Le Sel de la vie, d’après l’œuvre de Françoise Héritier, mise en scène de Marie Potonet

 

 Le Sel de la vie, d’après l’œuvre de Françoise Héritier, mise en scène de Marie Potonet

L’anthropologue Françoise Héritier (1933-2017) est connue pour son immense et précieux travail scientifique. Grâce à Marie Potonet et à l’actrice Florence Payros, ce spectacle nous invite dans un tout autre univers : «C’est une fantaisie, née au fil de la plume, de l’inspiration», premiers mots de ce récit. Une histoire singulière inspirée par : »Quelqu’un que j’aime beaucoup, le professeur Jean-Charles Piette. (…) Une carte postale d’Ecosse. (…) Une semaine « volée » de vacances (…) ». Un  véritable pas de côté  dans le parcours intellectuel et littéraire de Françoise Héritier.

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A partir de choses simples ou plus surprenantes -les multiples facettes de l’existence- l’auteure ouvre la porte à l’imaginaire et à l’émerveillement. Ce spectacle hors du commun peut avoir lieu à l’intérieur ou à l’extérieur,  et nous sommes conviés à l’écoute et à la contemplation d’un véritable tableau vivant. Poétique, en rythme et sons, la sobre mise en scène et l’interprétation sensuelle et délicate, de Florence Payros,  nous saisissent d’étonnement, de joie et d’une douce tristesse.  Le tragique n’est pas loin mais seulement ainsi la beauté de l’existence et sa magie peuvent être au rendez-vous.

Remarquable énumération de ces instants saisis à la volée qui touchent notre cœur et notre conscience. Subtilité et densité de l’écriture, si vivante, impertinente parfois,  rêveuse ou tranchante: «Être imperméable à la perfidie de certains propos», «Suivre le vol d’une seule hirondelle au milieu des autres», «Donner solennellement du Monsieur à un adolescent», «S’attrister parce que les galets perdent leurs belles couleurs en séchant »…sans oublier la réalisation d’une tarte aux pommes: un délice offert au public, à la fin de la représentation.  Ici, la parole littéraire du poème laisse jaillir une théâtralité inattendue. Une invitation à une pure danse des mots… Florence Payros, avec sa voix, ses gestes sensibles, la grâce de son corps, donne vie à l’écriture de Françoise Héritier sans aucun pathos, avec intelligence et émotion.

Le public, dans un silence absolu, reçoit dans toute sa plénitude cet hymne à la vie.  Aucune naïveté ni mièvrerie au cœur de cette suite d’images et de sensations. La beauté et la sensualité de ces moments furtifs, à la fois taquins ou émouvants, dans une langue simple et juste, laissent advenir à travers le jeu  plein d’esprit de l’actrice, entre fragilité et force : « Ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie ». Et qui, souvent nous échappe dans notre course effrénée vers la  consommation.. C’est aussi, en effet, une réflexion sur le temps ou comment ne pas le laisser s’échapper, en se projetant sans cesse dans l’avenir ou/et les illusions. Soudain, au fil des phrases, les pensées des Essais de Montaigne (XVIè.s.), nous font signe. Comme un rappel salutaire: la richesse du temps dans toute sa profondeur va de pair avec toutes les expériences de la vie.  Ici et maintenant ! Nous sommes là, un siècle plus tard, loin de celles d’un autre grand penseur, Pascal (XVIIè.s.) pour qui le bonheur ne pouvait pas exister en ce bas monde mais, seulement dans l’au-delà. 

Ce spectacle jouissif et sensible et la mise en scène de Marie Potonet offrent au texte, la possibilité de découvrir une démarche intellectuelle et un mode de vie. Une nouvelle couleur donnée à cette « Fantaisie », belle ouverture et révérence à l’existence ! En ces temps d’inquiétude, merci à Françoise Héritier et bravo aux artistes de la Compagnie pour 9 muses !

Elisabeth Naud

Spectacle vu le 25 mars, à la Mairie du XVIII ème, Paris. 

 Le 1er avril, La Trockette , Paris.

Le 7 avril, Galerie W, Paris.

Contact: Alexandre Gilbert:  06.89.34.97.69 
 

 

 

Le texte a été publié aux éditions Odile Jacob (2012).

 


Archive pour mars, 2022

Les Étrangers, texte et mise en scène de Clément Bondu

Les Étrangers, texte et mise en scène de Clément Bondu

Appelons-le Paul, cet «anti-héros» contemporain (mais dans la lignée d’un Frédéric Moreau de l’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert en panne d’écriture). Il ira, d’une France paresseuse jusqu’à Naples, Berlin, pour finir à Tanger, en quête de son ami Ismaël mystérieusement disparu. «Je m’appelle Ismaël» ou «On m’appelle Ismaël»: le choix du prénom du personnage nous mène droit à Moby Dick d’Herman Melville, (1819-1891), autant dire à l’emblème de la littérature même. Ce qui, au théâtre, n’est pas toujours un compliment… Un défi pourtant tenu et Clément Bondu n’a pas hésité à adapter Les Etrangers, en revendiquant l’écriture romanesque et en assumant crânement le passé simple. Et nous savons que le récit fait les grandes heures du théâtre, comme du roman.

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Celui de ce voyage est ajusté au temps de la représentation. Pas de scénographie illustrative et il y a un bon moment que les didascalies descriptives n’existent plus, au théâtre et même dans les fictions. Ici, des châssis blancs glissent, s’écartent, s’alignent pour former des aires de jeu et le temps de quelques scènes, des éléments de décor figurent une chambre d‘étudiant et de rencontres amoureuses.
Des cartons de cinéma avec dates et lieux accélèrent le rythme pour laisser toute leur place aux récits de Paul, Marianne ou Aurore, les premières amoureuses et cela fonctionne très bien. Le choix des interprètes est tout aussi juste: Mathieu Perotto (Paul) plus ouvertement comédien,se permet en narrateur pris au jeu, quelques effets. Les jeunes femmes que jouent Lisa Kramarz et Mona Chaïbi collent parfaitement à leur fraîcheur naturelle et à leur énergie, et cela sonne juste. Comme le beau récit, habité, d’une rencontre artistique.

Tout va bien jusqu’au moment où le récit de cette quête s’épuise. Peut-être son objet manque-t-il de consistance et n’en sait-on pas assez sur ce mystérieux Ismaël pour s’intéresser à lui, pour que son absence le grandisse, derrière l’ego de Paul. Peut-être le livre ne renouvelle-t-il pas assez les mythologies du voyage, l’équivalent du «grand tour» des siècles passés.  Berlin et Tanger ont acquis au début du vingtième siècle, leur statut de villes-étapes d’une jeunesse en mal d’enivrements et désenchantements. Est-ce un passage sans doute obligé pour chaque génération ? D’où un sentiment de lassitude et le dernier récit d’une belle actrice russe (Vanessa Fonte) à Tanger paraît attendu et académique. Se méfier de Tanger, ville-frontière, passage où l’on ne passe pas, attente sans horizon  autre que l’autre rive du détroit, fond d’écran de toute une littérature… (Ici, le terme n’est pas un compliment).

