Beyrouth Hôtel de Rémi De Vos, mise en scène d’Olivier Douau
Beyrouth Hôtel de Rémi De Vos, mise en scène d’Olivier Douau
Nous sommes à Beyrouth dans un hall d’hôtel assez minable avec un comptoir d’accueil haut perché, un canapé défraîchi, un fauteuil au siège en plastique rouge, une table basse et un vieux juke-box (ou du moins un machin pas très réussi qui lui ressemble) rythmant l’action à coups de standards des années soixante-dix. Et il y a aussi une chambre, ici non représentée. Se rencontrent là une jeune réceptionniste assez curieuse mais qui passe son temps à lire des magazines sans intérêt et qui rêve à des jours meilleurs dans un autre pays que le sien dévasté par la guerre civile. Elle s’ennuie mais va en boîte: »Je suis jeune, je veux surtout m’amuser. Vous devriez sortir le soir au lieu de rester à l’hôtel. Il y a des boîtes fantastiques ici, vous savez. Je suis sûre que vous n’en avez jamais vu de pareilles. Même les parkings font rêver, ils sont remplis de Mercedes ! »
Et en attendant, elle propose à ce nouveau client une rencontre tarifée; cet écrivain de théâtre français au bout du rouleau vient d’arriver et lui aussi, rêve mais à une collaboration avec un producteur libanais… dont on se demande s’il existe bien et il se pose des questions existentielles. Bref, deux pays et deux approches du monde différentes. Très seul, il passe des coups de téléphone en France à un ami: « Qu’est-ce qu’il fout, ce con ? Il m’avait dit qu’il serait à l’aéroport, ça fait deux jours que je l’attends à l’hôtel… Impossible de dormir… Il y a une boîte au rez-de-chaussée. Je suis descendu: la boîte était pleine de putes ! Et les types sortaient tout droit d’un film de Scorsese ! De vraies têtes de tueurs ! »
Et il appelle aussi son ex-femme en se la jouant: « Je suis invité dans un club en bord de mer… Je compte y aller demain… Peut-être faire un peu de bateau, pourquoi pas ?… Cette ville me fait un bien énorme… J’avais besoin de ça, je crois… Ce voyage… Mais tu me manques… Je voudrais vivre ces moments avec toi… » Et plus tard, il en rajoute encore une louche: « Bon… Ce voyage me fait vraiment du bien… je sors en boîte de nuit, je rencontre des gens merveilleux… Je me rends compte que l’écriture m’a trop absorbé ces derniers temps…
Peu ou pas de véritable intrigue mais un dialogue ciselé comme l’auteur sait si bien en écrire. Ces vies parallèles finiront-elles par se croiser? Nous ne vous dévoilerons pas la fin… Beyrouth Hôtel n’est sûrement pas un Rémi De Vos grand cru mais cette piécette fonctionne, comme une machine bien huilée, parfois proche du théâtre de boulevard mais dans une bonne mise en scène et grâce à l’humour des personnages qui sont: «une façon de ne pas être dupe de l’absurdité de la vie». Joués par Olivier Douau et Nathalie Comtat, très crédibles et au jeu précis et rigoureux. Si vous n’êtes pas trop exigeant, allez découvrir ce nouvel opus de Rémi De Vos…
Philippe du Vignal
Spectacle vu au Théâtre du Gymnase, 38 boulevard de Bonne Nouvelle, Paris (X ème).
Et au festival off, Avignon, à partir du 6 juillet.
10

