Lettres non écrites, conception et écriture de David Geselson
Lettres non écrites, conception et écriture de David Geselson
L’acteur au Théâtre de la Bastille dans le cadre d’Occupation Bastille, avec, en compagnie de sept autres artistes présenté en 2016 son projet de «lettres non-écrites» que des dizaines de spectateurs avaient suivi. Puis avait aussi créé dans ce même théâtre plusieurs autres spectacles (voir Le Théâtre du Blog).
David Geselson a eu une idée simple mais efficace, comme le faisaient et le font encore dans certaines mairies, des écrivains publics: écrire une lettre à la place d’un autre. Comme Jean Digne qui, il y a une quarantaine d’années, avait installé une petite caravane pour un écrivain public, au cœur d’Aix-en-Provence, ville ouverte aux saltimbanques, une opération exceptionnelle qu’il avait imaginée et qui fut à l’origine de tout théâtre, dit de rue…
Pourquoi faire écrire une lettre ? Non parce que nous ne savons pas mais parce que nous n’avons pas eu la force ni l’envie de commencer ou de reprendre un message adressé à quelqu’un que nous connaissions bien, parfois il y a de longues années. Trop longues, trop difficiles surtout à écrire. Mais dont le besoin, le désir est un jour une urgence absolue. Ici sont convoqués douleur de la séparation, souffrance enfouie mais bien réelle, « regrets sur quoi l’Enfer se fonde » comme disait Guillaume Apollinaire…
En général, un message envoyé pour soldes de tout compte à un amour disparu ou jamais avoué, à un enfant qu’une femme n’a pas ou n’aura sans doute jamais, comme Raquel qui lit maintenant une lettre très émouvante en 2036, écrite à son enfant à venir il y a vingt ans : «Ne cesse jamais d’apprendre. Mets-y toute ton âme. Parce qu’il n’y a rien au dessus ; sois en vie mon enfant. Et sois heureux, même quand il y aura l’obscurité. » Et il y aussi des missives à un père ou une mère qu’on recherche désespérément, ou pas revus depuis longtemps, etc.
Un protocole simple: David Geselson a un entretien de trente-cinq minutes avec l’auteur de cette lettre non vraiment écrite et ensuite il passe trois quarts d’heure à la mettre en forme pour le soir-même où il la lira accompagné par un ou une complice de son équipe dont des acteurs reconnus, anciens élèves de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot comme lui : Sharif Andoura, Servane Ducorps mais aussi Charlotte Corman, Samuel Achache… « Il agit d’une forme de création volontairement courte, dit David Geselson, rapide, incomplète, construite en quelques heures, en essayant d’utiliser au maximum les récits du jour avec ceux d’habitants d’autres villes comme Orléans, Marseille, Saintes, Lorient, Toulouse, voire New York. (…) Une forme de communauté de mots invisibles se construit au fil des lieux. »
Pour David Geselson, il s’agit d’une à la fois d’une expérience d’écriture mais aussi de plateau, puisque les auteurs sont aussi parfois dans la salle. Ce qui donne une belle vérité aux textes de ces auteurs éphémères, et dont les textes sont lus mais bien entendu, de façon anonyme. Cela se passe dans une salle toute en longueur pour une cinquantaine de spectateurs avec au bout, une table avec un ordinateur où sont enregistrées ces lettres envoyées à chaque fois vers une imprimante à l’autre bout de la table que David Geselson ou son actrice liront ici à tour de rôle. Ainsi la petite machine noire rectangulaire débite en silence ainsi chaque feuille de ces lettres qui, posées au sol, après avoir été lues, formeront un archipel d’une quinzaine de feuilles…
Il s’agit à la fois d’une simple lecture qui tient aussi d’un spectacle ou une performance, puisque elle est accompagnée par un violoncelliste… Bien entendu les lettres sont de qualité inégale mais comme elle sont toujours justes et d’une rare sensibilité, nous les écoutons avec délice.
D’autant plus que les acteurs ont une excellente diction, que cela dure une petite heure et qu’il n’y a pas ici de fumigènes, comme très souvent actuellement sur les scènes -grande ou petites… Mais, même s’il s’agit d’une lecture, nous aurions aimé que les interprètes soient correctement habillés, et non en jeans délavés, avec un bout de chemise qui dépasse. Allez encore un effort, David Geselson, au théâtre tous les détails comptent…
Philippe du Vignal
Spectacle vu au au Social MAIF Club, 37 rue de Turenne, Paris (III ème). T. : 01 44 92 50 90.

