De la puissance virile, mise en scène et chorégraphie d’Alexandre Blondel

De la puissance virile, mise en scène et chorégraphie d’Alexandre Blondel

Crédit photo 4 - Emma DERRIER

© Emma Derrier

Sur scène, trois jeunes athlètes s’échauffent avec acrobaties, sauts, figures de hip hop et prendront bientôt la parole pour s’interroger sur leur adéquation avec le monde de la danse. Quand ils se mettent en mouvement, ils s’inscrivent dans le travail très particulier du chorégraphe. Avec sa compagnie Carna, à Parthenay (Deux-Sèvres), il nourrit ses pièces de recherches sociologiques sur la domination sociale et économique. Mêlant danse et théâtre, cette pièce fait partie d’un diptyque consacré aux questions de «genre» avec un volet féminin: Des femmes respectables (voir Le Théâtre du blog).

De la puissance virile a été conçu d’après les témoignages de ses trois danseurs et leur vision de la masculinité. Alexandre Blondel a imaginé une chorégraphie élaborée, où il allie hip hop, acrobatie et danse contemporaine : «Nous avons, dit-il, choisi une équipe qui correspond aux normes dominantes de la virilité. » A la lumière de sa propre expérience (avant d’être danseur et chorégraphe, il est passé par le sport et le cirque) et de celle de son trio, il raconte en gestes et paroles comment faire face, dans la sphère artistique, surtout quand on est issu d’un milieu populaire, à tous les stéréotypes du «mec» puissant et rigide.

Maxime Hervieu, fils d’agriculteurs, se demande si, sans formation académique, il a bien une place dans cette compagnie. Le Mexicain Iesu Escalante, lui, se rappelle les injonctions machistes de son père et teinte sa danse d’arts martiaux, théâtre et cirque. Rompu à la danse contemporaine, Naïs Haïdar propose, lui, un hip hop plus aérien. Différents, ils arrivent pourtant à se rassembler pour nous offrir de belles séquences et répondre ainsi positivement à la question du chorégraphe: «Un danseur peut-il trouver des parades à la gêne, au désir d’être lui-même, face à une certaine honte sociale et n’être finalement qu’un «surhomme» capable de prouesses? » A la fin, les artistes abandonneront la dureté de leurs assauts et battles pour une gestuelle plus tendre…

 Mais l’écriture chorégraphique vive et précise, l’humour acéré, la densité des figures d’ensemble et le style particulier à chaque interprète sont quelquefois parasités par un trop plein de mots. Dommage… car le chorégraphe signe une œuvre de cinquante minutes originale et en prise directe sur notre temps. Il rejoint ici les débats qui agitent actuellement les milieux artistiques et lance au passage quelques coups de griffes à Jan Fabre. Il y a une semaine, cet artiste et chorégraphe belge, accusé d’harcèlement sexuel par douze ex-danseuses de sa compagnie Troubleyn, a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel d’Anvers… 

 Le public de Châtellerault, nombreux et plutôt jeune, a applaudi avec enthousiasme à cette mise en pièces, ironique mais bon enfant, du machisme. Il est sensibilisé aux arts du cirque, puisque la ville bénéficie depuis 1995 d’une Ecole nationale de cirque qui a mis en place la  première option lourde au baccalauréat, des formations pour tous et un accompagnement vers une professionnalisation… 

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 4 mai aux Trois T.- Scène Conventionnée de Châtellerault, 21 rue Chanoine de Villeneuve, Châtellerault (Vienne) T. 05 49 85 46 54.

4 juin, Festival Bac in Town, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; 17 juin, Le Reflet, Tresses (Gironde).

 

 

 

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