Un ouvrage de belle qualité, à la réalisation bien pensée, comme celle des tableaux autrefois dignes de concourir aux prix de Rome. C’est déjà un bon signe de maturité et un vrai respect pour le théâtre et les acteurs. Mais nous aurions envie d’arriver à l’étape suivante de cette quête où l’auteur-metteur en scène prendrait de vrais risques. En se coltinant le monde réel avec ses contradictions (et que nous en venions aussi  à nous colleter avec lui…).

Christine Friedel

Jusqu’au 31 mars, Théâtre de la Cité internationale, 31 boulevard Jourdan, Paris (XIV ème). T. : 01 43 13 50 50.

Le 24 mai ,à Auch (Gers), dans le cadre du C.I.R.C.A.

Du 2 au 12 juin, Théâtre des Célestins (Lyon).

Et le 26 novembre, L’Astrada, Marciac (Gers).

Le roman de Clément Bondu est publié aux éditions Allia (2021).

 

WET° 2022 ( sixième édition) au Théâtre Olympia à Tours

WET° 2022 ( sixième édition) au Théâtre Olympia à Tours

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©Gabriela Cais Burdmann

Un festival qui “se mouille“ ? Oui, par l’engagement de ses jeunes organisateurs et l’effervescence qui règne dans les théâtres de Tours et sa banlieue mais cet acronyme signifie simplement : Week-End au Théâtre Olympia. Son originalité: être programmé par les membres du Jeune Théâtre en Région Centre-Val de Loire, un ensemble artistique mis en place par la Région, avec la complicité du T°-Centre Dramatique National de Tours.
Cinq jeunes acteurs issus d’écoles de théâtre, deux techniciens et une chargée de communication, ont travaillé deux ans au T°, à explorer  les multiples facettes de leur métier, comme interprètes et créateurs mais aussi comme programmateurs. Les comédien.ne.s de cette troupe ont créé Monuments hystériques avec Vanasay Khamphommala, Grammaire des mammifères de William Pellier avec Jacques Vincey (voir Le Théâtre du blog). Début juin, ils joueront La Vie dure (x heure, y minutes) de Camille Dagen, Emma Depoid et Eddy d’aranjo.

La jeune troupe construit WET° de A à Z, avec l’équipe aguerrie du lieu et sous l’œil vigilant de son directeur, le metteur en scène Jacques Vincey, qui lui a généreusement confié les clefs pour ces trois jours de festival. Un beau geste de transmission. Au fil des ans, le WET° est devenu un rendez-vous incontournable de la jeune création et des professionnels en quête de nouveaux talents. En particulier, le réseau Puissance 4  avec La Loge, le Théâtre 13 à Paris, Le TU-Nantes, le Théâtre Olympia de Tours et le Théâtre Daniel Sorano à Toulouse, fédérés pour accompagner les parcours d’artistes émergents et soutenir leur production et leur diffusion. De 2021 à 23 : Émilie Beauvais et Matthieu Desbordes, Justine Lequette, Maurin Ollès et Julie Benegmos dont Strip est présenté à ce WET°.

 Menu chargé pour cette sixième édition -deuxième de la saison pour rattraper le retard dû au covid- avec douze spectacles sur dix-neuf représentations. «Accompagner les prémices et les promesses, ouvrir à l’inédit, à l’audacieux, au fragile. Etre le reflet de l’éclectisme de la jeune création», selon le Manifeste de ce WET° et cette programmation confirme cet éclectisme. Avec un spectacle du collectif catalan Atresbandes, une performance d’Orun Santana, un artiste et danseur brésilien de capoeira mais aussi un solo de l’auteur-performeur belge Salim Djaferi et plusieurs pièces au féminin : Beauté fatale, Le Vertige des Girafes, 37 Heures.  Cela se passe au Théâtre Olympia mais aussi au Petit Faucheux à Tours, à L’Escale à Saint-Cyr-sur-Loire et à  La Pléiade, à La Riche.

 Les quatre spectacles que nous avons vus, témoignent de la fragilité des jeunes compagnies et, pour les programmateurs, des risques d’un entre soi. Nous passerons sur Le Vertige des girafes, soliloque d’une femme enfermée dans son appartement, aux prises avec ses objets quotidiens et rêves de midinette. Ecriture, mise en scène et interprétation fades et décousues, même si Delphine Mailland joue ce solo avec une belle énergie qui ne manque pas, non plus, aux comédiens belges de Cow Boy, mis en scène par  Delphine De Baers. Ces personnages minables de western échoués dans un désert conventionnel remplissent leur vide existentiel par de vaines gesticulations et un verbiage scatologique et eschatologique qui semblent amuser un public complaisant. Caricatures pitoyables de cinq losers dont deux filles.

 37 Heures d’Elsa Adrogueur

 Un spectacle qui se détache du lot par l’authenticité de la démarche. La comédienne a écrit le texte et joue son propre personnage, celui d’une adolescente dont la vie bascule sous l’emprise de son moniteur d’auto-école. Ce prince charmant changé en monstre la violera pendant des années… La pièce se construit en allers et retours entre différentes périodes de son calvaire, sous le regard de la femme devenue adulte qui trouve enfin les mots pour le dire.
Beaucoup de sensibilité et de maîtrise dans cette écriture, malgré quelques clichés attendus. Une mise en scène sobre, soulignée par un beau travail de lumières de Paul Durozey. Mais le jeu, trop appuyé, tend à la caricature et ce récit intime et émouvant aurait gagné à plus de simplicité…

 Koulounisation de Salim Djaferi

Une enquête en forme de conférence linguistique où l’acteur remonte le fil de son histoire familiale qui croise celle de l’Algérie. Seul en scène sur un plateau nu, il s’emploie à démêler un écheveau de filin vert, couleur du pays de ses parents, pour en tirer, littéralement, le fil d’un récit, à la fois intime et collectif.

Tout part d’une question posée à sa mère:«Comment dit-on colonisation, en arabe? » «Koulounisation» dit-elle. Un mot forgé à la croisée du français et de l’arabe algérien, par interférence phonétique, comme: koulounel, koumissariat, etc. Les traductions pour colonisation sont plurielles. Le dictionnaire officiel offre un dérivé du verbe arabe «construire» et/ou «posséder sans autorisation». Les traducteurs des Damnées de la Terre de Frantz Fanon, eux, inventent un mot à partir de : détruire. Et pour un Palestinien, ce sera un substantif tiré de : exclure ! Salim Djaferi illustre son propos en construisant, avec des palettes en polyester, de petits territoires à prendre d’assaut, distinguant une colonisation qui impose son ordre, qui dépossède, ou celle qui force à l’exil…

 Question de territoire et de dénomination… Salim Djaferi remonte son arbre généalogique et les noms de sa famille en disent long sur la colonisation française en Algérie et ses conséquences. Ainsi le patronyme de sa mère a été forgé à partir de Djelal,  le village de ses grands-parents, en effaçant le nom tribal. Et pour trouver du travail en Belgique, elle a dû changer son prénom : Milène, au lieu de Fatima… Preuve à l’appui, les papiers d’identité de ses parents sur un fil tendu entre deux projecteurs. Illustrant son propos d’anecdotes et d’images, le comédien nous mène en douceur au cœur d’une histoire violente, avec un sourire malicieux. Nous apprenons, au détour d’une conversation avec un libraire, qu’en Algérie, la guerre s’appelle: révolution et que le titre: Les Démons de Dostoïevski est devenu en arabe: Les Anges.

