-il. Avec plus ou moins de patience -parce que les cris, on n’a rien trouvé de plus efficace, quand on est un bébé-, il explique donc gentiment aux parent ce qu’il ressent, ce dont il a besoin et assez vite, ce qu’il dit avec des mots. Pas question de bêtifier : «Là, des ouatis !», «Oui, il y a plein de voitures », «Des ouatis !», « Oui, des ouatis », «Naan ! Des ouatis», « Euh pardon, des voitures »… Un petit dialogue que nous avons tous vécu avec un enfant découvrant les joies de la parole et les obstacles de l’élocution !

Cette pièce est à l’avenant: riche de sensations, d’échanges pas si évidents entre le petit enfant en marche (rapide) vers l’autonomie et ses parents. Un texte tonique et tendre, et pleine d’un bel optimisme: oui, ça vaut la peine de grandir. Comme tous ceux publiés dans cette collection au format agréable, Depuis que je suis né est joliment illustré par Gala Vanson. De quoi donner aux enfants l’envie de s’en emparer.. Autonomie, autonomie !

Christine Friedel

Actes Sud-Papiers, collection Heyoka Jeunesse.
La pièce est jouée dans le cadre des Odyssées en Yvelines
(écoles et collèges). Voir les dates sur le site de ce festival.

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