Festival d’Avignon What will have been par la compagnie Circa, mise en scène d’Yaron Lifschitz.

Festival d’Avignon

 

What will have been par la compagnie Circa, mise en scène d’Yaron Lifschitz

 

©Steady Jenny

© Steady Jenny

Circa a plusieurs équipes d’artistes et une administration basée à Brisbane (Australie). Ces circassiens, ovationnés chaque soir par un public debout, sont presque étonnés de cette ferveur. Oubliés ici les faux-semblants qui sévissent aujourd’hui : déferlement de la vidéo, fumigènes, sonorisation assourdissante… Alors que le public a soif a besoin d’authenticité et d’un véritable engagement.

Voir de beaux corps dessiner une poésie dans l’espace par la seule énergie physique est rare. Accompagnés d’une musique enregistrée, (Bach, Vivaldi) ou électronique et par Sylvain Rabourdin au violon, Kimberley et Daniel O’Brien, Hamish Mc Courty rivalisent de dextérité pour réaliser des figures inhabituelles dans cet espace limité, utilisant avec précision des agrès de cirque comme les sangles, les fils élastiques ou une balançoire.
Le danger qui reste bien présent, semble disparaître, tant sont fluides les figures ici réalisées. Acrobatie? Danse? Peu importe, les trois artistes créent des images d’une grande beauté, s’amusent à se lancer des défis et ont une formidable écoute de leur partenaire. Leurs corps s’enroulent l’un contre l’autre. Ils se jettent à terre, défient l’apesanteur, se rattrapent avec douceur et leurs portés acrobatiques rivalisent d’invention

Roland Barthes écrivait dans Mythologies: «J’avoue avoir une grande prédilection pour ces numéros d’antipodistes, car le corps y est objectivé en douceur: il n’est pas objet dur et catapulté comme dans la pure acrobatie, mais plutôt substance molle et dense, docile à de très courts mouvements.» Cela définit bien les performances que l’on découvre durant une heure cinq. Les trois jeunes artistes sont de belles personnes qui créent joie et l’émotion, des éléments essentiels qui manquent cruellement au spectacle actuel…

 Jean Couturier

Jusqu’au 30 juillet à 20 h 05, Théâtre des Lucioles 10 rue du Rempart Saint-Lazare, Avignon. T. : 04 90 14 05 51.

 


Archive pour 12 juillet, 2022

Dans ce Jardin qu’on aimait, d’après le texte de Pascal Quignard, conception et mise en scène de Marie Vialle

Dans ce Jardin qu’on aimait, d’après le texte de Pascal Quignard, conception et mise en scène de Marie Vialle

Cet écrivain avait connu un extraordinaire succès auprès du grand public avec l’adaptation au cinéma de son roman Tous les Matins du monde  par Alain Corneau, il y a déjà plus de vingt ans. Un film sur fond de musique baroque, maintenant devenu culte… Ici, cela se passe dans les années 1870, Simeon Pease Cheney, un Révérend pasteur qui est aussi compositeur (Yann Boudaud) voit sa femme mourir après l’accouchement. Il reste seul, comme c’était fréquent jusqu’au XX ème siècle, avec cette petite fille nommée Rosamund. Inconsolable, il se réfugie dans le beau jardin que sa jeune épouse avait patiemment cultivé jusqu’à sa mort à vingt-huit ans. Une relation difficile pour lui comme pour elle qui revit sa mère, à travers l’amour que son père avait pour elle. D’autant qu’elle a maintenant l’âge où mère est morte…

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Le pasteur note tous les chants d’oiseaux, des plus simples aux plus complexes,  et les plus légers bruits de la Nature et du monde qui l’entoure comme la pluie. Oui, mais voilà, la petit fille grandit et c’est maintenant une belle jeune femme copie parfaite de sa mère. Ce que Simeon ne supporte pas et il lui demande de quitter la maison Ce qu’elle finit par accepter. Sur le plateau mythique du cloître des Carmes avec ses deux très hauts platanes centenaires, rien ou presque que quatre châssis avec des pans de tissu volant au vent (assez laids et surtout peu utiles, comme cet arrosoir et ce seau en plastique noir). Marie Vialle qui est Rosamund, nous fait revivre ces personnages du roman de Pascal Quignard. Surtout ce pasteur qui n’arrive pas à faire le deuil de cette femme qu’il avait tant aimée et qui ne se sent ps si bien dans le présent et encore moins dans l’avenir… Elle nous fait entrer dans tout un univers sonore où les chants d’oiseaux ont dit et disent encore le monde, bien avant les hommes et souvent mieux.