A l’arrivée envahissante d’une spectatrice (une complice), Salim Djaferi disparaît, effacé de son histoire… Comme cette éponge qu’il avait escamotée en laissant une trace rouge au sol: la colonisation est aussi: disparaître, voire se faire disparaître…

 Mireille Davidovici

Du 25 au 27 mai, Théâtre Olympia, 7 rue Lucé, Tours (Indre-et-Loire). T. : 02 47 64 50 50.

Koulounisation, le 15 mai, Passages Transfestival, Metz (Moselle).

 37 Heures, le 31 mars,Théâtre Beaumarchais, Amboise (Indre-et-Loire).

Le 13 octobre, Théâtre de la Tête Noire, Saran (Loiret).

Le 6 décembre, L’Atrium, Saint-Avertin (Indre-et-Loire).

 

 

 

 

Après Jean-Luc Godard-Je me laisse envahir par le Viet nam, écriture, conception et mise en scène d’Eddy D’aranjo

Après Jean-Luc Godard-Je me laisse envahir par le Viet nam, écriture, conception et mise en scène d’Eddy d’aranjo

 

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© Willy Vainqueur

Avec ce spectacle créé au Théâtre National de Strasbourg, il ne faut s’attendre ni à une biographie à une anthologie ou à un hommage. Le metteur en scène et ses acteurs ont plutôt cherché un compagnonnage, avec tout ce que Jean-Luc Godard représente pour eux : un penseur de l’image, un dégoupilleur du montage dont il met en lumière la force de sens, un contestataire de ses propres inventions et un fulgurant manipulateur de couleurs dans, entre autres, Pierrot le fou (1965),  Adieu au langage (2014), etc. Godard notre contemporain? De fait, oui.
Une création en deux parties : une première qui ressemble beaucoup à du théâtre, mais imprégnée des films du cinéaste, jusqu’à la citation: « Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? » mais hors contexte,, comme dans un bain amniotique. Une histoire de famille circule sur le plateau, avec les jeunes Camille et Adrien, leurs amis respectifs et un vieil « oncle ».  Déchéance de la vieillesse, deuil. Nous voyons la maison de famille se disloquer. Un moment que chacun vivra un jour: comment vider celle des parents? Que faire de l’héritage? Tout cela est présent, plutôt que représenté, par une série d’actions. Eddy d’aranjo rappelle une vérité simple: par définition, un acteur doit agir. Donc certains d’entre eux manipulent éléments de décor et accessoires, construisant une seconde vie et au premier plan, dialoguent les comédiens.

© Willy Vainqueur

© Willy Vainqueur

Une façon de tout assumer de l’artisanat qui fait le théâtre, ce que rappelle le prologue: à l’avant-scène, de jeunes actrices se présentent l’une comme costumière, l’autre comme régisseuse. Assez vite l“Oncle“, les rejoint, un comédien grimé en vieillard désirant. Message bon à rappeler: le théâtre est un art collectif où chacun, agent et acteur, à sa place particulière et comme personne, apporte au collectif, ce qui lui est propre. Et qu’aussi: au théâtre, tout est faux et tout est vrai. Ce sera le ton de ce spectacle, indémêlable de sa théorie, un manifeste. Et le metteur en scène le revendique : il est fait, bien sûr, de æsouvenirs des films de Jean-Luc Godard mais surtout à mesure de son élaboration, du souvenir du travail sur cette mémoire. Et fait d’une matière hétérogène, avec aussi quelques citations de La mort de Virgile d’Herman Broch où on reconnaît parfois un élément, godardien ou non. On ne cherchera pas à le «lisser ». Nous pensons à Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci, quand on assiste au lavage du vieil homme souillé et mis à nu. Un beau moment de théâtre, à côté de cette réminiscence ou citation, ou rencontre ? Son masque flottant, la vieille peau de son visage portée par un jeune corps. Image à la Luis Bunuel, un court-circuit temporel, une vision concrète d’un désir de vivre.

La deuxième partie est différente : l’écran, le visage et la parole de l’acteur, magnifiés par le noir et blanc, capturent entièrement le regard et l’écoute. Nous assistons à une leçon, engagée, passionnée, à travers les propos de Jean-Luc Godard et de Georges Didi-Huberman. Comment lire un document ? Comment le relire, à l’occasion de nouvelles observations plus fines et de nouvelles questions ?  Volodia Piotrovitch d’Orlik qui est aussi le collaborateur artistique du metteur en scène, joue l’ «oncle» et nous donne à regarder, entre plan américain et plan rapproché et à comprendre, dans leur enchaînement, les quatre photos de cadavres accumulés qu’un «sonderkomando » fait brûler, et qui ont été prises de l’intérieur d’une chambre à gaz. Elles ont été numérotées à leur découverte, mais une observation plus minutieuse a permis de les remettre dans leur véritable succession chronologique. Effet d’image : c’est le printemps, les arbres ont leurs jeunes feuilles et des femmes nues, debout, attendent dans un coin de la photo. Elles ne sont pas des baigneuses à la Cézanne mais appelées à la mort, tout près, et nous ne regardons la photo que parce qu’elles ont déjà mortes. En parlant à l’écran, l’acteur révèle comment ces photos font du cinéma selon Jean-Luc Godard: lecture de l‘image, montage implacable qui donne à la fois sa valeur irréfutable au document et sa force sensible. Ils créent une émotion d’autant plus forte et lucide, qu’elle n’est pas recherchée d’abord dans ce film. C’est tout, on nous a donné à voir le «point de vue» (et lequel!) d’Alex, photographe presque anonyme, contraint par la clandestinité. Voilà. «Vois là», comme dirait encore aujourd’hui le vieux Godard qui a si bien filmé la jeunesse.

D’habitude, une critique de théâtre s’écrit vite. Nous sommes censés avoir capté dans le temps réel du spectacle ce qui nous a fait plaisir (ou non), ce que nous avons déchiffré de la réussite d’un collectif artistique: mise en scène, jeu, scénographie, costumes, musique, images… Et ensuite donner un avis éclairé au candidat spectateur. Mais cette fois, il nous a fallu un certain temps de décantation. Allons-y, en commençant par des bémols: cette fable qui ne justifie pas à elle seule la présence d’acteurs sur un plateau, avance ici trop souvent « dans une forêt obscure », bien que le plateau soit éclairé et aussi parfois, la salle. La sonorisation des  voix, réglée pour que le spectateur tende l’oreille, va parfois jusqu’à rendre les voix cotonneuses, ce qui dévoie notre concentration.

