Deux Frères de Fausto Paravidino, traduction de Jean-Romain Vesperini, collaboration à la mise en scène d’Olivia Murrieri

Deux Frères de Fausto Paravidino, traduction de Jean-Romain Vesperini, collaboration à la mise en scène d’Olivia Murrieri

Cela se passe dans un petit appartement dont nous ne verrons que la cuisine: deux tables, un réfrigérateur et un petit poste de télévision noir posé sur un tabouret. Dans cette seule pièce commune, Lev (Hugo Randrianatoavina), Boris (Arnaud Tardy) et Erika (Inès Tavrytzky) se retrouvent pour prendre vite fait un repas, discuter et s’engueuler, regarder un peu la télé d’abord à trois, puis à deux, et de nouveau à trois, et enfin à deux…Mais on ne vous dira pas pourquoi.

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Ces jeunes gens sont en proie aux délices de la cohabitation…Mensonges, tentatives de séduction et laisser-aller d’Erika, autoritarisme de Boris, incapacité de Lev à protéger son frère et à organiser sa vie à lui. Ils ont bien du mal à poser des règles pour vivre en commune et assumer leurs responsabilités. Qui fera le ménage, préparera et comment les repas, qui répartira au mieux les dépenses des aliments et boissons selon que l’on mange bio ou pas, que l’on boit de la bière ou pas, etc. Bref, l’enfer, c’est les autres comme avait déjà dit Jean-Paul Sartre. Et ce huis-clos en cinquante-trois jours passés a visiblement été influencé par Jules et Jim, le fameux roman d’Henri-Pierre Roché et/ou le film devenu culte que François Truffaut en avait tiré en 62. Boris, Lev et Erika sont un peu les petits-enfants des personnages brillamment joués par Oskar Werner (Jim l’Autrichien), Jeanne Moreau (Catherine) et Henri Serre ( Jules, le Français) le seul encore en vie de ce trio infernal.

Chez Fausto Paravidino, il doit y avoir aussi une part d’autobiographie dans cette pièce qu’il écrit à vingt-trois ans. Boris ( Arnaud Tardy) est un un peu obsédé par la propreté, Lev (Hugo Randrianatoavina) est en couple sur le mode :je t’aime, moi non plus, avec Erika (Inès Tavrytzky), une grande séductrice qui se balade en short noir brillant ou en slip. Mais elle ne lave jamais son assiette et laisse ses tampons usagés sur le lavabo. Indépendante -elle a sans doute eu pas mal d’amants- elle reste très libre de sa vie et tient à le faire savoir. Mais elle reste dans cet appartement sans savoir bien pourquoi. Sans doute incapable d’affronter la solitude dans un studio et préfère-t-elle quand même vivre avec les deux frères.Seul choix possible pour Lev qui sent bien que cette situation est devenue ingérable: partir  faire son service militaire. Mais vous ne devinerez jamais ce qui va se passer ensuite ! Erika la cynique (Inès Tavrytzky) : « C’est courant ce genre d’histoire et on a pris un peu de bon temps.» va vite séduire Boris qui ne demandait que cela. Mais devinez quoi? Lev va revenir à l’improviste…

Bref, le nouveau boulevard est arrivé… Le dramaturge italien maintenant bien connu en France (voir Le Théâtre du Blog) qui écrit cette pièce à vint-trois ans, en reprend les bonnes vieilles recettes: lieu unique avec des vrais meubles, colères et portes de salon (ici de cuisine) qui claquent bien, désirs inavoués, retour à l’improviste d’un des personnages, relations conflictuelles sur fond de séduction… et triangle sexuel et/ou amoureux impossible à gérer. «Une pièce glaçante et énigmatique aux allures de thriller pop de la fin des années quatre vingt dix» selon  ce collectif. Désolé mais pour le glacial et l’énigmatique, il faudra repasser et cette pièce n’a rien de très original ni de très fort. Même si la fin -inattendue- mais ici mal exploitée, est plutôt bien vue.

Malgré une mise en scène (non signée) parfois approximative, ces jeunes acteurs sympathiques ont l’énergie nécessaire pour nous embarquer dans cette histoire qui dure heureusement juste une heure et quart… Mais rien à faire, Deux Frères n’a pas encore le niveau des pièces suivantes de Fausto Paravidino

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 mai, Théâtre de Belleville, 1 Passage Piver, Paris ( XI ème).
La pièce est publiée chez l’Arche-Edition.

 


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