Nina et les Managers de Catherine Benhamou, mise en scène de Ghislaine Beaudout

Nina et les managers de Catherine Benhamou, mise en scène de Ghislaine Beaudout

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© Joseph Banderet

 Cela se passe dans un lieu parisien tenu par une coopérative d’associations. Un petit théâtre jouxte une galerie d’art et à l’étage, des ateliers et espaces de résidences pour peintres, sculpteurs, graphistes… Nina dont le prénom fait référence au personnage d’Anton Tchekhov, est une Mouette du XXI ème siècle qui, dans l’espoir d’un rôle au théâtre, va se prendre les ailes dans les rets du «management» moderne. Embauchée pour entraîner un groupe à trouver des méthodes de travail plus performantes face à la crise, elle va, d’improvisations en jeux de rôles, pousser ces salariés-modèles à des solutions extrêmes, voire absurdes. Qui manipule qui, de l’actrice, de la direction, des sous-fifres ou des actionnaires ?

La scénographie de Clara Georges Sartorio évoque le monde complexe de l’entreprise: Nina s’enfonce dans un labyrinthe de châssis coulissants délimitant un espace à géométrie variable, avec ballet de meubles de bureau à usages multiples. En arrière-plan, un écran où seront projetées les séances du programme Top manager orchestré par Grégoire, le directeur (Renaud Danner), Léa, son assistante (Violaine Fumeau) et Nina (Adèle Jayle). Xavier, un manager adjoint (Adrien Michaud) servira la soupe à l’entreprise et sera le cocu de la farce qui, de fil en aiguille, vire au cauchemar.
Au départ, la vie presque stéréotypée d’une entreprise, en forme de comédie légère avec des personnages réduits à leur fonction. Puis, au fur et à mesure, face à la crise économique, l’équipe de direction se lance dans un combat forcené : ce sera à la guerre comme à la guerre, il faudra résister à la tempête, survivre au tsunami, et tant pis, si les plus faibles restent sur le carreau… Les relations entre protagonistes font apparaître des tensions internes: le couple de directeurs Léa-Grégoire se fissure, Xavier, employé- modèle et mouton docile du troupeau qui se prend pour un loup, finira par craquer…

Catherine Benhamou n’épargne personne et ses mots cognent juste: elle parle d’un monde qu’elle connaît pour y avoir pénétré. Une expérience qu’elle a vécue : « Nous étions quatre comédiens-formateurs et nous devions faire improviser les managers de l’entreprise sur le thème: Manager dans l’incertitude ou Gouverner dans la tempête. Un programme avec vaste plan de licenciement planant sur les salariés. Dans une inquiétude palpable, même si chacun se prêtait docilement au jeu .» Et ici derrière ce programme Top manager, se cache un «plan social» massif!

 Comme l’autrice, Nina porte une regard critique sur les pratiques managériales tout en participant elle-même au piège. Mais la fiction dépasse la réalité et Catherine Benhamou nous emporte dans un univers absurde. Sa mise en scène précise s’accompagne d’une création sonore discrète et pertinente : Vincent Guiot a su créer une musique électro-acoustique grinçante qui nous entraîne dans un monde inquiétant, peuplé de victimes consentantes: «Une logique de destruction est à l’œuvre, coproduite par ceux-là même qui en seront les première victimes», écrit le sociologue Vincent de Gaulejac dans Travail, les raisons d’être de la colère. A sa façon, avec humour et élégance, cette comédie joue les lanceurs d’alerte.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 25 avril, 100 Ecs Établissement Culturel Solidaire, 100 rue de Charenton, Paris (XI ème). T. : 01 46 28 80 94.

 

 

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