Passons aux éloges: ce spectacle requiert -et reçoit- notre attention constante et nous admirons la fabrication, entre autres, des décors réalisés par les ateliers exemplaires du Théâtre National de Strasbourg auquel Eddy d’aranjo est associé. Et les acteurs se placent à la rencontre exacte entre leur personnage et leur personnalité, ce qui devrait toujours être le cas sur scène! C’est le premier spectacle professionnel du metteur en scène (et de son acteur principal) mais il a eu l’occasion à l’école du T.N.S. de mettre à l’épreuve ce théâtre de la pensée (ou pensée en actes) dans des conditions techniques, artistiques et d’accompagnement favorables. Et il a gagné: ce n’est pas un spectacle « prometteur » mais fort, original, toujours passionnant  qui le confirme comme metteur en scène. Mais que devient le Viet nam annoncé dans le titre ? Une piste ouverte. À nous de la suivre, en souvenir de notre propre jeunesse, quand nous courrions voir les films de Jean-Luc Godard aussitôt sortis et où nous manifestions contre la guerre au Viet nam. Et nous regardons avec bienveillance cette jeunesse, pour laquelle trente ans est toujours un âge «tournant » et qui a la nostalgie, la vraie, de ce qu’elle n’a pas connu et qui permet de réfléchir et d’avancer.

Christine Friedel

Spectacle vu au Théâtre de la Commune, Aubervilliers (Seine Saint-Denis). 

Théâtre de la Cité Internationale, Paris (XIV ème) à partir du 4 avril. T. :01 43 13 50 60.

Trois Femmes et la pluie de Rémi De Vos, Carole Fréchette et Daniel Keene mise en scène de Laurent Fréchuret.

Trois Femmes et la pluie de Rémi De Vos, Carole Fréchette et Daniel Keene, mise en scène de Laurent Fréchuret

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© Frédéric Pasquini

 Bal tragique au village pourrait s’intituler Fugue, un conte noir de Rémi De Vos. La comédienne se grime en petite allumeuse avec, pour seule idée, séduire les hommes et aller au bal… Elle se faufile hors de la maison à l’insu de ses parents et la violence de ses premiers émois tourne au drame familial… L’auteur sait faire rire de situations féroces et Lolita Monga sert le texte avec un humour distancié.

 Moins convaincante, Morceaux choisis de Carole Fréchette, nous transporte dans une bizarre vente aux enchères où une jeune femme propose à la découpe des morceaux de son corps, à des gens voulant consommer du vivant. Pour les besoins de l’adaptation, les transactions se déroulent en ligne et les acheteurs sont réduits à des voix transmises par ordinateur.

 Nous retiendrons dans La Pluie, cette vieille femme incarnée avec simplicité par Lolita Monga. A travers des objets, elle nous raconte le voyage sans retour de déportés. Des objets de toutes sortes offerts par une foule d’hommes, femmes et enfants : elle en prend soin, les entasse dans sa maison et les trie, jusqu’à ce qu’ils tombent en poussière. Au fil du temps, sa mémoire se brouille mais elle se souvient d’un flacon de pluie confié par un petit garçon. Dans l’attente de son retour, elle garde religieusement cette «pluie du bon Dieu» et nous émeut aux larmes.
Trois Femmes et la pluie est le premier spectacle d’une série sur l’intimité d’un corps de femme par la compagnie réunionnaise Lolita Monga. Le suivant dessinera « l’atlas d’une communauté de personnes. » Une proposition tranchant avec le voyage en poésie, tout en odeurs et sensations, à travers l’île de la Réunion, à la lisière d’un lyrisme terrien et d’un humour rappeur que joue aussi Lolita Monga dans Voyage confiné d’outremer, au Théâtre des Déchargeurs (voir Le Théâtre du blog).

 Mireille Davidovici

 Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris (Ier) T : 01 42 36 00 50.

 Fugue in Les Cinq Sens Actes Sud-Papiers.

Morceaux choisis in Serial Killer Actes Sud-Papiers.

La pluie in Pièces Courtes 1 traduction de Séverine Magois. Les Editions Théâtrales

Zébrures du printemps 2022

Zébrures du printemps 2022

Ce festival des écritures est consacré aux auteurs contemporains de théâtre francophones, avec cette année, un focus sur les dramaturgies au féminin, les  « Zébriochkas », pour reprendre le titre de la rencontre animée par l’universitaire Sylvie Chalaye, spécialiste des dramaturgies en Afrique et celle des diasporas. Elle rappelle que les Francophonies de Limoges ont permis de découvrir nombre d’auteurs mais peu d’autrices et encore moins celles issues de la «diversité». Depuis, une action importante a été menée par la Maison des auteurs de Limoges. Ce qui a permis l’émergence d’écritures afro-féminines, grâce à des résidences et appels à projet. Mais le festival se refuse à être un nouveau bantoustan des écritures féminines. «Privilégier les femmes, et non la qualité des écritures, serait donner une visibilité de dupes», dit Sylvie Chalaye.  Et les auteurs y ont aussi leur place .

 Les Zèbriochkas, rencontre animée par Sylvie Chalaye

 «Il est question de maternité, de ventre, de creux utérin, mais dans le sens d’une révolte libératoire », dit l’animatrice. Cette table ronde rassemble trois autrices avec des pièces au souffle particulier, liées à des expériences intimes, comme les titres l’annoncent. Dans Mère prison d’Emmelyne Octavie, «La maternité est une prison, cette femme ne sort pas de la violence de ses fils dit l’autrice de cette pièce qui suit le quotidien d’une mère de deux détenus, entre visites à la prison et son domicile où l’attend son troisième fils. Une vie faite de reproches de ses garçons et même si elle porte le fardeau de leur malaise, selon eux, elle n’en fait jamais assez. Cette émouvante «mère-courage» représente toutes les mères, face au chœur des plaintes qui s’élèvent dans le bruit des portes qui claquent… La poétesse, dramaturge et performeuse guyanaise a écrit sa pièce, à la suite d’ateliers au Centre pénitentiaire de Remire-Montjoly en Guyane et elle s’est attachée à montrer une figure féminine qui porte le poids d’une société de « cœurs meurtris ».

 

« Le ventre, c’est la source de la vie, dit Nathalie Hounvo Yekpe. Dans La Course aux noces, j’ai voulu montrer comment ce ventre devient un piège, pour l’homme comme pour la femme.» L’écrivaine et comédienne béninoise met en scène trois sœurs dont chacune développe une stratégie face au mariage, un statut inévitable pour les femmes de son pays: «Les trois filles se trouvent coincées dans un système». Cette comédie au vitriol alterne dialogues, monologues et « le chœur des « on dit », figure la pression sociale.» «Chez moi, le mariage, c’est beaucoup de chant, de musique, j’ai essayé de faire une parodie des rituels.»

 

Daniely Francisque, elle, dans Matrices, remonte la lignée des femmes de sa Martinique natale et la violence coloniale exercée sur leurs ventres, «ces usines à esclaves pour élargir le cheptel humain des maîtres». La matrice comme espace restant à décoloniser est ici symbole de la souffrance et de la puissance féminines : «Dans nos ventres, il y a des mémoires cachées, dit l’autrice. Les pages d’histoire sur lesquelles on avait plaqué le silence, avec un secret maintenu au creux des cultures afro-descendantes. Et j’ai essayé de passer par mon ventre, celui de ma mère et des femmes qui l’ont précédée.»
Cette violence latente et perpétuée s’exerce dans
Matrices chez trois femmes : la Fille, déracinée dans une cité de banlieue, mais aussi la Femme qui, de retour au «péyi», cherche son ancrage  dans l’amour conjugal. Et la Dame, la «désenfanteuse», qui rompt le cycle du viol, en retrouvant ses racines disloquées. Elle est «celle qui soigne les blessures séculaires, qui ritualise». La Dame, figure ancestrale, s’exprime en créole. Une écriture musicale et syncopée s’infuse jusque dans les parties écrites en français. Comédienne, dramaturge et metteuse en scène, Daniely Francisque prépare la création de Matrices, en compagnonnage avec Joël Pommerat.

