Le Cas Lucia J. ( Un Feu dans sa tête) d’Eugène Durif, mise en scène d’Eric Lacascade

Le Cas Lucia J. ( Un Feu dans sa tête) d’Eugène Durif, mise en scène d’Eric Lacascade

Une première esquisse de la pièce a été présentée au théâtre de la Reine Blanche en 2018, à Paris, avant d’être crée à la Rose des Vents de Villeneuve-d’Asq ( Nord), en décembre de la même année.  Eugène Durif captivé par la relation étrange entre James Joyce et sa fille, a écrit un récit admirable de sensibilité et de théâtralité. La pièce est le récit,  sur ce que la société et le milieu médical entendent par folie. Et celui du destin tragique d’un être libre et fasciné par la beauté à travers toutes ses expressions possibles : la danse, la poésie, la peinture et l’amour : « J’ai peur d’aimer quelqu’un d’autre que toi (son père James Joyce), davantage que toi. Mais cela n’arrivera jamais, je te le promets. »

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Lucia Joyce a expérimenté ces domaines artistiques. Ils étaient pour elle, sa façon d’être au monde. La danse notamment : «Il y a tant de danses inachevées, retenues dans mon corps, (…) je les vois, moi qui suis là, parfaitement immobile. (…) J’ai suivi des cours (…). Puis chez Raymond Duncan, le frère d’Isadora, je l’aimais beaucoup, toute une approche philosophique de monde, du corps. » L’auteur s’est adressé au metteur en scène Éric Lacascade et à Karelle Prugnaud, comédienne et performeuse, pour faire vivre Lucia Joyce, sans détour et avec une vérité troublante et poétique. Un espace blanc,  une chaise et personne sur scène, quand une voix nous surprend. Le public se retourne : en fond de salle, à la hauteur de la régie et dans un cadre, allongée et nonchalante, une jeune femme nous interpelle  « C’est là que ça commence, dit-elle. C’est là que tout commence.»
Le public, pendant toute la représentation est bouleversé. Sur scène et parfois dans la salle, les gestes fous ou/et gracieux, drôles parfois et sincères de Lucia, leur rythme d’une poignante douceur ou d’une rare violence , laissent advenir un chemin tragique sans retour. Emus, nous sommes en empathie avec Lucia et son âme à la fois adulte et d’enfant. Parole tragique,  ruptures de situation entre les différents moments psychiques et la sensualité de son corps tel est ce Feu dans sa tête. Son univers : un « chaosmos »

 Lucia J. part à la recherche infinie de l’image vraie du monde et de sa relation au père, pour  aboutir à une image : un insaisissable chaos. Pensées et sensations fragmentaires, envahissent la conscience et le cœur de la jeune femme. Le public, touché, s’interroge. De toute beauté, ce spectacle, nous fait ressentir de façon sensible et charnelle, la réalité du vécu de cette héroïne qui sera internée à plusieurs reprises et qui mourra  dans l’anonymat d’un asile en 1982, sacrifiée au nom de l’art de son père : «Rendez-moi ce corps que l’on m’a arraché à moi-même ! »

Le texte est habité en permanence des courants dionysiaques (l’ivresse, la sensation) et apolliniens (l’image, le rêve). La mise en forme de cette ivresse par la gestuelle et la mise en scène lui donne toute sa puissance théâtrale. Le jeu de Karelle Prugnaud, l’écriture d’Eugène Durif et la mise en scène d’Éric Lacascade laissent jaillir subtilement mais dans toute sa splendeur la vie tragique de Lucia J.  Une existence instable et asphyxiée, chargée de tension dramatique entre le dionysiaque et l’apollinien, déséquilibre qui précède ici toujours le jaillissement de l’étincelle ou l’ouverture épiphanique. Ce n’est sans doute pas un hasard, si le prénom de la fille de James Joyce, d’origine arabe et latine, dérivé de lux, signifie : lumière ! 

Elisabeth Naud 

Spectacle vu au Théâtre Artéphile, Avignon, le 12 juillet.

 

 

 

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