Marie Vialle évoque à la fois la grande solitude de cet homme, pourtant vu sa fonction proche de la souffrance des autres, mais qui pense arriver à faire le deuil de son épouse, en préservant ce jardin mais aussi en chassant de sa vue leur fille adorée… Et il se rapproche de plus en plus des sons émis par les animaux et la Nature : « Il est possible que l’audition humaine perçoive des airs derrière la succession des sons de la même façon que l’âme humaine perçoit des narrations au fond des rêves les plus chaotiques.» Impressionnant le tonnerre qui, à la fin envahit le cloître des Carmes, avant que le spectacle ne finisse par un air joué par Marie Vialle nue (on se demande bien pourquoi…). Comme Yann Boudaud qui lui aussi s’était entièrement déshabillé pour se draper dans un grand tissu vert. Marchant dans le fond du cloître, il joue un air de cornemuse…
Un spectacle qui, loin des grosses machines prétentieuses
Moine noir à la Cour d’honneur ( voir Le Théâtre du Blog) et malgré quelques erreurs de mise en scène, a quelque chose de simple et attachant…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 16 juillet à 22 h , cloître des Célestins, Place des Corps Saints, Avignon.

Dans ce Jardin qu’on aimait de Pascal Quignard, est publié aux éditions Grasset.

Sans tambour, mise en scène de Samuel Achache, direction musicale de Florent Hubert

Sans tambour, mise en scène de Samuel Achache, direction musicale de Florent Hubert

Ce créateur n’en est pas à son coup d’essai quand il faut essayer de concilier interprétation musicale de grands compositeurs et création théâtrale. Déjà en 2013, avec Le Crocodile trompeur/Didon et Enée, une adaptation de l’opéra de Purcell q’il avait réalisé avec Jeanne Candel et pour Songs il y a trois ans ( voir Le Théâtre du Blog). Avec Sébastien Daucé, chef d’orchestre, à rendre vivante la musique de compositeurs baroques comme John Coperario, Robert Johnson, Matthew Locke, John Banister, William Lawes, Martin Peerson : « Déplacements, transformations et que nous traduirons en jeux et chants. Nous allons tenter de trouver l’écrin de ces paroles qui traversent les âmes et les siècles. »

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Pour Sans tambour, à partir d’arrangements collectifs des fameux Liederkreis de Schumann, la soprano Agathe Peyrat chante et très bien, accompagnée par quelques musiciens: saxophone, flûte, clarinette, violoncelle et accordéon, qui sont aussi acteurs, voire accessoiristes quand il faut modifier ou nettoyer le plateau. Ce Sans Tambour  dans un belle scénographie de Lisa Navarro, devient vite l’endroit de gags souvent vus mis efficaces ; comme la marche ratée, ou la disparition d’un personnage dans un piano droit qui chute du premier étage de ce bâtiment foutraque, très bien imaginé par Lisa Navarro.

Au premier étage, il y a aussi une douche avec un rideau glauque en plastique sorti tout droit d’un hôtel bas de gamme des années cinquante. Et les murs en placo-plâtre qui séparent la cuisine du reste du texte entre le trivial et le métaphysique sont cassé sà coup de masse. Une déconstruction en total désaccord avec la musique intimes écrites par Schumann Le metteur joue sans cesse sur un effet de contraste entre une interprétation de haute qualité et  gestuel burlesque de l’action  renforcé par les sons d’un piano préparé façon John Cage. Ici, les gags se succèdent : amours de Tristan et Yseult, catastrophes à la Buster Keaton, dont un remarquable équilibre sur une petite table dont Lionel Dray aux airs de Groucho Marx debout en équilibre va défoncer les plateaux.
Il y a, aux meilleurs moments, une belle poésie dans cet accord-désaccord permanent entre musique et magma scénique, lequel sera soigneusement rangé et balayé par les interprètes eux-même. Et quand Lionel Dray lance une canne à pèche télescopique vers le public, il y a de l’absurde poussé au degré maximum. Il forme avec Sarah Le Picard un drôle de couple.

Il y a sans doute des longueurs mais l’ennui, disait John Cage, fait partie des happenings dont ce Sans Tambour aux allures de douce provocation est un cousin germain. Mais avec ces courtes scènes sans vrai fil rouge, le spectacle issu d’une écriture collective (et cela se sent), gagnerait quand même beaucoup à être resserré… Enfin pour une fois qu’il y a une création comique même fondé sur l’effondrement partiel d’une maison dans le théâtre contemporain et dans le In,  nous n’allons pas faire la fine bouche. Et la fin, avec un chant collectif a cappella, est de toute beauté.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 13 juillet à 22h, Cloître des Carmes, Avignon.

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