Autrices québécoises

Elles se focalisent, elles aussi, sur un intime mais plus psychologique. Suzie Bastien avec Sucré seize, prix S.A.C.D. 2019 de la dramaturgie francophone, donne la parole à huit jeunes filles qui, à seize ans, n’ont pas l’âge tendre et qui, d’un monologue à l’autre, enragent et désespèrent quant à  l’avenir: «On te pousse vers l’avant et l’avant c’est le vide», dit l’une. Ce monde-ci, je n’en veux pas», dit une autre. Mais c’est aussi le temps du premier amour avec ses affres et effervescences. Portraits à vif sucrés-salés sont l’occasion de saluer le talent de cette autrice récemment disparue, voulant écrire pour soulager son cœur…

 Pascale Renaud-Hébert, dans Hope Town, prix S.A.C.D. 2021 de la dramaturgie francophone, débusque les non-dits d’une famille ordinaire. Ces rancœurs mises sous le tapis minent les relations parents/enfant/frère/sœurs. Une pièce qui a pour thème la disparition du fils et le dévoilement progressif d’un malaise lié à son homosexualité. Scènes brèves et tendues, écriture nerveuse, appellent à la mise en scène.

 Errances de Kouam Tawa

 Avec ces poèmes dramatiques dédiés au Cameroun, l’auteur et compatriote Brice Wassy à la batterie et au saxophone, convoquent leurs ancêtres, réveillent les héros morts pour de l’indépendance dont les âmes, faute de sépultures, hantent encore le pays: « Ceux qu’on extermina dans les champs de bataille/ errent dans les champs de bataille/ jusqu’à quand dureront nos errances.»

 Comme proféré au pied d’un arbre à palabres, il égrène un long chapelet de griefs et colères, dans un souffle lyrique, parfois caustique. Un recueil, écrits après dix ans de recherches sur la guerre d’indépendance camerounaise et les conflits qui l’ont suivie.
C’est un poème dramatique au rythme lancinant, à la mémoire des dizaines de milliers de résistants à l’ordre colonial, tombés entre 1955 et 1971, sous les balles et les bombes des armées française et camerounaise.
«Oh ! Ma mère/ Oh ! Mes oncles/ et tant d’autres /mangés je dis dévorés/ sur la terre de nos ancêtres/ par des cabots et des corbeaux/ près ce qu’on appela la pacification /d’un foyer du terrorisme/ et que j’appelle moi l’éradication / d’un bastion de la résistance. » Une performance qui mérite d’être vue et entendue ailleurs.

 Prix R.F.I. 2021

Opéra poussière de Jean D’Amérique

Cet auteur haïtien questionne la place des figures féminines dans l’histoire de son pays et réssuscite Sanite Bélair, résistante anticolonialiste la fin du XVIII ème siècle, exécutée en public par les colons français en octobre 1802, à l’âge de vingt-et-un ans, pour avoir constitué un groupe de rebelles. Deux siècles plus tard, perturbée par le spectre de l’oubli, elle revient d’outre-tombe pour rejoindre les statues de héros érigées sur la place publique. Elle lance sur les réseaux sociaux #HéroïneEnColère, pour réparer la mémoire et regagner sa place dans la grande Histoire. «En Haïti, dit Jean d’Amérique, on n’enseigne pas l’histoire de cette femme, on connaît seulement son nom. J’ai fait une cartographie des femmes qui ont traversé l’Histoire de mon pays. Elles sont absentes ou sous-représentées. (…) Je suis parti du concret. Des statues de Toussaint Louverture, Henri Christophe, Jean-Jacques Dessalines …ce panthéon intouchable qui trône sur le Champ de Mars de Pot-au Prince  .»
Jean d’Amérique ne signe pas une biographie mais, en poète, insuffle à son héroïne une langue proche des raps haïtien et américain, ses premières influences. Pour lui, il faut que cela sonne : «Quand j’écris en français, je n’obéis pas à la langue française. Je lui impose un imaginaire, une structure créoles. Au théâtre, c’est la voix qui compte, plus qu’une intrigue ou une série d’actions. J’envisage une écriture éclatée qui échappe aux enclaves.» Une écriture de l’urgence, traversée par des enjeux politiques: «Mes personnages, pour qu’ils existent, doivent déambuler sur la place publique.»

 Mireille Davidovici

 Du 14 au 20 mars, Les Francophonies, des écritures à la scène, 11 avenue du Général de Gaulle, Limoges (Haute-Vienne). T. : 05 55 10 90 10

 Mère prison, Sucré seize, et Hope Town,  sont édités chez Lansman.

 Opéra Poussière, à paraître aux Editions Théâtrales.

Bande magnétique,de et par Raphael, mise en scène de Guillaume Vincent

Bande magnétique, de et par Raphaël, mise en scène de Guillaume Vincent

Le Théâtre des Bouffes du Nord à Paris à déjà une longue histoire. Cette salle de cinq cent places, a été  inaugurée en 1876 et achetée par Abel Ballet en 1885. Il y montera de grandes fresques historiques comme La Reine Margot d’Alexandre Dumas avec Yvette Guilbert, et des mélodrames. De 1893 à 1894, y est accueilli le Théâtre de l’Oeuvre du grand metteur en scène Lugné-Poé.
Restaurée et électrifiée en 1904 et appelé théâtre Molière, cette salle programme des auteurs comme Georges Darien et Gaston Leroux, puis devient music hall en 1917. Quelques années plus tard, Henri Darcet y reprend des spectacles à succès créés sur les boulevards. Après un temps d’insuccès, Jean Serge un metteur en scène, y impose en 1950 des comédies mais, ne répondant plus aux normes de sécurité, Les Bouffes du Nord sont fermés. Menacés de destruction et laissés à l’abandon. Mais en 69, Narcisse Zecchinel, un entrepreneur italien, la confie à Peter Brook et Michelin Rozan et en 74, le grand metteur en scène, inaugure cette salle au cadre exceptionnel, laissée dans son jus et dont les fauteuils du parterre ont été enlevés de façon à agrandir la petite scène laissé nue, sans aucun rideau. Il y crée un merveilleux Timon d’Athènes. En 1993, Les Bouffes du Nord sont classés: monument historique et en 2019, la direction en est confiée à Olivier Mantei et Olivier Poubelle.

