La Beauté du geste, conception de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano

La Beauté du geste, conception de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano

Une idée réjouissante : reproduire, retracer, analyser, utiliser au théâtre les gestes du policier en maintien de l’ordre, pour la «beauté du geste». Nous aurons droit à une petite chorégraphie à froid rythmée de lutte au bâton, puis de plaquage au sol : des gestes répétés pour être efficaces à chaud.  Le maintien de l’ordre -on ne se demandera pas lequel- est un métier et ses conséquences tragiques, autre chose. Les comédiens nous rappellent que nous sommes dans un théâtre, avec, pour commencer, un déménagement de châssis, planches et éléments de décor qui seront utilisés plus tard, vaille-que-vaille et à la va-comme-je-te-pousse. L’affaire s’emballera quand il s’agira d’installer un Palais de justice branlant et boiteux.

© J.L. Fernandez

© J.L. Fernandez

Nous nous apercevons alors du véritable objet de ce spectacle : déglinguer précisément «la beauté du geste». La police? Vue sous son aspect de sages pantins, et le théâtre vu, lui, sous son aspect de bric-à-brac vacillant. La justice : «Des mots, des mots, des mots », comme dirait Shakespeare, emblème du théâtre qu’elle est aussi, avec sa mise en scène dépassée, usée, à demi-paralysée.  Peu à peu, cela s’accélère et se défait plus encore : la robe d’avocat vole des épaules de l’un, sur celles d’un autre. Plus de rôle, pas de sens, des acteurs réactifs à l’instant, un tourbillon qui finit par emporter dans un grand rire le spectateur perplexe .

Cette pièce n’est pas un «grand n’importe quoi» selon une expression courante. Mais un projet de longue haleine, une entreprise de subversion quelque peu situationniste, à l’affut des faux-semblants. Il faut faire éclater la grenade, le fruit, pour espérer compter ses graines. Se défaire de la beauté, du geste ou de quoi que ce soit : le beau rend aveugle et fait reculer le réel et les forces en présence, bien loin derrière sa façade. Donc, la beauté, rayée. Se défaire du geste s’il est voulu, calculé, contrôlé : attention, c’est la police du geste qui passe par vous. Se méfier, donc, du trop bien fait au théâtre. Non, laisser le geste «baver» et jouer comme des enfants. Il suffit de dire : « On serait des cow-boys et des Indiens », et ça y est. Se méfier de la cohérence, un autre masque : elle n’est pas dans la nature des choses. Le moins mensonger serait peut-être encore le carnaval.

Et après ? Le public assis sur les gradins face à face, aura été comme au stade, un petit stade. Pas de trompe-l’œil: les acteurs censés faire partie de ce rassemblement interdit n’auront pas fait illusion une seconde : c’était le but. On aura ri, ce qui est important, et même agréable. Nous avons eu droit à un spectacle de Guignol sans coups de batte ni gendarmes  et voleurs, puisque nous sommes tous (voir plus haut) nos propres gendarmes et non propres voleurs. Et on oubliera le spectacle? On l’oubliera. Mais nous aurons ri, libérés par cette déglingue systématique. Et consentants.

Christine Friedel

Spectacle vu au T2G à Gennevilliers, rue des Grésillons, (Hauts-de-Seine).

Du 5 au 8 avril, Théâtre des Treize Vents-Centre Dramatique National de Montpellier (Hérault).

 

 

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