Faust d’après Wolfgang von Goethe, traduction de Jean Malaplate, adaptation et mise en scène d’Ivan Marquez

Faust d’après Wolfgang von Goethe, traduction de Jean Malaplate, adaptation et mise en scène d’Ivan Marquez

Une réalisation d’un élève-metteur en scène qui a eu lieu sur le grand et magnifique plateau de la salle Grüber, avec une partie des élèves de deuxième année à l’Ecole du T.N.S, section jeu mais aussi mise en scène/dramaturgie, scénographie- costumes et régie création. Faust (1808) est un monument de la littérature allemande… en 4.600 vers. Avec comme personnage, le docteur Faust, un vieux savant admiré pour sa sagesse mais accablé par l’insignifiance de ce qu’il a appris. Il a eu l’imprudence de signer un pacte avec Méphistophélès qui l’initiera aux jouissances de ce bas monde. Mais il y a un prix à payer: Faust à sa mort, s’engage à lui offrir son âme.

© J.L. Fernandez

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Méphistophélès l’emmène en voyage avec beuveries et orgies à la clé. Mais Faust va rencontrer Marguerite, une jeune fille modeste et pudique qui incarne pour lui l’innocence et l’espoir. Elle découvre un coffret de bijoux dans sa chambre… Elle et Faust se rencontrent. Marguerite est passionnée par cet homme qui lui jure un amour éternel. Mais ils se séparent et elle est angoissée à cause de cet amoureux qui finira par la rejoindre. Elle chante avec mélancolie son angoisse.

Puis, Faust la rejoint à nouveau et au moment des adieux, Faust donne à Marguerite un somnifère qui doit endormir sa mère pour qu’ils puissent profiter de leur rendez-vous d’amour. Elle est d’accord mais son frère provoque Faust en duel et celui-ci le tue. Devenue mère, Marguerite est abandonnée par Faust et par sa famille. Méphistophélès entraînera Faust dans la nuit de Walpurgis, une fête païenne qui a lieu dans la nuit du 30 avril au 1er mai, associée depuis des temps reculés, malgré les interdits de l’Église à la fin de l’hiver, avec orgies parmi les démons et sorcières… Mais Faust voit une adolescente aux yeux de morte et pressent la fin tragique de Marguerite. Il se déchaîne alors contre Méphistophélès. Marguerite, accusée d’avoir tué son enfant, est emprisonnée. Elle ne reconnaît pas Faust venue la voir et refuse de le suivre : elle veut expier son crime et implore Dieu. Faust quitte alors la prison avec Méphistophélès…

Le mythe et la pièce ont inspiré nombre d’artistes comme Rembrandt, Delacroix… et des compositeurs : Franz Schubert, Hector Berlioz, Charles Gounod, Franz Litz, Gustav Mahler, Lili Boulanger ou plus récemment Pascal Dusapin… et un groupe allemand de rock expérimental et un autre  de dark metal américain Agalloch.Bref, le mythe est toujours bien vivant. Faust a fait l’objet de nombreux films comme Faust une légende allemande  de F. W. Murnau  (1926) et La Beauté du diable  (1950)  de René  Clair, avec Michel Simon et Gérard Philipe, un film aujourd’hui un peu oublié. La pièce  fascine nombre de metteurs en scène mais est rarement jouée.  Nous nous souvenons entre autres, d’une réalisation fleuve de Faust I et II de Daniel Benoin ( 1982), trop longue sans doute mais avec de très belles images. Mais vu, entre autres, le coût de la production, elle n’avait jamais quitté Saint-Etienne… Et il y a quatre ans, la Comédie-Française avait programmé une bonne adaptation de Faust au Vieux-Colombier, avec effets magiques dans une mise en scène de Valentine Losseau et Raphaël Navarro (voir Le Théâtre du Blog).

© J.L. Fernandez

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Mais, comment et pourquoi, un jeune apprenti-metteur en scène veut-il,  même en en faisant une adaptation, se confronter avec un pareil texte ? Il faut en tout cas ténacité et courage pour mener à bien une telle entreprise… «La pièce, dit Ivan Marquez, m’a semblé surannée à bien des égards et problématique sur des sujets brûlants aujourd’hui, alors qu’elle se voulait progressiste à l’époque. La représentation aujourd’hui des figures légendaires (le savant, le diable) mais surtout celle des femmes est un point de friction impossible à occulter. Le premier travail est de rendre la fable lisible pour se poser, avec le public, les questions qu’elle soulève autant sur le fond que sur la forme. Que dit une figure comme celle de Marguerite au XXIe siècle à la fois dans la tragédie qu’elle vit et dans la manière dont son auteur la représente ? »