©Marcel Hartman

©Marcel Hartman

C’est un bel écrin pour la musique et les interprètes. Milva, Astor Piazzolla, Catherine Ribeiro, Dominique A, Vincent Delerm (voir Le Théâtre du blog), Olivia Ruiz.. ont connu le bonheur d’avoir une telle proximité avec la salle. L’auteur, chanteur et écrivain Raphaël entretient un lien rare avec son public depuis une vingtaine d’années. Il le salue avec élégance au début du spectacle: «J’ai toujours rêvé de proposer autre chose qu’un concert, éternelle géographie du chanteur et de son groupe qui l’accompagne.» Le scénographe James Brandily a transformé l’espace du lieu en studio, avec cabine-son au milieu de la scène, piano droit, vieil ampli, guitare électrique et trois magnétos à bande. Ils vont devenir les partenaires des artistes, pour une séance d’enregistrement particulière… Une vidéo en fond de scène invite au voyage et de la brume rampe au sol. «J’ai toujours rêvé d’être en smoking et de me perdre en forêt, dit Raphael. »

Un musicien exceptionnel, Marc Chouarain, un comédien improvisé ingénieur du son, Maxence Tual ou Jean-Luc Vincent, et un visiteur du soir-surprise accompagnent le chanteur. En pleine nostalgie de la fin du XX ème siècle, Raphael nous fait naviguer avec tendresse dans une vingtaine de chansons. Quel plaisir d’entendre ces paroles, loin des salles de concert habituelles avec sonorisation excessive, effets-laser et robots superflus, que de nombreux artistes utilisent souvent pour palier leur déficit vocal. Raphael passe du piano, à la guitare électrique…

Certaines paroles de ses chansons prennent une autre dimension, vu la guerre en Ukraine. «Bien sûr que les enfants sautent sur les mines … Se coudre les paupières pour ne plus voir rien…. » Le public retrouve ses chansons préférées : Caravane, Ne partons pas fâchés, Dans 150 ans ou Le Train du soir… «Je rembobine la bande magnétique de ma vie », dit Raphaël qui a quarante-six ans. Allez découvrir cet homme d’une rare élégance, aux Bouffes du Nord ou dans les villes où le spectacle va aller en tournée.

 Jean Couturier

 Jusqu’au 27 mars, Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris (X ème).  T. : 01 46 07 34 50.

Zoo de Vercors, mise en espace d’Emmanuel Demarcy-Mota

Zoo ou l’assassin philanthrope de Vercors, conception et mise en espace d’Emmanuel Demarcy-Mota

 Cette pièce écrite et publiée en 1963 par Vercors est en fait une adaptation de son roman Les Animaux dénaturés. Une «comédie judiciaire, zoologique et morale» en onze tableaux. Douglas Templemore réveille en pleine nuit le docteur Figgins pour qu’il vienne constater le décès d’un bébé singe qu’il a tué d’une piqûre de de strychnine. Il lui dit qu’il est son fils mais né d’une femelle Paranthropus erectus, qui a été inséminée avec son sperme et veut aussi qu’il appelle la police pour être inculpé de meurtre. Le juge d’un tribunal doit juger cette affaire exceptionnelle qui concerne toute l’humanité et résoudre la question: quelle est la définition exacte d’un humain. Il devra donc trancher pour savoir si cette créature doit être ou non considéré comme humaine ? Ce qui pose une redoutable question philosophique: Douglas est-il l’assassin d’un homme, ou d’un spécimen animal, auquel cas, il ne serait pas un assassin. Le procès aura lieu mais on aboutira à l’incompétence des jurés. Défileront à la barre, entre autres, un anthropologue, un géologue, un médecin légiste et un paléontologue. Pour compliquer les choses, un riche industriel australien se montre très intéressé par une éventuelle population née de ce croisement homme/animal qui serait une main-d’œuvre gratuite et inépuisable et comment faire face à cette redoutable concurrence ici en Angleterre où les ouvriers sont bien payés. Après un second procès, Douglas Templemore sera finalement déclaré innocent, puisqu’il ne savait pas si les tropis étaient hommes ou des singes. Vancruysen, l’homme d’affaires aura perdu… Une note d’espoir ?

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Vercors n’envisageait pas d’écrire pour le théâtre et c’est Jean Mercure, le premier directeur du Théâtre de la Ville  qui  avait adapté son fameux roman Le Silence de la mer. Après le succès des Animaux Dénaturés (1952), Vercors en fait une adaptation qui sera publiée en 59 et mise en scène par Jean Deschamps, le tonton de Jérôme Deschamps. Créée au festival de Carcassonne, elle sera aussi jouée au T.N.P. à Paris, puis reprise en 75 au Théâtre de la Ville dans une deuxième version, toujours mise en scène par Jean Mercure.

Ce projet est né d’une invitation du musée d’Orsay à Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville. «Il s’agissait d’imaginer une création en lien avec l’exposition Les Origines du mondeL’invention de la nature au XXIe siècle.  En y associant des conseillers scientifiques comme la neurochirurgienne Carine Karachi et l’astrophysicien Jean Audouze. Vercors avec Zoo reprend les questions qui ne cessent de tarauder l’humanité surtout de puis la publication de L’Origine des espèces de Darwin en 1857, sur l’homme et l’animal. « Mais il y a ici surtout un procès avec témoignages et interrogatoires de l’accusé et de nombreux spécialistes. Un géologue allemand Kreps a découvert quelques temps auparavant mâchoire et mandibules. Mais l’équipe trouve des créatures entre singe et homme qu’elle appelle « tropis». Ils peuvent  tailler des pierres, faire du feu,  recouvrir leurs morts et communiquer avec des cris. Mais cela divise la communauté scientifique et religieuse. Et il n’existe pas de définition stricte de l’Homme, malgré… une déclaration des droits de l’Homme. Douglas Templemore plaidera coupable d’avoir tué un être humain, pour que leur nature humaine soit définie et reconnue. Mais si le tribunal l’acquitte en déclarant qu’il n’a finalement tué qu’un singe, on pourra donc se servir de ces « animaux » comme l’humanité le fait avec les chevaux, les bœufs, etc. Et comme un essai d’hybridation entre tropis et singes a aussi été positive, on aurait une main-d’œuvre gratuite ou presque, exploitable sans aucun scrupule… Vancruysen, un industriel australien du textile, y voit une formidable opportunité pour accroître ses profits à très brève échéance, ce qui risque de faire prendre à cette affaire un très mauvais virage socio-politique. Le roman de Vercors est plus plus compliqué et il y a aussi une intrigue amoureuse. Bref, pour l’avenir d’une grande partie de la population mondiale, il va falloir définir exactement ce qu’est un être humain... Mais à la fin, le tribunal tranchera et cet industriel ne pourra pas les faire travailler pour rien, puisque l’esclavage a été aboli. Vercors aura été un précurseur dans la vulgarisation de la paléontologie qui passionne toujours le public. Saluons au passage la mémoire de Marcelin Boule, en 1861 et mort en 1942 à Montsalvy, un petit village du Cantal. Il a publié en 1911 la première étude détaillée d’un squelette relativement complet de l’homme de Néandertal  et il a compris que les hommes et les singes provenaient d’une même souche originelle. Une chose impensable à son époque: un crâne dhomo sapiens ne pouvait être plus vieux que ce disait La Bible.

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Sur le plateau, Emmanuel Demarcy-Mota a réuni ses acteurs habituels. Aucun doute, ils font le boulot. Il les a «mis en espace» sur une scène nue juste habillée de pendrillons noirs, comme s’il avait hésité à dire qu’il mettait en scène cette pièce assez laborieuse qui ne met pas vraiment en valeur, sauf à de rares moments, une question lancinante: depuis quand peut-on dire qu’un être vivant est humain et comment en définir les caractéristiques exactes?

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A l’impossible, nul n’est tenu mais tout se passe comme si le directeur du du Théâtre de la Ville n’était pas été vraiment à son aise pour faire passer la rampe à cette pièce vieillotte que Vercors, malgré plusieurs essais, a eu bien du mal à tirer de livre, lui, nettement plus réussi. Moralité : comment adapter une fiction romanesque à la scène? Ce qui fonctionnait mal il y a quelque soixante ans, ne fonctionne pas plus maintenant. Et pourtant la majorité des spectacles actuels sont tirés de romans… Bref, le passé n’éclaire pas toujours le présent des metteurs en scène, et si l’histoire du théâtre peut servir à quelque choses, c’est justement  à cette réflexion. Emmanuel Demarcy-Mota a employé les trucs scéniques à la mode: (on se demande bien pourquoi!) comme des micros H F, et des gros plans en vidéo des visages des acteurs qui parlent à quelques mètres de nous. Et ce procès s’enlise vite malgré quelques belles images scientifiques projetées, des ombres chinoises et des masques étonnants d’oiseux et d’animaux d’Anne Leray que nous aurions eu plaisir à voir plus utilisés…

La démonstration est du genre laborieux, à mi-chemin entre une vraie pièce construite et une solide conférence. Au théâtre, à vouloir mélanger les genres, on ne gagne pas grand-chose et les personnages tiennent plutôt de silhouettes auxquelles il est difficile de s’attacher. Bref, le temps semble bien long et nous n’y avons pas trouvé notre compte… Malgré les questions très actuelles et déjà posées par Vercors: l’évolution du corps et grâce à de nouvelles technologies, la réparation et/ou la transplantation d’organes humains comme entre autres, le poumon, la hanche, le genou, le rein, le cœur… Ce qui était impensable, il y a encore soixante-dix ans…

Philippe du Vignal

 Jusqu’au 12 avril, Théâtre de la Ville-Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T. : 01 43 24 22 77.

 

 

Une Cérémonie par Raoul Collectif

Une Cérémonie par Raoul Collectif

 

Le Théâtre de la Bastille avait accueilli Le Signal du promeneur en 2012 et quatre ans plus tard Rumeur et petits jours de ce groupe belge fondé il y a déjà treize ans par Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szézot sortis du Conservatoire royal de Liège. Raoul collectif, un clin d’œil au situationniste belge Raoul Vaneigem. « Nos armes, disent-ils, le théâtre, la parole, les mots, les corps, les voix, la musique, l’ivresse poétique. Et l’intelligence collective.» Et ils veulent être la fois metteurs en scène, auteurs et acteurs,  metteurs  en scène, musiciens et scénographes de leurs spectacles…
Une Cérémonie, programmée au festival d’Avignon 2020, avait été annulée pour cause de Covid et jouée à la Semaine d’art en Avignon en octobre de la même année (voir Le Théâtre du Blog). Le Signal du promeneur  s’intéressait aux individus craquant dans la société de l’individualisme. Rumeur et petits jours, à la manière dont est née une société néolibérale toujours plus violente et plus désespérante. Ici Raoul collectif avec Cérémonie revisite le happening avec un sens de l’humour et la dérision.

© Raynaud de Lage

©J. F.  Raynaud de Lage

Sur le plateau, une trentaine de fauteuils en plastique vert dispersés, un bar -ici on boit beaucoup de petits verres- une table de maquillage comme il y en a dans les loges de tous les théâtres du monde, une batterie, un piano et un synthé, deux trombones, trompettes, une guitare et quelques accessoires. Au-dessus, plane un squelette,  remarquable sculpture en acier de ptérodactyle, ce reptile volant) connu depuis environ 160 millions d’années).  Et dont on peut faire bouger les ailes grâce à une ficelle. Et il y aura aussi d’autres animaux comme un centaure et un merveilleuse grosse chouette chevêche  avec des ailes en feuilles de bananier et des sourcils en plumeau mais de taille humaine et pour cause, puisque animé par un Jérôme de Falloise. Dans un silence total, avec de grand yeux fixes, il regarde le public. Et il y a aussi un centaure, très violent qui bouscule toutes chaises de ses pattes avant comme arrière Mais aussi neuf interprètes, dont une accordéoniste et Anne-Marie Loop, une actrice plus âgée que ses camarades. Resté sur le côté cour, elle les observe puis le temps de quelques répliques sera Antigone.

© J.F. Raynaud de Lage

© J.F. Raynaud de Lage


Cette Cérémonie est une fête avec grandes déclarations poétiques et morceaux de jazz jouées collectivement par des acteurs bien habillés tous en complet. Mais aussi par moments de merveilleuses percussions béninoises aux sons tout de suite identifiables avec des taquets de bois frappés sur des sortes de cloche. A la fois très simples, répétitives et lancinantes,  comme on en joue lors des enterrements qu’ils soient catholiques ou non et qui, là-bas au Bénin, nous avaient tellement impressionné…
Cela commence très bien, avec un joyeux tumulte de répliques ou extraits de textes. Nous avons cru reconnaître entre autres, quelques phrases d’ Hamlet : « Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir -la fronde et les flèches de la fortune outrageante, -ou bien à s’armer contre une mer de douleurs. » Ou la célèbre réplique d’Hamlet à Horatio : «Nous bravons le présage : n’y a-t-il pas une providence spéciale pour la chute d’un moineau. Si mon heure est venue, elle n’est pas à venir ; si elle n’est pas à venir, elle est venue : que ce soit à présent ou pour plus tard, soyons prêts, voilà tout. Puisque l’homme n’est pas maître de ce qu’il quitte, qu’importe qu’il le quitte de bonne heure ? Laissons faire. » Peut-être aussi d’Henry V.
Et nous entendons comme pour la première fois, ces vers magnifiques d’Ulysse à la fin de L’Odyssée d’Homère: «Les Dieux donnent du malheur aux hommes, pour que les générations suivantes aient quelque chose à chanter. » Puis il y a une évocation d’Antigone de Sophocle pas très réussie, avec incursion dans la salle de deux acteurs… Un truc de théâtre contemporain usé jusqu’à la corde. Là le spectacle, malgré de joyeux moments musicaux (trombone violon, contrebasse, piano, batterie, accordéon, synthé… a tendance à partir dans tous les sens, avec, entre autres, des jets de chaises à répétition lassants. Mais il y a une formidable image à la fin : devant un vieux rideau rouge un peu minable, mal accroché à une perche,  genre Fellini ou les Deschiens, les neuf interprètes bien alignés, jouent dans un profond silence de ces percussions béninoises… Malheureusement, tout n’est pas de cette veine et de loin.