© J.L. Fernandez

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Il n’y a ici pas d’actualisation ou du moins, le dit-il… Sur ce grand plateau d’une quinzaine de m d’ouverture et presque autant de profondeur, tout un bric-à-brac bien conventionnel et déjà vu partout! Un portant en fond de scène chargé de costumes, une série d’anciens sièges tapissés de velours rouge de l’Odéon à Paris, des châssis à l’envers, des fragments de mannequins dans le fond et côté cour et des chaises entassées sur des gradins. Histoire de bien montrer -de façon laborieuse!- que nous sommes bien sur une scène de théâtre. Mais en aucun cas,cela «ne structure l’espace » comme le dit un peu naïvement le metteur en scène… Et pour mieux enfoncer le clou, le début se passe très lentement devant un rideau en pastique translucide où deux acteurs -sans doute Faust et Méphistophélès- lisent mais pas toujours très bien le début du texte sur un paquet de feuilles qu’ils jettent ensuite une à une, puis en toutes en l’air, parsemant le plateau de feuillets blancs (là encore, du jamais vu!). Bref, cela commence assez mal…

«Il me semble important de se confronter aux limites du patrimoine théâtral, dit Ivan Marquez avec une certaine prétention, ce qui est encore vivant et ce qui est dépassé. (…) Il faudra chercher, à chaque représentation, comment les corps des acteurs sont mis en tension par les grandes forces sociétales et philosophiques que la pièce dégage. La langue de Gœthe, riche et dense, est un terrain de jeu pour retenter à chaque fois l’expérience de faire du texte une matière vivante. La scène doit fonctionner comme une estrade où s’expose la confrontation entre le présent et le signe mort. Dans cet esprit, le nombre d’acteurs est inférieur au nombre de personnages permettant une «conscience vivante et productive du fait qu’on est au théâtre.» Il y a ici un travail avec un désir d’expérimentation louable mais d’où le public semble exclu et ces deux heures ont quelque chose d’interminable… Sauf à la toute fin, avec une mise en abyme assez réussie, quand s’abattent à les murs d’une boîte où une seule comédienne dit Faustin in out d’Elfriede Jelinek. C’est un autre spectacle, une «expérience immersive» (sic) devant seulement dix spectateurs d’un côté et dix de l’autre, avec trois acteurs dont deux jouent aussi dans Faust. Aussi mise en scène par Ivan Marquez qui montre qu’il a la maîtrise de l’espace, mais moins celle du temps. Mais le public doit choisir et ne peut voir les deux spectacles le même soir…

Ce « terrain de jeu » -nous sommes honnêtement prévenus- ne fonctionne pas bien; en fait nous sommes conviés à une sorte d’adaptation-lecture personnelle de la pièce. Et mieux vaut la connaître pour s’y retrouver. Ivan Marquez s’est ici surtout livré à un indéniable travail de recherche «sur l’Urfaust, version de jeunesse de 1774, et la publication du Faust 1 en 1808 et sur la tragédie de Marguerite, majeure dans la version de jeunesse, perd de son importance dans la version de 1808. »
D’où sans doute une certaine sécheresse dans la mise en scène et un ennui qui pointe vite le bout de son nez. Et on se demande pourquoi Ivan Marquez a équipé certains de ses cinq acteurs de micro HF (la maladie du siècle! et d’autres, pas).Côté interprétation, il y a comme une volonté de bien faire mais difficile de croire à ces personnages très mal costumés et dans une médiocre scénographie. Le programme indique qu’il s’agit de deux mises en scène.. Mais le mot essais de mise en scène géré par un groupe d’élèves d’une même promotion conviendrait mieux.
Et il semble, avant de les lancer dans l’arène, qu’un travail préalable de dramaturgie et de réflexion aurait dû être beaucoup plus approfondi. Ivan Marquez nous dira sans doute que tel n’était pas le but de l’opération. Mais celui ou elle qui succèdera prochainement à Stanislas Nordey, que ce soit Julien Gosselin, Célie Pauthe ou un autre, aurait sans doute intérêt à resserrer les boulons quant aux travaux d’élèves. Nous n’avons pas pu voir Sallinger mise en scène de Mathilde Waeber mais Gorgée de vie, l’autre pièce, elle dirigée par une metteuse en scène déjà expérimentée (voir Le Théâtre du Blog) est, lui, nettement plus convaincant…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 29 avril à l’Espace Grüber, 18 rue Jacques Kablé, Strasbourg (Bas-Rhin).

 

 

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