Un spectacle qui a de réelles qualités plastiques et musicales avec parfois de belles et étonnantes images mais qui manque d’une véritable dramaturgie et d’une direction d’acteurs. La diction est souvent approximative surtout malheureusement quand les acteurs disent du Shakespeare ou du Sophocle (les enseignants du Conservatoire de Liège ne devaient pas être très vigilants!) et une fois de micros H F très laids sur les visages une fois de plus, ne servent à rien.
«Nous faisons un voyage, disent les membre de Raoul collectif, une pièce est aussi une interrogation sur la représentation, sur les formes. Simplement, nous étions quelques-uns à avoir envie d’être moins verbeux, de plus de silence, Avec Une Cérémonie, nous avons élargi le cercle présent sur scène, tout en restant en famille  -les musiciens sont aussi les techniciens avec lesquels nous travaillons et Anne-Marie Loop, ancienne professeure à Liège où nous avons étudié ensemble. Cette logique d’ouverture est une piste de réflexion. » (…)  «Nous partons nous battre avec des armes usées et poussiéreuses contre le capital et la finance, la bêtise et les profits, le patriarcat et la fascination du pouvoir, les esprits étriqués et les discours dominants. (…)  Sympathique… mais un brin naïf et conventionnel, non?
Et ce spectacle décevant tient plus d’un travail de jeune compagnie, après trois ans d’école ou de Conservatoire. L’humour, de belles images, le côté foutraque, l’énergie de tout un groupe avec un joyeux mélange d’extraits de textes célèbres et musique de jazz ou ethnique, pourquoi pas? Mais où les deux femmes ont de petits rôles! De toute façon, ici nous sommes quand même un peu loin du compte. Dommage…

Philippe du Vignal

 Jusqu’au 2 avril, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI  ème). T. : 01 43 57 42 14.

Les 20 et 21 avril, Maison de la Culture de Tournai (Belgique).

Les 5 et 6, mai, Centre Dramatique National d’Orléans (Loiret).

 

Le Ciel de Nantes, texte et mise en scène de Christophe Honoré

Le Ciel de Nantes, texte et mise en scène de Christophe Honoré

 

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D’abord cela fait du bien de retrouver un théâtre presque plein, même si le masque est encore recommandé. Les Idoles qu’il avait monté ici en 2019,  ne nous avait pas convaincu mais ce spectacle est d’une toute autre vérité. Avec Le Ciel de Nantes, cet écrivain mais aussi réalisateur de films et dramaturge, nous parle de sa famille avec son lot de tragédies personnelles, puisqu’il y a eu parmi ses proches plusieurs suicides…
Cela se passe dans un cinéma de quartier qui n’est plus en activité. Mais où subsistent, sur un parquet à forte pente, des rangées de fauteuils en bon état, seul véritable décor, avec en fond de scène, un écran qui laisse transparaître une petite salle à manger qu’on retrouvera ensuite dans quelques scènes filmées. Christophe, le petit-fils, va présenter un film sur cette famille dans une mise en abyme réussie. Une sorte de témoignage sur trois générations de la province française. La famille, et cela depuis les grands dramaturges grecs de l’Antiquité, reste souvent encore un des fondamentaux du théâtre contemporain.
Odette, dite Mémé Kiki, veuve de guerre, a eu dix enfants d’abord avec Maurice Thimeaux puis huit avec Domenico Puig. Dont ici Roger le fils de Maurice, et Jacques, Claudie et Marie-Dominique, et son fils Christophe, donc le petit-fils d’Odette et de Domenico. Vous suivez toujours ? C’est un peu comme un puzzle ou comme chez Tchekov, on a toujours un un peu de mal au début à situer les personnages. Trois générations mais avec seulement six personnages… symboliques de leur époque

Christophe Honoré brosse un état des lieux d’une société provinciale qui a été la sienne et celle de nombreux spectateurs, avec des thèmes comme les luttes ouvrières, les vagues d’immigration, la guerre d’Algérie, la montée de l’extrême-droite. Bien entendu cette rencontre est l’occasion d’évoquer pas mal de souvenirs et d’essayer de régler des comptes insolubles entre différentes positions socio-politiques dans un milieu non-bourgeois, plutôt ouvrier. Ici, pas question de gros sous ni d’héritage comme dans de très nombreuses  comédies, de Molière à Goldoni, etc. mais d’un fond commun à la société française toute entière: déjeuners en famille,  retrouvailles de parents à l’occasion d’un enterrement, apparition de la télévision dans tous les foyers, avec, entre autres, les chansons de Sheila…symblole même de la réussite d’une petite Cantalienne montée à Paris…

Bref, l’histoire récente socio-politique d’une famille visiblement inspirée de celle de l’auteur avec son lot de rivalités, conflits mais aussi d’amours contrariés et tendresses à géométrie variable. Portés à un point de fusion encore plus fort, puisqu’il s’agit d’un seule et même famille, même si certains n’ont pas les mêmes ancêtres. Les morts ici se confondent avec les vivants, parlent d’outre-tombe. Ils s’invectivent et s’aiment par-delà le temps passé et les liens subsistent malgré tout mais souvent esquintés par les circonstances familiales Ils vivent comme il peuvent au présent avec des liens ‘affection à des degrés divers entre parents et enfants, frères et sœurs mais avec tout le poids d’un passé où la mort s’est souvent invitée. « Le présent, dit André Comte-Sponville, on a le sentiment qu’il est insaisissable, voire inexistant, parce que personne ne peut l’arrêter. (…) Si nous ne pouvons saisir le présent, ce n’est pas parce qu’il nous fuit : c’est parce qu’il nous contient. « Et aux meilleurs moments du spectacle, c’es bien ce la que nous ressentons ces ces personnages hantés par leur passé qui finalement est peut-être la seule chose qui relie vraiment tous des personnages obligés malgré tout de vivre leur présent, avec ceux qui ne sont plus là dans l’espace comme dans le temps. Compliquée.
Christophe Honoré dit habilement tout ce présent-passé ancien qui relie cette famille mais aussi tous les Français avec une grande virtuosité, dans une mise en scène et une direction d’acteurs impeccables :
Youssouf Abi-Ayad Harrison Arévalo Jean-Charles Clichet, Julien Honoré, Chiara Mastroianni, Stéphane Roger, Marlène Saldana, quelles que soient les scènes, ont une vraie présence.

Bon, il y a sans aucun doute des longueurs et Christophe Honoré aurait pu sans dommage resserrer son propos… Mais, comme il maîtrise très bien le rythme et les enchaînements entre scènes jouées et scènes filmées ou retransmises, ces deux heures vingt passent vite. Et comment rester insensible à des répliques aussi justes, entre autres de Marie-Do, la mère : « Je pense à vous tous les jours. Même si jour après jour, je perds l’expression de vos visages, et même les souvenirs, ça s’embrume de plus en plus… Plus je me rapproche du moment où je vais vous rejoindre, plus la mémoire s’éteint… Je pense à vous comme à des ombres.»
Un spectacle, somme toute, attachant et sans aucun doute le meilleur que nous ayons vu de Christophe Honoré.

 Philippe du Vignal

 Jusqu’au 3 avril, Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon, Pais (VI ème). T. : 01 44 85 40 40.

 

 

 

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